Tandis que ces sanglantes tragédies remplissaient l'Orient d'horreur,
l'Occident ne fut pas épargné. Rome vit immoler par le glaive, ou
précipiter dans le Tibre plusieurs de ses citoyens. On y poursuivait
les chrétiens, comme coupables de magie. Et il faut avouer que sans
chercher de prétexte pour les faire périr, on en trouvait assez dans
leur hardiesse. Les insultes des païens, leurs blasphèmes, la vue de
leurs abominations, embrasaient le zèle des fidèles, et le portaient
souvent au-delà des bornes. Nourris et élevés sous la domination du
christianisme, ils regardaient le règne de l'idolâtrie comme une
usurpation; ils renversaient les autels, brisaient les statues,
troublaient les sacrifices, et n'ayant d'autres armes que leur zèle,
ils provoquaient contre eux-mêmes toutes les forces du paganisme.
La multitude ignorait alors ce qu'elle a de tout temps ignoré, que
la religion chrétienne ne s'élève jamais par voie de fait contre
l'ordre public, et que sous un gouvernement qui lui fait la guerre,
elle ne doit que souffrir. La constance des martyrs qui répandirent
leur sang sous Julien, répare sans doute ce qu'on pourrait trouver
de répréhensible dans l'excès de leur zèle. Julien n'en est pas plus
excusable: il connaissait assez les hommes pour prévoir les effets que
ne pouvaient manquer de produire, d'un côté l'insolence des païens
triomphants, de l'autre l'impatience des chrétiens accablés.
[Note latérale: XII.
Superstitions de Julien.
[Jul. or. 7, p. 225 et frag. p. 288.]
Amm. l. 22, c. 12.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91, et or. 4, p. 122.
Elias Cretensis et Nonnus in or. 4.
Greg. Naz.
Chrysost. de Sto Babyla et contra Jul. et Gent. t. 2, p. 575 et passim.
[Soz. l. 5, c. 19.]
Theod. l. 3, c. 21 et 22.
Baron. in ann. 362.
Till. pers. art. 7.