Zos. l. 3, c. 14.]

Le premier pas que fit l'armée lui présenta un objet capable d'alarmer

les superstitieux, et d'éveiller la diligence de ceux qui étaient

chargés du soin des subsistances. C'était le corps d'un commissaire

des vivres, que le préfet Salluste avait fait pendre, parce qu'ayant

promis de faire venir au camp à un jour marqué certaines provisions,

il avait manqué de parole. Un accident involontaire avait causé ce

délai, et les vivres arrivèrent le lendemain de l'exécution. On passa

près du château de Zaïtha, mot qui, dans la langue du pays signifiait

_olivier_[131]. Entre ce lieu et la ville de Dura, on aperçut de

loin le tombeau de Gordien, qui était fort élevé[132]. Julien y alla

rendre ses hommages à ce prince, qu'on avait placé au rang des

dieux[133]. Comme il continuait sa route, une troupe de soldats vint

lui présenter un lion monstrueux qui était venu les attaquer et qu'ils

avaient tué. Il s'éleva à ce sujet une vive contestation entre les

aruspices toscans et les philosophes qui accompagnaient le prince. Les

premiers qui s'étaient toujours opposés, mais en vain, à l'expédition

de Perse, prétendaient prouver par leurs livres, que c'était un signe

malheureux. Les philosophes tournaient en ridicule et les aruspices et

leurs livres. La querelle se renouvela le lendemain[134], à l'occasion

d'un soldat qui fut tué d'un coup de foudre avec deux chevaux qu'il

ramenait du fleuve. Les deux partis alléguaient des raisons également

chimériques, les uns pour intimider, les autres pour tranquilliser le

prince[135]. Julien ne balança pas à regarder ces deux événements comme

d'heureux présages.

[Note 131: _Zaitham venimus locum, qui olea arbor interpretatur_, dit

Amm. Marc. l. 23, c. 5; tel est en effet en syriaque le sens de ce nom,

qui se reproduit sous une forme peu différente en Arabe, en hébreu et

dans tous les idiomes de même origine. Cette petite ville χωρίον était

selon Zosime (l. 3, c. 14) à soixante stades de Circésium.--S.-M.]

[Note 132: Ammien Marcellin semble indiquer que le tombeau de Gordien

était à Zaïtha. _Hic Gordiani imperatoris_, dit-il, l. 23, c. 5, _longè

conspicuum vidimus tumulum_. Cependant, comme cet endroit n'était

qu'à soixante stades, ou environ huit milles de Circésium, il est

difficile qu'on y ait vu ce monument, qui selon Eutrope (l. 9, c. 11)

et Sextus Rufus, c. 22, avait été élevé à vingt milles de Circésium,

_vicesimo milliario a Circesso_. Il aurait donc été plutôt à Dura comme

l'atteste Zosime, οὗ Γορδιανοῦ τοῦ βασιλέως ἐδείκνυτο τάφος. Ce dernier

témoignage ferait croire que ce tombeau était sur la route, entre ces

deux villes, mais plus près de la dernière. Le tombeau de Gordien,

selon Capitolin (_in Gordian._) était chargé d'inscriptions grecques,

latines, persanes, judaïques et égyptiennes.--]

[Note 133: C'est-à-dire qu'il avait obtenu les honneurs de l'apothéose

comme beaucoup d'autres empereurs, et qu'on lui donnait après sa mort

le titre de _Divus_.--S.-M.]

[Note 134: C'était le 7 avril. Ce soldat se nommait Jovien.--S.-M.]

[Note 135: Les philosophes alléguaient qu'on avait aussi présenté un

lion et un sanglier à Maximien, lorsqu'il marchait pour combattre le

roi de Perse Narsès, dont il était revenu vainqueur. Cette objection

n'était pas sans réponse. On assurait que ce présage annonçait la perte

de ceux qui voulaient envahir le bien d'autrui, et qu'en effet Narsès

avait le premier attaqué l'Arménie qui appartenait aux Romains.--S.-M.]

[Note latérale: XII.

Prise de la forteresse d'Anatha.

Amm. l. 23, c. 5, et l. 24, c. 1.

Liban. or. 10, t. 2, p. 312 et 313.

Zos. l. 3, c. 14.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 78 / 354 题