pour l’avenir de sa patrie. «Les nobles et antiques usages du bon vieux
temps renaîtront aussi dans la morale publique;--et déjà ne voyez-vous
pas un retour aux mœurs de nos pères dans la direction d’un
établissement où, tout en s’abstenant scrupuleusement de travailler le
dimanche,--la vieille loyauté, les croyances religieuses et les
principes de son fondateur forment une puissante garantie, et lui font
un commandement de ne livrer aux consommateurs en huile à manger que
celles provenant uniquement de l’olivier!»
Voilà l’huile annoncée!--Cela se fait un peu plus attendre que le chapon
de Petit-Jean;--mais nous n’y perdons pas;--certes, il est un des héros
de comédie auquel Molière n’aurait pas prêté un meilleur langage, si
Tartufe avait eu de l’huile à vendre.
[GU] Je suis sûr que M. Aymès se consolera de cette remarque innocente,
en songeant que les _Guêpes_ lui font en même temps une annonce,--et une
annonce qui ne lui coûte rien.
1er mai.
[GU] Comme il fait beau dans la campagne!--Les pommiers sont couverts de
leurs fleurs blanches et roses;--les fauvettes chantent dans les
feuilles,--les insectes bourdonnent dans les fleurs.--Comment dire tout
ce qui s’épanouit,--tout ce qui chante dans le cœur?--Le soir, les
yeux quittent la terre et les fleurs,--et contemplent le ciel et les
étoiles;--mais les campagnes sont désertes;--il y a fête à la ville;
c’est la fête du roi;--et le peuple se soucie bien des étoiles et des
parfums du soir quand il peut voir des lampions et respirer l’odeur du
suif.
FIN DU TROISIÉME VOLUME.
TABLE DES MATIERES
1841
JUILLET.--A Victor Hugo.--Le rossignol et les
oies.--1.--40.--450.--33,000,000.--M. Conte.--Les lettres et
la poste.--Les harpies.--M. Martin (du Nord).--Nouvelles de
la prétendue gaieté française.--La queue de la poêle.--Un
trait d’esprit du préfet de police.--Les chiens enragés.--Les
journaux.--Renseignement utile aux gens d’Avignon.--Où est le tableau
de M. Gudin.--M. Quenson dénoncé.--A monseigneur l’archevêque de
Paris.--Mots nouveaux.--Victoria à Rachel.--Les esclaves et les
domestiques.--L’Opéra.--Le Cirque-Olympique.--Le duc d’Orléans.--Le
maréchal Soult.--Nouvelles frontières de la France.--Les vivants et les
morts.--M. de Lamartine.--La postérité.--M. Hello accusé de meurtre.--La
Fête-Dieu.--Giselle.--M. Ancelot.--M. de Pongerville.--Les vautours.--M.
Villemain.--Une voix.--M. Garnier-Pagès.--Un oncle.--Le charbon de terre
et les propriétaires de forêts.....1
AOUT.--Les anniversaires.--Paris et Toulouse.--Les trois journées de
Toulouse.--M. Floret.--M. Plougoulm.--M. Mahul.--M. de Saint-Michel.--Ce
qu’en pensent Pascal, Rabelais et M. Royer-Collard.--Un quatrain.--Le
peuple et l’armée.--Les Anglais.--Un pensionnat à la mode.--Les
maîtres d’agrément.--A monseigneur l’archevêque de Paris.--Un projet
de révolution.--Un baptême.--Une lettre de M. Dugabé.--Le berceau du
gouvernement représentatif.--En faveur d’un ancien usage, excepté
M. Gannal.--Parlons un peu de M. Ingres.--Un chat et quatre cents
souris.--Le roi et les archevêques redevenus cousins.--A M. le vicomte
de Cormenin.--M. Thiers en Hollande.--Contre l’eau.--MM. Mareschal et
Souchon.--Les savants et le temps qu’il fait.--Les citoyens les plus
honorables de Lévignac, selon M. Chambolle.--Triste sort d’un prix de
vertu.--De l’héroïsme.--La science et la philanthropie.--Les médailles
des peintres.--Les ordonnances de M. Humann.--De l’homicide légal.--AM
RAUCHEN _sur le bonheur_.....31
SEPTEMBRE.--Diverses réponses.--L’auteur rassure plusieurs
personnes.--M. Molé.--M. Guizot.--M. Doublet de Bois-Thibault.--La
vérité sur plusieurs choses.--Les protestations.--Les adresses.--Les
troubles.--Ce que c’est qu’une foule et une masse.--Le peuple des
théâtres et le peuple des journaux.--L’évêque d’Évreux et l’archevêque
de Paris.--Dénonciation contre les savants.--M. Montain.--En quoi M.
Duchâtel ressemble à Chilpéric.--Le suffrage universel.--Naïveté.--La
pudeur d’eau douce et la pudeur d’eau salée.--Les fêtes de
Juillet.--Apparition de plusieurs phénomènes.--Toujours la même
chose.--Les banquets.--M Duteil et M. Champollion.--Voyage du duc
d’Aumale.--Est-ce une pipe ou un cigare?--Histoire d’un député.--Sur
quelques noms.--Les bureaux de tabac.--A M. Villemain.--A M. Rossi.--En
faveur de M. Ledru-Rollin.--Les Parias.--Madame O’Donnell.....61
OCTOBRE.--A M. Augustin, du café Lyonnais.--BILAN _de la royauté_.--
M. Partarrieu-Lafosse.--La charte constitutionnelle.--L’article
12 et l’article 13.--Moyen nouveau de dégoûter les princes de la
flatterie.--BILAN _de la bourgeoisie_.--M. Ganneron.--M***.--L’orgie
et la mascarade.--Madame J. de Rots...--La chatte métamorphosée
en femme.--BILAN _de la pairie_.--BILAN _de la députation_.--Une
tombola.--Ce que demandent soixante-dix-sept députés.--Ce qu’obtiennent
quarante-deux députés.--M. Ganneron.--BILAN _des ministères_.--M.
Molé.--M. Buloz.--M. Duvergier de Hauranne.--M. Thiers.--M.
Guizot.--Angelo, tyran de Padoue.--Un œuf à la coque.--M. Passy.--M.
Dufaure.--M. Martin (du Nord).--BILAN _de l’administration_.--Les
synonymes.--Bilan de la justice.--BILAN _de la littérature_.--Les Louis
XVII.--La parade.--Louis XIV et les propriétaires de journaux.--M.
_Dumas_ et M. _de Balzac_.--BILAN _de la police_.--Facéties des enfants
de Paris.--Trois minutes de pouvoir.--BILAN _de l’Église_.--_Les
bons curés._--M. Ollivier.--M. Châtel.--M. Auzou.--BILAN _de
l’armée_.--BILAN _du peuple_.--_Frédéric le Grand._--Le _pays_.--BILAN
_de la presse_.--Dieu ou champignon.--La sainte ampoule et les
écrouelles.--BILAN _de l’auteur_.....94
NOVEMBRE.--Les papiers brûlés.--Service rendu à la postérité.--Une
phrase du _Courrier français_.--PREMIÈRE OBSERVATION.--De la
rente.--DEUXIÈME OBSERVATION.--L’infanterie et la cavalerie.--TROISIÈME
OBSERVATION.--Les _que_.--QUATRIÈME OBSERVATION.--Une
épitaphe.--CINQUIÈME OBSERVATION.--Réponse à plusieurs
lettres.--M. de Cassagnac et le mal de mer.--De la solitude.--M.
Lautour-Mézeray.--Abdalonyme.--M. Eugène Sue.--M. Véry.--Louis XIII.--M.
Thiers et M. Boilay.--Deux mots de M. Thiers.--Un rédacteur entre deux
journaux.--Encore le roi et ses maraîchers.--M. Cuvillier-Fleury.--M.
Trognon.--M. de Latour.--Charlemagne.--La Salpêtrière.--La police
et les cochers.--Les cigares de Manille.--Sagacité d’un carré de
papier.--SIXIÈME OBSERVATION.--SEPTIÈME OBSERVATION.--HUITIÈME
OBSERVATION.--Sur l’égalité.--Un blanc domestique d’un
noir.--Caisse d’Épargne.--Les mendiants.--Aperçu du _Journal
des Débats_.--_Arbor sancta_, nouveau chou colossal.--NEUVIÈME
OBSERVATION.--Jules Janin, poëte latin.--Une caisse.--Éducation
des enfants.--DIXIÈME OBSERVATION.--La vérité sur Anacréon et sur
ses sectateurs.--Une élection.--ONZIÈME OBSERVATION.--DOUZIÈME
OBSERVATION.--Post-scriptum......123
DÉCEMBRE.--Les tombeaux de l’empereur.--M. Marochetti.--M. Visconti.--M.
Duret.--M. Lemaire.--M. Pradier.--Un nouveau métier.--L’arbre de la rue
Laffitte.--Les annonces.--Les réclames.--Un rhume de cerveau.--Un menu
du _Constitutionnel_.--D’un acte de bienfaisance qui aurait pu être
fait.--Les départements vertueux et les départements corrompus.--M.
Ledru-Rollin.--Un nouveau noble.--M. Ingres et M. le duc d’Orléans.--Les
prévenus.--L’opinion publique.--Suite des commentaires sur l’œuvre du
_Courrier français_.--M. Esquiros.--Le secret de la paresse......163
1842
JANVIER.--Règlement de comptes.--Un pèlerinage.--M. Aimé Martin--M.
Lebœuf et _une_ trompette.--Un colonel et un triangle.--Jugement d’un
jugement.--Le colin-maillard.--Les cantonniers des Tuileries à la place
Louis XVI.--Les nouveaux pairs.--M. de Balzac et une petite chose.--La
quatrième page des journaux et les brevets du roi.--M. Cherubini.--Le
général Bugeaud.--A quoi ressemble la guerre d’Afrique.--Une bonne
intention du duc d’Orléans.--La Chambre des députés.--Consolations à une
veuve.--Un joli métier.--Aménités d’un carré de papier.--Une besogne
sérieuse.--Correspondance.--Un secret d’influence.--Les écoles gratuites
de dessin......188
FÉVRIER.--Les fleurs de M. de Balzac.--Mémoires de deux jeunes
mariées.--Les ananas.--La balançoire des tours Notre-Dame.--A
monseigneur l’archevêque de Paris.--Un mot de M. Villemain.--Un
conseil à M. Thiers, relativement à l’habit noir de l’ancien
ministre.--Une annonce.--Un député justifié.--Sur quelques Nisards.--M.
Michelet et Jeanne d’Arc.--M. Victor Hugo archevêque.--M. Boilay
à Charenton.--Une lettre de M. Jean-Pierre Lutandu.--Une nouvelle
invention.--Seulement...--Une croix d’honneur et une rose jaune.--Les
_Glanes_ de mademoiselle Bertin.--MM. Ancelot, Pasquier, Ballanche,
de Vigny, Sainte-Beuve, A. Dumas, Vatout, Patin, de Balzac, l’évêque
de Maroc.--Question d’Orient.--Le roi de Bohême.--M. Nodier.--M.
Jaubert.--M. Liadières.--M. Joly.--M. Duvergier de Hauranne
_Grand-Orient_.--Le général Hugo.--Naïveté de deux ministres.--M.
Aimé Martin et la Rochefoucauld.--Pensées et maximes de M. Aimé
Martin.--Éloge de M. Aimé Martin.--Au revoir.....209
MARS.--Les bals de l’Opéra.--Une rupture.--M. Thiers et les
_Guêpes_.--Le bal du duc d’Orléans.--Plusieurs adultères.--Grosse
scélérate.--Une gamine.--Sur quelques Nisards (suite).--Les
capacités.--M. Ducos.--M. Pelletier-Dulas.--A. M. Guizot.--L’_acarus_
du pouvoir.--Grattez-vous.--M. Ballanche.--M. de Vigny.--M. Vatout.--M.
Patin.--Le droit de visite.--M. de Salvandy et M. de Lamartine.--Les
chaises du jardin des Tuileries.--Une prompte fuite à Waterloo.--Le
capitaine Bonnardin.--M. Gannal au beurre d’anchois.--A M. E. de
Girardin.--M. Dumas.--M. Ballanche.--M. Pasquier.--M. Dubignac.....233
AVRIL.--Une pension de mille écus et M. Hébert.--Longchamps.--M.
de Vigny.--M. Patin.--M. Royer-Collard.--Remède contre le froid
aux pieds.--M. C. Bonjour, le roi Louis-Philippe, M. Rudder et M.
Cayeux.--EXPOSITION DU LOUVRE: M. Hébert à propos du portrait de
la reine.--Louis XVIII et un suisse d’église.--M. Vickemberg et
M. Biard.--M. Meissonnier et M. Béranger.--M. Gudin.--Le lion de
M. Fragonard.--M. Affre.--Monseigneur de Chartres.--M. Olivier et
une dinde truffée.--La Vierge de Bouchot.--Les ânes peints par
eux-mêmes.--Question des sucres.--Un tailleur à _façon_.--_Lorenzino_
de M. Al. Dumas.--Un vendeur de beau temps.--M. Listz.--Le cancan, la
béquillade, la chaloupe, dansés par M. de B., au dernier bal de madame
la duchesse de M...--M. Dubignac sur Napoléon, les femmes et l’amour,
etc., etc.--Succès pour le commerce français, obtenu sur la plaidoirie
de Me Ledru-Rollin.....259
MAI.--Le roi Louis-Philippe et le jardinier de Monceaux.--Un concurrent
à M. Emile Marco de Saint-Hilaire.--Propos légers d’une _Dame_.--M.
de Lamartine au château.--M. Aimé Martin et la reine d’Espagne.--Le
sucre.--Les rues de Paris.--Les morts d’avril.--M. Boursault.--Le
duc de Joinville.--Un costume complet.--M. Lacave-Laplagne et M.
Royer-Collard.--Un bon livre.--Dialogue de M. d’Arlincourt.--Un vicaire
général et un curé.--M. Surgis.--Éloge d’un tailleur.--M. Nodier
et M. Flourens.--Les eaux.--M. Perlet.--M. Romieu et le _Cid_.--Un
triomphe de M. de Balzac.--M. Roger de Beauvoir au contrôle des
Folies-Dramatiques.--Un bruit sur M. Hugo.--De M. Delecluse.--Comme quoi
il est brouillé avec la nature.--Un souvenir historique.--Opinion d’un
journaliste de 1780 sur les fortifications de Paris.--Encore le droit de
visite.--Une nouvelle muse.--Bévue d’une Académie.--Un homme qui a de
l’huile à vendre.--Le 1er mai......286
FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME.
Paris.--Imprimerie de A. WITTERSHEIM, rue Montmorency, 8.
LES
GUÊPES
ŒUVRES
D’ALPHONSE KARR
Format grand in-18.
LES FEMMES 1 vol.
AGATHE ET CÉCILE 1 --
PROMENADES HORS DE MON JARDIN 1 --
SOUS LES TILLEULS 1 --
LES FLEURS 1 --
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VOYAGE AUTOUR DE MON JARDIN 1 --
UNE POIGNÉE DE VÉRITÉS 1 --
LA PÉNÉLOPE NORMANDE 1 --
ENCORE LES FEMMES 1 --
MENUS PROPOS 1 --
LES SOIRÉES DE SAINTE-ADRESSE 1 --
TROIS CENTS PAGES 1 --
LES GUÊPES 6 --
En attendant que le bon sens ait adopté cette loi en un article, «la
propriété littéraire est une propriété,» l’auteur, pour le principe, se
réserve tous droits de reproduction et de traduction, sous quelque forme
que ce soit.
Paris.--Imprimerie de A. WITTERSHEIM, rue Montmorency, 8.
LES
GUÊPES
PAR
ALPHONSE KARR
--QUATRIÈME SÉRIE--
NOUVELLE ÉDITION
[Illustration: colophon]
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUE VIVIENNE, 2 BIS
1859
Reproduction et traduction réservées.
LES GUÊPES
Juin 1842.
Un feuilleton de M. Jars, membre de la Chambre des députés.--Les
vieilles phrases et les vieux décors.--Les enseignements du
théâtre.--Un nouveau cerfeuil.--Les circonstances atténuantes.--M.
Jasmin.--Un peintre de portraits.--La refonte des monnaies.--M.
Lerminier.--M. Ganneron.--M. Dosne.--M. l’Herbette.--M. Ingres.--M.
Boilay.--M. Duvergier de Hauranne.--M. Étienne.--M. Enfantin.--M.
Enouf.--M. Rossi.--Le droit de pétition.--M. l’Hérault.--M.
Taschereau.--M. d’Haubersaert.--M. Bazin de Raucou.--Madame
Dauriat.--Les tailleurs.--M. Flourens.--Le _Journal des Débats_,
Fourier et Saint-Simon.--Pétition de M. Arago.--Le droit de
visite.--Un éloge.
[GU] On a trouvé d’assez mauvais goût un feuilleton fait par M. _Jars_ à
la Chambre des députés;--ce feuilleton, outre des compliments à
mademoiselle Georges--et une déclaration d’amour à mademoiselle Rachel,
renferme une particularité assez curieuse.--Selon M. Jars, _les
directeurs des théâtres vont chaque matin chez les auteurs_, et leur
disent: _Voici de l’or! travaillez pour nous, travaillez vite!_
M. Jars--adresse ensuite quelques reproches et quelques conseils aux
auteurs.
Quand on a à porter un nom comme celui de M. Jars, on devrait, ce nous
semble,--l’exposer beaucoup moins aux hasards du calembour.
[GU] Il est, selon nous, à la fois odieux et ridicule de voir cette même
Chambre, qui traite si légèrement tant d’autres choses,--accorder chaque
année une si grotesque importance aux divers tréteaux comiques et
tragiques de Paris.
[GU] M. Auguis a demandé une chose presque raisonnable,--à savoir: que
la ville de Paris fût chargée de payer les subventions des théâtres qui
la divertissent plus ou moins.--N’est-il pas en effet singulier que le
pauvre paysan breton ou alsacien--soit obligé de payer sa part de la
subvention accordée à l’Opéra, au Théâtre-Français, à
l’Opéra-Comique--de Paris!
[GU] Du reste, je signalerai ici une tactique assez habile de la part de
la direction de l’Opéra.
Beaucoup de MM. les députés et de MM. les journalistes jouissent d’une
entrée gratuite à l’Opéra.
Il y a un article du règlement qui défend d’accorder ces entrées. Or, au
moment où la Chambre arrive à ce qu’on appelle _ussion_ de la subvention
de l’Opéra,--pour que les députés et les journalistes qui ont promis de
l’appuyer n’oublient pas leur engagement, pour que les autres aient au
moins le soin de rester neutres et muets,--la direction de l’Opéra--fait
mettre dans tous les journaux une note qui rappelle la prohibition de
l’article tant du règlement--et invite les personnes ayant _droit_ aux
entrées à faire établir ce droit sous bref délai.
Ce qui, pour les privilégiés, veut dire: «Vous voyez que vous n’avez
aucun droit à la faveur dont vous jouissez; vous voyez qu’il nous est
même défendu de vous l’accorder;--une faveur surtout gratuite ne peut
pas se donner pour rien;--ayez donc soin de la mériter et faites votre
devoir.»
[GU] Et alors, députés et journalistes sortent d’une des cases de leur
cervelle cinq ou six phrases vermoulues consacrées à cette
question,--absolument comme on sort de temps en temps du magasin les
vieux décors de la _Vestale_ et de _Fernand Cortez_. «L’Opéra est une
gloire nationale;--le Théâtre-Français est l’_école des mœurs_;--la
comédie est le _miroir des vices: castigat ridendo mores_; c’est
l’_utile dulci_ d’Horace; c’est la _morale embellie par les grâces_;
c’est un _magasin de hauts enseignements_,» etc., etc.
[GU] Cette fois-ci, je résolus de savoir ce qu’il en était--et de
m’assurer par moi-même des heureux effets que produit le théâtre sur la
morale publique.
A cet effet, j’allai me mêler aux groupes qui, à la sortie du spectacle,
se pressent autour de la statue de Voltaire, sous le péristyle du
Théâtre-Français,--pour surprendre les impressions que venaient de
recevoir les spectateurs des hauts enseignements qui leur étaient
présentés.
ENSEIGNEMENT DU THÉÂTRE.
_Premier groupe._
--Je ne comprends pas que mademoiselle *** mette une robe verte avec
des rubans bleus.
--Quel âge peut bien avoir ***?
--Vous croyez....
--J’ai vu ses débuts....
--Il est changé.
_Deuxième groupe._
--_J’aimerais bien_ mademoiselle ***.
--Elle a un amant,
--Est-il riche?
--C’est lui qui a donné les diamants qu’elle portait ce soir.
--Ah! ah!--ils sont fort beaux.
--Ce gaillard-là ne laisse aux autres que la ressource d’être aimés pour
rien.
_Troisième groupe._
--Quand je pense que je demeure sur le carré de cet homme-là et qu’il
est si tranquille!
--Vous ne l’entendez jamais déclamer?
--Non. Il est toujours à cultiver ses œillets.
_Quatrième groupe._
--Où allez-vous, demain matin?
--J’irai au bois de Boulogne.
--A cheval?
--Non!--en voiture.--Et vous?
--Moi je comptais aller à cheval,--mais si vous voulez me donner une
place, prenez-moi en passant,
--Avez-vous encore de ces cigares?...
--Oui!--j’en apporterai.
_Cinquième groupe._
--Au nom du ciel, ne m’envoyez plus de bouquets, mon mari s’en inquiète.
--A quelle heure serez-vous...
--Chut!--le voilà.
_Sixième groupe._
--Mais, monsieur, pourquoi me poussez-vous comme cela?
--Monsieur, je vous demande mille pardons.
--Monsieur, il n’y a pas de quoi.
--Ah! mon Dieu! le coquin avait de bonnes raisons pour me pousser, il
m’a volé ma montre.
_Septième groupe._
--Certainement, je ne m’en irai pas à pied.
--Mais, ma bonne, il fait un temps superbe,
--C’est égal, je suis fatiguée.
_Huitième groupe._
--Mademoiselle *** est faite comme un ange.
--Elle n’a pas de gorge.
--Il m’a semblé, cependant...
--Je te dis que je sais à quoi m’en tenir.
_Neuvième groupe._
--Croiriez-vous qu’on ne m’a envoyé qu’une stalle d’orchestre!
--C’est comme à moi,
--Je vais joliment éreinter la pièce.
--Et moi donc!
--Avec ça que le cinquième acte est trop long.
--Et puis cela traîne partout.
--Je vais faire mon article tout de suite.
_Dixième groupe._
--Les banquettes sont furieusement dures.
--On peut dire qu’elles sont rembourrées avec des noyaux de pêches.
--Hi! hi! hi!
[GU] Le péristyle se désemplissait peu à peu;--dans le dernier flot de
foule qui sortait une femme jeta un cri;--son mari, qui lui donnait le
bras,--lui demanda ce qu’elle avait.
--Ce n’est rien, mon ami.
--Tu n’aurais pas crié pour rien.
--C’est quelqu’un qui m’a _poussée_.
Le mari jette autour de lui un regard menaçant.
Un homme qui était derrière eux a déjà disparu.
Je savais à quoi m’en tenir sur les _hauts enseignements_ de cette
_école des mœurs_.--J’allumai un cigare et je rentrai chez moi.
[GU] Laquelle est-ce de vous, mes guêpes,--que j’ai chargée de la
surveillance de messieurs les savants et de mesdames leurs inventions?
--C’est vous, Grimalkin...--N’avez-vous rien à me dire?
--Si, vraiment, maître;--M. Lissa a envoyé à la Société royale
d’horticulture de Paris des graines de cerfeuil bulbeux,--plante qu’il a
introduite en France--et dont il _enrichit_ nos jardins.
--C’est donc un fameux cerfeuil, Grimalkin?
--Je le crois bien, maître.--On l’appelle _chacrophyllum bulbosum_.
--Et qu’a dit la Société royale d’horticulture?
--Elle a reçu avec plaisir et reconnaissance...
--Mais enfin quels avantages présente ce cerfeuil?
--Je ne sais pas, maître.
--Vous me direz au moins quelle différence?
--Oh! il y en a une:--le rédacteur des _Annales de la Société_, tout en
conseillant de le cultiver, conseille de n’en pas trop manger, parce que
plusieurs raisons lui font penser qu’il pourrait bien _être vénéneux_.
«Il faut le semer en automne--ou en février au plus tard.»
--A moins qu’on ne le sème pas du tout, Grimalkin.
[GU] Le jury et les _circonstances atténuantes_ vont toujours leur
train.
DÉPARTEMENTS (Isère).--_Pont-de-Beauvoisin._--Une accusation de
parricide accompagnée de circonstances horribles était portée aux
assises de l’Isère contre Jean Boudrier, de Pont-de-Beauvoisin, accusé
d’avoir mis le feu à une grange où dormait son père, vieillard
octogénaire et paralytique. A peine si le lendemain, dans les décombres
de l’incendie, on a retrouvé quelques ossements humains calcinés.
Les péripéties de ce drame, qui s’est terminé par une scène aussi
terrible, duraient depuis quinze ans, époque à laquelle Jean Boudrier,
fuyant la maison paternelle, avait proféré pour dernier adieu ces
atroces paroles: «Je voudrais voir rôtir mon père comme un crapaud sur
une pelle.»
Le jury a reconnu Jean Boudrier coupable du crime dont il était accusé,
mais avec des _circonstances atténuantes_. En conséquence, Jean Boudrier
a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
[GU] Je vous le disais bien, il y a un an,--que vous seriez honteux
d’avoir soutenu les fortifications:--et vous, monsieur Barrot, qui les
attaquez maintenant à la tribune,--et vous journalistes qui les
invectivez dans vos feuilles,
[GU] M. Jasmin, coiffeur et poëte, est arrivé à Paris où il a dîné avec
le roi Louis-Philippe, et avec MM. les coiffeurs de la capitale;--il a
été invité et reçu dans plusieurs maisons du faubourg Saint-Germain.
Rapprochez ceci de ce que je vous ai dit de ce dîner où le roi fit
semblant de ne pas savoir que M. de Lamartine fait des vers, et vous en
tirerez pour conséquence ce que je vous ai répété déjà bien des fois.
O poëtes,--vous serez toujours méprisés et dédaignés.--La _presse_ est
arrivée aux affaires, aux _honneurs_ (quels honneurs!) mais la presse
n’est pas plus la poésie, que les Cosaques ne sont l’armée russe.
Les ravages qu’a causés la _presse_ sur son passage--n’ont fait
qu’ajouter un peu de haine au mépris que l’on avait pour vous.
On n’accueillerait pas ainsi au château un poëte qui ne serait pas en
même temps perruquier.
Peut-être,--par suite de cette affaire,--quelques poëtes vont se faire
coiffeurs,--et je n’y verrai pas grand mal;--mais je suis sûr que depuis
huit jours les jeunes coiffeurs inoccupés ont fait plus de trois
millions de vers.
[GU] Voici ce qui arrive à un peintre qui fait un portrait, sauf les
nuances qu’apportent nécessairement la position sociale et l’éducation
du modèle.
--Monsieur, suis-je bien ainsi?
--Madame, je ne saurais trop vous recommander de prendre une position
naturelle.
--Mais, monsieur, je ne crois pas me maniérer.
--Ce n’est pas ce que je veux dire, madame; je veux simplement vous
engager à prendre la pose qui vous est la plus habituelle; je ne puis
peindre que ce que je vois, et il faut avant tout que la personne que
l’on peint tâche de se ressembler à elle-même.
La femme considère cette observation comme non avenue: elle garde une
pose prétentieuse et maniérée; elle lève les yeux au ciel, ou les ferme
languissamment; elle serre les lèvres pour se rapetisser la bouche; elle
est naturellement enjouée, elle prend un air majestueux.
Le peintre fait son esquisse.
--Dites-moi, monsieur, ne serais-je pas mieux ainsi?
--Je ne pense pas.
--Cependant, je pense que cela fera mieux.
Elle prend une pose toute différente de la première, sans être pour cela
moins affectée.
Le peintre efface son esquisse. Comme il va en commencer uns autre:
--Décidément, vous aviez raison, la première pose valait mieux.
Et le malheureux artiste recommence ce qu’il a effacé.