Cedr. t. 1, p. 306.]

Peu de temps après la translation de saint Babylas, la nuit du 22

octobre, le feu prit au temple d'Apollon à Daphné, que Julien faisait

alors décorer d'un magnifique péristyle: il consuma le toit et les

ornements sans endommager les murailles ni les colonnes. La statue

d'Apollon fut réduite en cendres. Quoiqu'elle ne fût que de bois doré,

à l'exception de la tête, du col, et peut-être des autres extrémités

qui étaient de marbre, c'était un ouvrage fameux, pareil en grandeur

au Jupiter d'Olympie[29]. On racontait que la beauté de cette statue

avait, du temps de Valérien, désarmé Sapor, roi de Perse, premier du

nom. Ce prince, qui, selon les dogmes de Zoroastre, avait en horreur

les temples et les statues[30], étant entré dans Daphné à dessein de

brûler le temple, frappé de la majesté du dieu, avait jeté son flambeau

et adoré Apollon. Le dieu était debout, tenant sa lyre d'une main, et

de l'autre une coupe d'or, dont il semblait faire une libation à la

terre. Quelques visionnaires prétendaient avoir quelquefois entendu

sur l'heure de midi les sons de sa lyre. Les statues des Muses, celles

du fondateur Séleucus Nicator et de plusieurs autres rois de Syrie,

les pierres précieuses dont le sanctuaire était enrichi, furent aussi

la proie des flammes. A la première alarme, Julien qui venait de se

mettre au lit, accourut tout éperdu. Son oncle, qui portait le même

nom que lui, et tous les païens d'Antioche se rendirent en diligence

à Daphné pour porter du secours. Ils ne purent qu'être les témoins

de ce désastre: la violence des flammes et les poutres embrasées

qui tombaient avec fracas, ne leur permettaient pas d'approcher. On

remarqua que l'embrasement avait commencé par le toit. Quelques-uns

l'attribuaient[31] à l'imprudence d'un philosophe, nommé Asclépiade,

qui était venu ces jours-là de bien loin rendre visite à Julien.

Il avait, disait-on, posé aux pieds de la statue une petite figure

d'argent de Vénus Uranie[32], qu'il portait partout avec lui; et après

avoir, selon sa coutume, allumé à l'entour un grand nombre de cierges,

il s'était retiré. Quelques étincelles s'étant élevées jusqu'au toit,

et rencontrant une charpente sèche et très-combustible, avaient produit

cet incendie. La cause était trop simple pour trouver crédit dans

un événement de cette importance. La plupart des chrétiens aimèrent

mieux croire que le feu était descendu du ciel; et des paysans qui

venaient alors à la ville, assurèrent qu'ils avaient vu tomber la

foudre. Julien au contraire se persuada qu'il ne fallait s'en prendre

qu'à la méchanceté des chrétiens, et à la négligence, peut-être même à

la collusion criminelle des gardiens du temple. En conséquence de ce

soupçon il fit appliquer à la question et les ministres et le principal

sacrificateur; mais il n'en put tirer aucun éclaircissement.

[Note 29: C'est Ammien Marcellin qui compare cette statue à celle

d'Olympie. _Simulacrum in eo Olympiaci Jovis imitamenti æquiparans

magnitudinem._ Amm. Marc. l. 22, c. 13. Selon Cédrénus, p. 306,

elle avait été faite par un statuaire célèbre nommé Bryxis ou

Bryaxis.--S.-M.]

[Note 30: Quoiqu'il soit vrai, en général, que les sectateurs de

Zoroastre dussent avoir un grand éloignement pour les représentations

des dieux, il n'en est pas moins certain que plusieurs des monuments de

la Perse, élevés en l'honneur des rois de la dynastie des Sassanides,

offrent les images de plusieurs des anges ou intelligences suprêmes

qui, portant en persan le nom d'_Ized_, c'est-à-dire _dieux_, pouvaient

être réellement assimilés aux dieux des Grecs et des Romains. Ainsi,

par exemple, sur un bas-relief de Nakschi Roustam (Ker Porter, _travels

in Georgia, Armenia, Persia, etc._, t. 1, p. 548. pl. 23), qui

représente le même Sapor dont il s'agit dans le texte de Lebeau, on

voit en face de lui l'image d'_Ormouzd_, à cheval, offrant au roi une

couronne, emblème de la victoire. _Ormouzd_ est qualifié du titre de

_dieu_ dans l'inscription grecque placée au-dessous. Cette inscription

est conçue ainsi: ΤΟΥΤΟ ΤΟ ΠΡΟΣΩΠΟΝ ΔΙΟΥ ΘΕΟΥ, c'est-à-dire: _Ceci

est l'image du Dieu Jupiter_ (Ormouzd). Les inscriptions en langue

syriaque et pehlvie, placées au-dessus, contiennent précisément la même

chose.--S.-M.]

[Note 31: Ce n'était, selon Ammien Marcellin, l. 22, c. 13, qu'un bruit

sans fondement, une vaine rumeur, _rumore levissimo_.--S.-M.]

[Note 32: Ce n'était pas une statue de cette divinité, mais comme nous

l'apprend Ammien Marcellin, l. 22, c. 13, de la Déesse Céleste, _Dea

Cœlestis_, c'est-à-dire de Junon. C'est là le nom que lui donnaient

ordinairement les Romains de cette époque. On l'appelait aussi _Regina

Cœlestis_, ou simplement _Regina_. Ces noms se trouvent souvent

sur les médailles impériales. Elle était la principale divinité

de Carthage, colonie romaine, comme elle l'avait été de Carthage

indépendante.--S.-M.]

[Note latérale: XVII.

Impiété du comte Julien.

[Amm. l. 22, c. 13.]

Chrysost. de Sto Babyla et contra Jul. et Gent. t. 2, p. 563.

Idem, in Mat. Hom. 4, t. 7, p. 47, et de laudibus Pauli, Hom. 4, t. 2,

p. 492.

Theod. l. 3, c. 11 et 12.

Soz. l. 5, c. 7.

Philost. l. 7, c. 10.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 40 / 354 题