Les catholiques, pour conjurer cette tempête, adressèrent au nom de
la ville une requête à l'empereur en faveur d'Athanase. Julien ne
répondit que par un long édit plein de sophismes et de reproches,
traitant Athanase avec un mépris qui est accompagné des marques d'une
violente colère.--[«Je rougis pour vous, leur disait-il, de ce qu'il se
trouve dans votre ville quelqu'un qui s'avoue Galiléen. Les pères des
Hébreux ont subi autrefois le joug des Égyptiens; et vous, dominateurs
de l'Égypte, puisque votre fondateur en fut le conquérant, au mépris
des rites nationaux, vous obéissez volontairement aux détracteurs de
vos antiques lois. Quoi, vous osez révérer comme le Verbe lui-même,
ce Jésus inconnu à vous et à vos pères, et vous négligez celui que
l'homme voit de toute éternité, qu'il contemple, qu'il honore comme
la source de tous les biens. Vous abandonnez ce grand soleil, image
vivante, animée, intelligente et bienfaisante du Père, intelligence
première? Vous ne pouvez vous égarer en me prenant pour guide, moi qui
jusqu'à vingt ans ai partagé vos erreurs, dont, graces aux dieux, je
suis affranchi depuis douze ans. Plût au ciel que les dogmes impies
d'Athanase ne fussent nuisibles qu'à lui seul! mais leur fatale
influence se répand sur vous: c'est un homme fertile en ruses; c'est
là ce qui l'a déja fait bannir de cette ville. Entreprenant, avide de
popularité, sa présence est sujette à une multitude d'inconvénients.
Quoiqu'il soit bien méprisable de sa personne, il se donne de
l'importance par les périls auxquels il s'expose. Il causerait encore
de sanglantes divisions. Pour vous préserver d'un tel malheur, nous lui
avons déja ordonné de sortir de votre ville, et nous le bannissons de
l'Égypte entière.»]--S.-M.
Les païens armés de cet édit menaçant vont, de concert avec les Juifs,
attaquer la grande église, nommée la Césarée, où les fidèles assemblés
retenaient Athanase. Pythiodore, philosophe de cour[39], qui se
trouvait pour-lors dans Alexandrie, marche à leur tête: on emploie le
fer et le feu. L'église est profanée, pillée, réduite en cendres. Les
persécuteurs étaient altérés du sang d'Athanase[40], mais Dieu le sauva
encore de leurs mains: il s'échappa, et comme il s'embarquait sur le
Nil, après avoir fait ses adieux à une troupe de fidèles qui fondaient
en larmes: _Consolez-vous_, leur dit-il, _ce n'est là qu'un petit nuage
qui passera bien vite_[41]. Il regagna sa retraite, où il resta jusqu'à
la mort de Julien.
[Note 39: Ἑνὸς τῶν βασιλικῶν φιλοσόφων. Par ces expressions, saint
Grégoire de Nazianze, _or._ 3, t. 1, p. 87, veut peut-être désigner
un des amis de Julien. Cependant il serait possible, et même il est
plus probable qu'il entend par là un philosophe attaché au _Muséum_
d'Alexandrie ou à un autre établissement public littéraire, et qui
recevait de l'empereur un traitement pour y faire des cours de
philosophie ou de belles-lettres, comme sous les rois grecs. Le même
usage s'étant perpétué sous la domination romaine, c'était donc _un
professeur royal_ ou _impérial_.--S.-M.]
[Note 40: Selon Théodoret, l. 3, c. 9, Julien n'avait pas ordonné
de chasser Athanase, il avait commandé de le tuer, ἀλλὰ καὶ
ἀναιρεθῆναι.--S.-M.]
[Note 41: _Nubecula est, et citò pertransit._ Rufin., l. 10, c.
34.--S.-M.]
[Note latérale: XXV.
Livres de Julien contre la religion chrétienne.
Cyrill. cont. Jul. ad calc. Jul.
Socr. l. 3, c. 22 et 23.