Theod. l. 3, c. 22.]

Il eut lui-même occasion de s'apercevoir du peu de succès de son

éloquence. Le chef du conseil de Bérhée, irrité contre son fils de

ce qu'il avait embrassé la religion du prince, l'avait publiquement

déshérité et chassé de sa maison. Comme Julien approchait de la

ville[88], ce jeune homme alla se jeter à ses pieds pour lui demander

justice. L'empereur lui promit de le réconcilier avec son père. Dans

un repas qu'il donna aux magistrats de Bérhée, il fit placer à coté

de lui le père et le fils. Après quelques moments d'entretien: _Pour

moi_, dit-il au père, _je ne puis souffrir qu'on veuille forcer la

croyance des autres hommes, et exercer sur leur conscience une sorte

de tyrannie. N'exigez pas de votre fils qu'il suive, malgré lui, votre

religion; je ne vous oblige pas d'embrasser la mienne, quoiqu'il me

fût aisé de vous y contraindre. Quoi! seigneur, lui répondit le père,

vous me parlez de ce scélérat, de cet impie, qui a préféré le mensonge

à la vérité?_ A cette brusque repartie, l'empereur prenant un air de

douceur: _Faites trève à vos invectives_, lui dit-il, et se tournant

vers le jeune homme, il ajouta: _Je vous tiendrai lieu de père, puisque

le vôtre vous abandonne_.

[Note 88: La ville de Bérhée était dans la Cyrrhestique, province de la

Syrie septentrionale, qui tirait son nom de la ville de Cyrrhus. Selon

quelques historiens, Julien, en traversant ce canton, aurait ajouté un

martyr à ceux que son zèle contre le christianisme avait déjà faits.

Un solitaire nommé Domitius habitait une caverne dans cette province;

tout le monde s'y rendait pour recevoir sa bénédiction. Julien en fut

irrité; il fit dire au solitaire que, s'il avait choisi la retraite

pour plaire à Dieu, il ne devait pas tant rechercher l'empressement

des hommes. Domitius lui répondit qu'il ne pouvait chasser ceux que la

foi amenait vers lui. Julien fit alors boucher l'entrée de la caverne,

et le saint y perdit la vie. Selon la Chronique de Malala (part. 2,

p. 16), cet événement dont nous ne garantissons pas la vérité, serait

arrivé dans la ville de Cyrrhus. Il est impossible que Julien se soit

détourné autant de sa route pour passer par une ville si loin au nord

de Bérhée. La chronique Paschale (p. 298), dit seulement que ce fut

en traversant la Cyrrhestique, διὰ τῶν Κυῤῥεϛικῶν, ce qui serait plus

vraisemblable. On voit par un passage de saint Grégoire de Tours (_de

glor. mart._, p. 100), que de son temps le culte de Domitius, martyr de

Syrie, était très-répandu.--S.-M.]

[Note latérale: III.

Julien à Hiérapolis.

Jul. ep. 27, p. 399.

Amm. l. 22, c. 2.

Liban. or. 10, t. 2, p. 311.

Zos. l. 3, c. 12.

Chrysost. de Sto Babyla, et in Jul. et Gent. t. 2, p. 575.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 71 / 354 题