C'était proscrire le christianisme, que de montrer tant de mépris
et tant de haine contre les chrétiens. L'idolâtrie enchaînée depuis
la conversion de Constantin, ayant enfin brisé ses fers, signala sa
vengeance par les plus affreuses violences. Profaner les églises, les
consacrer aux divinités païennes en y plaçant les idoles les plus
infâmes, détruire les sépultures des martyrs, disperser leurs os,
jeter au vent leurs cendres, ce n'était que les exploits ordinaires
d'une superstition victorieuse. Mais la plupart des villes de Syrie
et de Phrygie se portèrent à des excès de cruauté qui font horreur
à raconter. On mit en usage les anciens supplices; on en imagina de
nouveaux et d'inouïs. Les habitants d'Héliopolis, pour venger leur
Vénus dont Constantin avait tâché d'abolir le culte impudique, firent
ouvrir le ventre à des vierges sacrées, le remplirent d'orge, et les
exposèrent dans cet état horrible à l'avidité des animaux les plus
immondes, qui dévoraient en même temps l'orge et les entrailles. On vit
des hommes manger le foie d'un diacre nommé Cyrille. Gaza, Ascalon,
Émèse, Aréthuse imitèrent ces monstrueuses barbaries, qui semblent
souiller l'histoire même. Ce sont ces villes que Julien comble de
louanges dans ses ouvrages: il les appelle _des villes saintes, des
villes généreuses, qui lui sont étroitement unies par leur piété. Elles
ont_, dit-il, _secondé mes intentions avec tant d'ardeur, qu'elles ont
porté le châtiment des impies Galiléens plus loin que je ne désirais._
Il récompensa les fureurs des habitants de Gaza, en rappelant sous la
dépendance de leur ville le bourg de Maïuma, qu'il dépouilla de tous
les titres et de tous les droits dont Constantin l'avait honoré.
[Note latérale: X.
Supplices de Marc d'Aréthuse.
[Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 89-91.]
Theod. l. 3, c. 7.
Soz. l. 5, c. 10.