Liban. or. 10, t. 2, p. 313 et 314.]

Le lendemain il s'éleva une horrible tempête. Un vent impétueux

renversait les hommes, abattait les tentes. En même temps le fleuve,

grossi par les neiges que la chaleur du printemps faisait fondre sur

les montagnes d'Arménie, submergea plusieurs barques chargées de blé,

et pénétra par toutes les écluses pratiquées le long de ses bords,

soit pour arroser les terres, soit pour inonder le pays. On eut lieu

de douter si ce fut un effet de la violence des eaux, ou de la malice

des habitants. L'armée se mit en marche pour échapper à ce déluge. Les

canaux dont ce terrain est coupé étant remplis, formaient une infinité

d'îles. Les soldats passaient à la nage, ou jetaient des ponts;

d'autres se hasardaient à traverser à pied, ayant de l'eau jusqu'au

cou: plusieurs périrent dans ces fosses profondes. Tout était dans un

désordre affreux; il fallait s'entr'aider, et sauver à la fois sa

personne, ses armes, ses provisions et les bêtes de somme. Quelques-uns

défilaient sur la crête des bords du fleuve par un sentier étroit et

glissant, où ils couraient risque de se précipiter à tous moments dans

les eaux. Ce qu'il y avait de plus remarquable, c'est qu'au milieu de

tant de fatigues et de périls pas un ne plaignait son sort, pas un ne

murmurait contre l'empereur. Aussi ne cherchait-il pas à se soulager

lui-même aux dépens de ses soldats; il ne prenait sur eux d'autre

avantage que de leur donner l'exemple: ils le voyaient à leur tête,

couvert de boue et de fange, fendre les eaux, et refuser les secours

qui ne pouvaient être communiqués à tous.

[Note latérale: XIV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 80 / 354 题