DES OUVRAGES DE L'ESPRIT.

... Il y a dans l'art un point de perfection, comme de bonté

ou de maturité dans la nature; celui qui le sent et qui

l'aime a le goût parfait; celui qui ne le sent pas et qui

aime en deça ou au delà a le goût défectueux. Il y a donc un

bon et un mauvais goût, et l'on dispute des goûts avec

fondement.

On se nourrit des anciens et des habiles modernes; on les

presse, on en tire le plus que l'on peut, on en renfle ses

ouvrages; et, quand enfin l'on est auteur et que l'on croit

marcher tout seul, on s'élève contre eux, on les maltraite,

semblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils

ont sucé, qui battent leur nourrice....

Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre

une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la

bonne; on ne la rencontre pas toujours en parlant ou en

écrivant. Il est vrai néanmoins qu'elle existe, que tout ce

qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point un

homme d'esprit qui veut se faire entendre.

Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il

use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule: s'il

donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par une vanité

d'auteur, que pour mettre une vérité qu'il a trouvée dans

tout le jour nécessaire pour faire l'impression qui doit

servir à son dessein. Quelques lecteurs croient néanmoins le

payer avec usure, s'ils disent magistralement qu'ils ont lu

son livre, et qu'il y a de l'esprit; mais il leur renvoie

tous leurs éloges qu'il n'a pas cherchés par son travail et

par ses veilles. Il porte plus haut ses projets, et agit

pour une fin plus relevée: il demande des hommes un plus

grand et un plus rare succès que les louanges, et même que

les récompenses, qui est de les rendre meilleurs.

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Littérature Française (Première Année) · 第 121 / 137 题