Evagr. l. 6, c. 11.]

Julien partit le 5 de mars[83]; et après douze lieues[84] de chemin

par des marais et des montagnes[85], il arriva sur le soir à Litarbes,

bourg de la dépendance de Chalcis. La plus grande partie des sénateurs

d'Antioche l'avaient suivi jusqu'en ce lieu, pour tâcher d'apaiser

sa colère. Ils ne gagnèrent rien sur ce cœur inflexible: l'empereur

les congédia durement, en leur répétant qu'il ne rentrerait plus dans

leur ville, et qu'il irait passer à Tarse l'hiver suivant. Quoiqu'à

son départ d'Antioche il n'eût pas aperçu dans les victimes des signes

favorables, cependant enivré de ses succès passés et des flatteuses

prédictions de Maxime, dont il se fit accompagner dans ce voyage,

il tirait d'heureux pronostics de tout ce qu'il rencontrait sur sa

route, et il en tenait un registre exact. Il vint le lendemain à

Bérhée, nommée aujourd'hui Halep, où il s'arrêta pendant un jour[86].

Après avoir solennellement offert à Jupiter un taureau blanc en

sacrifice[87], il assembla le sénat de cette ville, et tâcha de le

porter à l'idolâtrie par un discours qui fut applaudi de tous, et qui

ne persuada personne.

[Note 83: Julien prit, selon le récit d'Ammien Marcellin, la route

ordinaire qui conduisait à Hiérapolis. _Jam apricante cœlo_, dit cet

historien, l. 23, c. 2, _tertio nonas martias profectus, Hierapolim

solitis itineribus venit_. Les itinéraires anciens nous apprennent

qu'on se rendait en cinq jours d'Antioche à Hiérapolis. Les stations

de cette voie romaine étaient _Immæ_, _Chalcis_, _Berhéa_, _Batné_

et _Hiérapolis_. Il ne paraît pas cependant que Julien ait pris

précisément cette route. Il n'alla point à Chalcis; il suivit un chemin

plus direct, et qui devait passer assez loin au nord de cette ville. Ce

fut sans doute là le motif du séjour qu'il fit à Bérhée (actuellement

Halep), lieu où on se rendait ordinairement en trois jours en venant

d'Antioche par Chalcis, tandis qu'il y arriva en deux jours, en évitant

cette dernière ville.--S.-M.]

[Note 84: Le bourg de _Litarbæ_ était, selon Évagrius (l. 6, c. 11),

à trois cents stades d'Antioche. On y trouvait, à ce que dit Julien

(ep. 37, p. 399), des restes des habitations d'hiver des Antiochéniens.

Les mots καὶ ἐνέτυχον ὁδῷ λείψανα ἐχούσῃ χειμαδίων Ἀντιοχικῶν, bien

rendus par tous les interprètes latins, ne l'ont pas été avec autant

de succès par les traducteurs français. En relevant le contre-sens

commis par La Bletterie, qui a traduit: _le chemin se ressentait de

l'hiver d'Antioche_, le dernier traducteur français (t. III, p. 164),

n'a pu s'empêcher d'y en substituer un autre, un peu moins grave, il

est vrai. Au lieu de: «Le hasard m'y a fait remarquer une route où sont

les restes d'un camp d'hiver formé autrefois par l'armée du peuple

d'Antioche,» il fallait traduire: «Le hasard me conduisit sur une route

où se trouvaient les ruines des habitations d'hiver des Antiochéniens.»

La Bletterie avait été trompé par Tillemont (t. IV, Julien, art. 21.),

qui avait entendu comme lui le passage de Julien. Il paraît, par

la distance indiquée, que Litarbes était située assez loin au-delà

d'_Immæ_, première station des voyageurs qui se rendaient d'Antioche à

Hiérapolis en passant par Chalcis, et au nord de cette ville. _Imma_,

selon Pline (l. 5, c. 24), était le commencement de la Commagène; pour

Litarbes, elle se trouvait dans la Chalcidène.--S.-M.]

[Note 85: Entre un marais et une montagne, τὸ μὲν τέλμα, τὸ δὲ ὄρος.

«Vers le marais, dit Julien, étaient des pierres, jetées comme à

dessein, mais non travaillées, et semblables à celles dont on pave

les rues des autres villes. Elles étaient placées comme une muraille;

seulement la vase y tenait lieu de ciment.» Le chemin qui conduit

d'Antioche à Chalcis porte encore dans le pays le nom de _Chaussée de

Julien_. Voyez Pococke (_Desc. of the east_, t. 2, p. 171), et Drummond

(_Travels_, p. 183.).--S.-M.]

[Note 86: Il visita la citadelle, τὴν ἀκρόπολιν. C'est ce qu'il dit

lui-même dans sa lettre à Libanius. La citadelle de la moderne Halep

est encore très-remarquable par sa prodigieuse élévation au-dessus de

la ville, aussi est-elle très-forte.--S.-M.]

[Note 87: Selon l'usage des rois, βασιλικώς, dit Julien.--S.-M.]

[Note latérale: II.

Liberté d'un habitant de Bérhée.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 70 / 354 题