Ce siége, ou plutôt cette attaque, ne dura que trois jours: mais
ce court intervalle présente un spectacle si varié, et si rempli
d'événements, qu'on y trouverait de quoi marquer chaque journée d'un
long siége, entrepris et soutenu par des combattants moins actifs.
Tout était en mouvement dans la ville, au pied des murailles, sur le
terrain des environs, sur les canaux. On avait envoyé les chevaux et
les autres bêtes de somme de l'armée paître aux environs dans des bois
de palmiers. Suréna vint pour les enlever; mais Julien, qui connaissait
les forces des ennemis, comme les siennes propres, avait si bien
proportionné l'escorte, qu'elle se trouva en état de les défendre.
Tandis que l'infanterie attaquait la place, la cavalerie, divisée en
plusieurs pelotons, battait toute la plaine; elle enlevait les grains
et les troupeaux, elle nourrissait le reste de l'armée aux dépens des
ennemis, elle assommait ou faisait prisonniers les fuyards dispersés
dans la campagne. C'étaient les habitants de deux villes voisines[172],
dont les uns se sauvaient vers Ctésiphon, les autres s'allaient
cacher dans des bois de palmiers; un grand nombre gagnait les marais,
et se jetant dans des canots légers, faits d'un seul arbre[173],
ils échappaient à la cavalerie. Pour les atteindre, les soldats se
servaient de bateaux de cuir, que Julien avait rassemblés; et quand ils
arrivaient à la portée des traits, des pierres, et des feux qu'on leur
lançait du haut des murailles, ils renversaient sur leurs têtes ces
nacelles qui leur tenaient alors lieu de toit et de défense.
[Note 172: _Et duarum incolæ civitatum, quas amnes amplexi faciunt
insulas._ Amm. Marc. l. 24, c. 4. Ces deux villes étaient dans les îles
formées par les divers bras et les canaux dérivés de l'Euphrate. On
apprend de Zosime (l. 3, c. 20) que leur exemple avait été imité par
les habitants de plusieurs autres lieux fortifiés, ἄλλα φρούρια πλεῖϛα,
parmi lesquels se trouvait la ville de _Bésuchis_, Βησουχὶς, qui n'est
pas mentionnée ailleurs, et qui selon le même auteur était une place
bien peuplée, πολυάνθρωπος.--S.-M.]
[Note 173: _Alii per paludes vicinas alveis arborum cavatarum invecti._
Amm. Marc. l. 24, c. 4.--S.-M.]
[Note latérale: XXIII.