[GU] Pour ma petite rose, mon Dieu!--je donnerais M. Delessert, cet

ingénieux préfet de police que vous savez;--je donnerais cette belle

galerie de bois que l’on a accrochée au flanc du Louvre!--je donnerais

les comédies de M. Bonjour--et l’institution de la garde nationale, et

les fortifications de Paris.--Je ne sais ce que je donnerais pour ma

petite rose.--Reprenez tout cela, mon Dieu!--et rendez-nous les roses

de mai.

Pourvu que vous ne nous supprimiez pas les roses de juin!

[GU] Mon Dieu! rendez-nous le printemps,--rendez-nous le ciel bleu,--le

soleil,--les nuits parfumées et les étoiles.--Rendez-nous ces éternelles

magnificences,--et reprenez-nous les deux tiers au moins de nos grands

citoyens,--de nos illustres, de nos célèbres, etc., etc., etc.

[GU] Les journaux font à l’envi depuis deux ans l’éloge le plus pompeux

des bonbons de Malte contre le mal de mer,--le mal de mer n’existe

plus.--M. Granier de Cassagnac--qui en a fait une peinture si

énergique,--qui en a tant souffert, et qui n’a eu que le tort d’affirmer

que les anciens n’en avaient jamais parlé,--à quoi les _Guêpes_ en ce

temps-là--lui ont cité des passages de divers anciens qui s’en

plaignaient amèrement,--M. Cassagnac lui-même ne peut voyager impunément

sur mer.

[GU] Ton baume est merveilleux;--mais combien le vends-tu?

Je ne le vends pas, je le donne, car c’est le donner que de ne vendre

que trois francs des bonbons aussi miraculeux;--trois francs,

messieurs--rien que trois francs! tous les journaux de tous les partis,

de toutes les couleurs, sont unanimes sur ce point:--le mal de mer, que

M. Granier de Cassagnac croit une découverte moderne comme

l’imprimerie,--le mal de mer n’existe plus:--tous les journaux le disent

en chœur tous les matins--comme des paysans ou des guerriers

d’opéra-comique.--_Plus_ de mal de mer! il faudrait n’avoir pas trois

francs dans la poche pour avoir le mal de mer aujourd’hui:--ouvrez un

journal au hasard,--ouvrez-les tous, vous les verrez tous dire--de leur

plus grosse voix--c’est-à-dire en lettres d’un demi-pouce:--«PLUS DE MAL

DE MER.»--Il n’y a plus que les pauvres diables, les gens de peu,--qui

vomissent.

[GU] Vous avez le mal de mer:--donc vous n’avez pas trois francs;--donc

vous êtes un va-nu-pieds.

Les hommes au-dessous de trois francs sont les seuls aujourd’hui qui

aient le mal de mer. On ne vomit plus qu’aux secondes places--sur

l’avant du bateau.

[GU] Opinion de madame Ancelot sur une pièce de madame Ancelot.

«... _Hermance ou un an trop tard_,--drame ou comédie, car cet

intéressant ouvrage participe de l’un et de l’autre genre.--Madame

Ancelot s’y livre, avec la finesse d’observation et avec la grâce du

style qui la distinguent, à la peinture vraie et animée de la

société,--c’est une admirable investigation de tous les mystères de

l’âme;--c’est, en un mot, un ouvrage de longue et haute portée, etc.

[GU] Voilà bien des fois qu’on élève des plaintes sérieuses et légitimes

sur certaines façons des subordonnés de M. Greterin, directeur des

douanes, à l’endroit des voyageurs et surtout des voyageuses.

On prétend que les femmes sont soumises, sur quelques points de la

frontière, à des visites minutieuses sur leurs personnes--et... (je

cherche des mots pour _dire_ décemment ce que _font_ les employés de M.

Greterin) à ces plaintes, il a répondu froidement que ces visites sont

faites par des femmes.

Il me paraît que M. Greterin ne considère la pudeur des femmes que comme

une coquetterie--qui n’existe qu’à l’égard des hommes--et qu’il n’y a

aucun inconvénient à ce que des femmes portent les mains les plus

hardies sur d’autres femmes.--M. Greterin se trompe: ces façons d’agir

sont odieuses--et dignes d’un peuple sauvage.

[GU] J’avais tort, dernièrement, et j’avais tort avec M. Arago, lorsque

pour la centième fois je parlais avec irrévérence de cette éducation

exclusivement littéraire donnée à tout un peuple, et de ces deux

langues, les deux seules qui ne se parlent pas.--Les plus forts

hellénistes ne comprennent pas un mot du grec moderne;--et le latin

d’église,--et le latin des savants, ne sont que deux variétés de cette

langue connue sous le nom de latin de cuisine.--J’avais tort quand je

demandais à quoi servait cette éducation.

On écrit de Presbourg, à la date du 20 mai: «L’empereur a ouvert

aujourd’hui la diète de Hongrie par un discours en latin.

»L’assemblée était très-nombreuse et très-brillante.--presque tous les

ambassadeurs résidant à Vienne avaient suivi l’empereur à Presbourg pour

assister à cette solennité.»

Cette étude du latin pendant huit ans, contre laquelle je me suis

imprudemment élevé,--sous prétexte qu’aucun professeur,--pas même M. le

ministre de l’instruction publique,--n’oserait affirmer qu’il y a huit

hommes sur cent qui sachent le latin après l’avoir appris huit

ans,--sous prétexte encore que pour les quatre-vingt-douze autres il ne

servirait absolument à rien s’ils l’apprenaient;--cette étude de latin,

je dois le reconnaître aujourd’hui, est utile pour une profession de

quelque importance:--elle est indispensable pour être empereur

d’Autriche.--Si la couronne d’Autriche venait à manquer d’héritiers,--on

la donnerait pour prix d’une composition en thème, et elle reviendrait

de droit--_optimo_--au plus fort en thème.

[GU] J’ai d’abord failli ajouter que le latin était également utile pour

la profession d’ambassadeur.--Mais, après quelques instants de

réflexion, j’ai pensé qu’il faudrait connaître le discours de S. M.

l’empereur pour décider si les ambassadeurs résidant à Vienne se sont

plus ennuyés en ne comprenant pas ce que disait le prince--qu’ils ne se

seraient ennuyés en comprenant son discours.

Néanmoins, les ambassadeurs devaient faire une bonne figure,--à peu près

celle que font aux distributions des prix aux concours de la

Sorbonne--les parents des lauréats, qui écoutent attentivement le

discours latin d’usage, dont ils ne comprennent pas un mot,--sourient ou

balancent la tête aux beaux endroits et applaudissent à la fin.

[GU] Comme l’autre jour j’entendais parler avec indignation de la liste

civile--et du peuple écrasé par elle,--je ne fus pas fâché de savoir à

quoi m’en tenir quant à moi,--et bien établir ce que me coûte le roi--et

si je suis écrasé.

Parce que, dans le cas où je serais écrasé,--je joindrais naturellement

ma voix aux cris qui se font entendre à ce sujet.

Or, voici mon compte exact avec le roi:--je paye mon trente-deux

millionième des douze millions de sa liste civile, c’est-à-dire à peu

près neuf sous par an.

D’autre part, comme abonné aux _Guêpes_, le roi me donne douze francs,

sur lesquels,--après que j’ai payé--le papier, l’impression, le timbre,

la poste, etc., etc., quand les libraires ont prélevé leur remise, etc.,

etc.,--il me revient pour ma part la somme de trois francs.

Le roi me coûte neuf sous par an et me donne trois francs,--c’est

cinquante et un sous de bénéfice net pour moi.

Je ne puis, en conscience, joindre ma voix aux cris qui se font entendre

à propos de la liste civile.

S’il est quelque chose dont on ait abusé de ce temps-ci, c’est sans

contredit le peuple.

A entendre les gens,--tant ceux du pouvoir que ceux de

l’opposition,--tant ceux qui ne veulent pas lâcher les places et

l’argent que ceux qui voudraient s’en emparer,--rien ne se fait que pour

le peuple.

Ces pauvres gens ne veulent rien pour eux,--ils n’ont besoin de rien,

ils n’accepteraient rien;--s’ils font tant de bruit, tant d’intrigues,

tant de lâchetés, tant d’infamies, tant de trahisons, tant de

mensonges,--ne croyez pas qu’ils en espèrent tirer le moindre

bénéfice;--vous ne les connaissez pas:--c’est pour le peuple.

Certes, on en doit croire sur parole tant d’honorables personnages,--et

je ne m’aviserais pas d’aller éplucher leurs actions pour voir si elles

sont en tout conformes à leurs paroles. Mais un hasard m’a cependant

forcé de faire une observation.

Je lisais, en même temps que cinq ou six autres badauds,--l’affiche qui

indique les prix du chemin de fer de Paris à Rouen, et je ne pus

m’empêcher de remarquer--que--le prix des dernières places, fixé à dix

francs, est déjà trop élevé, attendu qu’il est à peu près égal à celui

que prenaient les messageries,--et supérieur à celui que prennent

aujourd’hui certaines administrations;--de plus, les waggons affectés à

ces dernières places ne partent qu’à certains voyages et pas à d’autres,

et cela, je crois, dans la proportion de deux voyages sur six ou sept.

[GU] Un assassin nommé Caffin vient d’être condamné par la cour

d’assises de la Seine;--mais, le jury ayant reconnu en sa faveur des

circonstances atténuantes, il n’a été condamné qu’aux travaux forcés.

Il serait à désirer que MM. les jurés trouvassent moyen d’appliquer

également les circonstances atténuantes aux victimes aussi bien qu’aux

assassins.

La peine de mort est supprimée à peu près généralement pour MM. les

assassins, par l’omnipotence du jury.

J’ai déjà expliqué qu’il en devait être ainsi dans un temps où la

justice criminelle est rendue en très-grande partie par des

marchands.--Le vol est devenu le crime le plus grave de tous et est

relativement puni aujourd’hui bien plus sévèrement en France que

l’assassinat.

[GU] C’est cependant le seul cas pour lequel il ne soit pas possible de

demander l’abolition de la peine de mort.

En effet,--la loi, en fait de vol, ne se contente pas à beaucoup près de

la peine du talion,--par exemple, de prendre sur les biens du voleur une

somme égale à la somme dérobée par lui:--elle le frappe d’emprisonnement

et de travaux forcés.

Mais, quand il s’agit d’assassinat,--il se trouve que le criminel, pris,

convaincu, condamné,--trois chances que beaucoup évitent et qui sont les

plus mauvaises qu’ils aient à redouter,--le criminel,--grâce aux

circonstances atténuantes,--si fréquemment, disons plus, si généralement

appliquées aujourd’hui, subit une peine beaucoup moindre que celle qu’il

a infligée à sa victime innocente.

Beaucoup de gens, il est vrai, disent qu’_ils aimeraient mieux la mort

que le bagne_, etc., etc.

C’est une phrase toute faite,--et on sait l’avantage des phrases

faites;--la plupart des gens ne se font pas une opinion à eux, mais

choisissent entre deux ou trois opinions des autres.

[GU] Quoique beaucoup de ceux qui répètent cette phrase n’hésitassent

pas à changer d’avis s’il leur fallait sérieusement choisir entre le

bagne et l’échafaud,--je veux bien admettre que, pour eux, la mort

paraisse et soit préférable aux travaux forcés; mais je veux une fois

leur montrer la chose de son véritable point de vue,--qui n’est pas le

leur,--à beaucoup près.

Certes, pour vous, monsieur, issu d’une famille honorable, jouissant de

la considération générale,--accoutumé aux manières d’une certaine

société,--habitué à certaines aisances, à certaines délicatesses,

plaçant non-seulement votre honneur, mais aussi votre crédit,

c’est-à-dire le principal instrument de votre fortune,--dans votre

réputation et dans l’estime que font de vous les honnêtes gens,--certes,

ce serait cruel--d’être, par jugement public, condamné aux travaux

forcés et affublé de la chemise rouge et du bonnet vert.

Mais telle n’est pas la chute que fait le condamné ordinaire.--Avant sa

condamnation,--en général,--il avait déjà eu quelques démêlés avec la

justice et fait au moins une légère connaissance avec les prisons.--Sa

société se composait de voleurs et de bandits comme lui, qui n’accordent

leur considération qu’aux voleurs et aux bandits plus habiles ou plus

hardis qu’eux.

Pour ses habitudes d’existence, il couchait dans quelque horrible rue de

la Cité, à deux sous la nuit, sur quelque grabat dont il n’avait que la

moitié;--l’objet de ses amours était quelque courtisane du plus bas

étage,--qui lui donnait sa part du revenu de sa prostitution--en échange

d’une part dans ses vols; il était poursuivi, traqué par la police.

Il ne faut donc pas lui attribuer l’horreur morale que l’idée du bagne

vous inspire.--Il ne faut voir que le changement arrivé dans sa

condition physique.--Eh bien, au bagne, il est logé, habillé,

nourri;--au bagne, il retrouve précisément la société qu’il choisissait

lorsqu’il était libre;--au bagne, lui, qui n’a ni honte ni repentir, il

a, assurés, les avantages que conquièrent péniblement le tiers au moins

des ouvriers honnêtes,--et il travaille beaucoup moins qu’eux.

[GU] Ceux qui sont à la tâche ont fini leur journée entre midi et une

heure;--il n’y a pas un ouvrier, quelle que soit sa profession, qui

puisse vivre en ne travaillant pas davantage;--passé cette heure, le

forçat dort, se repose--ou travaille à tous ces petits ouvrages dont

l’argent sert à lui acheter du tabac, du vin, de l’eau-de-vie--et à lui

former une masse qu’on lui remettra à l’expiration de sa peine.

[GU] Ceux qui ne sont pas à la tâche passent les deux tiers de la

journée à regarder l’eau,--à causer entre eux,--à exécuter lentement et

mollement des travaux insignifiants.--Au commencement du mois de

mai,--comme je me trouvais à Brest, j’allai voir dans le port lancer une

frégate;--il y avait là une grande affluence de monde:--au premier rang,

parmi les spectateurs les mieux placés, étaient les forçats--assis sur

des bateaux ou sur le quai--et échangeant entre eux et avec les

gardes-chiourmes des plaisanteries qui n’étaient pas toujours du

meilleur goût.

Personne ne travaillait;--je crus un moment qu’à cause de la fête on

avait donné aux condamnés une sorte de relâche et de congé;--je le

demandai à un garde-chiourme,--qui me répondit froidement que non,--sans

me donner de raison de l’inaction de ces hommes, à laquelle sans doute

il est accoutumé.

Du reste,--je ne connais rien de triste et de mort à l’égal du port de

Brest;--tout y dort, tout y languit,--les travaux qui s’y exécutent sont

conduits avec mollesse et lenteur;--un ouvrier passe la journée--et la

moindre journée d’ouvrier est de trente-deux sous--à raboter un manche

de gaffe,--qui coûte ainsi trente-deux sous de façon--et n’a, le bois

compris, que six sous de valeur réelle.

[GU] Le duc d’Aumale vient d’être très-brave et très-heureux en

Afrique;--il a envoyé à M. Bugeaud une relation de l’affaire dans

laquelle il a remporté, dit-on, des avantages très-importants.--Cette

relation publiée n’a pu éviter la critique.--On lui a reproché un peu

d’emphase.--Certes, l’emphase était permise à un jeune homme qui ne dit

pas un mot de lui et ne parle que de ses compagnons d’armes.--Mais un

pareil reproche sied bien aux journaux--de trouver qu’on parle avec

emphase d’un combat livré avec une audace qui, sans le succès, aurait

été de la témérité,--d’une victoire disputée avec acharnement,

[GU] Quand eux ne publient pas un numéro sans pousser au delà des

limites du ridicule la plus monstrueuse hyperbole--pour leurs amis et

leurs alliés pendant trois pages,--pour ceux qui les payent, tout le

long et tout le large de la quatrième.

Qu’un député,--aussi innocent que vous voudrez le supposer, ait prononcé

un _oh! oh!_ ou un _ah! ah!_--favorable à la cause que plaide un

journal,--ou ait toussé pendant qu’un député d’un parti contraire était

à la tribune, les noms de grand citoyen, de courageux défenseur des

libertés publiques, ne sont bientôt plus assez bons pour lui.

[GU] Que n’importe quel écrivain spécialement chargé de découper les

_faits Paris_ dans les autres journaux,--et d’y ajouter, selon la

couleur du journal, ou: «On peut voir ici la mauvaise foi de

l’opposition,--ou: «Que répondront à de pareils faits les soutiens

honteux du ministère?»--que ce publiciste s’avise de publier un recueil

de vers saugrenus,--il passe à l’état de grand poëte et de _gloire de la

littérature contemporaine_.

[GU] Qu’un mauvais musicien,--portant les cheveux d’une façon destinée à

renverser le gouvernement, tape pendant deux heures sur un mauvais

piano,--dans quelque bouge, devant trente personnes assourdies, «l’élite

de la société parisienne assistait à cette solennité;--la belle salle de

M. M *** ne pouvait contenir la foule accourue pour admirer notre

grand pianiste n’importe qui, etc.»--Et à la quatrième page: «S’il est

une renommée légitime et bien acquise, c’est celle d’un tel, giletier.»

[GU] «La science n’avait jamais fait une découverte aussi précieuse que

celle de la pommade de n’importe quoi, qui empêche les cheveux de

tomber.»

[GU] Il n’est pas de meuble bizarre, de bonbon honteux, de pâte

suspecte,--qui ne rencontre là des éloges poussés jusqu’à la

frénésie,--sans oublier les formules qui ne permettent pas de croire que

c’est le marchand qui parle lui-même:

«Nous ne saurions trop recommander à nos abonnés;--Nous nous faisons un

devoir d’indiquer...»

Et ces vertueux carrés de papier parlent d’emphase!

[GU] DE LA LIBERTÉ DES CULTES EN FRANCE.--_Exemple_: Il a été défendu

aux habitants de Senneville de se réunir pour célébrer leur religion,

qui est le culte protestant,--ils ont objecté que la charte établissait

la liberté des cultes,--on leur a répondu par l’article 291 du Code

pénal et la loi de 1834 sur les associations.

C’est-à-dire--que les cultes sont libres--pourvu qu’ils n’entraînent

pas une réunion de plus de vingt personnes,--ce qui ne peut guère

s’appliquer qu’aux petites religions dans le genre de celle du dieu

Cheneau, qui n’a encore pour disciples que ses deux commis et sa femme

de ménage, et qui refuse jusqu’ici, même dans les brochures dont il m’a

accablé, de me dire si son associé--P. Jouin--est ou non son codieu.

[GU] J’avais cru jusqu’ici que la police n’avait pour but que de prêter

force et appui à l’exécution des lois,--et que les ordonnances qui lui

sont spécialement relatives ne devaient en conséquence jamais la faire

agir à l’encontre desdites lois.

Une ordonnance de police défend les associations et les rassemblements

de plus de vingt personnes sans une autorisation spéciale;--mais la loi

qui a établi le libre exercice des cultes doit être respectée par la

police.

La cour de cassation, qui, dans une circonstance parfaitement identique,

avait jugé que les associations pour l’exercice d’un culte autorisé par

l’État--n’étaient pas sous le coup de l’article 291,--déclare

aujourd’hui précisément le contraire.

[GU] Dans ce même numéro où je viens d’écrire quelques mots en faveur de

la liberté des cultes, je crois devoir dire également que les cultes

autrefois persécutés,--puis tolérés,--puis autorisés,--ne doivent pas se

faire persécuteurs et intolérants.

Le culte juif, par exemple, me paraît aller trop vite dans la réaction.

Est-il de bon goût que M. Fould donne par dérision à ses chevaux des

noms qui sont une moquerie--et une insulte pour les chrétiens et pour le

culte catholique?

M. Fould a dans ses écuries: _Contrition_, _Repentir_, _Péché-mortel_.

Juillet 1843.

La rançon acceptée.--Une nouvelle fleur.--Suppression de l’homme.

Les défenseurs de la veuve et de l’orphelin.--Jugement de

Salomon.--Une conspiration.--Le _Napoléon_--Les anciens et les

modernes.--MM. Ponsard, Hugo, Dumas, etc.--_Lucrèce._--M. Odilon

Barrot.--Les oiseaux sinistres.--M. Villemain.--Honneurs

clandestins.--Trouville.--Une annonce.--Les circonstances

atténuantes.--Le dieu Cheneau.--Une invitation.

[GU] JUILLET.--Tout va un peu mieux que je ne l’avais espéré:--le soleil

est venu rendre à tout la vie, la joie et la lumière,--mon jardin est

plein de parfums et de fleurs. Il paraît que le ciel a accepté la rançon

de l’été que je lui avais offerte au nom de la France, et que les beaux

jours nous sont rendus.

Et, pour tout dire, nous n’avons rien perdu pour attendre--non-seulement

nous avons vu fleurir toutes les fleurs aimées,--mais une nouvelle fleur

s’est épanouie au bas du journal le _National_.--M. Rolle s’est livré à

une comparaison entre la pâquerette et le camellia: «Tantôt, dit-il, le

camellia l’emporte par son _parfum enivrant_, tantôt la pâquerette par

son odeur innocente et champêtre.»

[GU] Le camellia à _odeur enivrante_ de M. Rolle, espèce jusqu’ici

inconnue, manque à la collection des fleurs fantastiques de M. de

Balzac,--le _camellia à odeur enivrante_ est le digne pendant de

l’_azalée grimpante_ de l’auteur de la _Petite Revue parisienne_.

[GU] Est-ce que par hasard les temps prédits par les poëtes seraient

arrivés?

Virgile, dans l’églogue adressée à Pollion--sur la naissance de son

fils: «Des chênes, dit-il, il coulera du miel,--on verra dans les

prairies des moutons rouges et des moutons jaunes.

Et duræ quercus sudabunt roscida mella...

* * * * *

Nec varios discet mentiri lana colores

Ipse sed in pratis aries jam suave rubenti,

Murice, jam croceo mutabit vellera luto...

Nous avons déjà--le camellia à _odeur enivrante_ de M. Rolle et

l’_azalée grimpante_ de M. de Balzac,--nous en verrons bien d’autres.

[GU] Quand je disais dernièrement que, les chevaux abolis,--on allait

bientôt s’occuper de supprimer l’homme et de le remplacer par des

machines, je ne sais si j’étais prophète ou si j’ai ouvert une idée à

quelqu’un.

Toujours est-il que je vois depuis quelques jours dans tous les journaux

une annonce ainsi conçue:

LE COMPTEUR MÉCANIQUE,--_adopté par tous les ministères_,--au moyen

duquel on peut faire tous les calculs possibles _sans le secours_ de la

plume ni _de l’intelligence_.

Voici les employés des ministères remplacés déjà par une mécanique

simple et peu coûteuse.

Je ne désespère pas de voir, d’ici à peu de temps, tout le gouvernement

représentatif--fonctionner au moyen d’une seule et unique

machine,--surtout si l’on accepte définitivement le principe de M.

Thiers, si bien adopté par une partie de la Chambre et par une partie

des journaux: «Le roi règne et ne gouverne pas.»--Ce ne sera certes pas

le roi qui embarrassera beaucoup le mécanicien.

[GU] Je ne sais vraiment pas comment on est assez hardi en France pour

ne pas être de l’opposition.

L’opposition accepte tous ceux qui se donnent à elle, les prône, les

loue, les pousse autant qu’elle peut.--Il s’agit pour elle de combattre

et de conquérir:--elle veut des soldats; ceux qui n’ont pas une grande

valeur, elle tâche de leur en donner une.

Les conservateurs, au contraire, possèdent;--ceux qui se donnent ou se

sont donnés à eux leur semblent des associés qui veulent partager les

dividendes.

De sorte que ceux qui s’allient aux conservateurs--reçoivent à la fois

les injures de l’opposition et les mauvais procédés de leurs amis.

[GU] Les _Guêpes_ se félicitent de se trouver si parfaitement d’accord

avec M. de Kératry,--dans le fond et dans la forme de la pensée.

Les _Guêpes_ ont dit, il y a deux ou trois ans,--à propos de la

prétention qu’ont les avocats d’être les défenseurs de la veuve et de

l’orphelin:

«Il n’y aurait pas besoin d’avocats pour défendre la veuve et

l’orphelin, s’il n’y avait pas d’abord d’avocats qui les attaquent.»

M. de Kératry a dit ces jours passés dans la _Presse_:

«Je suis tenté de sourire de pitié quand ces messieurs s’arrogent

fastueusement le titre de défenseurs de la veuve et de l’orphelin, qui

pourraient se dispenser de recourir à cette tutelle parfois assez

onéreuse, si d’autres avocats, pour un même salaire, n’avaient

auparavant fait irruption dans le champ de cette même veuve et de ce

même orphelin.»

[GU] Voici encore un fait analogue à un que j’ai cité il y a quelques

mois:--J. Boulard, rencontré par trois hommes ivres, est attaqué et

rudement battu,--par suite de quoi il passe cinq jours au lit et dépose

une plainte contre ses agresseurs;--ceux-ci, amenés devant le tribunal,

ne nient pas le fait et cherchent à s’excuser en rejetant leurs torts

sur le vin.--Le tribunal, usant d’indulgence,--écarte la prison et les

condamne chacun à cent francs d’amende.

--Au profit de J. Boulard, sans doute?

--Non,--au profit du trésor,--au profit du gouvernement,--faible

consolation encore pour un gouvernement vraiment paternel qui a eu la

douleur de voir battre ainsi brutalement un de ses enfants dans la

personne de Jean Boulard.

Les guêpes ­— séries 3 & 4 · 第 44 / 47 段