Philost. l. 7, c. 2.]

La nouvelle de la mort d'Artémius, parvenue à Alexandrie, fut le signal

du massacre de George. Le peuple idolâtre, poussant des hurlements

affreux, court l'arracher de sa maison. Ce malheureux est en un moment

assommé, foulé aux pieds, traîné, mis en pièces. Dracontius, intendant

de la monnaie, et Diodore qui tenait le rang de comte, expirent au

milieu de mille outrages. L'un avait détruit un autel de Sérapis;

l'autre présidait à la construction d'une église; il attirait les

enfants au christianisme, et leur coupait les cheveux qu'on laissait

croître par une superstition païenne. Cette populace forcenée charge un

chameau de ces cadavres déchirés; on les promène par toute la ville;

on les conduit ensuite au rivage, où après les avoir brûlés on jette

leurs cendres dans la mer, de peur, disait-on, qu'elles ne fussent

recueillies et honorées comme des reliques de martyrs[17]. Les seuls

Ariens auraient été capables de leur rendre ce culte religieux[18].

Ils accusèrent les catholiques d'avoir trempé leurs mains dans le

sang de George; et Socrate avoue que dans une émeute populaire les

mécontents se laissent aisément entraîner par les séditieux[19].

Cependant Ammien Marcellin paraît les disculper, en disant que les

chrétiens étaient assez forts pour défendre George, mais qu'ils

s'abstinrent de le faire parce qu'il était universellement odieux[20];

et le témoignage de Julien achève de les justifier; il n'imputa ce

massacre qu'aux païens. Il en parut d'abord extrêmement irrité; il

ne parlait que de châtiments. Mais les violences qui attaquaient les

chrétiens, ne blessaient que sa politique, sans toucher son cœur. Sa

colère se laissa bientôt fléchir par son oncle le comte Julien, qui

intercéda pour Alexandrie dont il avait été gouverneur. L'empereur se

contenta d'écrire aux Alexandrins une lettre, dans laquelle il leur

reproche leur inhumanité: il avoue que George méritait ces traitements

et peut-être de plus rigoureux encore: _Mais, _ajoute-t-il_, vous ne

deviez pas être ses bourreaux: vous avez des lois; elles devaient

être sacrées pour vous, quoiqu'il les foulât aux pieds. Rendez graces

au grand Sérapis: par respect pour ce Dieu qui vous protége, et par

considération pour un oncle qui vous a gouvernés[21], je veux bien vous

pardonner de si coupables excès._ George laissait de grandes richesses,

fruits de ses concussions et de ses rapines. Julien les abandonna

sans regret à ceux qui les avaient pillées; mais il revendiqua la

bibliothèque, qui, malgré l'ignorance du possesseur, était nombreuse

et choisie. L'empereur donna des ordres très-pressants d'en recueillir

exactement tous les livres, de les lui envoyer en diligence et de n'en

laisser écarter aucun, _pas même_, dit-il, _les livres impies des

Galiléens_.

[Note 17: _Iisdemque subdito igne crematis, cineres projecit in mare,

id metuens ut clamabat, ne collectis supremis, ædes illis exstruerentur

ut reliquis, qui deviare a religione compulsi, pertulere cruciabiles

pœnas, adusque gloriosam mortem intemerata fide progressi, et nunc

Martyres appellantur._ Amm. Marcell., l. 22, c. 11. S. Epiphane dit à

peu près la même chose (hær. 76, t. 1, p. 912) et aussi à propos du

massacre de George.--S.-M.]

[Note 18: Quelques savants ont pensé que l'Arien George, massacré par

les païens d'Alexandrie, était le même que le patron de l'Angleterre,

dont la légende a été défigurée par une multitude de fables. Voyez à ce

sujet Gibbon, t. 4, p. 443 et 444.--S.-M.]

[Note 19: Ἐγὼ δὲ ἡγοῦμαι μὲν τοὺς μισοῦντας ἐν ταῖς ςάσεσι

συνεπιτίθεσθαι τοῖς ἀδικoῦσιν. Socr. l. 3, c. 3.--S.-M.]

[Note 20: _Poterantque miserandi homines ad crudele supplicium ducti,

christianorum adjumento defendi, ni Georgii odio omnes indiscretè

flagrabant._ Amm. Marc. l. 22, c. 11.--S.-M.]

[Note 21: Sozomène (l. 5, c. 7) y ajoute Alexandre, fondateur de la

ville.--S.-M.]

[Note latérale: VIII.

Julien cherche à soulever les peuples contre les chrétiens.

Jul. ep. 52, p. 435.

Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91.

Soz. l. 5, c. 15.

[Theoph. p. 41.]]

L'impunité des Alexandrins[22] fit connaître à tout l'empire que Julien

pardonnait volontiers les outrages faits aux chrétiens, et que leur

sang n'était à ses yeux qu'un sang vil et méprisable. On acheva de

s'en convaincre par la colère qu'il fit éclater contre le gouverneur

de Cappadoce. La populace païenne qui habitait Césarée, se souleva

contre les chrétiens de la ville. Il y eut un grand carnage. Pour

prévenir les suites de ce désordre, on arrêta les plus coupables.

Le gouverneur voulant faire sa cour au prince, fit tomber sur les

chrétiens la plus grande partie des châtiments; mais il ne put se

dispenser de punir aussi quelques idolâtres. Julien en fut indigné: il

manda le gouverneur: il voulait d'abord le faire traîner au supplice.

Comme on lui prouvait que les païens étaient les auteurs du massacre:

_Le grand malheur_, s'écria-t-il, _que des Hellènes aient fait périr

dix Galiléens!_ Il crut donner une grande marque de clémence en ne le

condamnant qu'à l'exil. Il ne tint pas à lui que l'évêque de Bostra

ne fût traité comme celui d'Alexandrie. L'église de cette capitale de

l'Arabie[23] était alors gouvernée par Titus, prélat respectable par sa

sainteté, et redoutable à Julien par sa doctrine. L'empereur ordonna

aux habitants de le chasser; il fit en même temps déclarer à Titus que

s'il arrivait quelque émeute à son occasion, il s'en prendrait à lui

et à son clergé. Sur cette menace, l'évêque représenta à l'empereur

que les chrétiens étaient à la vérité par leur grand nombre en état de

faire tête aux Hellènes; mais que loin de les animer, il ne travaillait

qu'à les contenir. Aussitôt Julien envoya aux habitants un édit[24], où

par une interprétation maligne et tout-à-fait indigne d'un prince, il

envenimait les paroles de Titus. Après les avoir rapportées: _Voilà_,

dit-il, _le langage de votre évêque; vous voyez comme il vous dérobe

le mérite de votre obéissance: à l'entendre, vous n'êtes que des

séditieux: c'est lui qui par ses discours vous contient malgré vous:

chassez-le donc de votre ville comme un délateur perfide._ Sozomène

donne lieu de croire que cet ordre fut exécuté.

[Note 22: Dans sa lettre Julien leur dit, ep. 10, p. 380, qu'il

conserve pour eux une amitié fraternelle, ἀδελφικὴν εὔνοιαν ὑμῖν

ἀποσώζω.--S.-M.]

[Note 23: C'est le nom que les Romains donnaient à une province

formée aux dépens de la Syrie, et située sur les frontières du

désert d'Arabie. Elle avait été réunie à l'empire sous le règne de

Trajan.--S.-M.]

[Note 24: Cet édit ou plutôt cette lettre est datée d'Antioche le

1er août 362.--S.-M.]

[Note latérale: IX.

Fureurs des païens.

Jul. Misop. p. 357 et 361.

Socr. l. 3, c. 15.

Theod. l. 3. c. 6.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 32 / 354 题