Il m'a paru qu'il n'y avait pas assez de subordination parmi les
officiers de la Compagnie. Les supérieurs craignent le crédit de leurs
inférieurs. Comme la plupart de ces places s'obtiennent par faveur, je
ne crois pas que l'autorité puisse être établie parmi eux d'une manière
raisonnable. Ce mal donc me paraît sans remède, en ce qu'il tient à nos
moeurs.
Aucun vaisseau ne devrait tenir la mer plus de trois mois sans relâcher:
ces longues traversées coûtent beaucoup d'hommes. Les matelots n'ont
point assez d'eau dans les chaleurs; souvent ils sont réduits à une
demi-pinte par jour. Ne serait-il pas possible de diviser l'endroit du
vaisseau où se place le lest, en citernes de plomb remplies d'eau douce?
Peut-être trouverait-on un mastic ou cire dont on enduirait les
barriques, ce qui préserverait l'eau de corruption: elle est souvent
d'une infection insupportable, et remplie de vers.
Quant à la machine à dessaler l'eau de mer, les marins la croient peu
salutaire. D'ailleurs, il faut embarquer beaucoup de charbon de terre,
qui tient beaucoup de place, qui est sujet à s'enflammer de lui-même; et
on a l'inconvénient dangereux d'entretenir un fourneau allumé nuit et
jour.
Les matelots sont très-mal nourris. Leur biscuit est plein de vers. Le
boeuf salé, au bout de quelque temps, devient une nourriture désagréable
et malsaine. Ne pourrait-on pas cuire des viandes et les conserver dans
des graisses? On en prépare ainsi pour la chambre, qui se conservent
autant que le boeuf salé.
Les matelots, à terre, dans un port, dépensent quelquefois en une
semaine ce qu'ils ont gagné dans un an. Ne pourrait-on pas avancer à
chacun d'eux les habillemens convenables, et les obliger de les
conserver par des revues fréquentes faites par l'écrivain et l'officier
de quart? Il y a beaucoup d'autres réglemens de propreté sur lesquels
les officiers devraient veiller. La plupart de ces malheureux ont besoin
d'être toujours en tutelle.
J'ai observé que le bois se pourrit toujours dans l'eau à sa ligne de
flottaison. On peut faire cette observation sur les pieux qui sont dans
les rivières, et sur tous les bois exposés à être alternativement
mouillés et séchés. C'est là que se nichent les vers et que germent la
plupart des herbes aquatiques. Cet endroit est si favorable à la
végétation, que les filets verts, dont notre vaisseau est entouré, se
sont attachés seulement aux anneaux de fer des chaînes du gouvernail,
qui sont à fleur d'eau, sans qu'il y en ait au-dessus ni au-dessous. Je
crois qu'il serait utile de border de feuilles de cuivre toute la
circonférence des vaisseaux sur une largeur de trois pieds. Quant aux
pointes de fer et de cuivre qui terminent les mâts et les vergues,
l'expérience prouve qu'elles attirent le tonnerre.