En aigremoire pour lors estoit Balam l'admiral doulent et courroucé et

avoit mandé venir vers luy .xv. roys sarrazins pour avoir conseil.

lesquelz il attendoit. Et quant il furent venus Maradas le plus fier des

xv. parla premierement et dist a Balam. Sire admiral pourquoy sommes

nous mandez a toy Balam respondit et dist. Seigneurs je vous diray la

verité. charlemaigne de france me requiert grand folie car il veult que

je soye subject a luy et que je tiengne mes pays de luy: mais cecy ne se

fera point et il est bien fol a mon semblant de pancer en ces folyes

pour son meilleur preigne plaisir a dormir et en chambres reposer son

corps et prier dieu en ses eglises et qu'il mange ce qu'il a: toutesfois

je conseille que vous aillés a luy a mormionde ou il a son logis et que

je luy mande le viellart rassoté que il croye en mahon nostre dieu sans

prendre dilation et il fera que saige: et oultre plus qu'il me rende mon

filz fierabras pour lequel je suis detenu en douleur et d'aultre part

veulx qu'il tiengne de moy france et toute sa region: et que s'il ne le

fait comme vous deviserez je le iray querir atout cent mille hommes

armez. et se d'aventure en vostre chemin vous trouvés homme crestien

couppez luy la teste sans avoir mercy. Quant l'admiral eut ce dit

Maradas respondit. Sire admiral je congnois que vous nous voulés

affoller: car les françois sont moult felons et se nous disons ce que

vous avés proposé de nous sera fin: car tantost serons desmembrez: mais

ne croyés point que je die cecy pour obvier a vostre commandement ne que

je soye celluy qui n'y veulle aller: car j'ay ce couraige que se

d'aventure je me mesle parmy ces crestiens j'en mettray a mort dix avant

que je soye lassé. Et se je ne faiz comme je l'ay dit je vueil que me

facez copper la teste. ses compaignons dirent que chascun d'eulx feroit

bien autant que Maradas: pourquoy sans aultre chose deliberer ilz

monterent sur gros chevaulx sejournez a grosses lances pennons levez

puissantement se sont mys a chemin et n'arresterent jusques au pont de

mantrible et le plustost qu'ilz peurent sont passez oultre. et les

françoys devant nommez vont rencontrer les sarrazins. et premierement

les veit venir le duc naymes qui va dire. O sire dieu de paradis quelle

entreprise ont fait les sarrazins les veez vous venir contre nous a

grant puissance avisons que nous pourrons faire rolant va dire.

seigneurs ne vous doubtez riens regardez ilz ne sont ne vingt ne trente

allons tout droit a eulx: les aulcuns furent de son oppinion et vont

oultre roydement de la partie des payens fut maradas puissant et bien

armé qui va dire aux françoys et comment que vous soiés maulditz estes

vous crestiens. Le duc naymes respondit quelque tu soyes tu parlles

villainement vasal et ung petit trop follement. nous sommes hommes de

charles l'empereur redoubté et allons de par luy faire ung message a

ballant l'admiral. Maradas luy dist vous estes en dengier vous voulez

vous deffendre ou faire aultrement. Naymes respondit. nous nous voulons

deffendre a l'aide de jhesus nostre createur. Maradas va dire. lequel de

vous oseroit a moy jouster. Je suis tout prest dist naymes. Maradas

respondit tu es bien presumptueulx. car se j'en avoye telz dix comme tu

es a mon espee je les vouldroie confondre et leurs testes porter a

l'admiral sans gueires me lasser. envoye moy pour jouster quelque abile

chevalier. car tu es trop vieillart et chenu pour te prendre a moy et

puis dist a ses compaignons attendez moy. personne de vous ne se bouge

car seulet je les vueil conquerre. et puis les presenteray a ballant

l'admiral. Quant rolant l'eut escouté il cuida perdre le sens et puis

dist a maradas. tu as follement parlé et pensé chose ou ja ne te verras

avant qu'il soit vespre tu sçauras que nous sçavons faire garde toy de

moy. car tu es deffié. Cecy disant frappa son cheval de l'esperon

asprement et se rencontrerent si durement a tout les espieux quarrez et

agus que ce fut grant merveilles que tous deux ne sont mors De ce coup

leurs haubertz furent cassez si asprement et feruz durement sur leurs

heaulmes richement oeuvrés Rolant tout furieux tint durandal et attaint

maradas fort sur son heaulme et le descercla et divisa. et puis par

grant force recouvra son coup sur la teste nue et luy fendit jusques au

dessoubz de la cervella et tout mort le renversa a terre. Quant les

aultres veirent le roy maradas mort que le roy vouloit emporter sa

teste. ilz regarderent l'ung l'autre comme tous esperdus et prindrent

conclusion de vouloir prendre vengence des françoys et coururent sur

rolant pour le mettre a mort. mais trop merveilleusement se deffendit Et

sur ce l'une des parties vint sur l'autre. Et se tindrent en bataille si

rudement et especiallement les françoys contre les payens que tous

furent mors et occis. Et ne fut saulvé des quinze sinon ung qui s'en

fouit quant il veit les aultres mourir et s'en vint denoncer comment ils

estoient destruitz par les françoys. et ne cessa celluy qui se saulva de

fuyr jusques il fut en la maison de l'admiral. auquel ledit admiral va

dire. Sire roy vous estes bien hatif au retourner. dictes moy maintenant

comment vous avez fait. L'autre luy dist. Sire admiral par mahon il va

tresmal oultre le pont de mantrible nous avons rencontré sept gloutons

qui sont tous enragez. et sont des hommes du roy charles. et dirent

qu'ilz vous venoyent faire ung messaige par luy. et puis sont courus

dessus nous et ont fait si grand devoir contre nous que tous sont mors

sinon moy qui suis eschappé a grant peine pour le vous venir denoncer.

Quant l'admiral l'entendit bien peu qu'il ne mourut tant fut doulent de

la mort de ses roys dessusditz.

Du pont merveilleux de mantrible du tribut qui y failloyt payer pour y

passer et comment par belles parolles les françoys passerent oultre.

Le .vii. chapitre.

[Illustration]

Quant les françoys dessusditz eurent mis a mort les sarrazins ilz en

furent tous travaillés et lassés. et s'en vont reposer en ung pré

verdoient et puis dist le duc naymes. Mes seigneurs je conseille que

nous nous en retournons a charles et luy dirons comment nous avons fait.

et je sçay bien qu'il sera bien content quant il verra nostre

governement. Adonc rolant va respondre. et comment sire duc naymes

parlés vous du retourner. n'en parlés plus. car entre tant qu'il plaira

a dieu que je pourray tenir durandal en ma main je ne me pense retourner

si aurons nous parlé a ballant l'admiral comment qu'il soit et feront

une chose dont chascun parlera nous prendrons de ces testes chascun la

sienne et la presenterons a l'admiral. Naymes luy dist. Sire rolant il

me semble que vous soyés hors du sens: car se cecy se fasoit nous

serions tantost occis. Tierry et les aultres furent de l'oppinion de

rolant et prindrent chascun une teste et se mirent au chemin. Le duc

naymes fut le premier qui va regarder le pont de mantrible merveilleux

comme vous orrez et dist a ses compaignons. Seigneurs entendés dela le

pont est aigremoire ou nous devons trouver l'admiral. Ogier le dannois

dist. Il nous convient premier passer le pont moult dangereux il ya

trente arches de marbres bien spacieuses qui sont fondees a plomb et

cyment et a grandes barres de fer: sur lequel pont sont grosses tours et

beaulx pilliers richement ordonnez et les meurs sont de grant force: car

au plus bas on peult bien dix toises mesurer. de la largeur du pont vous

la pouvez bien comprendre. car vingt chevaliers y pouvoient bien aller

bras a bras a leur aise et y est le pont pour lever qui descend a dix

grosses chaynes de fer et en hault ung aigle d'or moult reluysant et

apparent comme le soleil tellement qu'il semble que ce soit feu alumé et

la veoit on d'une grande lieue reluyre et la riviere qui passe par

dessoubz se nomme flagot et a plus de quinze piedz mesurez jusques aux

arcz du pont et court si impetueusement qui sembloit ung quarreau

d'arbaleste tellement qui n'est navyre ne engin moyennant lesquelz on

peust passer celle riviere pour son impetueuseté. et si vous dis plus

oultre Le pont est gardé d'ung geant de par l'admiral qui se nomme

galaffre l'ung des terribles des humains et tient une grosse hache

d'acier pour consumer celluy qui fera oultre sa voulenté: et plus oultre

il est de necessité qui vouldra parler a l'admiral il convient passer

par luy. Seigneurs va respondre rolant. Ne vous doubtez de riens je vous

en prie ne vous chaille de passer par le pont car je vous jure que tant

comme il plaira a dieu de me garder mon corps et que je pourray tenir

durandal en ma main je ne doubteray payen la valeur d'ung denier quel

qu'il soit. Et par le dieu qui pendit en croix je frapperay le portier

s'il se met devant moy quoy qu'il en doyve advenir. Le duc naymes de

bavieres le print et dist. Sire rolant vous ne parlés pas saigement: il

n'est pas bon de donner ung coup pour en retourner quinze: laisse moy

faire. car au plaisir de dieu et de ses sainctz je leur diray tant de

menssonges et d'aultres choses que nous passerons oultre sans dangier.

Quant les françoys furent devant le pont le portier print cent

chevaliers et le vint avaller avec gisarmes. et aultres glayves de

deffence. Le premier qui se mist devant ce fut le duc naymes a tout ses

cheveulx meslez car il estoit eagé plus que nulz des aultres. Tantost le

portier passa oultre et print naymes par la main et puis luy dist.

Respondés moy ou voulés vous aller. Naymes respondit. je vous diray la

verité. Nous sommes hommes de charles le noble empereur et allons a

aigremoire faire messaige a ballant l'admiral: mais certainement il a

bien acquité son pays de faulces gens: car n'a pas long temps que sur

les champs nous trouvasmes quinze gloutons lesquelz sans raison nous

vouloient oster noz chevaulz et nostre vie toutesfois nous les avons

gouvernez par maniere que veez cy les testes: regardez bien quelz ilz

sont se vous ne m'en croyez. Quant le portier l'eut ouy a bien peu de

fait qu'il ne perdit le sens et dist a naymes. Vassal entendez moy. car

il vous fault paier le passaige du pont devant toutes choses. Le duc

naymes luy dist. demandés moy ce qu'il vous fault et nous vous

contenterons. Par mahon dist le portier ce n'est pas peu de fait. car je

vous demande premierement trente couples de chiens: puis cent pucelles

chastes et de bonnes meurs et cent faulcons muez: après il vous fault

cent palefrois en bon point et pour chascun pié de cheval ung marc d'or

affiné: et finablement il nous convient avoir quatre sommiers chargez

d'or et d'argent: pour ainsi vous sçavez ce qu'il vous fault ou vous ne

debvez point icy estre venuz. Et celluy qui ne peult donner le tribut

luy convient laisser sa teste sans aultre excusation. Le duc naymes ne

fut point esbahy nonobstant qu'il congneust l'occasion que le portier

queroit qu'il deusse mourir a cause qu'il n'estoit pas possible de payer

ce qu'il avoit devisé. et respondit au portier en ceste maniere. Sire

portier se je ne vous doys plus que vous avez devisé je vous feray

content avant que midy soit sonné. Après nous vient nostre bagage et

harnoys a plus de nombre de cent mille ou il ya pucelles belles et

gentes faucons et chiens a grant planté de haubertz heaulmes et bons

escutz il ya sans nombre et plusieurs aultres bagues nobles et riches

prenez ce qu'il vous plaira a vostre volenté. Le portier se pensa qu'il

dist verité et fut bien content et lacha ce pont et puis passerent

oultre legierement. Rolant qui ce ouyoit ne se pouvoit tenir de rire et

dist. En verité sire duc naymes vous avez bien parlé. car par voz

mensonges nous passerons le pont: et alloit rolant tout derriere les

aultres. Et quant ilz furent ung petit avant sur le pont rolant va

rencontrer ung turc et puis dist a son couraige. Ha sire dieu de paradis

laisse moy faire chose dont tu soyes honnoré et tout bien en puisse

advenir et sans dire mot a ses compaignons il descendit de dessus le

cheval puis print celluy turc par le millieu du corps et le getta

hastivement en la riviere Le duc naymes regarda derriere luy et veit

cheoir le turc que rolant mist dedens et fut moult courroucé et dist.

Sire dieu de paradis je croy que le dyable est au corps de rolant car il

n'a point de pacience en luy et se dieu ne nous aide il nous fera occir

et villainement mourir. car rolant estoit si fier de couraige que il ne

regardoit ne le temps ne le lieu pour soy gouverner mais vouloit ouvrer

de fait a son ennemy quelque par que il le peust trouver: car il estoit

couraigeux a merveilles.

Comment les barons de france vindrent parler a ballam et quel messaige

ilz luy firent.

Le .viii. chapitre.

[Illustration]

Les barons dessus nommez quant ilz eurent passé le pont et ilz furent

près de aigremoire ou Ballam se tenoit vont entrer aval la ville en

grant ordonnance et a contenance de toute fierté et noblesse Et veoyent

par les rues les faulcons et autres oyseaux de proye sur les perches

grans beufz escorchez. gros porcz estranglez. et rencontrerent ung

sarrazin et luy ont demandé ou se tenoit l'admiral Ballam. Et il leur

monstra qu'il estoit dessoubz ung arbre a l'ombre. Et quant ilz furent a

terre le duc Naymes dist Mes beaulx seigneurs je porteray la lettre et

parleray premierement et vous après Rolant fut la qui se presenta et

vouloit a force qu'il deust parler premierement. et le duc Naymes dist.

Ne dittes mot. car vous estes demy forcenné sans avoir attrempance. Se

dieu ne nous fait grant grace vous nous ferez trestous mourir avant que

le jour soit passé. Et sur ce ilz vont entrer. et devant l'admiral se

vont tous presenter sans reverence quelconque. et parla premierement le

duc Naymes de baviere et dist en ceste maniere. Le createur de tout le

monde a qui tant seulement on doit creance entiere et honneur sault et

garde le noble roy Charlemaigne puissant fort et saige empereur. Rolant.

Olivier et tous les autres pers de france. et confonde des la croix du

chief jusques au plantes des piedz l'admiral present tant a esté mal

pourveu de subjectz. Devant hyer dela le pont de mantrible nous

trouvasmes .xv. gloutons sarrazins sur les champs qui nous vouloyent

tollir noz chevaulx et faire villannye. mais la mercy dieu de paradis

ilz ont comparé grandement. Nous en portons cy les testes. Jamais ne les

doubterons. Quant ballam l'admiral entendit ce langaige a bien peu de

fait qu'il ne enraiga. Et la devant vint le roy qui eschappa. duquel

j'ay parlé dessus. et dist a l'admiral Ballam en ceste maniere.

Treschier sire pensés de vous venger. Ce sont les sept gloutons desquelz

je vous ay parlé qui ont occis et fait mourir voz roys et fait telle

vilité. L'admiral respondit. Laisse les ester pour le present. et puis

après dist au duc Naymes qu'il finist son message. et le duc naymes

respondit qu'il le feroit voulentiers. et dist en ceste maniere. Le

grant noble roy de france redoubté te mande de par nous que tu luy

rendes la couronne dont le benoist saulveur jhesucrist fut couronné. et

les aultres reliques pour les quelles il a prins tant de peine. et puis

ses chevaliers que tu tiens pour prisonniers follement. et se tu ne fais

comme je t'ay devisé Charles te fera pendre par le col en ung gibet et

estrangler moult villainement. et te emmenera premierement en dextre

comme on fait ung viel matin enchainé. et ne trouvera ne bouillon ne

fange qu'il ne te face passer. Ballam l'admiral remply d'une intencion

moult oultrageuse dist au duc Naymes vous m'avez laidoyé et grandement

oultragé et vous ay voulentiers ouy parler. Alez vous en seoir près de

ce pillier si parleront les aultres que je n'ay pas escoutez. Mahommet

me mauldie mon dieu a qui je suis totalement donné se jamais jour de ma

vie je menge ne boy que premier ne vous face de dessus les espaulles la

teste voller. Le duc naymes dist. S'il plaist a dieu le createur et a sa

mere vous aurés dit mensonge. Après parla le duc Richard de normandie et

dist. Entens a moy Admiral. Charles le roy a la barbe flourie te mande

par moy que tu te faces baptiser pour amender ta vie tresmaulvaise. et

luy transmetz les reliques que tu as en ta puissance. et puis luy rens

ses nobles chevaliers que tu sans cause ne raison pour prisonniers

detiens Et se tu ne le fais comme tu as ouy Charles te fera pendre par

le col en ung gibet et estrangler moult villainement je le te dy sans

celer. et n'aura jamais mercy de toy. L'admiral le cuida congnoistre et

luy va dire en ceste maniere Mahommet en qui je croy te mauldie si bien

resemble tu Richard de normandie qui m'a occis mon treschier oncle

Corsuble. Or pleust il a mahom qu'il fust icy a ceste heure devant moy.

jamais ne mengeroit tant qu'il seroit en vie. vat'en seoir avec ton

compaignon jusques a tant j'aie esté a ces aultres qui n'ont point

encores parlé a moy Cecy estre dit Basin de gennevoys se leva de piez et

dist. Ballant admiral Charles le noble roy sur tous les humains redoubté

te mande que tu luy rendes les reliques desquelles on t'a parlé par

devant ou aultrement il te fera pendre et estrangler comme larron

prouvé. Quant il eut ce dit il s'en alla seoir avecques les aultres et

puis se leva tierry le duc d'ardaine qui fit faulx semblant de chere et

de maniere. Quant l'admiral ballant veit qu'il avoit le regart si hideux

il fut moult esbahy. et cuida que ce fust ung dyable. Puis luy dist

ledit tierry. Entens a moy admiral et retiens bien mes parolles. Charles

le noble empereur redoubté te mande que tu luy envoyes les reliques que

tu emportas de romme Et aussi luy envoye prestement et quittez ses

barons. lesquelz tu as a ton pouvoir. aultrement soyes seur qu'il te

fera desmembrer et pendre moult villainement par le col L'admiral

respondit et dist vassal je te prie ne me cele pas de dire verité. Quel

homme est charlemaigne et de quelle force. lequel j'ay tant ouy louer et

vanter. Adoncques le noble duc tierry respondit. Je te dis admiral et

faitz assavoir pour verité que charles est preux et saige. courtoys et

debonnayre et soyes seur que s'il estoit icy a son excercite moult tost

et moult asprement il te donneroit sur le visaige. Et d'aultre part de

tes dieux il ne tient compte aussi peu que d'ung vieil chien mort ou

d'une pomme pourrie. Incontinent l'admiral ballant se print a rire de

felonnie. Et puis dist a tierry Mon amy par la foy que tu dois a ta vie

dy moy la verité. Se a ceste heure presente j'estoye en ta bonne

voulenté et subjection comme tu es en la mienne. par ta foy que feroies

tu de moy ne le me cele pas. Par ma foy ce dist adoncques. Tierre je

n'en mentiray point. Cestes je te feroye pendre par ton col et

estrangler villainement en ung gibet avant qu'il fust nuyt Vassal dist

l'admiral tu as dit grant folie. Car par mahommet mon dieu ainsi feray

je de toy comme tu as dit de moy. Vat'en seoir avec tes compaignons.

Puis après le bon ogier le dannoys vint de piez devant l'admiral ballant

et luy dist O admiral d'espaigne entens que te mande Charles le plus

noble de tous les humains et riche sans comparaison. Rens luy les

reliques que tu as emportees ou aultrement il te fera desmembrer et

mourir honteusement. L'admiral le fit seoir avecques les aultres. Cecy

estre dit rolant couraigeux vint devant Ballam l'admiral sans luy faire

honneur ne reverence et luy dist. Sarrazin malheureux entens a mes

parolles. Charles le noble roy et empereur redoubté te mande par moy que

tu croyes en dieu jhesucrist le createur de tout le monde et en la

glorieuse vierge marie sa mere. et te fais baptiser. et pense de rendre

les reliques que tu occupes et retiens oultre son vouloir et faiz que

ses barons luy soyent renduz saintz et en bon point. se tu oeuvres

aultrement. Charles le valeureux te fera pendre comme ung larron. Lors

l'admiral ballant luy dist vous m'avez laidoyé et blasmé

orguilleusement. mais je jure par mahom mon dieu et talvagant que je ne

mengeray jamais jusques vous soiés tous penduz et estranglez. Adonc

rolant respondit pour verité sarrazin se tu attendoyes jusques a celle

heure que tu le deusses faire ce seroit trop jeusne a toy tu ne le feras

pas ainsi. je ne te doubte pas la valeur de ung viel chien mort et noyé

guy de bourgoigne vint après devant l'admiral et luy dist en ceste

maniere. Charles l'empereur te mande que tu luy faces grant obeissance

et restitues les reliques et aussi ses barons et tu feras que saige. Et

se tu me veulx croire je te vueil bien conseiller. Croy en dieu

jhesucrist tout puissant sans fin et sans commencement. et se tu croys

mon conseil tu pourras estre en sa grace. et voicy que tu feras oste ta

robe. tes chausses. tes souliers de dessus ton corps et te metz en

chemise et porte sur ton corps une selle de cheval et n'arrestes jusques

a tant que tu soyes devant la face de charles et humblement presente toy

a luy et crye mercy a dieu le createur tout puissant de tes erreurs et

oultrages et luy crye mercy en l'onneur de dieu tout puissant. et se tu

ne fais comme je t'ay dit. il te fera pendre ou noyer et honteusement

mourir. L'admiral fut plus determiné et forcenné qu'il n'avoit esté

paravant. Et demanda Brullant de mommiere. Sortibrant de conimbres et

des aultres de son conseil et leur demanda conseil sur les choses

dessusdictes et tantost Sortibrant luy dist. Sire admiral je vous

conseille que tantost ilz soyent desmembrés et occis. et puis par vostre

force pourrés aller et chevaucher par tout et viendrez a mormionde ou

charles est pensif. et se vous le pouvez prendre vous le ferés mourir.

puis descrendrés en france et vous serez couronné roy par mahon dist

Ballant vous avez bien dist. or soit fait a vostre devis. allés en la

prison et amenés les aultres leurs compaignons pour faire selon

l'entreprise et ainsy comme j'ay dit l'admiral fut intencionné de faire

des françoys dessus nommez selon que devant est devisé.

Comment par le moyen de floripes les françoys furent logez et saulvez et

congneuz par elle et arraisonnez et les reliques monstrees devant eulx

et aultres matieres.

Le .ix. chapitre.

[Illustration]

Fierabras · 第 7 / 17 段