Mais ne craignez rien tant que la vanité dans les filles.
Elles naissent avec un désir violent de plaire: les chemins
qui conduisent les hommes à l'autorité et à la gloire leur
étant fermés, elles tâchent de se dédommager par les
agréments de l'esprit et du corps; de là vient leur
conversation douce et insinuante; de là vient qu'elles
aspirent tant à la beauté et à toutes les grâces
extérieures, et qu'elles sont si passionnées pour les
ajustements: une coiffe, un bout de ruban, une boucle de
cheveux plus haut ou plus bas, le choix d'une couleur, ce
sont pour elles autant d'affaires importantes.
Appliquez-vous donc à faire entendre aux filles combien
l'honneur qui vient d'une bonne conduite et d'une vraie
capacité est plus estimable que celui qu'on tire de ses
cheveux ou de ses habits. La beauté, direz-vous, trompe
encore plus la personne qui la possède que ceux qui en sont
éblouis; elle trouble, elle enivre l'âme; on est plus
sottement idolâtre de soi-même que les amants les plus
passionnés ne le sont de la personne qu'ils aiment. Il n'y a
qu'un fort petit nombre d'années de différence entre une
belle femme et une autre qui ne l'est pas. La beauté ne peut
être que nuisible, à moins qu'elle ne serve à faire marier
avantageusement une fille: mais comment y servira-t-elle, si
elle n'est soutenue par le mérite et par la vertu? Elle ne
peut espérer d'épouser qu'un jeune fou, avec qui elle sera
malheureuse, à moins que sa sagesse et sa modestie ne la
fassent rechercher par des hommes d'un esprit réglé, et
sensibles aux qualités solides. Les personnes qui tirent
toute leur gloire de leur beauté deviennent bientôt
ridicules: elles arrivent, sans s'en apercevoir, à un
certain âge où leur beauté se flétrit, et elles sont encore
charmées d'elles-mêmes, quoique le monde, bien loin de
l'être, en soit dégoûté.
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