Son acharnement contre le christianisme ne lui faisait pas perdre de
vue la guerre qu'il avait projetée. Loin qu'un de ces objets pût le
distraire de l'autre, il savait les faire concourir. On enrôlait les
clercs et les moines. Ceux-ci lui étaient surtout odieux; et quoique
leur extérieur n'eût rien de plus singulier que celui de l'empereur
même et des philosophes qui remplissaient sa cour, ils étaient l'objet
perpétuel de ses mépris et de ses railleries. Ils n'osaient sortir
de leurs déserts; on allait les enlever jusque dans leurs retraites
pour les forcer au service. Cependant l'empereur cherchait dans sa
superstition des présages de victoire; il inondait les autels du sang
des victimes; il égorgeait quelquefois cent taureaux ensemble, un
nombre infini d'animaux de toute espèce, et des oiseaux rares qu'il
faisait rassembler de toutes les contrées; en sorte que les dépenses
des sacrifices étaient énormes. La folle dévotion du prince altérait
même la discipline militaire. Les soldats qu'il nourrissait de la
chair des animaux immolés, s'en remplissaient avec excès dans les
temples, et buvant sans mesure il fallait les porter comme morts à
leur quartier, au grand scandale de la religion païenne. Ce désordre
était surtout très-commun parmi les soldats gaulois, qui se donnaient
plus de licence, parce que Julien leur devait l'empire[26]. On voyait
de toutes parts une multitude d'astrologues, d'aruspices, d'augures,
d'interprètes de songes, d'imposteurs de mille ordres différents.
Julien qui n'en trouvait pas encore assez à son gré, fit déboucher
la source prophétique de la fontaine de Castalie[27]. On disait que
le souffle qui s'élevait de son sein animait les prêtres, et que le
murmure de ses eaux les instruisait des événements futurs. C'était
par cet oracle qu'Hadrien avait autrefois appris qu'il parviendrait
à l'empire; mais il avait fait combler cette source d'une masse
énorme de pierres, dans la crainte qu'elle ne fût par la suite assez
indiscrète pour lui nommer un successeur. Plusieurs pères de l'église
accusent Julien d'avoir encore employé pour pénétrer les secrets de
l'avenir d'autres pratiques, qui dans les mœurs de ce prince seraient
incroyables, si cette curiosité insensée n'avait été trop souvent
cruelle et meurtrière. Ils rapportent qu'il fit jeter pendant la nuit
quantité de cadavres dans l'Oronte; et qu'après sa mort on trouva dans
le palais d'Antioche des réservoirs, des fosses, des puits comblés de
victimes humaines qu'il avait immolées dans les affreux mystères de la
nécromancie.
[Note 26: _Petulantes ante omnes et Celtæ, quorum eâ tempestate
confidentia creverat ultra modum._ Amm. Marc., l. 22, c. 12.--S.-M.]
[Note 27: Il ne s'agit pas ici de la fontaine Castalie près de Delphes,
mais d'une autre qui existait auprès du temple d'Apollon à Daphné,
et à laquelle on avait donné le même nom, parce qu'on lui supposait
la même vertu. Julien la fit purifier en employant les rites suivis
autrefois par les Athéniens, lorsque, pendant la guerre du Péloponèse,
ils voulurent rendre à l'île de Délos son antique sainteté. On peut
consulter à ce sujet le 3e livre de Thucydide et le 12e de Diodore
de Sicile. _Circumhumata corpora_, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 12,
_statuit exinde transferri eo ritu, quo Athenienses insulam purgaverant
Delon_.--S.-M.]
[Note latérale: XIII.
Translation des reliques de S. Babylas.
[Jul. misop. p. 361.]
Liban. monod. t. 2, p. 185 et 186.
Chrysost. de Sto Babyla, et contra Jul. et Gent. t. 2, passim, 5 p.
1-577.
Rufin. l. 10, c. 35 et 36.
Aug. de civ. l. 18, c. 52, t. 7, p. 535.
Socr. l. 3, c. 18, 19.
Theod. l. 3, c. 10 et 11.
Soz. l. 5, c. 18 et 19.