En même temps que Julien tâchait d'écraser le christianisme de tout
le poids de l'autorité souveraine, il mettait en œuvre pour le même
dessein toutes les forces de sa plume, sur laquelle sa vanité ne
comptait guère moins que sur sa puissance. Il commença pendant les
longues nuits de cet hiver à composer ses livres contre la religion
chrétienne: il ne les acheva que pendant son expédition de Perse[42].
Dès ce temps-là, les impies ne pouvaient plus rien inventer de nouveau
pour combattre l'Évangile: les traits de l'incrédulité étaient épuisés.
Celsus, Hiéroclès, Porphyre, avaient dit tout ce que l'enfer peut
inspirer; et Julien, avec tout ce qu'il avait de génie, fut réduit à
réchauffer des objections cent fois réfutées, et que l'ignorance ou la
mauvaise foi ne cessent de reproduire comme nouvelles et sans réplique.
La puissance de l'auteur, bien plus que la force de ses raisonnements,
ne manqua pas de donner un grand crédit à cette invective. Les païens
en triomphaient. Julien mourut avant qu'on eût eu le temps de répondre
à ses sophismes; mais suivant le sort fatal de ces sortes d'ouvrages,
l'éclat constant et inaltérable de la vérité éclipsa bientôt les lueurs
fausses et passagères, qu'une plume légère et frivole avait su jeter
dans ces livres. Il ne nous en resterait rien[43] si, cinquante ans
après, saint Cyrille d'Alexandrie en ayant entrepris la réfutation, ne
nous en avait conservé une grande partie. On y voit que l'agresseur,
dans le temps même qu'il veut porter à la religion des coups mortels,
lui fournit des armes pour sa défense.
[Note 42: _Julianus Augustus septem libros in expeditione Parthica
adversùm Christum evomuit_, dit saint Jérôme, ep. 70, t. 1, p. 425, ed.
Vallars.--S.-M.]
[Note 43: L'exemplaire dont se servait saint Cyrille était divisé en
trois livres. Selon saint Jérôme, l'ouvrage avait sept livres, et il
cite même un passage du septième dans son Commentaire sur Osée, ch.
11.--S.-M.]
[Note latérale: XXVI.
Mort du comte Julien.
Acta Mart. Ruinart. p. 662, 667.
Chrysost. de Sto Babyla et contra Jul.et Gent. t. 2, p. 563.