Si on essaie de se figurer La Bruyère on voit un homme
capable de sentir et de souffrir, qui a senti et qui a
souffert, attristé par l'expérience, résigné sans être
calme, qui méritait beaucoup et s'est contenté de peu, dont
l'âme aurait pu se prendre à quelque grande occupation et
qui s'est rabattu sur l'art d'écrire, sans que la
littérature ouvrît à sa passion et à ses idées une issue
assez large, "Un homme, dit-il quelque part, né chrétien et
français, se trouve contraint dans la satire: les grands
sujets lui sont défendus. Il les entame quelquefois et se
détourne ensuite sur de petites choses qu'il relève par la
beauté de son génie et de son style." Là est sa dernière
tristesse et son dernier mot.
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