Sic multas fallit ingeniosus amor

Je sçay bien que tous amoureux

Sont subtilz en temptation

Puis amour est ingenieux

De sa propre condition

Parquoy en la deception

D'amours sont souvent attrappés

Ceulx qui par adulation

De beau language sont frappés

Infamare tuo sermone vel arte putasti.

Quam falli nostro non dece ingenio

Je sçay bien et me tiens asseur

Que tu croys mon entendement

Changier par art et par doulceur

De ton amoureux parlement

Mais pamphille croy fermement

Que par l'art que tu peulz sçavoir

Il ne apartient aulcunement

Que je me laisse decepvoir

Quere tuis alias in cestis moribus aptas.

Quas tua falsa fides et dolus infatuet

Va pourchasser aultre que moy

A tes folles meurs convenables

Car je ne vueil ouyr de toy

Quelques regretz ou fainctes fables

Tes juremens sont decepvables

En tel cas ta foy n'y vault rien

Pourtant va querir tes semblables

Aultres que moy tu feras bien

La responce de pamphille contre ce que galathee a cy devant dit et argue

que les bons ne doivent point estre pugnis pour les maulvais et dit

Et sic impediunt justos peccata malorum

Hic nocet alterius non mea culpa michi.

Ha ha galathee je regarde

Que tu prens excusation

Et aux oeuvres des mauvais garde/

Pour me donner objection

Bien voy que l'operation

Et la coulpe d'aultruy me nuyt

Les maulvais sont occasion

De tollir aux justes leur fruyt

Sed tamen ascultet me gratia vestra benigne

Et liceat domine dicere pauca mee.

Mais galathee nonobstant

Je vous prie que prenez espace

De reposer en me escoutant

Ung peu de vostre bonne grace

Sans que je die ne que face

Chose en quoy soit trouvé blasme

Si non qu'on me donne l'audace

De parler ung peu a ma dame

Inde deum celi testorum quoque numina terre

Non loquor ista tibi fraude vel ingenio

Galathee donne moy lieu

De te dire ma voulenté

Du ciel je tesmoigne le dieu

Et de terre la deité

Que par quelque infidelité

Mal engin ou abusement

Ne sera par moy recité

Quelque petit mot seulement

Nec manet in mundo modo te michi gratior ulla.

Carnis et nullum mens animusque videt

J'ay dit qu'il n'y a celle au monde

Qui tant me plaise que tu fais

Je le dy pour la fois seconde

Ainsi que j'ay dy une fois

Tant chierement je voy tes fais

Que cueur voulenté et couraige

Et tous mes espris sont refais

Quant je voy ton biau personnaige

Sed loquor inde casum tua mens puerilis et etas.

Quid nocet aut prodest noscere nescit adhuc

Mais je parle a toy vainement

Car trop es encor jeune et tendre

Pour congnoistre si promptement

Le bien a quoy je vueil pretendre

Ton aage ne peult pas comprendre

Tant est encor jeune et petite

Si ce que je te donne entendre

Porte dommaige ou s'il profite

Junior antiqua quamvis sit acutior etas

Nam cum multa senes plura vident

Touteffois jeunesse est habille

Pour plus ung cas tost concepvoir

Que vieillesse qui est debille

Combien qu'elle ait plus de sçavoir

On peult souvent apparcevoir

Que les jeunes ingenieulx

Peuent la congnoissance avoir

De plus de choses que les vieulx

Et quamuis juvenis fac ut cognoscere possis

Quis sim que mea res quisve meus sit amor.

Combien doncques que jeune soyes

Montre toy antique en prudance

Et que tu congnoisses et voyes

La fin ou parvenir je pense

Et que par certaine science

Me congnoisse et qui je suis

L'amour aussi grande et immense

Dont je te ayme tant que je puis

Cunctarum rerum prudentia ducitur usu.

Usus et ars docuit quod sapit omnis amor

De toutes choses par usaige

Peult on la verité congnoistre

Pourtant le proverbe du saige

Nous dit que l'usaige rent maistre

Tout ce qui en amour peult estre

Est sceu par usaige et par art

Pourtant la belle tu dois mettre

A me congnoistre ton regart

Ire venire loqui nec non dare verba vicissim

Esse simul tantum deprecor vt liceat.

Aler venir secretement

Parler ensemble honnestement

N'est point cause de vilennie

Et pourtant belle je te prie

Que ce permettes seulement

Estre pouons licitement

Ensemble amoureurement

Sans estre reprins car m'amie

Aler venir secretement

Parler ensemble honnestement

N'est point cause de vilennie

Non nisi colloquio cognoscimus intima cordis.

Ipsa referre potes quid placet inde tibi

Du dedans du cueur clerement

La congnoissance proprement

Premier par parolle est baillie

Pource dy moy je te supplie

Qu'il t'en plaist/ car certainement

Aler venir secretement

Parler ensemble honnestement

N'est point cause de vilennie

Et pourtant belle je te prie

Que ce permettes seulement

Comme galathee acorde a pamphile escouter ce que il vouldra dire qui est

la premiere cause de sa deception

[I]re venire loqui tibi nec cuiquam prohibebo.

Quisquis ubique vias ire viator habet

Aller et parler ne pourroye

A toy ne a aultres deffendre

Car chascun viateur peult prendre

Ainsi que bon luy semble voye

Tu ditz que trop rude seroye

Se ton parler ne vueil entendre

Aler et parler ne pourroye

A toy ne a aultre deffendre

Quant mille fois j'escouteroye

La fin a quoy tu veulx pretendre

Si ne me ferois tu pas rendre

A ton plaisir mais chose vraye

Aler et parler ne pourroye

A toy ne a aultre deffendre

Car chascun viateur peut prendre

Ainsi que bon luy semble voye

Convenit est et honor ut det responsa patenti.

Et quoscunque videt queque puella nocet

Chose convenable et decente

Est a toute jeune pucelle

Sans que a mal faire se consente

De parler quant on parle a elle

De respondre quant on l'appelle

Voulentiers: chascun saluer

Sans se monstrer fiere et rebelle

On ne la peult redarguer

Hoc concedo satis tibi tu vel quilibet alter

Ut veniat salvo semper honore meo

Pource pamphille je concede

Que toy ou aultre parle a moy

Fors que le parler ne procede

Que en honneur: car d'aultre ou de toy

Le parler escouter ne doy

Se je apperçoy que en deshonneur

Vueille touchier je ne sçay quoy

Mais assés en termes de honneur

A stultare licet et reddere verba puellis

Convenit ista tamen ut moderanter agant

Chose licite est escouter

Et rendre responce aux pucelles

Touteffois ilz doyvent doubter

Qu'on ne touche point l'honneur d'elles

Par moyen en parolles belles

Respondre a ce qu'on parlera

Car porteurs de faulces nouvelles

Sont prestz d'ouyr ce que on dira

Verbula si dederis ludendo verbula reddam

Sed si forte nocent hec tibi non patiar.

Pource pamphille en t'esbatant

Se tu ditz parolles plaisantes

Je rendray autant pour autant

Toutes parolles esbatantes

Mais se tu dictz choses nuysantes

Jamais ne te le permettroye

Se ce sont parolles cuisantes

Pour rien ne les escouteroye

Nos simul esse petis solos simul esse recuso

Quere locum publicum non tibi sola loquar

Que soyons seul a seul ensemble

Tu demandes: certainement

Ce n'est pas honneur ce me semble

Mieulx vault parler publiquement

Qu'il ne fait solitairement

Dont il peult venir villennie

Se faire le veulx aultrement

Point ne te presteray l'ouye

Livre d'amours, auquel est relatee la grant amour et façon par laquelle Pamphille peut jouir de Galathee et le moyen qu'en fist la maquerelle · 第 7 / 29 题