Chrysost. de Sto Babyla, contra Jul. et Gent. t. 2, p. 575.]

La nuit du 18 au 19 de mars, Julien fut fort agité par des songes

fâcheux. A son réveil, ayant consulté les interprètes de songes qu'il

menait à sa suite, il jugea que le jour suivant allait être signalé

par quelque événement funeste. Le jour se passa sans accident; mais la

superstition trouva bientôt de quoi autoriser ses rêveries. On apprit

quelque temps après que, cette nuit-là même, le feu avait pris dans

Rome au temple d'Apollon Palatin, et que sans un prompt secours les

oracles des Sibylles auraient été la proie des flammes. Il y avait

deux grandes routes pour aller en Perse: l'une à gauche par Nisibe

et l'Adiabène, en traversant le Tigre;[106] l'autre à droite par

l'Assyrie, le long de l'Euphrate[107]. On appelait alors Assyrie la

partie méridionale de la Mésopotamie qui obéissait aux Perses. Julien

préféra cette dernière route. Pendant qu'il disposait tout pour son

départ, on vint lui annoncer qu'un corps de cavalerie ennemie, ayant

forcé les passages, ravageait les environs de Nisibe. L'alarme se

répandit dans le camp; mais on apprit bientôt que ce n'étaient que des

coureurs, et qu'ils s'étaient retirés après avoir fait quelque pillage.

Pour mettre le pays à couvert de ces insultes, il détacha de son armée

trente mille[108] hommes sous le commandement de Procope et du comte

Sébastien[109]. Ces généraux avaient ordre de veiller à la sûreté de la

Mésopotamie, jusqu'à ce que l'empereur eût pénétré dans la Perse; de se

réunir ensuite à Arsace, et de venir avec ce prince par la Corduène, la

Moxoène[110] et les frontières de la Médie, rejoindre Julien au-delà

du Tigre[111]. Il écrivit en même temps au roi d'Arménie une lettre

pleine de vanité, se relevant beaucoup lui-même, taxant Constance de

lâcheté et d'impiété, menaçant Arsace, et comme il savait que ce prince

était chrétien: _N'espérez pas_, lui disait-il, _que votre Dieu puisse

vous défendre, si vous négligez de m'obéir_[112]. Étant sur le point

de partir, il monta sur un lieu élevé pour jouir du spectacle de son

armée: c'était la plus belle et la plus nombreuse qu'aucun empereur eût

conduite contre les Perses. Elle était composée de soixante-cinq mille

hommes. Ayant remarqué parmi les bagages un grand nombre de chameaux

chargés, il demanda ce qu'ils portaient. On lui répondit que c'étaient

des liqueurs et des vins de plusieurs sortes: _Arrêtez-les ici_, dit-il

aussitôt, _je ne veux pas que ces sources de volupté suivent mon armée;

un soldat ne doit boire que le vin qu'il s'est procuré par son épée. Je

ne suis moi-même qu'un soldat, et je ne prétends pas être mieux traité

que le dernier de mes troupes._

[Note 106: Τῆς μὲν, διὰ τοῦ ποταμοῦ Τίγρητος καὶ πόλεως Νισίβιος, ταῖς

Ἀδιαβηνῆς σατραπείαις ἐκβαλλούσης. Zos., l. 3. c. 12. «L'un, par le

Tigre et la ville de Nisibe, conduisait aux satrapies Adiabéniques.»

Aucun des interprètes de Zosime, ni des savants qui se sont occupés

de l'histoire de cette époque, n'a fait attention aux expressions de

cet historien. Par les satrapies de l'Adiabène, Zosime veut désigner

toutes les petites souverainetés, situées sur les bords du Tigre et

dans les montagnes des Curdes qui séparaient le royaume de Perse,

de celui d'Arménie. Nous savons par les actes des martyrs syriens,

composés par Marouta et publiés par Assemani, que l'Adiabène formait

alors un royaume particulier; ces actes font connaître un souverain de

cette région appelé Ardeschir (t. 1, p. 99 et 153), qui était grand

persécuteur des chrétiens. Les Grecs et les Romains nomment Jovinianus

ou Junius satrape de la Gordyène. Les auteurs arméniens placent du

même côté les principautés des Reschdouniens, des Ardzrouniens, des

Andsevatsiens, de l'Arzanêne, de la Moxoène et une multitude d'autres.

C'est à tous ces petits états que s'appliquent sans aucun doute les

expressions de Zosime et le nom de _satrapies de l'Adiabène_.--S.-M.]

[Note 107: Τῆς δέ, διὰ τοῦ Εὐφράτου καὶ τοῦ Κιρκησίου, «l'autre par

l'Euphrate et Circésium,» dit Zosime.--S.-M.]

[Note 108: C'est Ammien Marcellin qui porte à trente mille hommes la

force de ce corps. Selon Zosime, elle n'était que de dix-huit mille

hommes. Sozomène compte vingt mille hommes, ce qui est d'accord avec

Libanius. Il est à remarquer que le traducteur latin de ce dernier a

mis dans sa version trente mille. Le texte offre cependant μυρίαδας

δύο. Dans la Chronique de Malala (part. 2, p. 17.), cette armée n'est

portée qu'à seize mille hommes.--S.-M.]

[Note 109: C'était un manichéen, autrefois duc d'Égypte, _Sebastiano

Comite ex Duce Ægypti_, dit Ammien Marcellin. Il en a déja été

question, liv. IX, § 3 et suiv. C'est lui qui avait été chargé par

Constance d'appuyer l'arien George dans ses mesures contre les

catholiques. Il était fils d'Antiphilus; il avait reçu des leçons de

Libanius, qui l'aimait beaucoup. On trouve plusieurs lettres qui lui

sont adressées dans le recueil de ce sophiste.--S.-M.]

[Note 110: La Moxoène, est sans aucun doute, la province de l'Arménie

méridionale, au milieu des montagnes des Curdes, appelée par les

Arméniens _Mog_. Elle formait une des quinze grandes divisions de

l'Arménie; sa position était à l'οrient du Tigre, au nord de la ville

de Ninive. D'Anville s'est trompé en la plaçant sur les bords de

l'Euphrate septentrional, dans le pays actuellement nommé _Mousch_.

Il a été trompé par une apparente ressemblance de nom. Voyez sur ce

point géographique, mes _Mémoires historiques et géographiques sur

l'Arménie_, t. 1, p. 174.--S.-M.]

[Note 111: Julien leur avait ordonné en outre, après avoir opéré leur

jonction avec le roi d'Arménie, de ravager une province fertile de

la Médie, nommée _Chiliocome_ par Ammien Marcellin, et de traverser

rapidement les autres parties de ce pays; ce n'était qu'après cette

opération qu'ils devaient se rendre dans l'Assyrie. _Mandabatque eis,

ut si fieri potiùs posset, regi sociarentur Arsaci: cumque eo per

Corduenam et Moxoenam, Chiliocomo uberi Mediæ tractu, partibusque

aliis præstricto cursu vastatis, apud Assyrios adhuc agenti sibi

concurrerent._ Amm. Marc. l. 23, c. 3. J'ignore quelle était la

situation de ce pays de _Chiliocome_, dont il est encore question dans

Ammien Marcellin, l. 24, c. 8; dans ce dernier endroit, il le place

auprès de la Corduène: _Chiliocomum propè Corduenum sitam_; ce n'en

est pas assez pour fixer sa véritable position. Je soupçonne que ce

pays pourrait bien être la portion de l'Atropatène, baignée par le

lac d'Ourmi, appelée par les anciens Mantiane, du côté de Tauriz. Ce

pays dépendant du Vaspourakan, se nommait _Margasdan_ en arménien,

c'est-à-dire, _pays de plaine_. _Chiliocome_, ou _les mille bourgs_,

doit être la traduction grecque d'un nom national qui avait le même

sens. Il la devait sans doute à son extrême population.--S.-M.]

[Note 112: C'est l'historien ecclésiastique Sozomène (l. 6, c. 1.), qui

nous donne la substance de cette lettre, si conforme dans son esprit

avec celle qui a été retrouvée par Muratori, et dont nous avons parlé

ci-devant, p. 37, liv. XIII, § 31.--S.-M.]

[Note latérale: VII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 74 / 354 题