Cette modération n'était que l'effet d'une haine plus froide et plus
réfléchie. Il inventait lui-même mille moyens d'alarmer la conscience
des chrétiens et de révolter leur délicatesse en fait de religion.
Il s'avisa de faire répandre le sang des victimes dans les fontaines
d'Antioche et de Daphné, et d'arroser d'eau lustrale toutes les
provisions de bouche qui se vendaient au marché. Les chrétiens les
plus instruits se moquaient de ce frivole artifice; et, suivant le
conseil de saint Paul, ils ne se faisaient aucun scrupule d'user de ces
aliments. D'autres gémissaient de cette dure nécessité. Deux soldats
de la garde, Juventinus et Maximin, se trouvant à table avec plusieurs
de leurs camarades, s'emportèrent en murmures: _Quel esclavage!_
s'écriaient-ils; _nous ne respirons qu'un air impur, infecté de l'odeur
et de la fumée des victimes; on fait entrer jusque dans nos veines
les souillures de l'idolâtrie_; et appliquant à Julien les paroles
que prononcèrent les trois enfants dans la fournaise de Babylone:
_Seigneur_, disaient-ils, _vous nous avez livrés à un prince injuste et
apostat, qui surpasse en impiété toutes les nations de la terre_. Ces
discours furent rapportés à l'empereur. Il fait venir les deux soldats;
il les interroge: _Prince_, répondent-ils avec liberté, _nous avons
été élevés dans la véritable religion: toujours fidèles aux lois de
Constantin et de ses enfants, nous ne pouvons nous empêcher de gémir
en voyant l'idolâtrie non-seulement triompher dans les temples, mais
corrompre jusqu'à nos aliments. Nous versons des larmes en secret, et
nous osons nous plaindre devant vous. C'est le seul déplaisir que nous
éprouvions sous votre empire._ Julien, après les avoir fait battre avec
violence, les condamna à la mort, non pas comme chrétiens, mais comme
des rebelles, qui avaient outragé la majesté impériale.
[Note latérale: XX.
Malheurs arrivés cette année.
Jul. misop. p. 368.
Liban. vit. t. 2, p. 42, et or. 10, p. 314.
Amm. l. 22, c. 13.
Greg. Naz. or. 4, t. 1, p. 112 et 124.
Chrysost. de Sto Babyla, contra Jul. et Gentil., t. 2, p. 572.
Idem in Mat. hom. 4, t. 7, p. 47.
Idem de laudib. Pauli, hom. 4, t. 2, p. 493.
Idem, in primam ad Cor. hom. 39, t. 9, p. 362.