Ne sis dura michi precibus que resistere noli

Ne me soyes point de dure maniere

Ne resister a ma simple priere

Vueilles aussi en ma necessité

Esperance j'ay en toy singuliere

Fay donc cella qu'il fault que je requiere

Pouoir en as et seulle auctorité

Tu le me peulz doulcement accorder

Pas grans choses ne te vien demander

Sed fac quod posco non ego magna peto

Dixi non magna misero michi magna videntur.

Sed tamen ista dare non tibi difficile est

Non pas grandes quant au regart de toy

Mais tresgrandes quant au regart de moy

Qui suis dolent langoureux et debille

Pour mon salut a toy recourir doy

Car ce donner ne t'est point difficille

Anno dic tantum jam jamque beatus habebor

Et sic evenient prospera cuncta michi

Dy seullement pamphille je te octroie

Tes demandes et je croy fermement

Que plus joyeulx n'y a que je seroye

Et bien euré dessoubz le firmament

Par ton octroy viendront prospereement

Tous mes desirs comme dire te voys

Et desclarer du tout mon pensement

Plaise toy donc a escouter ma voix

Comme pamphille descript devant venus la beaulté de celle dont il estoit

amoureux et les causes qui le retardent de parler a elle.

[E]st mihi vicina vellem non esse puella

Si non subveniat gratia vestra michi.

Nam solet ammoto plus ledere proximus ignis

Sed si vota feret lederet ipsa minus

Dame j'ay une voysine

La plus plaisante poupine

Qui soit pour une pucelle

Ainsi comme je ymagine

Se ta grace ne se incline

A me mettre en grace d'elle

Je vouldroie tant soit belle

Que jamais n'en fust nouvelle

Car tant plus on se reculle

Du feu et moins on se brusle

Par quoy quant elle seroit

Si loing de moy qu'elle ne auroit

Mes regars en façon nulle

Sa beaulté ne me nuyroit

Est in vicinis formosior omnibus illa.

Aut me fallit amor omnibus aut superest

Hec mea trajascit certis precordia tellis

Que nunc inde quero vi removere mea

Entre toutes autres pucelles

Je croy que la plus belle soit

C'est la fleur de toutes les belles

Ou je dy que amours me deçoit

Si tost que mon oeil apperçoit

Son doulx maintien sa belle face

Tout a travers de mon cueur passe

Ung feu d'amours dont bruslé suys

Voulentiers a force l'ostasse

Mais par mon ame je ne puys

Vulneris inde nude crescit dolor omnibus horis.

Mutaturque color vis que calor que meus.

Hoc nulli dixit nec que michi vulnera fecit

Nullaque causa fuit dicere que metuit

De jour en jour croist ma douleur

Et d'heure en heure multiplie

Qui me destruit chaleur couleur

Et me trouble la fantasie

La peine qui me contrarie

A personne n'ay revellee

De peur de honte et villennie

J'ayme mieulx la tenir cellee

Dicitur et fateor me melioribus orta est.

Hinc igitur metuo dicere velle meum

Elle est doulce moriginee

Plaisante gratieuse saige

Et de plus noble ligne nee

Que moy je congnois son lignaige

Par quoy descouvrir mon couraige

Je doubte car ainsi qu'on dit

Ung franc voulloir transist de raige

Quant il fault qu'il soit escondit.

Fertur et est verum quod me scit ditior illa

Et decus et dotes copia sepe rogat

Nec michi sunt dotes decus ingens copia grandis.

Sed quo habere queo quero labore meo

On dit et aussi je confesse

Qu'elle a plus que moy de richesse

C'est une chose veritable

Or requiert noblesse noblesse

Et avoir avoir ce me blesse

Car je ne suys que ung povre diable

Qui n'ay richesse ne avoir

Et ne sçay moyen d'en avoir

Fors du labeur que je puis faire

C'est ung des poings qui me fait taire

Car honneur et richesse aussi

Demandent avoir grant douaire

Et je ne puys fournir cecy

Cum vero sit dives cujusdem nata bubulci.

Eligit e nulle quemlibet illa virum

Son pere a de beufz si grant somme

Qu'il peut pour donner a sa fille

Eslire et choisir ung homme

Le mieulx a son gré entre mille

C'est le plus riche de la ville

Conclusion par quoy je doubte

Que au long d'elle ne me reboute

Par povreté a ce besoing

J'ay bien cause de faire doubte

De peur d'estre jetté au loing

Concipit ingentes animos fiducia forme

In que modum dominum non sunt esse suum.

Toutesfois sont de ardeur esprins

Mes membres pour sa grant beaulté

Mais tout regarde et comprins

Dire n'ose ma voulenté

Fiance de formosité

Souvent conçoit les grans couraiges

Et voit on a la verité

En estre atrappez les plus saiges

Has de corde meo tamptem demere curas

Sepius obstanti tunc magis arsit amor

Toutes ces curiositez

J'ay essayé hors mon cueur mettre

Par prendre autres felicités

Mais amour ne l'a peu permettre

Ains tant que possible peut estre

La ou je me ay voulu contraindre

Le feu d'amours a fait acroistre

Et jamais ne l'ay peu estaindre.

Comme pamphille en maniere de epillogue reitere ses prieres et se plaint

de venus qui ne luy respont point.

En mala nostra vides et nostra pericula nosti

Unde precor precibus mitis adesto meis

Ainsi venus tu vois les sommes

De noz maulx et perilz mortelz

En quoy a toute heure nous sommes

Se par toy n'en sommes ostés

Par quoy je requiers tes bontés

Que tu soyes doulce et benigne

Aux veux qui te sont presentés

Par moy qui devant toy me incline.

Non michi respondes non dictis porrigis aures

Non tua clara meum/ lumina lumen habent

Venus tu ne me respons point

Ne prestes l'oreille a mes ditz

Je ne sçay se tu me escondis

Ce me viendroit trop mal apoint

D'autre part je regarde ung point

C'est que tes loyaulx yeulx seullement

Sus moy qui suis si mal en point

Tourner ne veux aucunement.

Aut tu tolle tuas nostre de corde sagittas.

Aut tu sceva tuis/ vulnera pasce modis.

Au moins se noz greves douleurs

Rapaiser ne veulx et guarir

Oste tes saiettes de noz cueurs

Sans si asprement nous ferir

Ou par moyen nous secourir

Sans faire plaies si cruelles

Car assez seroit pour mourir

Se tu ne metz mesure en elles

Quis posset tanti curam tollerare laboris

Que domino flenti premia nulla daret.

Qui esse qui pourra porter

De si tresgrant labeur la cure

Se tu ne le veulx supporter

Et conforter en sa laidure

Bien est la cure forte et dure

Qui son seigneur par desconfort

Seuffre souspirer et endure

Sans luy donner aucun confort.

Justo precando tibi mihi nam dolor anxius instat

Assiduas que preces concipit ipse dolor

Justes choses je te supplie

Tu ne me dois point escondire

Et si fault que je multiplie

Mes prieres et te les dire

Par plusieurs foys/ car le martire

Que j'ay nuyt et jour me contraint

Faisant doubte qu'il ne me empire

Car tant plus gelle plus estraint.

Quant pamphille eut parlé

Devant venus en lamentant

En demandant grace et mercy

Des douleurs dont il avoit tant.

Venus en le resconfortant

Parla et dist ce qui ensuyt

Que pamphille fust escoutant

Doulcement sans faire grant bruit.

Comme venus deesse d'amours parle a pamphille et luy enseigne les moyens

pour jouyr de ses amours

[N]unc venus hec inquit labor improbus omnia vincit.

Quolibet et poteris ipse labore frui.

O pamphille j'ay ouy tes clamours

Ce dist venus la deesse d'amours

Tes complaintes et lamentations

Et diz que a moy seulle tu as recours

Pour te donner allegence et secours

En tes grandes et dures passions

Tu dis avoir pené et labeuré

Et des douleurs grandement enduré

Mais il te fault encor en endurer

Et cent fois plus que jamais labeurer

Car par labeur sans aucune doubtance

Vaincre pourras et de toy procurer

Toutes choses ou tu as esperance

Et monstrare tuos animos nulli verearis.

Vix erit mille que neget una tibi

Ne doubte/ soit a femme ou fille

Dire et monstrer ta fantasie

Car a grant peine une entre mille

Tu trouveras qui te denie

Que voulentiers ne soit ta mye

Et pour tant sans estre paoureux

Ta voulenté ne celle mie

A celle dont es amoureux

Quamque precando petes prius aspera forte negabit

Venales sensus improbus emptor habet.

Peut estre de commencement

Que ung peu aspre se monstrera

Mais prie tousjours doulcement

Car en la fin se moderera

Et ton parler escoutera

Se tu es doulcement preschant

Finablement tienne sera

Rien n'eschappe a ung bon marchant

Non mare transsisset pavidus si nauta fuisset

Turgida cum primum restitit unda rati

Se tu es loyal amoureux

Ne crains point a demander grace

Ung marinier qui est paoureux

A bien grant peine la mer passe

Quant il voit le vent qui dechasse

Les vagues en mer rudement

Et l'eaue qui l'une fois est basse

L'autre grande soudainement.

Ergo tuis primum si non favet illa loquelis

Arte vel officio fac tamen ut faveat.

Et pour tant si de prime face

Elle ne obeist a ton dit

Ne cuyde pas qu'elle te chasse

Et ne te tien point escondit

Mais par art saige et bien conduit

Par obedience et service

Que lui feras ainsi qu'il duyt

Pourchasse tant qu'elle obeisse.

Comme venus monstre a pamphille que toutes choses se font par art ou

service agreable.

Ars animos frangit et firmas dirruit urbes

Arte cadunt turres arte levatur onus

Art froisse les fermes couraiges

Art abat les fermes cités

Par art chaient les fors ouvraiges

Tours chasteaux en hault lieu boutez

Par art aussi sont haulz montez

Les grans fais et pesans fardeaux

Enfin art fait toutes bontés

Art aussi fait faire tous maulx

Et piscis liquidis deprenditur arte sub undis

Et pedibus siccis per mare transit homo

Par art dedans caves courans

Est prins le poisson a la rayz

Par art sont dessus l'eaue courans

Les hommes a pié sec par quoy

Pamphille considere en toy

Que devant que avoir gallathee

Et la convertir a ta loy

Il fault que par art soit temptee

Rebus et in multis ars adjuvat officiumque.

Pauper sepe suo pascitur officio

Tu vois ung povre loricart

Par artifficiel office

Devenir ung riche pinarc

Et acquerir grant benefice

Il n'est rien que avoir on ne puisse

Par art ou service agreable

En effait rien n'est plus propice

En amours que estre serviable.

Et quamvis juxta sedatur principis ira.

Servat et illesum/ corpus opesque reus

On voit souvent que le coulpable

Rabat l'ire de son seigneur

Combien qu'elle soit equitable

Par avoir blessé son honneur

Et si garde de deshonneur

Ses richesses et de dommaige

Son corps qui est le point greigneur

Par art subtil et façon saige

Et gaudet locuplex qui flere solebat egenus

Et modo vaditur eques qui solet ire pedes

On voit le riche en grant liesse

Mener joye et felicité

Qui par deffaulte de richesse

Soulloit plourer en povreté

Cellui aussi qui a esté

Mille fois a pié par les champs

Par art estre a cheval monté

Art a fait mille bons marchans

Quod donare sibi minime potuere parentes

hoc excersenti jam dabit officium

Se serviable tu te rens

Envers elle/ elle te aymera

Et ce que donner tes parens

Ne pourroient/ te donnera

Quant continuer te voirra

A service lui presenter

Trop fort orgueilleuse sera

Se tu ne la faiz contenter

Officium que tuum primum si forte recuses

Tu servire tamen este paratus ei

Se ton service elle reffuse

Depremier que a elle viendras

Ne te chaille ce n'est que ruse

Point a desdaing ne le prendras

Par ce point tu l'entretendras

En amour tant qu'en fin finalle

A ton entente parviendras

Et te aymera d'amour loyalle

Hiis poteris superare minas causantis amice

Fiet amica tibi que prius hostis erat

Par les moyens que je t'ay dis

Toutes les rigueurs de t'amye

Se saigement tu te conduys

Suppereras n'en doubtes mye

Et sera je te certiffie

Enfin de toy fort amoureuse

Celle qui te estoit ennemie

Au devant se fort rigoreuse.

Comme venus enseigne pamphille faire jeux et dire plaisantes parolles

devant gallathee et frequenter les lieux ou elle frequente.

In quibus esse solet loca sepius ipsa frequenta

Sine potes pulchris pascere pasce jocis

Il te fault aussi mettre entente

A souvent les lieux frequenter

Ou voulentiers elle frequente

Et ou elle hante hanter

Devant elle rire chanter

Et la repaistre de beaux jeux

Dire beaux motz doulx caqueter

Et tenir termes gratieux

Gaudia semper amat et ludi verba juventus

Et juvenum mentes hec in amore movent

Tousjours joyes ayme jeunesse

Et parolles de jeu aussi

Amours ne veullent que liesse

Point n'y fault parler de soucy

Mais de tout jeu car par cecy

Et tenir termes beaux et gentz

Souvent se mettent a mercy

Les pensees des jeunes gens

Nec non semper ei letis te ultibus offer

Est cum letitia pulchrior omnis homo

D'abiz te convient acoustrer

Le plus mignot que tu pourras

Et devant elle te monstrer

Joyeux ou tu la trouveras

Car plus beau tu luy sembleras

De luy monstrer joyeuse face

Jamais beaulté en toy n'auras

S'il fault que tristesse te chasse

Nec nimium taceas nec verba superflua dicas

Despicit et nimio sepe puella virum

De tenir trop grant gravité

En langaige te dois garder

Aussi en superfluyté

De parolles trop habonder

Car la pucelle a regarder

L'homme trop pensant et songart

De l'aimer se peut retarder

Et ne l'appelle que busart.

Exitat et nutrit/ facundia dulcis amorem.

Multotiens animos mitigat illa feros

La chose qui plus en ce monde

Excite et nourrist amours

C'est doulce et plaisante faconde

Sans avoir langaige a rebours

Tousjours beau parler est en cours

Et si voit on les haultz couraiges

Estre moderez tous les jours

Et convaincus par beaux langaiges

Si locus est illi jocundis vocibus insta

Quod vix sperasti jam dabit illa tibi

Apres agreable service

Receu pour le commencement

Se elle se treuve en lieu propice

Dy luy quelque mot hardiement

En amours tout secretement

Car par adventure que adoncques

Auras d'elle courtoisement

Cella que avoir tu ne peuz oncques.

Non scivit interdum pudor illi promere votum.

Sed quod habere cupit hoc magis illa vocat

Il te fault entendre que honte

Ne seuffre pas aucuneffois

Une pucelle tenir conte

De ce qu'elle ayme touteffois

Se elle trouvoit bien a son choys

Lieu propice elle accorderoit

La chose que souventeffois

Au paravant neyee auroit.

Pulchrius esse putat vi perdere virginitatem.

Quam dicat de me fac modo velle tuum.

A parler a la verité

Pucelle croit chose plus belle

Perdre a force virginité

Et se tenir ung peu rebelle

Que de dire a l'homme que de elle

Il face a sa voulenté

Jamais on ne a une pucelle

Sans aucune difficulté.

Hoc nimium caveas ne sit tibi circa supellex.

Nesciat esse tuum pauperiam que tuam.

Sus toutes choses garde bien

D'avoir mauvais habillement

Se tu es povre n'en dy rien

A elle principallement

Et si garde totallement

De luy dire ta residence

Ou elle puisse aucunement

Savoir se tu as indigence

Exiguo pulchram ducit solertia vitam

Jocundo que suas ore tegit lachrimas

Le saige maine vie honneste

De si petit qu'il peut avoir

Sans que son estat magnifeste

Qu'il n'est ja mestier de sçavoir

Se tu veulx faire ton devoir

Garde toy de dire nulle heure

Que tu as souffrance d'avoir

Souvent bouche ryt que cueur pleure

Quod non esses simulare potes dictis habitu que.

Maxima sors parvo contigit ingenio

A celle fin de mieulx attaindre

Et venir a fin de ton fait

Aucuneffois tu peulz bien faindre

Estre tel que n'es pas de fait

Le dit et l'abit en effect

Aucuneffois aydent a l'homme

Et apparaist estre parfait

Tel qu'il ne vault pas qu'on le nomme

Plurima mundus habet sua que vicinia nescit.

De quibus apta sibi plura referre potest.

Le monde a plusieurs povretés

De quoy son voysin ne sçait rien

Tel a de grans necessités

Qui dit qu'il est tout plain de bien

Pour ce pamphille garde bien

De dire que soies souffreteux

Mais dy plus tost que tout est tien

Ou tu n'es point vray amoureux.

Crede quod interdum multis mendatia prosunt.

Et quandoque nocet omnia vera loqui

Croy pamphille que bien mentir

Aucuneffois est treslicite

Il ne s'en fault point repentir

On voit que a plusieurs il proffite

Verité aussi estre dicte

A toute heure n'est pas louable

En une amoureuse poursuyte

Mentir est souvent convenable.

Comme venus admonneste pamphille de estre gratieux et habandonné aux

serviteurs de la maison la ou il veult estre amoureux.

Et famulos famulas que dominus sibi sepe loquentes

Allice colloquus muneribus que tuis

Aux serviteurs et serviteures

De celle que tu aimeras

Monstrer te fault a toutes heures

Begnin quant a eulx parleras

Par les dons que tu leur feras

Et beau parler a ta mignonne

Cent fois recommandé seras

Et diront bien de ta personne.

Ut semper referant de te bona verba vicissim

Et pascant dominam laudibus usque tuis.

Je te exorte estre habandonné

Aux servans sans les escondire

Car si tu leur as rien donné

A leur maistresse le yront dire

Et ta grant largesse descrire

Tes vertus et grans preminence

Si qu'en la fin sans contredire

Elle aura en toy confidence.

Dum dubio dubias mentes in pectore versat

An faciat vel non nesciat velle tuum.

Plusieurs doubtes elle fera

Premierement que se accordez

Et plusieurs fois reffusera

Devant qu'en puisses aborder.

Mais se tu sçaiz beau demander

En la fin tu en jouyras

Pourtant pense de recorder

Les beaulx motz que tu luy diras

Tunc illam multo certamine sepe fatiga

Ut cicius possis victor amore frui

Pour te cuyder rendre confus

De grans raisons alleguera

En tenant termes de refus

Mais a l'heure que ce sera

Reprouve ce qu'elle dira

Par belles raisons sophistiques

En quoy elle s'abusera

Se sagement tu les applicques

Pellitur huc animus hominum vel pellitur illuc

Sepe labore brevi dum manet in dubio.

Doubter ne doibz aulcunement

Car le vouloir d'homme doutable

Change propos incessamment

Comme inconstant et variable

Mais il te fault estre immuable

Ferme constant en ung propos

Et pourchasser comme notable

Ta proye sans avoir repos

Et placeat nobis interpres semper utriusque

Quod caute referat hoc quod uterque cupit

Je ne sçay se tu es constant

A tenir nostre enseignement

Ainsi que dit est et pourtant

Nous qui tenon le jugement

Des amans jugeron comment

Tu qui es en fleur de jeunesse

Auras pourchassé vaillamment

Au regart de nostre vieillesse

Des operations aux jeunes

Doivent jugier les anciens

Car par leurs oeuvres anciennes

De droit ilz sont praticiens

Et tous les utilles moyens

Du train d'amours ilz sçayvent bien

Pourtant disent les plus sciens

Qu'il n'est trace que de viel chien

Emula nam juvenum dijudicat acta senectus

Et simul hos prohibet litigiosa loqui

Quant les jeunes sont en debat

Et en parler litigieux

Leur ire rappaise et rafait

Souvent la doctrine des vieulx

Et leur deffent user entre eulx

De parolles litigeuses

Mais avoir termes gracieux

Et en parolles amoureuses

Incipe spe melius dedit et dabit omnia tempus.

Non timor ullus erit in quibus esse times.

Pource pamphille hardiement

Commence par bonne esperance

A ton joyeulx commencement

Faire ne doibz quelque doubtance

Le temps te donra asseurance

Et ou tu craingz qu'elle repugne

De vouloir faire a ta plaisance

Tu ne trouveras crainte aucune

Non tibi plus dicam vinces studiosus amicam

Inceptum que viis mille patebit opus.

Plus ne t'en dy ne te diray

Mais se tu es bien studieux

Tu vaincras car je t'aideray

Mais il te fault estre soingneux

Car par nulles voyes et lieux

L'oeuvre de ton inception

Apparoistra de mieulx en mieulx

Pour venir a perfection

Comme pamphille dit que par le conseil de venus il ne luy est point

amendé Ains que sa douleur est aussi grande ou plus que devant

[I]ncolumis leviter egro solatia prebet

Nec minus infirmus sentit adesse malum

On dit que ung sain legierement

Au malade donne soulas

Bien est legiere voirement

L'ayde que me donne en mon cas

Venus: car je me sens plus las

Ou autant que devant estoye

Je puys bien dire dieux helas

Je croy que jamais n'auray joye

Consilio veneris michi non dolor alleviatur

Sed meus in tristi pectore versat amor.

Le conseil de dame venus

Ne m'a point la douleur ostee

De qui mes membres sont tenus

Ains croy qu'elle soit augmentee

Et pour l'amour de galathee

Que j'ay cloz dedens ma poitrine

Incessantement tourmentee

Du feu d'amour qui point ne fine

Hactenus auxilii mihi spes fuit omnia nulla

Spes modo discessit et manet ipse dolor

Maintenant esperance avoye

En venus que totallement

Par elle conforté seroye

Mais je ne apperçoy nullement

Que j'aye aulcun allegement

Esperance s'est separee

De moy/ et m'est entierement

Toute la douleur demouree

Non miser evadam me nauta reliquit in undis

Et portum quero nec reperire queo.

Point ne esvaderay ce dangier

Car le marinier me delaisse

Es eaux ou je ne puis nagier

C'est venus la haulte deesse

Ou je cuydoye avoir adresse

En ma douleur et reconfort

Mais il fault bien que je congnoisse

Que j'ay cherchié sans trouver port

Sed modo quid faciam mea spes modo spectat ad illam

Illi me noviter convenit ire loqui

Maintenant que feray je doncques

Plus d'esperance n'ay en elle

Plus esbahy que ne fuz oncques

Je suis: pour neant je l'appelle

Aler me fault parler a celle

Pour qui ceste douleur me tient

Helas la gracieuse et belle

Voycy ou vers moy elle vient

Comme pamphille en appercevant galathee qui vient vers luy se esbahit

tellement qu'il ne sçait quel propoz tenir vers elle tant se treuve

entreprins et dit

Quam formosa deus nudis venit illa capillis

Quantus inesset ei nunc locus inde loqui

Qu'elle est belle beau sire dieu

Doulce gracieuse et honneste

La voycy venir en ce lieu

En beaux cheveulx toute nue teste

Quel lieu pour faire ma requeste

Luy seroit maintenant propice

Qui de faire estoit toute preste

Je ne sçay ou faire la puisse

Sed subito quanti michi nunc venere timores

Nec mea mens mecum nec mea verba manent

Je ne sçay dont ces craintes viennent

Qui me ont feru soubdainement

Et de luy declairer me tiennent

Ce qui gist en mon pensement

Plus n'ay sens ne entendement

Toutes mes parolles se changent

Ma pensee pareillement

Et mes espris de moy se estrangent

Nec michi sunt vires tripidantque manus que pedes que

Actonio nullus congruus est hatubis

J'ay toute ma force perdue

Mes piez tremblent incessemment

Tout aussi tost que je l'ay veue

A commencé leur tremblement

Des mains aussi semblablement

Et n'est habitude congrue

De luy aler dire comment

Elle me a la force tollue

Mentis in affectu sibi dicere plura pavi

Sed timor excussit dicere que volui.

Au devant que je la trouvasse

Plusieurs choses pensé avoye

Qu'il failloit que luy declairasse

Et que declairer luy pensoye

Mais je ne sçay par quelle voye

Crainte m'est venu attraper

Tant que de tout ce que vouloye

Ung mot ne sçauroit eschapper

Non sum qui fueram vix me cognoscere possum

Non bene vox sequitur sed tamen inde loquor

Plus ne suis cil que j'ay esté

A peine je me recongnois

Puis que mon esperit me est osté

Je voys et ne sçay ou je vois

Si fault il parler touteffois

Mon esperit n'a point de repoz

Je le congnois bien a ma voix

Qui ne peult suyvre mon propoz

Comme pamphille salue galathee Et est si surprins et esmeu qu'il ne

tient comme point de propoz

Ulterius ville mea neptis mille salutes

Per me mandavit officium que tibi

Hec te cognoscit dictis et nomine tantum

Sed te si locus est ipsa videre cupit

Belle gracieuse et plaisante

J'ay en ceste ville une tante

Qui fort se recommande a toy

Et si te mande depar moy

Qu'elle est toute tienne servante

De te congnoistre elle se vante

De dict et de nom seulement

Mais de te voir est desirante

Se possible est aulcunement

Illic me voluere unde retinere parentes.

De quibus electis villa redundat ibi.

La me ont bien voulu retenir

Les parens d'une belle et gente

Mais il m'en a faillu venir

Car j'avoye ailleurs mon entente

Ilz me ont offert douaire et rente

Avecques la doulce pucelle

Des aultres choses plus de trente

Qu'il n'est ja mestier qu'on revelle

Hii michi cum umma spondebant dote puellam.

Pluraque: que non est cura referre modo.

Toute leur offre entierement

Refusee ay par ordonnance

Sans y donner consentement

Car en toy seule ay prins plaisance

Et n'y a au monde chevance

Argent contant ne or en masse

Que pour avoir la jouyssance

De ton amour ne refusasse

Omnia postposui tu mihi sola placuisti

Respuere pro te quicquid in orbe manet

Belle ne te vueille desplaire

Je ne parle qu'en m'esbatant

J'aymeroye mieulx a moy taire

Que de toy desplaire et pourtant

Soit ton bon plaisir consentant

A me ouyr parler en ce lieu

Ainsi que amoureux combatant

Mais ce que je dy n'est que jeu

Ludendo loquimur loquitur sic sepe juventus

Verbula ficta jocis jurgia nulla movent.

Jeunesse parle voulentiers

D'amours il est bon a sçavoir

Entre les saiges et entiers

Jeu honneste est a recepvoir

Et si ne doivent point mouvoir

Parolles de jeu nul debat

Quant on peult bien appercevoir

Qu'on ne les dit que par esbat

Sed modo dicamus cordis secreta vicissim

Dicta que preter nos nesciat alter homo

Mais pourtant belle qu'il me semble

Que voycy lieu assez decent

Que nous pouons parler ensemble

Se vostre plaisir se y consent

Car le monde est de nous absent

Oultre je ne desire point

Rien dire qui soit indecent

Et qui blasme touche ung seul point

Demus et inde fidem fieri sic postea dicam

Primitus incepi/ primitus inde loquar

Nos modo concordes debemus vera fateri

Gratior in mundo te michi nulla manet

Mais devant que nous nous metton

A rien dire plus amplement

L'ung a l'aultre foy prometton

De tout garder secretement

Touteffois au commencement

Je parleray c'est la rayson

Car j'ay parlé premierement

Et ay commencé le blason

Comme pamphille dit a galathee qu'il l'aime et l'espace du temps qu'il

l'a aymee sans luy dire

[N]os modo concordes debemus vera fateri

Gratior in mundo te michi nulla manet

Maintenant nous sommes d'accord

Il ne reste que recorder

Chascun son faict/ c'est du plus fort

Pour voir se pourrons acorder

Gallathee sans me bourder

Saches que ta doulce faconde

Plus m'est plaisante a regarder

Que toutes les choses du monde

Ut te dilexi jam te pertransiit annus

Nostra nec ausus eram vota referre tibi.

Il y a ja ung an passé

Que je t'aime d'amour certaine

Et ay couru et tracassé

Pour te voir par mainte sepmaine

Mais craignant reproche vilaine

Jamais dire la cruaulté

Ne osay ne la douleur et peine

Que j'avoye pour ta beaulté

Tempore non longuo loquitur sapientia surdo

Nos que diu frustra non decet inde loqui

Je te dy mon vouloir en court

Il n'y fault point de long languaige

Tenir long procés a ung sourt

N'est point maniere d'homme saige

Je te desclaire mon couraige

Mais se tu veulx faire la sourde

Je pers mon temps et mon ouvrage

Qui me seroit chose bien lourde

Te constanter amo modo plus tibi dicere nolo.

Donec tu dices quid placet inde tibi

Je te aime tres constantement

Maintenant plus ne t'en vueil dire

Tant que tu diras plainement

Pamphille que veulx tu beau sire

Je ne te vueil point escondire

Adoncques je me enhardiray

Et la grant douleur et martire

Que j'ay chascun jour te diray

Comme galathee respont a pamphile et luy dit que plusieurs pucelles ont

esté deceues par le doulx parler des amoureux

[S]ic multi multas multo temptamine fallunt.

Pamphille tu me diz aymer

Mais ce ne sont que parabolles

Beau parler jurer affermer

En amours ne sont que frivolles

Plusieurs par leurs doulces parolles

Et temptation mise en voye

Ont deceu plusieurs jeunes folles

Comme moy se je te creoye

Livre d'amours, auquel est relatee la grant amour et façon par laquelle Pamphille peut jouir de Galathee et le moyen qu'en fist la maquerelle · 第 6 / 29 题