REMARQUES SUR PLUSIEURS DÉFAUTS DES FILLES.

Il faut aussi réprimer en elles les amitiés trop tendres,

les petites jalousies, les compliments excessifs, les

flatteries, les empressements: tout cela les gâte, et les

accoutume à trouver que tout ce qui est grave et sérieux est

trop sec et trop austère. Il faut même tâcher de faire de

sorte qu'elles s'étudient à parler d'une manière courte et

précise. Le bon esprit consiste à retrancher tout discours

inutile, et à dire beaucoup en peu de mots, au lieu que la

plupart des femmes disent peu en beaucoup de paroles. Elles

prennent la facilité de parler et la vivacité d'imagination

pour l'esprit; elles ne choisissent point entre leurs

pensées; elles n'y mettent aucun ordre par rapport aux

choses qu'elles ont à expliquer; elles sont passionnées sur

presque tout ce qu'elles disent, et la passion fait parler

beaucoup: cependant on ne peut espérer rien de fort bon

d'une femme, si on ne la réduit à réfléchir de suite, à

examiner ses pensées, à les expliquer d'une manière courte,

et à savoir ensuite se taire.

Quand elles ont été assez malheureuses pour prendre

l'habitude de déguiser leurs sentiments, le moyen de les

désabuser est de les instruire solidement des maximes de la

vraie prudence; comme on voit que le moyen de les dégoûter

des fictions frivoles des romans est de leur donner le goût

des histoires utiles et agréables. Si vous ne leur donnez

une curiosité raisonnable, elles en auront une déréglée; et

tout de même, si vous ne formez leur esprit à la vraie

prudence, elles s'attacheront à la fausse, qui est la

finesse.

Montrez-leur, par des exemples, comment on peut sans

tromperie être discret, précautionné, appliqué aux moyens

légitimes de réussir. Dites-leur: La principale prudence

consiste à parler peu, à se défier bien plus de soi que des

autres, mais point à faire des discours faux et des

personnages brouillons. La droiture de conduite et la

réputation de probité attirent plus de confiance et

d'estime, et par conséquent à la longue plus d'avantages,

même temporels, que les voies détournées. Combien cette

probité judicieuse distingue-t-elle une personne, ne la

rend-elle pas propre aux grandes choses!...

Quand on ne veut que ce qu'on doit vouloir, on le désire

ouvertement, et on le cherche par des voies droites avec

modération. Qu'y a-t-il de plus doux et de plus commode que

d'être sincère, toujours tranquille, d'accord avec soi-même,

n'ayant rien à craindre ni à inventer? au lieu qu'une

personne dissimulée est toujours dans l'agitation, dans les

remords, dans le danger, dans la déplorable nécessité de

couvrir une finesse par cent autres.

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Littérature Française (Première Année) · 第 116 / 137 题