Le fanatisme étouffait dans le cœur de Julien jusqu'aux sentiments de
la plus juste reconnaissance. Marc, évêque d'Aréthuse, lui avait sauvé
la vie dans son enfance. On ne sait si ce prélat, fameux auparavant
par son zèle pour l'arianisme, était revenu de ses erreurs, comme
Théodoret le fait entendre, ou s'il y restait encore engagé. Tout ce
qui portait le nom de chrétien, était également en butte aux traits de
l'idolâtrie; et dans cette proscription générale, plusieurs hérétiques
souffrirent constamment la mort. Marc accablé d'années, mais plein de
force et de courage, fut la victime d'une populace effrénée[25]. Il
endura pendant plusieurs jours tous les tourments que peut inventer
la cruauté, toujours plus ingénieuse dans les ames les plus stupides
et les plus grossières. Sa vieillesse triompha cependant des supplices
les plus douloureux, et il survécut à l'empereur. La nouvelle de ce
traitement inhumain étant parvenue à la cour, Julien n'en témoigna
aucun ressentiment. Mais le préfet Salluste, dont l'ame généreuse en
fut révoltée, prit la liberté de dire à l'empereur: _Prince, quelle
honte pour nous d'être si inférieurs aux chrétiens, qu'un de leurs
vieillards ait surmonté un peuple entier et tout ce que nous avons de
tortures! Ce n'était pas un honneur de le vaincre; mais c'est le comble
de l'ignominie, d'en avoir été vaincus._
[Note 25: On l'accusait d'avoir détruit, sous le règne de Constance,
un temple, et on voulait le contraindre de le rétablir à ses
dépens.--S.-M.]
[Note latérale: XI.
Zèle ardent des chrétiens.
Socr. l. 3, c. 15.
Theod. l. 3, c. 7.
Soz. l. 5, c. 10.