Dans le temps qu'il affectait d'oublier ses propres injures, il
n'épargnait pas les ennemis de ses dieux. Artémius, commandant des
troupes en Égypte, fut la première victime du zèle de Julien pour
l'idolâtrie. Ammien Marcellin se contente de dire qu'il fut accusé
de crimes atroces par les Alexandrins, et condamné à mort[12]. Son
histoire est développée plus au long, par les auteurs ecclésiastiques.
L'évêque George dévoué aux Ariens, auxquels il devait sa fortune,
s'était rendu également odieux à tout le reste des Alexandrins, aux
catholiques qu'il persécutait, aux païens dont il voulait détruire le
culte, aux magistrats qu'il méprisait, au peuple qu'il accablait en
tyran. Les païens surtout nourrissaient secrètement contre lui une
haine mortelle. Il empêchait leurs sacrifices et la célébration de
leurs fêtes: secondé d'Artémius et de ses troupes, il renversait leurs
autels, il enlevait à main armée leurs statues et tous les ornements
de leurs temples. Au retour d'un voyage qu'il avait fait à la cour
de Constance, passant avec un nombreux cortége devant le temple du
Génie[13], et jetant un regard de courroux sur ce magnifique édifice:
_Jusqu'à quand_, dit-il, _laisserons-nous subsister ce sépulcre_[14]?
Les idolâtres frappés de cette parole, résolurent de le perdre pour
sauver leur dieu. Dès que Julien fut sur le trône, ils commencèrent par
attaquer Artémius, dont la puissance servait de rempart à l'évêque.
Ils le déférèrent à l'empereur comme le soutien et l'exécuteur de
toutes les violences de George[15]. Julien lui ordonna de se rendre à
Antioche. Artémius partit en menaçant les habitants de leur faire payer
bien cher à son retour les frais d'un si fâcheux voyage. Il ne revint
pas. Julien lui fit trancher la tête, et l'église grecque l'honore
comme un célèbre martyr[16]. Les critiques se partagent à son sujet:
tous conviennent qu'il avait été, comme son prédécesseur Sébastien,
zélateur de l'Arianisme, partisan de George, ennemi déclaré d'Athanase
qu'il avait poursuivi jusque dans les déserts; mais quelques-uns
prétendent que touché de la grace divine, il reconnut son erreur, et
mérita la couronne du martyre: les autres n'aperçoivent aucune preuve
de sa pénitence, et désapprouvent le culte que lui rendent les Grecs.
[Note 12: _Tunc Artemius ex duce Ægypti, Alexandrinis urgentibus
atrocium criminum mole, supplicio capitali mulctatus est._ Théodoret
l'appelle ςρατήγος τῶν ἐν Αίγύπτῳ ςρατιωτών. Julien le nomme par
dérision _le roi et le tyran de l'Égypte_, βασιλέα τής Αίγύπτου καί
τύραννον, faisant sans doute allusion aux violences commises par lui
pour appuyer George et les Ariens.--S.-M.]
[Note 13: _Per speciosum Genii templum_, dit Ammien Marcellin, l. 22,
c. 11, voulant sans doute parler du _génie_ ou de la _fortune_, τύχη,
d'Alexandrie. Toutes les villes possédaient un temple ou au moins un
oratoire dédié à leur génie tutélaire.--S.-M.]
[Note 14: _Quamdiu sepulchrum hoc stabit?_ Ammien Marcellin, l. 22, c.
11.--S.-M.]
[Note 15: On l'accusait d'avoir renversé et pillé le temple de Sérapis.
Dans ses actes recueillis par Surins, on rapporte aussi qu'il avait
contribué à la mort de Gallus. Cette circonstance pourrait peut-être
nous faire connaître la véritable cause ou au moins le prétexte de la
sévérité de Julien envers ce général.--S.-M.]
[Note 16: C'est le 20 octobre que l'on célèbre sa fête.--S.-M.]
[Note latérale: VII. George massacré.
Jul. ep. 10, p. 378.
Amm. l. 22, c. 11.
Greg. Naz. or. 21, t. 1, 389 et 390.
Ambros. ep. 40, t. 2, p. 951.
[Epiph. hær. 76, t. 1, p. 912.]
Socr. l. 3, c. 2 et 3.
Soz. l. 5, c. 7.