Fleury, hist. eccles. l. 15, c. 33.]

Son acharnement contre le christianisme ne lui faisait pas perdre de

vue la guerre qu'il avait projetée. Loin qu'un de ces objets pût le

distraire de l'autre, il savait les faire concourir. On enrôlait les

clercs et les moines. Ceux-ci lui étaient surtout odieux; et quoique

leur extérieur n'eût rien de plus singulier que celui de l'empereur

même et des philosophes qui remplissaient sa cour, ils étaient l'objet

perpétuel de ses mépris et de ses railleries. Ils n'osaient sortir

de leurs déserts; on allait les enlever jusque dans leurs retraites

pour les forcer au service. Cependant l'empereur cherchait dans sa

superstition des présages de victoire; il inondait les autels du sang

des victimes; il égorgeait quelquefois cent taureaux ensemble, un

nombre infini d'animaux de toute espèce, et des oiseaux rares qu'il

faisait rassembler de toutes les contrées; en sorte que les dépenses

des sacrifices étaient énormes. La folle dévotion du prince altérait

même la discipline militaire. Les soldats qu'il nourrissait de la

chair des animaux immolés, s'en remplissaient avec excès dans les

temples, et buvant sans mesure il fallait les porter comme morts à

leur quartier, au grand scandale de la religion païenne. Ce désordre

était surtout très-commun parmi les soldats gaulois, qui se donnaient

plus de licence, parce que Julien leur devait l'empire[26]. On voyait

de toutes parts une multitude d'astrologues, d'aruspices, d'augures,

d'interprètes de songes, d'imposteurs de mille ordres différents.

Julien qui n'en trouvait pas encore assez à son gré, fit déboucher

la source prophétique de la fontaine de Castalie[27]. On disait que

le souffle qui s'élevait de son sein animait les prêtres, et que le

murmure de ses eaux les instruisait des événements futurs. C'était

par cet oracle qu'Hadrien avait autrefois appris qu'il parviendrait

à l'empire; mais il avait fait combler cette source d'une masse

énorme de pierres, dans la crainte qu'elle ne fût par la suite assez

indiscrète pour lui nommer un successeur. Plusieurs pères de l'église

accusent Julien d'avoir encore employé pour pénétrer les secrets de

l'avenir d'autres pratiques, qui dans les mœurs de ce prince seraient

incroyables, si cette curiosité insensée n'avait été trop souvent

cruelle et meurtrière. Ils rapportent qu'il fit jeter pendant la nuit

quantité de cadavres dans l'Oronte; et qu'après sa mort on trouva dans

le palais d'Antioche des réservoirs, des fosses, des puits comblés de

victimes humaines qu'il avait immolées dans les affreux mystères de la

nécromancie.

[Note 26: _Petulantes ante omnes et Celtæ, quorum eâ tempestate

confidentia creverat ultra modum._ Amm. Marc., l. 22, c. 12.--S.-M.]

[Note 27: Il ne s'agit pas ici de la fontaine Castalie près de Delphes,

mais d'une autre qui existait auprès du temple d'Apollon à Daphné,

et à laquelle on avait donné le même nom, parce qu'on lui supposait

la même vertu. Julien la fit purifier en employant les rites suivis

autrefois par les Athéniens, lorsque, pendant la guerre du Péloponèse,

ils voulurent rendre à l'île de Délos son antique sainteté. On peut

consulter à ce sujet le 3e livre de Thucydide et le 12e de Diodore

de Sicile. _Circumhumata corpora_, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 12,

_statuit exinde transferri eo ritu, quo Athenienses insulam purgaverant

Delon_.--S.-M.]

[Note latérale: XIII.

Translation des reliques de S. Babylas.

[Jul. misop. p. 361.]

Liban. monod. t. 2, p. 185 et 186.

Chrysost. de Sto Babyla, et contra Jul. et Gent. t. 2, passim, 5 p.

1-577.

Rufin. l. 10, c. 35 et 36.

Aug. de civ. l. 18, c. 52, t. 7, p. 535.

Socr. l. 3, c. 18, 19.

Theod. l. 3, c. 10 et 11.

Soz. l. 5, c. 18 et 19.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 36 / 354 题