[Le vieil Horace déplore l'action trop prompte de son fils et
s'humilie sous le jugement des dieux.]
Quand la gloire nous enfle il sait bien comme il faut
Confondre notre orgueil qui s'élève trop haut!
Nos plaisirs les plus doux ne vont pas sans tristesse.
[Son fils demande d'ailleurs à subir le châtiment mérité. Le crime
qu'il a commis ne peut s'expier que par sa mort: il la désire; il est
prêt à se la donner. Sur les entrefaites le roi arrive pour exprimer
au vieil Horace sa reconnaissance pour le service national que ses
fils ont rendu, sa sympathie pour le malheur de sa fille si
prématurément et si cruellement mise au tombeau.
Valère demande que le roi punisse le meurtrier de Camille.
Horace ne cherche pas à se défendre. Il accepte la peine qu'il a
méritée. Que le roi prononce!
Le vieil Horace prend alors la parole pour défendre son fils. Il prie
le roi de tenir compte des circonstances:]
Un premier mouvement ne fut jamais un crime,
Et la louange est due au lieu du châtiment
Quand la vertu produit ce premier mouvement.
Le seul amour de Rome a sa main animée;
Il serait innocent s'il l'avait moins aimée.
Qu'ai-je dit, Sire? il l'est, et ce bras paternel
L'aurait déjà puni s'il était criminel.
(S'adressant à Valère.)
Dis, Valère, dis nous, si tu veux qu'il périsse,
Où tu penses choisir un lieu pour son supplice?
Sera-ce entre ces murs que mille et mille voix
Font résonner encor du bruit de ses exploits?
Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places
Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces;
Entre leurs trois tombeaux et dans ce champ d'honneur,
Témoin de sa vaillance et de notre bonheur?
[Non, Rome ne peut pas consentir à la mort du vainqueur d'Albe. Le roi
lui pardonne; un sacrifice sera offert aux dieux, et quant à Camille,
dit le roi:]
Je la plains; et pour rendre à son sort rigoureux
Ce que peut souhaiter son esprit amoureux,
Puisqu'en un même jour l'ardeur d'un même zèle
Achève le destin de son amant et d'elle,
Je veux qu'un même jour, témoin de leurs deux morts,
Dans un même tombeau voie enfermer leurs corps.
* * * * *