Tous les oracles de l'empire, abandonnés depuis long-temps, n'étaient
occupés qu'à répondre aux députés de l'empereur. Il envoya à Delphes,
à Délos, à Dodone. Tous lui promettaient la victoire; mais en si
mauvais vers, qu'on disait plaisamment que le Dieu de la poésie avait
oublié son métier faute d'exercice. Il consulta par lui-même Apollon
de Daphné. Après un grand nombre de sacrifices et de magnifiques
offrandes, le Dieu répondit enfin, qu'il ne pouvait parler, tant qu'il
serait infecté des cadavres dont il était environné. Julien comprit
que le voisin le plus incommode dont Apollon voulût se plaindre, était
saint Babylas[28], dont les reliques transportées en ce lieu fermaient
depuis onze ans la bouche à l'oracle. Il donna ordre de reporter ce
corps dans la ville d'Antioche, d'où Gallus l'avait transféré. Ce fut
pour les chrétiens une nouvelle occasion de disgraces. Ils viennent
en foule au-devant des reliques du saint martyr; ils les placent sur
un char; et dans cette espèce de triomphe, où ils ramenaient Babylas
vainqueur des démons de Daphné, hommes, femmes, enfants animés par
la vue de leur multitude et comme enivrés de la joie d'une victoire,
dansent autour du char et chantent des psaumes, ajoutant à chaque
verset cette reprise: _Qu'ils soient confondus, tous ceux qui adorent
les ouvrages de sculpture, et qui se glorifient dans leurs idoles._
[Note 28: Julien l'appelle τὸν νεκρὸν, _le mort_.--S.-M.]
[Note latérale: XIV.