Theod. l. 3, c. 14.]

Cette modération n'était que l'effet d'une haine plus froide et plus

réfléchie. Il inventait lui-même mille moyens d'alarmer la conscience

des chrétiens et de révolter leur délicatesse en fait de religion.

Il s'avisa de faire répandre le sang des victimes dans les fontaines

d'Antioche et de Daphné, et d'arroser d'eau lustrale toutes les

provisions de bouche qui se vendaient au marché. Les chrétiens les

plus instruits se moquaient de ce frivole artifice; et, suivant le

conseil de saint Paul, ils ne se faisaient aucun scrupule d'user de ces

aliments. D'autres gémissaient de cette dure nécessité. Deux soldats

de la garde, Juventinus et Maximin, se trouvant à table avec plusieurs

de leurs camarades, s'emportèrent en murmures: _Quel esclavage!_

s'écriaient-ils; _nous ne respirons qu'un air impur, infecté de l'odeur

et de la fumée des victimes; on fait entrer jusque dans nos veines

les souillures de l'idolâtrie_; et appliquant à Julien les paroles

que prononcèrent les trois enfants dans la fournaise de Babylone:

_Seigneur_, disaient-ils, _vous nous avez livrés à un prince injuste et

apostat, qui surpasse en impiété toutes les nations de la terre_. Ces

discours furent rapportés à l'empereur. Il fait venir les deux soldats;

il les interroge: _Prince_, répondent-ils avec liberté, _nous avons

été élevés dans la véritable religion: toujours fidèles aux lois de

Constantin et de ses enfants, nous ne pouvons nous empêcher de gémir

en voyant l'idolâtrie non-seulement triompher dans les temples, mais

corrompre jusqu'à nos aliments. Nous versons des larmes en secret, et

nous osons nous plaindre devant vous. C'est le seul déplaisir que nous

éprouvions sous votre empire._ Julien, après les avoir fait battre avec

violence, les condamna à la mort, non pas comme chrétiens, mais comme

des rebelles, qui avaient outragé la majesté impériale.

[Note latérale: XX.

Malheurs arrivés cette année.

Jul. misop. p. 368.

Liban. vit. t. 2, p. 42, et or. 10, p. 314.

Amm. l. 22, c. 13.

Greg. Naz. or. 4, t. 1, p. 112 et 124.

Chrysost. de Sto Babyla, contra Jul. et Gentil., t. 2, p. 572.

Idem in Mat. hom. 4, t. 7, p. 47.

Idem de laudib. Pauli, hom. 4, t. 2, p. 493.

Idem, in primam ad Cor. hom. 39, t. 9, p. 362.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 43 / 354 题