--[Pour se dispenser d'obéir à un pareil ordre, il aurait fallu se
jeter sur-le-champ entre les bras du roi de Perse; Arsace n'était pas
homme à prendre si vite une résolution généreuse: il préféra persister
dans l'alliance des Romains. Il commanda donc à Zoura, dynaste des
Rheschdouniens[60], général de l'armée du midi[61], de se tenir prêt
à seconder les troupes impériales. Zoura, aussi indépendant que les
autres seigneurs arméniens, était en outre un chrétien zélé; pour ne
pas participer en quelque sorte à l'apostasie de Julien, il refusa
d'exécuter les ordres de son souverain, et il se fortifia dans les
châteaux de sa principauté, attendant le parti que prendraient les
autres dynastes. Julien ne voyant pas marcher les troupes arméniennes,
et étant informé de la mauvaise volonté de leur chef, écrivit à
Arsace une autre lettre non moins méprisante[62], pour lui demander
le châtiment du coupable, seul moyen de lui prouver qu'il n'était pas
son complice. «Sans quoi, ajoutait-il, je jure par Mars qui m'a donné
l'empire, et par Minerve qui me donnera la victoire, qu'à mon retour,
avec mon invincible armée, je détruirai vous et votre royaume.» Arsace
effrayé de cette menace fit partir le chef de ses eunuques, pour
saisir le rebelle et sa famille. Celui-ci ne fut pas secondé, comme il
avait espéré l'être, par les autres dynastes arméniens; il fut victime
de leur inconstance: abandonné à ses seules forces, il ne put faire
une longue résistance. Arsace, peut-être bien aise de satisfaire sa
vengeance particulière, s'empressa de le faire périr avec tous ses
parents; il n'en échappa qu'un seul: ce fut son neveu Dadjad, fils de
Mehentak. Le connétable Vasag le sauva. Reintégré par la suite dans
les biens de sa famille, il en continua la postérité, qui se conserva
encore pendant plusieurs siècles[63]. L'île forte d'Althamar[64],
au milieu du lac de Van, fut conquise, et remise entre les mains
du roi avec toutes les possessions de Zoura. Salmouth, dynaste
d'Andsda[65], fut nommé en sa place général de la frontière méridionale
de l'Arménie. Malgré la punition du prince des Rheschdouniens, Arsace
ne devint pas un allié plus sûr. Julien fut encore obligé de prendre
un langage menaçant, lorsque après le passage de l'Euphrate[66], il
le somma de faire avancer les troupes qu'il devait fournir contre les
Perses.]--S.-M.
[Note 60: Ce canton, compris dans la grande province de Vaspourakan en
Arménie, occupait une grande partie des rives méridionales du lac de
Van. Voyez mes _Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_,
t. 1, p. 131.--S.-M.]
[Note 61: Les quatre frontières de l'Arménie étaient confiées à des
officiers-généraux qui, avec le titre de _pétéaschkh_, commandaient les
troupes chargées de la défense de cette partie du royaume. Ils avaient
les mêmes fonctions que les officiers nommés en Perse _marzban_ ou
commandants de frontières. Voyez ci-devant, l. VI, § 14, t. 1, p. 408,
note 2; et l. X, § 3, t. 2, p. 210.--S.-M.]
[Note 62: Les auteurs arméniens rapportent par erreur tous ces
événements au règne du roi Diran, père d'Arsace. La chose est
impossible, puisque Diran avait cessé de régner en l'an 337, vingt-cinq
ans avant l'époque dont il s'agit.--S.-M.]
[Note 63: Nous connaissons au septième siècle Théodore, prince des
Rheschdouniens, gouverneur-général de l'Arménie pour l'empereur grec,
et son fils Vard.--S.-M.]
[Note 64: Cette île, qui porte encore le même nom, est placée dans une
situation très-forte, au milieu du lac de Van, appelé aussi quelquefois
lac d'Althamar ou d'Aghthamar. On voit dans cette île un antique
monastère, où se trouvent les tombeaux des anciens princes du pays. Il
est la résidence d'un patriarche particulier, le seul qui parmi les
Arméniens soit uni de communion avec l'église grecque.--S.-M.]
[Note 65: Ce pays, appelé autrement Handsith, et par les Grecs
Anzitène, était dans la quatrième Arménie, non loin des bords de
l'Euphrate, au N. de la Mésopotamie. Voyez _Mémoires historiques et
géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 93.--S.-M.]
[Note 66: Voyez ci après, p. 64, l. XIV, § 6.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIII.
Il veut rétablir le temple de Jérusalem.
Daniel. c. 9, v. 37.
Matth. c. 24, v. 2.
Marc. c. 13, v. 2.
Luc. c. 19, v. 44.
Jul. ep. 25, p. 396, et in fragm. p. 288.
Greg. Naz. or. 4, t. 1, p. 119 et 111.
Chrysost. de Sto Babyla, et contra Jul. et Gent. t. 2, p. 573 et 574.
Idem contra Jul. et Gent. t. 1, p. 580.
Idem, contra Jud. or. 5, p. 628 et 646.
Ambros. ep. 40, t. 2, p. 952.
Amm. l. 23, c. 1.
Socr. l. 3, c. 20.
Theod. l. 3, c. 20.
Soz. l. 5, c. 22.
Philost. l. 7, c. 9 et 14.
Ruf. l. 10, c. 37.
Theoph. p. 43.
Zon. l. 12, t. 2, p. 25.
Niceph. Call. l. 10, c. 32 et 33.
Cedr. t. 1, p. 307.
Rabbi Gedaliah apud Wagensel. tela ignea Satanæ.