Warburton, dissertation sur ce prodige.]

Mais tandis qu'il se préparait à cette guerre, il en projetait une

autre qui ne devait pas être moins sanglante. Ceux qui participaient à

ses conseils ne cessaient de dire d'un ton menaçant que Julien avait

deux sortes d'ennemis, les chrétiens et les Perses; qu'après s'être

débarrassé des Perses, comme des moins redoutables; il tournerait

contre les chrétiens toute la puissance de l'empire. Ayant donc résolu

d'anéantir le christianisme, il voulut d'avance le confondre. Il

crut en avoir entre les mains un moyen sûr et facile. Instruit des

divines écritures qu'il avait étudiées dans sa jeunesse, il y avait

vu les Juifs condamnés à vivre sans patrie, sans gouvernement, sans

temple, sans sacrifices. Rassembler cette nation dispersée et relever

le temple de Jérusalem, c'était casser l'arrêt que Dieu même avait

prononcé. Julien lisait cet arrêt gravé sur le front de la nation

juive, destinée à porter par tout l'univers, avec son crime et sa

sentence, les titres fondamentaux du christianisme, auquel elle sert

contre elle-même de témoin irréprochable. Il enlevait par ce moyen à

la religion chrétienne un miracle toujours subsistant dans un peuple,

qui, mêlé avec tous les peuples du monde, sans jamais se confondre avec

eux, immortel quoique ses membres soient séparés et épars sur la face

de la terre, voit s'abîmer successivement toutes les nations au travers

desquelles il passe, sans être entraîné dans leur chute. Il ne doutait

pas de l'empressement des Juifs à seconder son dessein. Ils avaient

déjà deux fois tenté de rebâtir le temple de Jérusalem: la politique

d'Hadrien et la piété de Constantin s'y étaient opposées. Mais ici

la superstition et la politique, agissant de concert avec le pouvoir

impérial, semblaient rendre le succès infaillible. La vanité de Julien

et sa haine contre Constantin étaient encore deux puissants motifs: il

rendait son nom immortel[67], et il goûtait le plaisir d'exécuter une

entreprise que Constantin avait traversée. Ce n'était pas qu'il aimât

les Juifs: il est vrai que leur animosité contre les chrétiens et leur

goût pour les sacrifices s'accordaient avec les inclinations de Julien;

mais il les méprisait; et après s'être servi d'eux pour démentir les

Écritures, il espérait sans doute réussir à changer l'objet de leur

culte, et à les entraîner à l'idolâtrie, où leurs ancêtres étaient

tombés tant de fois.

[Note 67: _Imperii sui memoriam magnitudine operum gestiens propagare._

Amm. Marc., l. 23, c. 1.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 57 / 354 题