Le fleuve Aboras faisait la séparation des terres de l'empire d'avec
le pays ennemi. On passa la nuit sur ses bords, et dès le point du
jour on sonna la marche. La lumière qui croissait peu à peu découvrait
aux regards de l'armée les vastes plaines de l'Assyrie: l'empressement
et la joie brillaient dans tous les yeux. Julien le premier à cheval,
courant de rang en rang, inspirait aux soldats une nouvelle confiance.
Il fit toutes les dispositions qu'on pouvait attendre d'un général
expérimenté, pour la sûreté de la marche dans un pays inconnu; il
envoya devant quinze cents coureurs pour battre l'estrade[127]. L'armée
marchait sur trois colonnes. Celle du centre était composée de la
meilleure infanterie, à la tête de laquelle était Julien. A droite,
le reste des légions côtoyait le fleuve sous les ordres de Névitta.
A gauche, la cavalerie commandée par Arinthée et par Hormisdas[128]
traversait la plaine et couvrait l'infanterie. L'arrière-garde avait
pour chefs Dagalaïphe et Victor[129]. Sécundinus, duc d'Osrhoène,
fermait la marche. Les bagages étaient à couvert entre les deux ailes
et le corps de bataille. Pour grossir le nombre des troupes aux yeux
des coureurs ennemis, on fit marcher les différents corps à grands
intervalles, en sorte qu'il y avait trois lieues[130] entre la queue
et la tête de l'armée. La flotte avait ordre de mesurer ses mouvements
avec tant de justesse, que, malgré les fréquents détours du fleuve,
elle bordât toujours les troupes de terre, sans rester en arrière, ni
les devancer.
[Note 127: Selon la chronique de Malala (part. 2, p. 18), ces
quinze cents hommes appartenaient aux corps des _Lancearii_ et des
_Mattiarii_.--S.-M.]
[Note 128: On pourrait croire, d'après ce que dit Zosime (l. 3, c.
13), qu'Hormisdas avait le principal commandement de la cavalerie, et
qu'Arinthée lui était adjoint.--S.-M.]
[Note 129: Selon Zosime, Victor commandait toute l'infanterie.--S.-M.]
[Note 130: _Laxatis cuneis jumenta dilatavit et homines, ut decimo pœnè
lapide postremi dispararentur a signiferis primis._ Amm. Marc. l. 24,
c. 1. Selon Zosime, l. 3, c. 14, l'armée occupait un espace de soixante
et dix stades, ce qui est à peu près autant.--S.-M.]
[Note latérale: XI.
Elle avance dans le pays ennemi.
Amm. l. 23, c. 5.