--Je vous recommanderai la couleur de mes yeux; j’ai la faiblesse d’y

tenir. Cela est excusable quand on a si peu de chose de bien.

--Madame est trop modeste; car au contraire...

Pendant ce temps, elle a encore changé de position.

--Voudriez-vous avoir la bonté, madame, de reprendre la position où vous

étiez tout à l’heure?

--C’est qu’elle me gêne un peu.

--Alors, madame, prenez-en une que vous puissiez garder, car il me faut

recommencer mon ouvrage chaque fois que vous remuez.

--Alors je vais reprendre celle de tout à l’heure. Suis-je bien comme

cela?

--Très-bien, si vous y restez.

--Bérénice!

Entre la femme de chambre, laquelle est aussi la cuisinière.

--Bérénice, apportez-moi mon écrin.

Écrin est un mot qui n’est pas d’un usage habituel entre la maîtresse et

la domestique, et dont on ne se sert que pour le peintre et pour lui

donner une brillante idée de sa distinction.

--Comment dit madame?

--Ma boîte à bijoux, imbécile.

Bérénice apporte une boîte.

--Dites-moi, monsieur, quel collier et quels pendants d’oreilles me

conseillez-vous de mettre?

--Ceux qui vous plairont le mieux, madame.

--Mais il me semble qu’un peintre doit avoir là-dessus des idées?

--J’aimerais assez le corail.

--Cependant, ce sont ordinairement les femmes brunes qui affectionnent

le corail, et, si j’ai quelque chose de passable, c’est la blancheur de

la peau.

--Je n’en ai jamais vu de plus belle.

--Je vais mettre des diamants.

--Bérénice!

--Madame?

--Avez-vous pensé à prévenir le coiffeur pour ce soir?

--Non, madame.

--A quoi sert-il alors que je vous parle? allez-y tout de suite.

--Ah! monsieur, on est bien malheureux d’avoir des domestiques; je me

surprends quelquefois à envier la position d’un artiste: au moins vous

êtes indépendant, vous faites vos affaires vous-même.

--Hélas! madame, je suis forcé de vous ôter cette illusion: je ne suis

pas assez heureux pour cirer mes bottes moi-même;--mais je vous

supplierai de tourner la tête un peu plus à droite, comme vous étiez

tout à l’heure.

--Mon Dieu! monsieur, je ne sais pourquoi on n’a jamais pu me faire

ressemblante; j’ai deux portraits de moi, ce sont deux horreurs. Sur le

dernier, j’ai une bouche qui n’en finit pas; je vous recommanderai la

bouche, ce n’est pas que j’y tienne. Quand on a une grande fille de six

ans... (La fille en a neuf.)--quand on a une grande fille de six ans, il

faut renoncer à toutes les prétentions; mon mari aime beaucoup ma

bouche, et il serait désolé de la voir trop grande sur le portrait.

--Je vous la ferai aussi petite que vous voudrez, madame.

--Surtout, monsieur, je ne veux pas être flattée; je ne suis pas comme

ces femmes qui exigent qu’on donne à leurs portraits tous les charmes

qui leur manquent.--Je fais demander le coiffeur pour une soirée, pour

un bal où je vais ce soir. Je n’aime guère le monde, mais on ne peut se

dérober aux exigences et aux devoirs de la société. Et puis mon mari

veut que je sorte un peu de la solitude, qui me plaît infiniment. Je ne

sais comment m’habiller ce soir, car il ne faut pas faire peur.

--Certainement, madame...

--Pensez-vous que je ferai bien de mettre du bleu?

--Le bleu doit vous aller à ravir.

--Cependant, toutes réflexions faites, je mettrai une robe de crêpe

rose.--Remarquez, s’il vous plaît, que j’ai le nez assez délicat; c’est

même tout ce que j’ai de remarquable dans la figure.

--Ah! madame!

--Permettez que je voie.

--Il n’y a presque rien de fait.

--C’est égal, c’est très-joli; mais pourquoi ai-je ainsi le cou noir et

bleu?

--Ce sont des ombres indiquées.

--Mais c’est que je passe au contraire pour avoir le cou très-blanc, je

vous avouerai même que c’est ma prétention.

--Je vois mieux que personne, madame, que vous avez le cou d’une

blancheur éblouissante; mais j’ai eu l’honneur de vous dire que ce sont

des ombres que j’indique; d’ailleurs, cela ne restera pas ainsi.

--A la bonne heure.

--Voulez-vous, madame, vous remettre en place?

--Très-volontiers: suis-je bien ainsi?

--Vous êtes charmante de toutes les manières, madame; mais, si vous

préférez maintenant cette pose, il va falloir que j’efface tout pour

recommencer.--La tête un peu à droite,--baissez les yeux un peu plus.

--Est-ce que je n’avais pas les yeux au ciel?

--Non, madame.

--C’est singulier! c’est que c’est un mouvement qui m’est très-familier.

--Il est alors facile de changer le mouvement des yeux.

Entre un monsieur; ce monsieur est un courtier marron que madame décore

du titre d’agent de change.

--Tenez, monsieur T***, mon mari veut que je me fasse peindre encore

une fois.

--On ne saurait trop reproduire un aussi charmant visage.

--Voyons, T***, vous savez que j’ai horreur des compliments.

Trouvez-vous que je sois ressemblante?

--Certainement, la peinture de monsieur est fort bien; je dirai plus...

elle est... fort bien; mais vous êtes plus jolie que cela.

Le peintre se retourne avec l’intention de faire observer au connaisseur

que le portrait n’est qu’ébauché; mais il s’arrête, et sa pensée se

dessine sur ses lèvres en un sourire ironique. Le connaisseur continue:

--Il y a, ou plutôt il n’y a pas... un je ne sais quoi; enfin, monsieur,

je voudrais voir ici, dans les yeux, plus de... vous comprenez, et aussi

quelque chose dans le front.

--Et, dit la femme, ne trouvez-vous pas aussi que le cou est un peu

noir?

--J’ai eu l’honneur, dit le peintre un peu impatienté, de dire à madame

que, si je ne marque pas d’ombres, elle aura la figure plate comme une

silhouette; avec plus d’attention, madame apercevrait ces ombres sur la

nature.

--Ah! pour cela, dit le connaisseur, monsieur a raison: ce sont les

ombres;--on ne peut chicaner les peintres là-dessus; c’est une

imperfection, mais ils ne peuvent faire autrement; l’art a ses limites.

Les madones de Raphaël ont peut-être un peu moins d’ombres que le

portrait que fait monsieur, mais elles en ont cependant.

Le peintre, pour cette fois, se lève et annonce qu’il reviendra le

lendemain. Le lendemain, on le fait attendre une heure; plus, on ne veut

plus mettre de diamants, et la coiffure a été changée.

Toujours préoccupée des ombres de son cou, la dame a clandestinement

enlevé et jeté ce que le peintre avait mis de bleu sur la palette.

[GU] Au moment où on s’occupe de la refonte des monnaies, M. Anténor

Joly a adressé au gouvernement un mémoire dans lequel il propose un

système qui a reçu l’approbation d’une grande partie des

journaux.--D’après ce système,--on échapperait à la monotonie de voir

sans cesse sur les gros sous la même figure de roi d’un côté, et de

l’autre l’invariable couronne de chêne.

On se rappelle ce paysan qui exilait Aristide seulement parce que cela

l’ennuyait de l’entendre appeler le _Juste_. Qui sait si les révolutions

n’ont pas pour principe l’ennui de voir toujours la même figure sur les

pièces de monnaie?

Selon le nouveau système, nos sous seraient frappés aux diverses

effigies des grands hommes:--d’un côté le visage,--de l’autre les vertus

et belles actions.--De même qu’on dit un _louis_,--un _napoléon_,--un

_philippe_,--on dirait un _martin_,--un _chambolle_,--un

_lerminier_.--J’aurais bien quelques objections à faire à cette

innovation:

1º Nous avons beaucoup de grands hommes fort laids;--l’aspect trop

fréquent de leur figure pourrait diminuer sensiblement le respect que

méritent leurs actes.

2º Ce serait donner au pouvoir un nouveau et terrible moyen de

corruption;--tant de gens échangent volontiers l’honneur contre les

honneurs;--que ne fera-t-on pas pour devenir gros sou! Quelle gloire

d’être gros sous, et devant quelle infamie reculera-t-on si elle aide à

y parvenir?

3º Ne serait-ce pas donner à la fois un nouvel aliment et un nouveau

prétexte à l’amour de l’argent?

4º N’a-t-on pas à craindre un fâcheux agiotage,--une dépréciation de

certains gros sous et un enchérissement de quelques autres;--tandis

qu’un système monétaire bien établi doit être fondé sur un rapport

quelconque entre le signe et la valeur représentée?--Ne verra-t-on

pas,--et cela--à l’arbitraire des goûts, des sympathies et des

caprices,--donner trois _ledru_ pour un _jars_,--et _vice versa_?

Néanmoins,--et malgré ces objections et plusieurs autres encore qu’il

serait facile de faire,--nous donnons un spécimen de quelques-unes des

nouvelles monnaies qui proviendraient de l’application de ce

système.--Je prends une pièce au hasard;--pour savoir de quel côté je la

présenterai à mes lecteurs,--je la jette en l’air:

--Pile ou face?

La pièce tombe pile:--c’est le côté des vertus et des belles actions.

M. LERMINIER.

1830 Démocrate assez farouche.

1840 Dévoué à la dynastie, nommé professeur.

1841 On lui jette des pommes cuites.

1842 _Idem_ crues.

Dieu protége la France.

M. GANNERON.

1820 Épicier. Apporte à la chandelle de notables perfectionnements.

1832 Député, colonel de la deuxième légion.

1840 Écrit: «Plusieurs compagnies ont ouverTES des souscriptions.»

1841 Danse avec les filles du roi.

1842 Est mécontent.

Dieu protége la France.

M. JARS.

Est envoyé à la Chambre pour le maintien des droits et des

libertés de la France.

--Monte à la tribune et dit des douceurs à mademoiselle

Rachel.

--Le _Moniteur_ est chargé de porter le poulet.

Dieu protége la France.

M. DOSNE.

1825 Reçoit gratuitement une charge d’agent de change de la

duchesse d’Angoulême.

1840 Parie à la Bourse contre la politique de son gendre.--S’en

retourne à Lille.

Dieu protége la France.

M. L’HERBETTE.

1839 Se coupe les cheveux en brosse.

1840 Demande à la Chambre des députés que les femmes de

lettres puissent écrire malgré leurs maris.

Dieu protége la France.

M. INGRES.

1828 Supprime le rouge.

1832 Nettoie sa palette du jaune.

1841 Ne sait pas où Dieu avait la tête quand il a mis tant de

vert dans la nature.

Dieu protége la France.

M. BOILAY.

1839 Est inventé par M. Thiers.

1841 Passe à M. Guizot.

1842 Est mis à Charenton.

Dieu protége la France.

M. DUVERGIER DE HAURANNE.

1828 Fait des vaudevilles.

1829 La fameuse chanson de la redingote; après la révolution

de Juillet, se donne à M. Guizot.

1840 Passe à M. Thiers.

Dieu protége la France.

M. DE RAMBUTEAU.

1837 Prononce le fameux discours: «Les habitants de Paris

sont mes enfants.--C’est les pauvres qu’est les aînés.»

1838 Reprononce le fameux discours.

1839 Prononce le discours où il appelle _donataire_ celui qui

donne.

1840-41-42 Fait paver la rue Vivienne perpétuellement.

Dieu protége la France.

M. CHAMBOLLE.

1840 S’en va-t-en guerre.--Le 25 août 1840,--imprime

que M. de Lamartine est un niais.

Dieu protége la France.

M. ÉTIENNE.

Fait des vaudevilles et des chansons bachiques; est reçu

membre du Caveau et de plusieurs sociétés buvantes et chantantes.

Est nommé pair de France.

Trouve mauvais qu’un poëte (M. de Lamartine) se mêle de

politique.

Écrit: «C’est avec une plume trempée dans notre cœur.»

Dieu protége la France.

M. COUSIN.

1815 Baise la botte de l’empereur de Russie.

Dit à M. Molé, à la Chambre des pairs: «Je vous donne

un démenti.»

1840 Cire les souliers de M. Thiers.

Se lave les mains.

Laisse tomber la littérature en quenouille.

1841 Refuse un titre _vain_.

Dieu protége la France.

M. DUPIN L’AINÉ.

1830 A très-peur.

1835 Insulte M. Clauzel.--M. Clauzel demande raison.--Me

Dupin s’excuse.--Fait trois discours contre le

duel.

Est très-audacieux.--Son audace n’effraye que lui.--Il

va le soir en demander pardon au château.

Dieu protége la France.

M. ENFANTIN.

1827 Invente un nouveau bleu pour le billard.

1828 Rend un point au garçon de billard du Grand-Balcon.

1830 Se déclare dieu.

1840 Découvre un nouveau crapaud.

Dieu protége la France.

M. ENOUF.

1826 Elève des veaux à Carentan.

1838 Fait à la Chambre une proposition hardie qui n’est pas

appuyée;--à savoir: de ne parler pas plus de quatre

à la fois.

Dieu protége la France.

M. VIVIEN.

1828 Ecrit le _Code des théâtres_ et le _Mercure des salons_,--journal

des modes.

--Est ministre après la révolution de Juillet.

Dieu protége la France.

M. AUGUIS.

1832 Fait mettre une paire de manches à son habit vert.

1833 Fait retourner ledit habit.

1835 Le donne à son portier.

1837 Le reprend à son portier pour ses étrennes.

1840 Y fait mettre des pans neufs.

1841 Y fait mettre des boutons.

Dieu protége la France.

M. ROSSI.

En 17»» naît Autrichien.

En 1808 devient Français.

En 1812--Italien.

1814--Napolitain.

1820--Genevois.

1830--Refrançais.

Dieu protége la France.

M. ARAGO.

18»» Annonce que des étoiles fileront, les étoiles ne filent pas.

1840 Dîne beaucoup à Perpignan.

Dieu protége la France.

DROIT DE PÉTITION.

1828 Les garçons de bureau vendent les pétitions à la livre.

1842 Les garçons de bureau vendent les pétitions au kilogramme.

Dieu protége la France.

M. L’HÉRAULT.

Est envoyé à la Chambre pour le maintien des droits et des

libertés de la France.

Il porte une redingote gris-crapaud.

Dieu protége la France.

JOURNAL DES DÉBATS.

Epouse successivement et non _sans dot_ les intérêts de tous les

gouvernements, prouve qu’il n’a jamais varié dans ses opinions

et qu’il a été de tout temps pour le gouvernement _actuel_.

Conseille aux _pauvres_ de mettre à la _Caisse d’épargne_.

Dieu protége la France.

M. DE BALZAC.

Se livre à diverses incarnations comme Vichnou.

--Imprimeur.

--Viellerglé.

--Horace de Saint-Aubin.

--Balzac.

--De Balzac.

--Le plus fécond de nos romanciers.

--Cultive des ananas.

--Défend Peytel, qui lui pardonne en mourant.

--Tombe du théâtre, et se remet à faire de beaux romans.

Dieu protége la France.

M. TASCHEREAU.

1839 Dit: «Oh! oh!»

1840 «Allons donc!»

1841 «La clôture!»

1842 «L’appel nominal!!!»

Dieu protége la France.

M. TROGNON.

Est nommé professeur du duc de Joinville.

1833 Son élève le force de s’habiller en Turc.

1840 Le fait mettre à terre à l’île de Wight, parce que sa figure

attristait un bal que le prince donnait sur son

vaisseau.

Dieu protége la France.

M. D’HAUBERSAERT.

1830 Il avait le nez couleur cerise.

1833 cramoisi.

1835 ponceau.

1840 écarlate.

1842 Beaucoup plus rouge qu’en 1840.

Dieu protége la France.

M. BAZIN DE ROCOU.

Manifeste l’intention d’écrire plusieurs ouvrages.

Est nommé par le roi chevalier de la Légion d’honneur.

Dieu protége la France.

M. LEDRU-ROLLIN.

--Achète un privilége trois cent trente mille francs.

--Fait un discours contre les priviléges.

1840 Se présente comme candidat dynastique.

1842 Se présente comme candidat républicain.

Dieu protége la France.

M. AMILHAU.

1820 Conspire.

1840 Juge les conspirateurs.

Dieu protége la France.

M. CHAPUYS DE MONTLAVILLE.

1840 Ne salue pas la reine.

1841 Fait son grand discours contre les épingles de la duchesse

d’Orléans.

--Demande une réduction de huit cent mille francs sur un

article de cent quarante mille.

1842 Découvre qu’un greffier de justice de paix grève le Trésor

de cinquante francs par an.

Dieu protége la France.

S. M. LOUIS-PHILIPPE.

1842, 20 février. Vend les premiers haricots verts de l’année.

Dieu protége la France.

M. COULMAN.

--Se présente aux Tuileries fort mal vêtu.

Demande si on le prend pour un marquis.

Dieu protége la France.

LE PETIT MARTIN.

Origine de sa _grandeur_.--Il a un pouce de moins que

M. Thiers.

Il fait les commissions.

Il entre au conseil d’Etat.

Dieu protége la France.

LE DANDYSME.

Enrichit la langue française des mots: «deat heat,--stagss

hund,--joal stalkes,--comfort,--stud book,--new betting

room stakes,--two years old stakes,--sport,--sportmen,--sportwomen,

--gentlemen riders,--turf,--sport,--steeple

chase, etc.»

--En 1839 invente les gilets trop courts.

Dieu protége la France.

MADAME DAURIAT.

A neuf ans commence à fumer des cigares.

A quarante ans se déclare contre un gouvernement sous lequel

on n’est plus jeune.

Prêche publiquement la liberté de la femme.

Demande à être _députée_.

Laisse croître _sa barbe_.

Dieu protége la France.

M. LEBŒUF.

Fait la _banque_ à Fontainebleau.--Donne sa voix en échange

d’une invitation aux bals de la cour pour madame Lebœuf.

Dieu protége la France.

LES TAILLEURS.

1831 Demandent des droits politiques.

1838 Se prononcent pour le _sans-culottisme_ avec une touchante

abnégation.

1840 Veulent fumer en travaillant.

Dieu protége la France.

M. GANNAL.

Veut _empailler les cendres_ de l’empereur.

--Écrit clandestinement sur les pierres tumulaires à la suite

des vertus des défunts: «Empaillé par M. Gannal.»

--Un de ses élèves empaille les côtelettes et les petits pois--qui

seront mangés par nos descendants.--Nous pouvons

aujourd’hui faire à dîner pour nos arrière-neveux.

Dieu protége la France.

LE COURRIER FRANÇAIS.

1840 Veut qu’on chasse à coups de pieds le roi de Sardaigne.

1842 Pense que le roi de Sardaigne est un grand prince,--puisqu’il

a su apprécier mademoiselle Fitz-James.

Dieu protége la France.

LA SCIENCE.

On s’obstine à _nourrir_ de gélatine les malades des hôpitaux

qui s’obstinent à en mourir de faim.

On découvre un nouveau cerfeuil vénéneux.

On attaque la pyrale, insecte qui nuit à la vigne, au moyen

d’une composition qui détruit les ceps--et brûle les mains qui

l’emploient.

Le gaz éclate.

Les chemins de fer causent d’horribles catastrophes.

On propose d’employer la vapeur et les rails à marcher plus

lentement qu’un fiacre sur le pavé.

Dieu protége la France.

JUSTICE.

Une douzaine d’empoisonneurs, d’assassins, de parricides,

éprouvent chaque année l’indulgence du jury.

Ces encouragements réussissent autant qu’on devait s’y attendre.

Dieu protége la France.

M. FLOURENS.

Élève des canards.

Est élu membre de l’Académie française.

Dieu protége la France.

On voit que, malgré quelques inconvénients, ce système monétaire n’est

pas sans agréments.--Je joins ma voix à celle de la plupart des journaux

pour conseiller au ministère d’en user; on dit que cela coûtera cher et

que chaque pièce de deux sous reviendra à cinq cents francs.--Mais cela

fera une galerie curieuse, et il faudrait, pour s’en priver, n’avoir pas

une centaine de millions dans la poche des autres.

[GU] Le _Journal des Débats_ avait à rendre compte d’un ouvrage où il

est question de quelques dieux qui se sont révélés à la France dans ces

dernières années,--entre autres de Fourier et du père Enfantin,--le

_Journal des Débats_ s’est trouvé un peu embarrassé;--il a attaché à sa

rédaction trois ou quatre saint-simoniens;--qu’est-il arrivé de

là?--Fourier, qui n’aurait eu que six colonnes tout au plus d’amertumes

et de sarcasmes sur les douze colonnes du feuilleton, a empoché en outre

la part de facéties et de reproches à laquelle avait droit le

saint-simonisme, dont l’article ne dit pas un mot.

[GU] Dans plusieurs départements, le ciel s’est fait d’airain, les

nuages ne laissent pas échapper une goutte d’eau;--quelques

personnes,--frappées du bouleversement qui a eu lieu depuis quelques

années dans l’ordre des saisons,--veulent s’en prendre à M. Arago.

Voici leurs raisons:

Il y a des artisans qui mettent sur leur enseigne: _fait tout ce qui

concerne son état_.

Il serait à désirer que ce principe,--et la négation qui en est le

corollaire obligé, reçût son application dans toutes les positions

sociales.--On verrait beaucoup mieux aller l’_état_ particulier dont

chacun s’occuperait, et ainsi l’état en général, dont chacun ne

s’occuperait pas.

Malheureusement beaucoup de gens semblent avoir adopté aujourd’hui une

enseigne contraire:

FAIT TOUT CE QUI CONCERNE L’ÉTAT DES AUTRES.

On en voit surtout de fréquents exemples à la Chambre des députés.

Entre autres, M. Arago.--M. Arago est un savant célèbre; pendant

longtemps, on s’est habitué à n’avoir chaud ou froid en France que sur

l’avis de M. Arago. Les journaux considéraient M. Arago comme un capucin

hygromètre; on disait: M. Arago a ôté ou a remis son

capuchon,--c’est-à-dire il fait beau ou il pleut.

En ce temps-là, les affaires du ciel allaient on ne peut mieux.--La nuit

succédait au jour régulièrement et le jour à la nuit,--et l’on savait

gré à M. Arago;--l’année avait ses cinquante-deux dimanches, et l’on

disait: «Cet excellent M. Arago!»

Pour les affaires de la terre, elles allaient comme elles ont toujours

été et comme elles iront toujours:--fort mal pour le plus grand

nombre,--au bénéfice de quelques-uns.

Mais voici qu’un jour M. Arago se laissa choir dans le puits des

affaires politiques,--qu’il se fit député et _grand citoyen_.

De ce jour, les affaires de la terre se mirent à aller absolument comme

elles allaient auparavant;--pour les affaires du ciel, ce fut autre

chose: l’anarchie se mit dans les astres;--la voix même de M. Arago ne

fut plus écoutée:--M. Arago avait dit: «Les étoiles fileront.»

Et les étoiles ne filèrent pas:--il y eut au ciel des étoiles

_intelligentes_,--comme sur terre des baïonnettes _intelligentes_;--il

pleut l’hiver, il ne pleut pas l’été;--il fait chaud en février et froid

en mai; enfin, on s’attend à voir arriver, d’un moment à l’autre, la

fameuse semaine des trois jeudis, tant prédite par les prophètes.

Voilà sur quoi se fondent les personnes qui veulent s’en prendre à M.

Arago de ce qu’il ne pleut pas.

[GU] A force de récriminations, il est et il demeure avéré que tous les

ministres que nous avons eus depuis douze ans--se sont au moins laissé

jouer par l’Angleterre, et que quelques-uns en vue de la

traite,--d’autres en vue de l’alliance anglaise,--quelques autres par

pusillanimité,--tous ont plus ou moins consenti au _droit de visite_ qui

institue les Anglais _commissaires de police des mers_. Le soin que les

ministres, ceux d’aujourd’hui et ceux qui les ont précédés, prennent de

se rejeter la chose les uns sur les autres, montre au moins qu’ils

reconnaissent unanimement que l’état de choses actuel ne peut

durer,--que ratifier le traité serait une lâcheté,--que, si la France ne

veut pas que les vaisseaux fassent la traite, c’est elle seule qui

surveillera l’exécution des lois qu’elle s’impose à elle-même et qu’elle

seule a le droit de s’imposer.

Je vous l’ai déjà dit: il ne faut pas jouer avec l’orgueil national; la

Chambre des députés a voté un supplément de fonds pour la marine,--c’est

une bonne et sage manifestation;--tenez-vous pour avertis,--car cette

guerre que vous redoutez trop,--vous l’aurez par les moyens mêmes que

vous employez pour l’éviter; peut-être, au moment où j’écris ces lignes,

commence-t-elle par un coup de poing entre deux matelots.

Juillet 1842.

Dédicace à la reine Pomaré.--Dissertation sur les tabatières.--La

cuisine électorale.--_Am Rauchen._

[GU] _Pourquoi et comment ce numéro est offert et dédié à la reine

Pomaré, et ce que c’est que la reine Pomaré.--Une digression peu étendue

au sujet de MM. Hatstard, Piati, Mamoi, Priter et Tate._--A une date

récente, on lit dans le _Journal d’Anvers_--que S. M. Pomaré, reine

d’Otaïti,--par l’organe de ses ministres;

Hatstard, président du conseil et ministre des relations extérieures;

Piati, secrétaire d’État au département de l’instruction publique;

Mamoi, ministre de la justice et des cultes;

Priter, ministre de la guerre;

Et Tate, ministre de l’intérieur,

Reconnaît à S. M. Louis-Philippe et à la nation française la

souveraineté sur son pays.--On ne donne pas le nom du ministre des

finances,--parce qu’il n’y a pas de finances à Otaïti, ou parce que le

secrétaire d’État qui en est chargé--est quelque Gouin ou quelque

Passy,--ou quelque autre ministre de remplissage,--quelque cheville

comme en met M. de Pongerville dans ses vers hexamètres,--auxquels on

n’a cependant jamais fait le reproche de ne pas être assez longs.

[GU] DÉDICACE A S. M. LA REINE POMARÉ, SOUVERAINE DE L’ILE

D’OTAÏTI.--«Madame, j’ignore ce que vous avez l’habitude de donner pour

les dédicaces.--Autrefois, en France, le roi donnait une tabatière

enrichie de diamants;--il y avait des poëtes qui avaient ainsi un revenu

fixe de quatre ou cinq tabatières de rente.--On ne s’informait pas si

l’auteur de la dédicace prenait ou non du tabac, parce qu’on était sûr

que, ne prît-il pas de tabac, il prendrait néanmoins volontiers des

tabatières--enrichies de diamants.

Les guêpes ­— séries 3 & 4 · 第 24 / 47 段