... S'il est permis de faire entre eux quelque comparaison,
et de les marquer l'un et l'autre par ce qu'ils ont de plus
propre, et par ce qui éclate le plus ordinairement dans
leurs ouvrages, peut-être qu'on pourrait parler ainsi:
Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées,
Racine se conforme aux nôtres: celui-là peint les hommes
comme ils devraient être, celui-ci les peint tels qu'ils
sont. Il y a plus dans le premier de ce que l'on admire, et
de ce que l'on doit même imiter; il y a plus dans le second
de ce qu'on reconnaît dans les autres, ou de ce que l'on
éprouve dans soi-même. L'un élève, étonne, maîtrise,
instruit; l'autre plaît, remue, touche, pénètre. Ce qu'il y
a de plus beau, de plus noble et de plus impérieux dans la
raison, est manié par le premier; et, par l'autre, ce qu'il
y a de plus flatteur et de plus délicat dans la passion. Ce
sont, dans celui-là, des maximes, des règles, des
préceptes; et, dans celui-ci, du goût et des sentiments.
L'on est plus occupé aux pièces de Corneille; l'on est plus
ébranlé et plus attendri à celles de Racine. Corneille est
plus moral; Racine, plus naturel...
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