La jeune Doris, d'Egine, a donné les premiers battements de son coeur au
jeune athlète Alcias, dont les ancêtres ont cueilli tant de lauriers
dans les jeux de la Grèce. D'une gracilité vigoureuse, d'une souplesse
et d'une force surhumaines, Alcias dépasse en beauté tous les hommes de
ce beau pays. Ce que Doris adore en lui, ce n'est ni son âme, ni sa
fortune, ni les douces paroles de ses lèvres: c'est sa beauté. Mais
comment Vicias peut-il répondre à ses voeux et l'épouser? N'est-il pas
tenu, jusqu'à ce qu'il ait conquis tous les prix, à une continence
absolue? La chasteté, gardienne de la force, est imposée aux athlètes.
Comme il aime Doris, il se hâte de passer par tous les travaux et de
couronner rapidement sa carrière. Aux jeux Pythiques, aux jeux
Olympiques, il terrasse ses adversaires. A la lutte de Némée--la lutte
ultime--Alcias remporte encore la victoire, mais à quel prix! Le poing
ganté du ceste de son rival lui a enlevé la lumière des yeux. En lui
voyant le regard éteint, Doris sent que le charme est rompu. Ce que
cette Grecque d'Egine idolâtrait dans Alcias, c'était la perfection du
corps, l'harmonie divine de tous les traits. Sans beaucoup d'espoir,
elle le mène au sanctuaire d'Epidaure où s'opèrent, sous la direction
des Asclépiades, de nombreux miracles. O bonheur! Alcias recouvre à la
fois la clarté des yeux, la beauté première et tout l'amour immense de
Doris. A côté de ces deux êtres, Mme Jean Bertheroy a imaginé une
poétesse, soeur d'Aleias, laquelle, malgré la chasteté qu'elle doit à la
déesse de la Sagesse, s'est donnée à un sculpteur, Osthanès, lequel
semble puni des dieux--la scène reste dans un certain vague, peut-être
voulu--pour être sorti des traditions et du style conventionnel et avoir
représenté, dans sa réalité, le bel Alcias. On peut faire des réserves
pour cette partie du roman. Mais quelle poésie Il y a l'amour éternel,
le même partout! Il y a la Grèce dans ses temples, dans ses jeux, dans
ses paysages, dans ses nobles passions! On en devient le citoyen heureux
en lisant la _Beauté d'Aleias_; on se mêle au peuple d'Egine; on se
plonge avec ravissement dans le torrent d'idéalisme qui s'échappe de
l'âme poétique de Mme Jean Bertheroy.