Floripes la courtoise après qu'elle eut bien escouté secretement tout le

debat devant dit. elle vint hors de sa chambre et salua son pere et

demanda qui sont ces chevaliers assiz cy apart. L'admiral respondit et

dist Ma fille ilz sont natifz de france. lesquelz m'ont dit parolles de

grant importance plaines de reproches. et m'ont vituperé et offendu

grandement plus que je ne vous sçauroye dire. quel conseil me donnez

vous que je doy faire d'eulx. La fille dist. Je vous diray mon pere que

vous ferez d'eulx: c'est que sans gueire tarder vous leur facés les

testes copper et oster les mains et ardoir en ung feu dehors vostre

cité. car ilz ont deservy. Ma fille dist l'admiral vous avez bien dit et

ainsy sera il fait. alez en la chartre et me amenez les aultres. Mon

pere dist la fille il est temps de disner. et se vous voulés commencer a

faire justice vous ne pourrés menger qu'il ne soit midy passé. car ceste

fille ne queroit aultre chose sinon occasion par belles parolles

consonantes a la voulenté de son pere pour mettre les françoys ensemble

avec ceulx qui desja estoient prisonniers. et puis dist a son pere:

Donnez moy ces françoys je les feray garder et après vostre disner vous

en ferés justice et seront voz gens ensemble. A laquelle l'admiral va

consentir. et fut content que sa fille les eust en garde. toutesfois.

Sortibrant qui sçavoit bien la mutabilité des femmes et l'inconstance va

dire a ballam. Sire admiral ce n'est chose convenable que sur ce fait

vous doiez fier en femme a cause de leur mutabilité. et vous en avez

beaucoup ouy dire de exemples et congneu la verité comment plusieurs ont

esté deceuz par femmes. Moult fort fut mal content Floripes des parolles

de Sortibrant et dist. Filz de putain et traistre desloyal parjure se je

ne pensoye estre plus oultre blasmee de me prendre a toy je te donneroye

tel sur le visaige que le sang aval en viendroit habondamment. Et après

ces parolles l'admiral fut content de ce debat. et sur ce elle print les

françoys et les mena en sa chambre sans arrester. En alant par la voye

le duc Naymes va dire. Helas dieu de paradis roy de gloire eternelle

quel est celuy qui jamais veit plus belle dame en sa vie. Moult bien

seroit inspiré de la grace de dieu celluy qu'elle auroit en son couraige

en amour. Rolant en fut mal content et dist a Naymes quelz cent mille

diables vous font parler d'amours. il est bien temps de dire telle

chose. Le duc Naymes dist ainsi. Sire Rolant ne vous desplaise point.

Car une fois je fus amoureux. La fille leur dist qu'ilz n'estoient point

assemblez pour pladoyer l'ung contre l'autre. Et aussi tost qu'ilz

furent dedens la chambre la fille fist tresbien serrer les portes. et

tantost Rolant et Olivier se vont congnoistre. et se vont baiser et

acoller de franc cueur en plorant moult tendrement. et les aultres

semblablement. et dist Rolant. Helas Olivier mon feal compaignon comment

vous va despuis que je ne vous veis. Tresbien dist Olivier. Et

demanderent l'ung a l'autre de leurs faitz des pays des seigneurs et des

nouvelles presentes. Vous pouvez penser jasoit ce qu'ilz se trouvassent

entre ces pers de france s'ilz ne sçavoient ilz riens l'ung de l'autre

tant qu'ilz se soient trouvez ensemble en bon point moyennant floripes

qui fit grant secours a crestienté quant par elle et moyennant sa

discrecion les capitaines de la foy crestienne tant qu'il touche

l'excercite de bataille a destruire les mescreans se sont trouvez

ensemble a seureté qui estoient en la main premierement venuz de leurs

ennemys mortelz. Mais c'est grant science de obvier a la volenté de

femme quant par effect elle mist son entente a une chose qui son cueur

directement tyra et ne regarda point la fin de son intencion sinon

seulement qu'elle la puisse terminer. Il ne chailloit a floripes sinon

qu'elle peust avoir aulcunement nouvelles certaines de guy de bourgoigne

auquel elle avoit donné son cueur. et estoit bien contente de soy faire

crestienne pour l'amour de luy. Ceste fille quant elle veit ces barons

ensemble elle leur dist. Seigneurs je vueil que tous vous me promettés

la foy de loyaulté que vous m'ayderés de ce que je vous demanderay et

loyallement envers moy vous porterés. Tresvolentiers respondit le duc

naymes et aussi vous nous asseurés que nous serons ceans a seureté sans

nous doubter de homme vivant. Elle en fut contente et eulx contens et

promettirent fidelité l'ung a l'autre. Cecy estre fait la fille vint au

duc naymes pour sçavoir quel il estoit et luy demanda son nom. Le duc

luy dist. Ma dame je suis appellé naymes de bavieres homme et

conseillier prochain de l'empereur redoubté. Helas ce dist la fille. par

vous est vostre roy dolent. Après vint a richard et luy demanda comment

on l'appelloit. Il luy respondit. Ma dame je suis richard de normandie.

La fille luy respondit. Mahommet te mauldie: tu mys a mort une foys

corsuble mon oncle. mais pour l'amour des aultres compaignons tu n'auras

aultre dangier. Floripes après vint a rolant et luy demanda quel est ton

nom. Je suis nomme roland dist il filz au duc millon et suis nepveu a

charles filz de sa propre seur. tantost la fille luy cria mercy et se

getta a ses piedz et roland doulcement la leva. Après la fille leur

dist. Vous sçavez que m'avés promis. Je vous diray mon intencion. Il est

vray que j'ayme ung chevalier de france sur tous ceulx du monde qui se

nomme guy de bourgoigne duquel j'aurois volentiers nouvelles. Roland

dist. Je vous jure mon chief qu'il est devant voz yeulx que entre vous

et luy n'a pas quatre piez mesurez. Seigneurs dist floripes je vous prie

que je le congnoisse et qu'on le me donne car de luy est mon plaisir.

roland va dire. Sire gui de bourgoigne venés a la pucelle recepvez la

joyeusement. Guy de bourgoigne va dire. A dieu ne plaise que je preigne

femme que ne me soit donnee de par charles l'empereur. Quant floripes

l'entendit le sens eut tout mué et jura mahon son dieu que s'il

contredisoit a la prendre qu'elle les feroit trestous mourir. Roland

enhorta guy qu'il deust faire sa volenté. Et sur ce il s'avança et

firent convenance. Et dist la fille. Le dieu des crestiens en puisse

avoir louenge. Car j'ay devant mes yeulx le plusgrant desir que jamais

fut desiré de mon cueur. pour luy je croiray en jhesucrist et me feray

baptiser et puis s'approcha de luy pour luy traicter ung petit le desir

de son cueur et ne l'osa baiser en la bouche sinon es joues et au menton

pour cause qu'elle estoit payenne Adonc floripes joyeusement et par

grant amour s'en vin avec ung escrin et si l'ovrit devant les barons et

estendit ung beau drap de soye et desploya les reliques dont j'ay parlé

dessus et y avoit de la glorieuse couronne de quoy jhesucrist fut

couronné a sa passion. les saintz cloux dont il fut percé piez et mains

Et dit a rolant veez icy le tresor que vous avez tant desiré. Quant les

françoys furent ainsi devant les reliques de joye ilz vont tous plourer.

l'ung après l'autre les vont baiser a genoulz moult humblement et puis

furent retournez comme par avant estoyent poseez.

Comment lucafar nepveu de l'admiral violantement entra en la chambre et

après fut mys a mort par le duc naymes

Le .x. chapitre.

Ballant l'admiral estant courroucé luy estant a table ung payen moult

fier et orgueilleux especial amy de l'admiral qui se disoit Lucafar de

bendas dist a l'admiral affectueusement. Sire admiral est ce vray ce que

j'ay ouy dire que fierabras vostre filz soit prins le meilleur chevalier

qui jamais fut au monde. L'admiral dist. Par ma loy je ne le vous

celleray my ung françois l'a conquist lequel mahon mauldie Brullant de

mommiere y fit grant deffence et le roy de sulye: et firent bon

portement tant qu'ilz nous amenerent cincq des gloutons de france hommes

de charles qui sont en chartre et puis de present nous en avons sept

autres qui sont venuz pour messagiers de la partie dudit charles

lesquelz m'ont moult fort blasmé et vituperé grandement vituperans la

loy et mesprisans mes dieux. Floripes ma fille les conduit en prison.

Sire dist lucafar vous faictes grant follie les femmes pour peu de fait

sont changeez de fait et de pensement: toutesfois pour conduyre le fait

plus seurement s'il vous plaist je m'en iray a eulx et sçauray qu'ilz

sont et qu'ilz veullent dire. Allez dist l'admiral vous dittes tresbien

et faictes retourner ma fille avec vous. Sur ce Lucafar moult orguilleux

remply d'une grant fierté vint a la chambre ou estoit la fille et les

françoys et sans demander a ouvrir la porte il leva le pié destre et

tellement frappa la porte que les gons et serrueres allerent par terre.

Quant floripes le vit elle fut toute esperdue. Et tantost demanda rolant

et dist. Noble chevalier je suis mal contente de la violance et

semblablement de la grande injure qu'on m'a faicte. c'est celluy qu'on

me garde pour mary oultre ma volenté je vous requiers en tant que vous

me vouldriez faire plaisir que vous pensez de venger cestuy deshoneur:

car je me plains sans trop faire mal semblant Rolant dist ne vous

doubtez de riens: car avant qu'il parte de ceans il congnoistra qu'il a

mal fait. et vous prometz que jamais n'acheta serrure du pris de celle

qu'il a rompue devant vous Sur cecy lucafar entra leans et regarda les

françoys tous armez sans ce qu'il se doubtast riens d'eulx et vint

premierement au duc naymes qui estoit desarmé et nue la teste. et sans

aultre deliberacion print par la barbe ledit Naymes et le tyra a soy si

rebellement que a peu qu'il ne le versa a plat a terre. et puis luy dist

dont es tu viellart ne le me cele mye. Le duc naymes respondit. Pepin je

suis de baviere et est mien le pays et suis homme de charlemaigne

conseillier especial. et tous ces barons qui sont cy en presence sont

tous contes et grans seigneurs et sommes venus denoncer ung messaige a

l'admiral de la part dudit charles l'empereur redoubté. et pour la cause

que nous n'avons party a son intencion il nous a fait prisonniers ceans.

toutesfois ostez la main de dessus moy. car vous m'avés assez tenu. et

soies seur que je ne te diray pas encores du tout mon intencion Le payen

respondit j'en suis bien content. ta folie te soit pardonnee. mais je te

demande par ta loyaulté quelz gens sont ilz en france et de quelle

entreprinse. et de quelz jeux sçavent ilz user. que font ilz en vostre

royaulme. En verité dist le duc naymes quant le roy a disné celluy qui

veult s'en va esbatre la ou luy plaist. les aultres vont a cheval jouer.

les aultres es prés chanter et faire bonne chiere aux tables aux eschas.

et aux aultres jeux plaisans. Et au matin chascun va ouyr messe

voulentiers a l'heure qu'elle se dit. et sont bien charitables pour

donner aux povres de Jhesuchrist largement et coustumierement. Puis

après quant ilz viennent en la bataille ilz sont fiers et hardis. et ne

sont pas tantost vaincus. Veez la qu'on fait en france et au pays des

crestiens. Lucafar commença a rire. et dist par mon dieu mahon viellart

et assoty que vous estes. vous parlés bien follement il n'est riens de

vostre fait. ne ne sont françoys de nulle valleur s'ilz ne sçaivent les

gros charbons souffler en verité ce dist le bon duc Naymes jamais je

n'en ouy parler. Le payen respondit. Je vous en apprendray tantost la

maniere et approcha le duc au près d'ung gros feu. en allant oultre

Rolant luy fist signe qu'il fist bon portement. Tantost lucafar print le

plus gros tison qui fust au feu et le souffla si asprement que le feu en

volla abondamment et puis dist a Naymes qu'il luy failloit souffler. Le

duc print le tison et congneut bien la maniere que le payen se vouloit

farcer de luy. et s'aprocha de luy et soufla le tison si fort et si

trespuissamment que après que il fut bien esprins la flamme vint au

visaige du payen par telle maniere qu'il eust toute la barbe bruslee.

Quant le payen veit le le fait a peu qu'il ne perdit le sens. Le duc

Naymes a tout le tison le frappa tellement par le col qu'il luy rompit

les os le attaignant si tresfort et si virilement que les yeulx de la

teste luy fist voller a terre et luy dist. Faulce creature que tu es

dieu te mauldie. tu me cuidas n'ya pas gueires bien faire muser a tes

folies. Rolant luy dist. Par ma foy sire vous sçavez bien jouer benoist

soit le bras qui a donné ce coup. Seigneurs dist Naymes je luy ay fait

entendre sa folie. vous ne m'en devez pas blasmer. vous avez bien veu

qu'il se truffoit de moy. Floripes la courtoise moult joyeuse vint au

près du duc Naymes. et luy dist. Certes vous estes digne d'estre

honnoré. je regarde que Lucafar n'a plus cure de jouer a vous au près du

feu il a son aise: je le vois qu'il ne se remue et congnois que jamais

il n'aura fain de moy espouser: car a force me vouloit avoir et mon pere

m'eust donnee a luy mais je l'eusse fait a peine d'estre chappellee et a

ville mort devant tous estre livree.

Comment par le conseil de floripes les françoys deslogerent l'admiral de

son palaix moult fort a grant bataille. et comment par enchantement une

seinture fut prinse a la fille et qu'il en fut

Le .xi. chapitre.

[Illustration]

Or fut floripes saige et eut consideracion que lucafar qui estoit mort

estoit bien aimé de l'admiral et va dire aux françois. Seigneurs sachez

de verité que mon pere aime plus cestuy homme que personne vivant Il

l'attend pour venir en son manger et ne sera aise jusques a ce qu'il

soit retourné et se d'aventure il congnoist le fait et vous estes ceans

encombrez et assailliz tout l'or du monde ne vous racheteroit pas que

vous ne soyez mortz: pourquoy je vous conseille que vous soyez armez et

mys en point. prenez voz abillemens voz heaulmes et voz escuz car gens

qui sont armez sont fort redoubtez des autres je ne veulx pas que vous

demourez ceans enserrez. Quant vous serez au palaix ou l'admiral se

tient faictes tellement que soyez maistres et seigneurs du lieu et vous

serez bien logez La fille avoir ce dit furent tous contens et moult

prestement eurent mys leurs armes et leurs espees seinctes et deux a

deux issirent de leans et vont hardiment comme lyons robustement comme

loupz affamez et en tel point que qui les doit attendre il doit avoir

grant paour. et vont saillir dehors a l'eure que le soleil estoit ja

mucé comme entre nuyt et jour. et fut tout premier en la voye rolant et

les autres après moult bien refroichis pour batailler. Tous ces payens

et sarrazins ilz trouverent au palais et a haulte voix rolant crya a ses

compaignons que chascun se monstrast tel qu'il estoit lesquelz n'ont

point failly Rolant frappa corsuble mortellement Olivier mist a mort le

roy coldroyé. il n'y eut celluy qui ne fist grant diligence Le soupper

qui estoit tresbien appareillé tantost fut par terre versé et perdu.

couppes d'or et d'argent volerent et sonnerent par leans. et sarrazins

vont par terre occiz et desmembrés les autres sont saillis par les

fenestres qui furent trouvez les ung mors. les autres espaullez et

jambes rompues. L'admiral tout enragé se mist en fuite contre une

fenestre et a deux piedz et saulta a parfont des fossez. Rolant alloit

après qui l'avoit bien au cueur et le cuida frapper et attaignit le

mabre de la fenestre par telle maniere que son espee entra dedans ung

pié. Compains dist olivier L'admiral vous est il eschappé Ouy certes

dist rolant dont je suis mal content. Toutesfois ilz firent tel

portement qu'ilz furent seigneurs de la maistresse tour du chasteau et

palais. et puis fermerent les portes et furent tous seurement. et n'y

eut dangier fors qu'ilz ne povoyent avoir a manger. Estre passé ung bien

peu de temps L'admiral estoit aux fossez moult esperdu et qui ne l'eust

tiré de leans jamais n'en fust party. et commença a crier a ses gens

qu'ilz venissent a luy pour le tirer de leans. Brullant de mommiere et

Sortibrant de connimbres le misrent hors. et puis dist Sortibrant. Sire

admiral croyés moy une autre foys. tousjours en la queue d'ung viel

chien vous tenez. L'admiral respondit. Je vous prie ne me decriez plus.

car je le suis assés. je me vengeray bien de tout avant que deux moys

soyent passez. faictes sonner l'assault pour assaillyr la tour.

Sortibrant dit il est raison que vostre voulenté soit faicte mais la

nuyt s'approuche. a mon advis le meilleur sera d'attrendre a demain que

vostre exercite sera assemblé pour besoigner plus seurement L'admiral en

fut content et va dire a grant desplaisance. Ha beau Lucafar jamais ne

me verras. j'ay perdu ma joye. O françoys maulditz soyez vous. vous le

m'avez osté. mais par mahon mon dieu a qui j'ay donné ma vie demain sera

mis le siege devant la tour et ne me osteray jamais pour mal temps qu'il

face ne pour chose qui soit que la tour ne soit prinse et les murs mis

par terre. et feray les françois traisner a mes chevaulx. puis feray

ardoir Floripes la putain en ung feu publicquement. et je suis bien seur

qu'ilz se rendront. car ilz n'ont pas a vivre pour quatre jours. et

d'aultre part bien sçay qu'ilz ne pourront avoir secours de nully qui

soit. car nous tenons le fort passaige de mantrible. et ilz ne pourront

avoir secours de nully se ce n'est par dessus le pont et d'aultre part

Charles ne sçaura nulles nouvelles de ses barons et ne sçaura s'ilz sont

mors ou vifz. ou en liberté ou en subjection. et sur ce ilz firent

conclusion et s'en vont jusques a lendemain. Le lendemain au matin

l'admiral manda tous ses subjectz et delibera tenir le siege et le jura

tenir jusques a sept ans a venir. Pour lors vindrent tant de payens en

celle contree que leurs logis tenoyent quatre lieues d'espace. vous

povez penser le dangier ou estoient les françoys qui n'estoient que

.xii. et n'avoyent aultre conduite sinon estre leans assiegés en grant

peril et famine. toutesfois ces sarrazins firent grant devoir pour

entrer leans mais ilz ne les sceurent rien grever. L'admiral appella

Marpin l'enchanteur et luy dist. Marpin par la barbe que je porte au

menton se tu pouvoyes faire qu'on peust embler le seincture que Floripes

porte je te donneray de mon or et de mon argent grandement et seroyes

mon tresgrant amy. car se je la povoye avoir je suis seur que les

françoys seroyent tantost mors et ne me pourroyent grever. Celle

ceinture est de telle vertu que tant qu'elle durera dedans la tour ne y

aura famine. Sire dist le larron laissés venir le vespre et je vous jure

que demain avant que le soleil soit levé je vous delivreray la

servitute. et sur ce quant il fut bien vespre secretement s'en entra es

fosses qui estoient plains de eaue et passa oultre. et puis quant il fut

au pié de la tour a ses engins subtilz legierement monta aux fenestres.

et entra en la tour et aluma de la chandelle. Et puis vint en la chambre

de floripes et la trouva fermee. mais a faulces parolles dyaboliques il

l'ouvrit. Et quant il fut dedans il va veoir les barons tous endormis.

Et fist ses enchantemens que pour riens ne se peussent esveiller. et

puis vint a floripes et cercha tant secretement qu'il peult la seinture.

et fist tant qu'il la trouva puis la seignyt entour de luy. Cecy estre

fait regarda la fille toute nue qui estoit moult belle et moult blanche.

et fut incliné a dormir avec elle. et tellement qu'il l'accola toute nue

par les flans. laquelle subitement s'esveilla et commença moult fort a

crier ses puceiles et les barons. pourquoy ses filles y vindrent tantost

toutes espoventez. et quant elles veirent Marpin le larron ainsy noir

comme meure la plus hardie de toutes se mist a fuyr. Sur ce Guy de

bourgoigne qui ouit la voix de floripes hastivement l'espee en la main

s'en vint a elle et l'escria qu'elle ne se doubtast de riens. toutesfois

il vint bien a point. car le larron eust vergnoignee la fille s'il ne

fust. mais aussi tost que le larron l'ouyt il saillit hors du lict a

grant haste. et Guy de bourgoigne le rencontra et luy donna si grant

coup qu'il le fendit par le millieu et fut couppee la seinture et la

chandelle estaincte. Les aultres barons vindrent la. puis quant il

veirent la besoigne ilz misrent celluy larron tout mort en la mer. et le

dommaige qui y fut c'estoit de la sainture tant noble qu'il portoit qui

fut perdue dont floripes ploura tresaprement en disant. Mes seigneurs la

perte de la sainture jamais ne sera retrouvee. toutesfois les barons a

belles parolles l'ont reconfortee par maniere que tous furent contens.

Comment les barons furent affligez en celle tour avec floripes et ses

pucelles qui souffroyent grant fain. et comment les dieux par eulx

furent confondus.

Le .xii. chapitre.

Quant le jour apparut et l'admiral ne veit point retourner Marpin

l'enchanteur il fut fort esbahy et manda Brullant. Sortibrant et ses

plus feaulx. et leur demanda conseil qu'il devoit faire veu que Marpin

n'estoit point retourné. Sortibrant va dire sire admiral sachez que le

larron est mort puis qu'il n'est venu. mais je conseille que vous facez

sonner vos trompettez et assembler vos gens pour assaillir la tour a

tous engins mortelz. et ainsi que Sortibrant dist il fut fait. et

vindrent tous ces sarrazins a grande puissance pour destruire la tour et

confondre les crestiens. et a frondes et aultres engins ilz leurs

gectoyent cailloux et dartz envenimez. mais la mercy dieu les françoys

n'en doubtoyent riens. Après qu'il eurent continué assez. le pain le vin

et tous vivres vont faillir aux barons et pucelles par telle maniere

qu'ilz n'avoient que menger. dont de dueil les pucelles qui estoient

moult belles et plaines de compassion furent toutes desolees et entre

les aultres la noble floripes. laquelle estoit moult desplaisante de la

necessité des françoys d'elle et de ses damoiselles plusieursfois se

pasma et cheut a terre comme morte. Guy de bourgoigne son espoux qui va

venir moult doulcement la leva et reconforta de son povoir et dist a ses

compaignons. Mes freres et seigneurs vous voyez la necessité que nous

soustenons. car il ya desja troys jours passez que nous n'avons mengé de

pain. et plus mal content je suis pour ces damoiselles que pour moy et

je vous dy bien que je ne pourroye plus endurer que ne facions

aultrement. car soyez seur que j'aymeroye mieulx mettre mon corps a

estre blessé et navré mortellement que je ne feroye estre ceans enclos

en ceste melancolie. pourquoy je dy que nous allons dehors pour avoir

des vivres. et mieulx nous vault mourir a honneur que vivre a honte.

Tous les françoys furent de l'oppinion de guy. Sur ce floripes va dire

Mes seigneurs je congnois que vostre dieu est de petite puissance quant

il ne vous donne aide ne confort. et je vous dy bien que se vous eussiez

autant adoré les nostres ilz vous eussent pourveuz de menger et de

boire. Avant qu'elle eust finee sa parolle rolant respondit et dist. Ma

damoiselle je vous prie que vous monstrez les dieux dont vous nous

parlez. et s'ilz ont la puissance que vous nous dictes qu'ilz nous

puissent donner a boire et a menger et qu'ilz facent tant que la

puissance de france vienne icy pour nous secourir nous y croirons tous

sans varier. La pucelle leur dist. Tantost vous les verrez et moult

prestement après qu'elle eut les clefz les barons va conduire par

dessoubz terre. et leur monstra les dieux des sarrazins qui estoient en

lieu noble precieux et riche. et la estoient en grande majesté. Apolin

et Talvagant le dieu margot et Jupin et plusieurs aultres qui estoient

tous massifz de fin or d'arabie. aournez de plusieurs joyaulx avec baume

et encens odorant et plusieurs aultres tresors estoyent la assemblez.

Guy de bourgoigne va dire quant il veit tant grant tresor oultre son

gré. Sire dieu qui eut peu croyre que en cestuy lieu eust eu tant grant

richesse assemblee. Or pleust a dieu que Richard de normandie tint

maintenant Jupin en sa cité de rouan. car il en acompliroit l'eglise de

la sainte trinité et le roy charles tint les aultres dieux il en feroit

l'eglise de romme qui est gastee et des aultres il feroit les hommes

resjouyr. multiplier et mettre en point. Floripes respondit. Sire Guy

vous parlez villainement des dieux criez leur mercy et les adorez affin

que ilz soient enclinez a vous faire confort Guy luy dist. je ne le

sçauroye prier ma damoiselle. car je regarde que ilz ont les yeulx tous

endormis. et vous verrez qu'ilz ne pourront ouyr ne veoir. Et ce disant

a tout son espee frappa Jupin et ogier le dannoys ferit sur margot. et

les firent cheoir a terre et desrompirent moult fierement. Pourquoy

rolant dist a la fille. En verité je regarde que vous avez des dieux qui

ne valent riens. de tous ceulx qui sont a terre je n'en voy pas ung

remuer ne faire semblant de eulx relever. A celle heure floripes les eut

en despit et creut en dieu jhesucrist en disant ainsy. Je voy sire

rolant que vous dictes la pure verité. mais se jamais g'y croy je vueil

que mon corps vienne a malle fin et de bon cueur je requier a celluy

dieu qui fut né de mere vierge. duquel vous m'avez informé qu'il vous

envoye secours de france. et que nous trouvons maniere d'avoir a menger

pour nostre necessité rapaiser.

Comment les pers de france saillirent hors de la tour et grant bataille

firent en la quelle ilz rencontrerent vingt sommiers chargés de viandes.

Le .xiii. chapitre.

Quant floripes eut finee sa parolle elle cheut tout pasmee de dueil et

d'angoisse. dont guy de bourgoigne ploura moult asprement pour l'amour

d'elle. Sur ce olivier le couraigeux vint devant eulx et dist. Mes

seigneurs je vous dy et vous jure par le dieu qui souffrit mort pour les

humains j'aymeroye mieulx que mon corps fust esquartelé et bouté en

pieces que je deusse plus souffrir ceste prison que je ne me combate aux

payens vivement. et semblablement dist rolant Pourquoy sans autre

deliberacion ilz vont seindre leurs escuz et se misrent en grant point

et avalerent les pontz et monterent a cheval d'ung tresferme couraige.

et après que tous furent devant celle tour de mabre rolant dist aux

aultres. Sire naymes et vous ogier il fault que l'ung de vous demeure

pour garder la place que au retour nous puissions entrer seurement. Le

duc naymes ne peust prendre pacience qu'il ne respondist ainsy. Sire

rolant ne pensez pas que je soye si malheureux de personne et de

lignaige que ja on me reproche que je soye vostre portier. je n'en feray

rien. et je se suis vieil si fais je bien tourner mon cheval. je suis

endurcy de nerfz. et si ay le cueur asseuré. et vueil estre assez hardy

pour frapper sur mes ennemis quant temps en sera n'en doubtez riens.

Rolant respondit. Sire vous dictes bien vous viendrez avec nous Tierry

ou geoffroy l'ung des deux demoura. mais il n'estoit point de leur

plaisir de demourer leans enclos toutesfois a la requeste de rolant

tierry demoura avec geoffroy qui fermerent les portes seurement après

que les aultres barons furent dehors. lesquelz a tout chascun son espee

seinte et espieu en sa main se vont monstrer hors du chasteau esbatans.

L'admiral par une fenestre congneut bien les françoys pourquoy

hastivement fist venir brulant a luy. sortibrant et aultres. ausquelz il

dist Mes barons et subjectz les françoys sont saillis dehors. et me

semble qu'ilz veullent batailler. s'ilz ne sont tous occis j'en seray

mal content. pourquoy faictes sonner voz corps pour assembler voz gens

c'est trop tardé. et aussi tost qu'il l'eut fait grant multitude de

sarrazins furent assemblez et vindrent assallir les françoys. mais

Rolant qui tint durandal en sa main avec ses compaignons vint sur ces

sarrazins par telle fureur que en petit d'espase plus de cent furent

occis. Car dolent estoit celluy qui se mettoit devant eulx pour secourir

aux payens. Lors vint clarion qui estoit nepveu de l'admiral a .xv.

mille combatans et sachez qu'il n'y avoit en espaigne sarrazin plus

redoubté que luy Quant les barons le veirent venir. rolant va escrier

gerard ogier et guy. O nobles chavaliers en l'onneur de dieu chascun

face son devoir par telle maniere que a ceste foys moyen victoire

obtenue nous puissions aux pucelles pourveoir a menger Cecy estre dit

rolant piqua son cheval et s'en vint a tout durandal et frappa ung payen

qui se disoit Rampin si trespuissamment qu'il luy fendit la teste dont

ceulx qui estoient presens furent esbahis. et de celle heure les

sarrazins doubterent si fort rolant que personne ne se osoit mettre

devant luy s'il ne pensoit mourir. Gerard de mondidier valerreux va

dire. Mes freres et seigneurs qui vouldra avoir après plaisir et estre

honnoré. il est temps qu'il se monstre et n'est pas mestier que entre

nous en soit congneu ung seul desloyal. car souvent pour ung meschant

quelque valeureux est en dangier. pourquoy a ceste parolle tous ces

barons furent plus fervens qu'ilz n'avoient esté. affin que chascun se

monstrast comme il devoit estre. Et après que la bataille fust finee

pour celluy jour par le plaisir de dieu les barons vont trouver près de

la tour dessusdicte ung grant adventure. c'est qu'ilz vont passer par

devant ung chasteau et veirent .xx. muletz sommiers chargez de vivres ou

il y avoit pain. vin. venoison et des aultres biens assez. et les

conduisoit ung payen de margote aux dessusditz sarrazins. mais

incontinent les conduiseurs des sarrazins et de leurs vivres furent

tantost avec eulx occis par les barons. et le duc naymes et guillaume

l'estoc les conduirent. et Rolant et les aultres vindrent devant pour

faire place sur esperance de les faire mener en la tour. en laquelle

chose ne se fist pas sans dangier et grant peine.

Comment guy fut prins des sarrazins et interrogué de l'admiral et les

plaintes de la belle floripes fist pour luy et aultres matieres.

Le .xiiii. chapitre.

[Illustration]

Fierabras · 第 8 / 17 段