Il se vengea sur la grande église d'Antioche, alors possédée par les
Ariens[33]. Il ordonna d'en fermer les portes, après qu'on en aurait
tiré tous les vases sacrés qu'il confisquait au profit du trésor. Le
comte Julien, Félix, trésorier de l'épargne[34], Helpidius, intendant
du domaine[35], tous trois déserteurs du christianisme, furent chargés
de cette commission. Ils ajoutèrent à l'exécution de leurs ordres toute
l'impiété et toute l'insolence dont des apostats sont capables. Après
avoir souillé par les profanations les plus abominables le sanctuaire
et les vases qu'ils enlevaient, comme l'évêque Euzoïus les menaçait
de la vengeance divine, le comte Julien lui donna un soufflet, en lui
disant: _Ne vois-tu pas que ton Dieu ne songe plus à défendre ses
adorateurs?_ Félix, considérant la magnificence des vases consacrés
aux saints mystères (c'étaient pour la plupart de riches présents de
Constantin et de Constance), _Voyez_, dit-il, _en quelle vaisselle se
fait servir le fils de Marie?_ Ces blasphèmes ne furent pas impunis. Le
châtiment d'Helpidius fut différé de quelques années; mais Félix mourut
le soir même en vomissant le sang à gros bouillons. Le comte Julien, à
qui Dieu réservait un plus long supplice, fut frappé ce jour-là même
dans les parties secrètes d'une plaie horrible dont il mourut deux mois
après.
[Note 33: _Quo tam atroci casu repentè consumpto, ad id usque
imperatorem ira provexit, ut quæstiones agitari juberet solito
acriores, et majorem ecclesiam Antiochiæ claudi._--S.-M.]
[Note 34: Ταμίας τῶν βασιλικῶν θησᾶυρων. Theod., l. 3, c. 12. Questeur
des trésors impériaux.--S.-M.]
[Note 35: Τῶν ἰδίων τοῦ βασιλέως χρημάτων τε καὶ κτημάτων τὴν
ἠγεμονίαν πεπιϛευμένος, c'est-à-dire, _ayant le soin des richesses
et des possessions particulières de l'empereur_, ou ce que les
Romains, dit Théodoret, l. 3 c. 12, appellent κόμιτα πριβάτων (_comes
privatarum_).--S.-M.]
[Note latérale: XVIII
Ses cruautés réprimées par l'empereur.
Soz. l. 5, c. 7.