Ce persécuteur impitoyable travaillait à se rendre tous les jours
plus digne du châtiment dont il sentait déjà les atteintes. Tous les
clercs de l'église d'Antioche avaient pris la fuite, mais le prêtre
Théodoret[36], gardien du trésor de l'église, était resté dans la
ville. Le comte, espérant découvrir encore quelque vase précieux qui
aurait échappé à ses recherches, le fit venir, et lui donna le choix de
la mort ou de l'apostasie. Le saint prêtre ne balança pas, et Julien
lui fit endurer de si cruels tourments, que les deux bourreaux effrayés
de sa constance, et touchés en même temps de la grace divine, tombèrent
à ses pieds et se déclarèrent chrétiens. Ils furent aussitôt conduits
au rivage et précipités dans la mer. Théodoret, après avoir prédit au
comte sa mort et celle de l'empereur, eut la tête tranchée. On traita
avec la même inhumanité plusieurs officiers de guerre, dont les seuls
connus sont Bonosus et Maximilianus, qui commandaient, l'un dans le
corps des Joviens, l'autre dans celui des Herculiens. Leur crime était
de n'avoir pas voulu, selon les ordres de l'empereur, changer leur
enseigne, qui portait le monogramme de Christ. Ce fut en cette occasion
que le comte Hormisdas[37] donna des preuves de son attachement au
christianisme: il les alla visiter dans la prison; il les encouragea
et se recommanda à leurs prières. L'empereur se crut obligé d'arrêter
la fureur de son oncle: _Vous me faites_, lui dit-il, _plus de tort
qu'aux chrétiens mêmes: vous leur procurez le titre de martyrs, et vous
m'attirez celui de tyran. N'ai-je pas défendu de les mettre à mort pour
raison de religion?_ _Obéissez et veillez vous-même à me faire obéir
par les autres magistrats._ Le comte restait confus et déconcerté:
l'empereur le rassura en l'invitant à venir avec lui célébrer un
sacrifice, _pour se laver de ce sang impur dont il s'était souillé_.
[Note 36: Ce prêtre est appelé Théodore par Sozomène.--S.-M.]
[Note 37: Le frère du roi de Perse Sapor, dont il a déjà été plusieurs
fois question. Je remarquerai à cette occasion, que Gibbon s'est trompé
en voulant jeter du doute sur les liens de parenté qui unissaient
Hormisdas et Sapor. Jamais les auteurs qu'il allègue n'ont rapporté
l'absurdité qu'il leur prête. «Il est à peu près impossible, dit-il (t.
4, p. 481, not. 1), qu'il fût le frère (_frater germanus_) d'un prince
son aîné et _posthume_.» Ces écrivains ont bien soin de remarquer
qu'Hormisdas était plus âgé que Sapor, né d'une autre mère, qui avait
eu plusieurs enfants; que tous ils avaient été exclus de la couronne,
et qu'on leur avait préféré l'enfant, encore à naître, auquel la femme
favorite de Sapor devait donner le jour.--S.-M.]
[Note latérale: XIX.
Mort de Juventinus et de Maximin.
Chrysost. in Juvent. et Maxim. t. 2, p. 578-583.