Les principaux d'entre eux s'étant rendus à Antioche pour profiter
des heureuses dispositions de l'empereur, Julien les fit venir devant
lui. Il leur reprocha leur indifférence à remplir les devoirs que leur
imposait la loi de Moïse: _Pourquoi_, leur dit-il, _négligez-vous de
faire des sacrifices, surtout dans un temps où vous devriez par les
vœux les plus ardents intéresser votre Dieu au succès de mes armes?_
Ils répondirent qu'il ne leur était permis d'immoler des victimes que
dans le temple de Jérusalem, et que ce temple n'était plus: _Lisez vos
prophéties_, leur répliqua Julien, _vous y verrez que votre exil et vos
malheurs doivent se terminer sous mon règne. Allez, rebâtissez votre
temple,_ _rétablissez la religion de vos pères, et soyez assurés de
ma protection_. Il chargea en même temps les trésoriers de l'épargne
de fournir les sommes nécessaires; et le gouverneur de la province, de
veiller à la conduite de l'ouvrage. Il envoya sur les lieux Alypius,
pour presser l'exécution de ses ordres: c'était un habitant d'Antioche,
chéri de Julien[70], et qui avait exercé dans la Grande-Bretagne
l'emploi de vicaire des préfets[71].
[Note 70: Julien se sert en lui écrivant des expressions les plus
tendres. Il l'appelle son aimable et très-cher frère, ἀδελφὲ
ποθεινότατε καὶ φιλικώτατε. Alypius cultivait les lettres, et Julien
compare ses productions poétiques aux odes de Sapho. Cet Alypius
avait aussi composé un traité de géographie qu'il avait dédié à
Julien. Voyez les lettres 29 et 30 de Julien, qui sont adressées à cet
officier.--S.-M.]
[Note 71: _Qui olim Britannias curaverat pro præfectis._ Amm. Marc., l.
23, c. 1.--S.-M.]
[Note latérale: XXXVI.