Acta Mart. Ruinart. p. 658 et 664.]

Ce persécuteur impitoyable travaillait à se rendre tous les jours

plus digne du châtiment dont il sentait déjà les atteintes. Tous les

clercs de l'église d'Antioche avaient pris la fuite, mais le prêtre

Théodoret[36], gardien du trésor de l'église, était resté dans la

ville. Le comte, espérant découvrir encore quelque vase précieux qui

aurait échappé à ses recherches, le fit venir, et lui donna le choix de

la mort ou de l'apostasie. Le saint prêtre ne balança pas, et Julien

lui fit endurer de si cruels tourments, que les deux bourreaux effrayés

de sa constance, et touchés en même temps de la grace divine, tombèrent

à ses pieds et se déclarèrent chrétiens. Ils furent aussitôt conduits

au rivage et précipités dans la mer. Théodoret, après avoir prédit au

comte sa mort et celle de l'empereur, eut la tête tranchée. On traita

avec la même inhumanité plusieurs officiers de guerre, dont les seuls

connus sont Bonosus et Maximilianus, qui commandaient, l'un dans le

corps des Joviens, l'autre dans celui des Herculiens. Leur crime était

de n'avoir pas voulu, selon les ordres de l'empereur, changer leur

enseigne, qui portait le monogramme de Christ. Ce fut en cette occasion

que le comte Hormisdas[37] donna des preuves de son attachement au

christianisme: il les alla visiter dans la prison; il les encouragea

et se recommanda à leurs prières. L'empereur se crut obligé d'arrêter

la fureur de son oncle: _Vous me faites_, lui dit-il, _plus de tort

qu'aux chrétiens mêmes: vous leur procurez le titre de martyrs, et vous

m'attirez celui de tyran. N'ai-je pas défendu de les mettre à mort pour

raison de religion?_ _Obéissez et veillez vous-même à me faire obéir

par les autres magistrats._ Le comte restait confus et déconcerté:

l'empereur le rassura en l'invitant à venir avec lui célébrer un

sacrifice, _pour se laver de ce sang impur dont il s'était souillé_.

[Note 36: Ce prêtre est appelé Théodore par Sozomène.--S.-M.]

[Note 37: Le frère du roi de Perse Sapor, dont il a déjà été plusieurs

fois question. Je remarquerai à cette occasion, que Gibbon s'est trompé

en voulant jeter du doute sur les liens de parenté qui unissaient

Hormisdas et Sapor. Jamais les auteurs qu'il allègue n'ont rapporté

l'absurdité qu'il leur prête. «Il est à peu près impossible, dit-il (t.

4, p. 481, not. 1), qu'il fût le frère (_frater germanus_) d'un prince

son aîné et _posthume_.» Ces écrivains ont bien soin de remarquer

qu'Hormisdas était plus âgé que Sapor, né d'une autre mère, qui avait

eu plusieurs enfants; que tous ils avaient été exclus de la couronne,

et qu'on leur avait préféré l'enfant, encore à naître, auquel la femme

favorite de Sapor devait donner le jour.--S.-M.]

[Note latérale: XIX.

Mort de Juventinus et de Maximin.

Chrysost. in Juvent. et Maxim. t. 2, p. 578-583.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 42 / 354 题