arrester. Et parle premierement a toy roy charles qui as esté instruit
des ton enfance a toutes sciences plaines de meurs dignes de
commemoration qui sçavois la constance des anciens et la mutabilité des
jeunes gens Pourquoy disoies tu le vespre que les anciens s'estoient
mieulx portez en la guerre de celluy jour que les jeunes chevaliers et
tu sçavois bien que olivier estoit navré pour sa vaillance grandement et
tellement qu'il estoit au lit et puis rolant ton nepveu avoit fait moult
grant portement et se aucunement il a parlé follement tu pouvois bien
supporter son premier mouvement qui n'est pas a la puissance de l'omme.
Se tu eusses bien prins ton advis au dit qui dit. _Vindictam differt
donec pertranseat furor._ Qu'on doit differer la vengeance jusques a
tant que la fureur de l'ire soit passee. Se tu n'eusses point frappé
rolant puis qu'il avoit mal dit: et aussi comme sans avis de discretion
tu le frappas. Semblablement sans advis il tyra son espee contre toy et
se tu n'eusses fait ce tu avois assés temps pour le reprendre de son
offence. Tu as l'ecclesiastique qui dit au dixiesme chapitre. _Nihil
agas in operibus injurie_ Quant on reçoit injure il n'est pas bon de
faire ce qu'on pourroit bien faire Et ainsi est que quant une personne a
bien fait son devoir et que celluy du quel il doit estre aucunement
honnoré est blasme de tant plusfort est indigné et malcontent car son
fait est reputé pour neant ainsi fut fait de rolant qui pensoit plustost
estre loué pour le grant devoir qu'il fit. que ce que l'empereur dist
que les anciens avoient mieulx fait que les jeunes. Mais je vueil
tourner a toy. O roland qui as esté si noble dont vient en toy celle
audacité de parler contre ton oncle qui a tousjours si bien fait que ses
oeuvres sont dignes d'estre remembrees a celluy qui estoit empereur roy
de france et seigneur de si grant craincte et a ton oncle as prins debat
et respondu oultraigeusement: n'estoit il pas raison que tu deusses
souffrir de luy et nompas luy de toy s'il t'a frappé de son gant par
maniere de correction devois tu tirer ton espee sur luy tu n'avois pas
en memoire l'obeissance de ysaac qu'il eut a son pere. Tu n'avois pas
advisé ce que dit l'apostre. _Juvenes servant amicos ad nidumque
timorem._ Vous aultres jeunes gardez vostre couraige et la faveur
d'icelluy sans mettre a excercite. Se l'empereur pour esbatement avoit
loué les anciens il ne disoit pas pourtant que tu ne eusses fait bon
portement. Et saint Pol dist en l'epistre qu'on ne doit point regarder
celluy qui est plus ancien que luy: mais le doit on entretenir et
comporter comme son pere mais le fait est tel que personne ne repute
injure a soy dire estre petit: et nul ne le blesse qu'il ne soit pacient
pourquoy il est bon a chascun de penser et cogiter la chose avant
qu'elle se die et voulentiers il n'en prendra que bien.
Comment olivier fut disposé de combatre Fierabras nonobstant qu'il
estoit navré après plusieurs parolles.
Le .vi. chapitre.
[Illustration]
Moult courroucé estoit charles de roland son nepveu et va dire a ses
pers de france. Seigneurs iré suis en divers pensemens de mon nepveu
roland qui a voulu faire injure a ma personne auquel j'avoye plus de
fiance que en homme vivant Je ne sçay lequel plus parfaitement je doys
aimer ne lequel je dois hair et plus oultre je n'ay personne qui se soit
presenté a jouster contre ce payen qui m'a demandé. Devant luy se leva.
Naimes duc de bavieres qui dist au roy. Sire empereur je vous prie qu'il
vous plaise de vous deporter de ces parolles tout viendra a bon droit:
et ung aultre yra jouster au sarrazin. Mais toutesfois le roy charles
estoit en grant pensement. car personne n'y vouloit aller. Incontinent
les nouvelles de charles et de rolant portees a olivier qui estoit en
ung aultre lieu malade: et sceut comment estoit venu fierabras et que
personne ne s'estoit presenté au roy pour aller jouster contre luy. Et
sur ce le noble olivier remply d'un noble couraige et d'un vouloir
ardant a complaire ouyez les nouvelles de son lict se leva et commença a
estandre ses bras et a sentir s'il seroit possible a luy de porter
armes. Et en cecy faisant ses playes se commencerent a ouvrir et en
saillit le sang de destresse. Et nonobstant tout cecy comme celluy a qui
il n'en chault gueires pour l'amour du roy fit lyer toutes ses playes le
mieulx qu'il peust. et dist a guarin son escuyer qu'il fist apporter ses
armes/ car il se vouloit armer pour aller jouster contre celluy
sarrazin. Auquel garin va dire. Sire olivier en l'onneur de dieu prenés
pitié de vostre personne. car il me semble que voulentairement vous
voulés occir. Olivier luy respondit faictes mon commandement. nul ne
doit tarder cercher son honneur et avancement au nom du seigneur: et a
bon droit je me puis employer a servir mon prince et singulier seigneur:
et puis que je voy que nul françoys ne s'avance je n'y failliray point:
car on dit communement que au besoing lon congnoist son amy. Or tost
apportés moy mes armes sans sejourner. Celluy les apporta et tantost
olivier se fit armer par ledit guerin son escuyer qui luy chauhast ses
chausses son haubergon son heaulme et ses harnoys necessaires il fut
fourny et print olivier son espee qui se disoit haulteclere et la
seindit laquelle espee il amoit moult. Après guerin luy amena son cheval
entre les aultres special qui se nommoit ferrand d'espaigne. Et ainsi
qu'il fut devant luy tout sellé et bridé le joly et gentil olivier va
saillir en la selle sans mettre le pié en l'estrier et mist a son escu
et print en sa main ung espieu bien emolu et agu que guerin luy bailla
qui estoit estaché a dix cloux de fin or et puis frappa son cheval des
esperons si rudement que du sault qu'il fit le cheval ploya tout dessobz
luy. Beau veoir fasoit olivier a cheval a moult fiere contenance. Et
ceulx qui estoient presens fasoient requeste a jhesus nostre redempteur
qu'il l'eust en sa garde car en teluy jour il devoit batailler contre le
plus fort et fier homme payen qui jamais naquist de mere ne qui fust au
monde: cestoit fierabaras d'alixandrie filz de l'amiral ballant
d'espaigne dont après nous verrons au plaisir de dieu la termination.
Après qu'il fut ainsi a cheval en grant point sur son visaige et sur son
corps fist la croix au nom de jhesus et se commenda au vouloir de dieu
que en celuy jour luy fust en confort et en aide selon sa bonne
intencion. Et de tous fut regardé et congneu qu'il avoit le cueur bien
entier au ventre pour faire ung grant portement et chevaucha au lices du
roy charles avec lequel estoit le duc Naymes Guillaume d'estoc Girard de
mondidier Ogier le danoys et des barons de france. et entre les aultres
aussi estoit rolant moult dolent des parolles qu'il avoit heues a son
oncle le roy: car voulentiers eust faicte la bataille se ne fust la
contredicte qu'il avoit devant faicte au roy quant il fut requis. Ainsi
olivier estre venu devant charles moult fut honnoré et prisé et des ungz
et des aultres bien affectueusement regarda et mist ledit olivier bas
son heaulme et regarda au logis du roy et reveramment le va saluer et
dist. Noble empereur puissant et redoubté et mon singulier seigneur
vueillés moy bien escouter. Vous sçavés qu'il ya trois ans passez que je
suys a vostre service et n'ay eu de vos quelconque remuneration ne
gaige. Je vous vous supplie de mon pouvoir que maintenant en ung don
tout me soit reguerdonné. auquel le roy respondit. Olivier noble conte
je jure ma foy que je le feray de bon vouloir et aussitost que nous
serons en france ou en bourgoigne ne chasteau ne cité que vous vouldrés
avoir ne autre chose a moy possible et faisable par moy ne vous sera
contredit Sire roy dist olivier je ne suis a vous demander cela: mais
vous demande et supplie bataille contre celluy payen ainsi desmesuré. et
de ceste heure je vous ottroye tous mes biens et services. et pour
cestuy don soyent quittes. Quant les françoys vont ouyr olivier moult
furent esbahys de sa prouesse et se regardent l'ung l'autre et vont dire
entre eulx. Saincte marie que a trouvé olivier qui est navré a mort et
veult batailler. Charles respondit. Olivier as tu perdu le sens: car tu
congnois bien que d'un fer agu et quarré tu as esté feru et navré
mortellement et tu te veulx abandonner a plus grant dangier mortel
pourquoy pense de t'en retourner et te repose a ton gré: car ne te fie
pas que pour riens que je te laisse aller. Veu que tu n'es pas pour le
present en santé de corps Sur ce point se leverent Ganes et Andrieu les
traistres qui firent la trahyson comme le dernier livre en fera mencion.
Et dist ganelon. Sire roy vous avés ordonné en france que ce que par
deux de nous est jugé se doit tenir: et ainsi est que nous deux jugeons
et ordonnons que Olivier aille faire la bataille pourquoy le roy plein
de maltalent la couleur muee respondit. Ganellon tu es de mauvaise
contree sans parler qui soit honnorable. puis que ainsi est il fera la
bataille et ne peut estre qu'il n'en soit mort: mais je te jure ma
loyaulté que s'il est prins ou mis a mort tout l'or du monde ne te
rachetera point que de malle mort ne te face mourir villainement et ton
lignaige destruiray. Sire empereur dist ganellon dieu et nostre dame
m'en veullent garder. Et puis le traistre va dire comme entre ses dens.
Et a dieu ne plaise que jamais olivier ne puisse retourner qu'il n'ayt
la teste couppee. Et quant l'empereur veit qu'il ne sceut contredire que
olivier ne s'en allast pour batailler a fierabras va dire. Je prie le
dieu du firmament qu'il te doint bien besoigner: et tellement que tu
puisses retourner a joye et puis print son gant dextre et le getta a
olivier. Lequel il receut par grant vouloir en le remerciant
treshumblement et prenant congié de tous moult doulcement
comment olivier fut entretenu de son pere regnier qu'il n'allast
combattre le geant requerant charles que ainsi ne fust dont force lui
fut qu'il y allast.
Le .vii. chapitre.
Quant olivier fut licencié du tout pour aler son chemin regnier de
gennes son pere quant il veit le fait par grant compassion s'en va
mettre aux piedz du roy et dist. Sire roy je vous crye mercy prenés
pitié de mon filz et de moy. je vous dy de moy: car je me voy du tout
desconforté quant je voy que mon enfant va tout a perdicion veu le
dangier ou il est de sa personne. Je vous dis aussi que vous ayés pitié
de son jouvent presumptueulx et de son desir trop couvoiteux et de son
corps navré moult dangereusement. Vous savez bien que ung homme qui est
navré ainsi dangereusement. et aussi qui a perdu son sang ne peut pas
bonnement encores endurer bataille. Mais regnier perdoit bien sa peine
car le roy luy avoit desja donné son gant en signe de licence. Et
nonobstant ces parolles olivier ne doubtoit riens qu'il ne fist son
devoir bien grandement Et de rechief Regnier requist au roy et dist.
Sire roy en l'onneur de celluy qui pour nous voulut pendre en croix ne
permettés point pour le present que mon filz aille jouster. Helas quant
j'auray perdu mon filz en quel lieu pourray je aller vous pourrez bien
aultre trouver pour faire ceste guerre presente. L'empereur Charles
respondit. Regnier vous sçavez bien que je ne puys contredire: car en
signe de licence je luy ay getté mon gant devant mes piedz. dont Olivier
fut content: et va dire a haulte voix devant chascun. Sire roy tous voz
aultres barons ung don par vous me soit donné que je vous requiers:
c'est que se j'ay a nul mesprins ne en fait ne en parolle au nom de dieu
qu'il me soit pardonné. quant les françoys le vont ouyr n'y eut celluy
qui ne plorast tendrement. Et ainsi en prenant chemin a tout son
estandart levé le roy le beneist en faisant le signe de la croix et le
commenda en la grace du pere du filz et du saint esperit.
Comment olivier parla premierement a fierabras qui ne tenoit compte de
luy avecques aultres disputacions.
Le .viii. chapitre.
Olivier se mist en chemin et n'arresta jusques a tant qu'il fut devant
Fierabras. Lequel tout desarmé se gisoit a l'ombre. Et quant olivier
l'eut araisonné le payen tourna sa teste contre luy et ne le daigna a
peine regarder tant peu tenoit compte de luy car il tenoit beaucoup plus
moindre que luy et dist Olivier au sarrazin. Reveille toy. aujourd'uy
m'as tant appellez que je suys venu icy. si te prie que tu me diez ton
nom. Fierabras luy respondit par mahommet mon dieu a qui je doy tout
honneur. je suys le plus riche qui soit au monde né. Fierabras
d'alixandrie me faitz nommer. Je suys celluy pource que tu le saiches
qui fis destruire romme vostre cité: et occis l'apostolle et des aultres
plusieurs. et emportay les relicques que je y peuz trouver. dont vous
prenés grant peine a les recouvrer. Et plus aultre je tiens Jherusalem
celle belle cité. et le sepulchre avec ou vostre dieu fut mis reposer.
Olivier luy respondit. Par ma foy je t'ay bien voulu ouyr dire ce que tu
as dit. Et s'il est verité comme tu l'exposez. saches pour certain que
de present tu te peulx bien dire dolent et malheureux reputer. Or ça
sans plus oultre parler despeche toy soyes armé. vois tu la les françois
qui ne nous font que regarder. ou par le dieu en qui je croy je te
frapperay durement. Quant Fierabras l'ouyt qu'il parloit si hardiement
commença a rire et dist. Je suys bien esbahy donc vient en toy la
presumpcion de parler ainsi hastivement. mais pour verité je ne bougeray
d'icy si sçauray je qui tu es. et quant tu me auras dit ton nom tu me
verras armé. et aussy de quel lignaige tu es party. Olivier luy
respondit. O payen saiches pour verité que avant qu'i soit nuyt tu
sçauras quel je suys. Par moy te mande Charles l'empereur mon redoubté
seigneur qui pour la consecracion de ton corps et a la salvacion de ton
ame tu laisses la creance de ton dieu mahon et aultres ydoles qui ne
sont que abusions et decepcions qui n'ont sens ne raison. ne n'ya
sentement ne bon entendement par quoy on soit encliné de y consentir
aulcunement. et pense d'icy en avant de croire en dieu le tout puissant.
La saincte trinité. le pere. le filz. et le saint esperit. trois
persones en une pure essence. d'une voulenté qui a fait le ciel et la
terre et tout ce qui y habite. qui pour nostre salvacion voulut naistre
de la vierge marie. et quant tu auras celle creance moyen le saint
sacrement de baptesme qui a esté sur ce estably. tu pourras parvenir a
la gloire eternelle. et se tu ne le fais ainsi comme je le te intime. je
suis icy pour te faire batailler. et de deux choses il te fault faire
l'une. Premierement que tu t'en allies hors de ceste terre comme ung
souffreteux sans aultre chose emporter et sans jamais toy y trouver. ou
il te fault venir combattre contre moy pour exaulser ton corps et
soustenir ta loy faulse. Fierabras va respondre. qui que tu soyes tu es
bien oultrecuidé d'avoir intencion de me vouloir batailler. car
seurement tu me vois debout sans armes tu seras bien hardy se de paour
tu ne trembles. mais par le dieu en qui tu crois dy moy quel homme est
charlemaigne car long temps a que je l'ay ouy priser et redoubter en
maintz pays. et plus oultre que je saiche novelles de Rolant et de
olivier: et de Ogier le dannois de Gerard de mondidier. car par verité
je me vouldroye de ceulx acointer. Olivier respondit. payen sur ce que
tu me demandes je te dis que charles l'empereur est si grant maistre
qu'il n'ya homme au monde qui se puisse comparer a luy tant pour la
valeur de sa personne et de ses meurs comme de sa puissance et richesse
innumerable. Au regart de son nepveu Rolant Olivier n'est riens moindre
que luy: des aultres françois soies content. car entre tous les humains
ilz sont vaillans gens. mais ces parolles n'ont point icy lieu. Depesche
toy soies armé. car par le dieu en qui je croy se tu ne t'avance je te
frapperay de ceste espee d'acier. fierabras commença a lever la teste et
dist. par mon dieu mahommet se je ne pensoye avoir deshonneur de me
prendre a toy de ceste heure te copperoye la teste. Olivier respondit je
te prie laisse a plaidier. car avant qu'il soit nuyt tu sauras que je
suis. car de certain j'ay intencion de plonger en ton ventre mon espee
durement. Sur ce fierabras ne sejourna riens tant fut noble et reposa sa
teste sur son escu et dist a olivier duquel il ne tenoit compte. Je te
prie que tu me dies ton nom et ton lignaige. Olivier luy dist Je me
nomme garin. et suis de pierregort filz d'ung homme qui se disoit josué
qui m'en vins l'autre jour en france. ou je fus ainsi adoubé par le
noble roy charles et suis ordonné pour defendre son droit. mesmement
contre toy pourquoy concluons sans plus demourer soies armé et monte a
cheval. car je suis prest de faire la bataille se tu es sy hardy de
m'atendre fierabras estoit la qui ne vouloit consentir a la batalle car
il luy sembloit que c'estoit peu de chose d'olivier pour jouster contre
luy et luy dit Garin je te demande pourquoy n'est venu par deça rolant
ou olivier. ou gerart: ou ogier qui sont de si grant renommee comme j'en
ay ouy parler. car ilz ne tiennent compte de toy. et ne le font sinon
pour mesprisance: mais je suis venu a toy comme celluy qui n'a point
prins regart a leur intencion et feray la bataille se tu me veulx
attendre: mais je te jure saint pierre l'apostre de jhesus que se tu ne
te armes je te frapperay mortellement de ce dart que je tiens en ma
main. Garin respondit fierabras je te veulx bien dire que de ma vie je
ne joustay sinon a roys. a contes ou barons de bien haulte valeur: et tu
es de bien basse main party pour dire que je me prengne a toy trop grant
deshonneur me seroit que tu fusse mis a mort par moy: mais pour le
vouloir que je congnois en toy moult noble. je suis content que tu me
frappes et je me laisseray cheoir a terre et prendras mon cheval et mon
escu. et t'en yras au roy charles et luy diras que tu m'as vaincu. Et se
je fais cecy pour toy ce sera grant amitié. et devras pour le present
estre content Sur ce olivier ne peust avoir pacience qu'il ne luy dist.
Ton fait ne gist sinon en parolles pleines de presumpcion: car je suis
de ceste intencion que devant qu'il soit vespre je te feray vouler la
teste de dessus les espaules. Je ne suis pas lievre ne beste sauvaige
pour me devoir espuenter. Et tu sces le proverbe commun qui dit qu'il
est temps de parler et temps de taire et de l'un et de l'autre on peut
estre fol reputé. Or te despeche de ce que je t'ay dit. ou autrement je
te feray marry. Fierabras respondit. Je ne te prie ne te demande fors
que tu me transmettes rolant ou olivier. ou l'un des autres. et se les
deux ne sont hardys viennent les troys ou les quatre. car par ma foy ilz
ne seront point refusez. Disans ces parolles olivier qui estoit navré
des le jour devant ses playes se commencerent a ouvrir par la force de
chevaucher. et seigna tellement que fierabras veit saillir le sang par
dessus le genol de olivier. et luy demanda dont luy sailloit le sang qui
luy venoit par dessus et couroit par terre. Olivier luy respondit qu'il
n'estoit point navré. mais que son cheval estoit dur a l'esperon.
pourquoy il estoit ainsi ensanglanté. Fierabras se print garde que ce
n'estoit point du cheval et respondit Certes garin vous avez menty: car
vous estes au corps blessé. et je le congnois au sang qui vous a desja
surmonté le genoil: mais vecy que je te feray il y a deux barilz penduz
a la selle de mon cheval qui sont pleins de baulme que j'ay conquis en
jherusalem et est celluy dont vostre dieu fut enbaulmé le jour qu'il fut
descendu de la croix et mis au sepulchre. despeche toy et en va boire et
je te prometz que incontinent seras guery. et te pourras deffendre trop
mieulx et sans dangier. Olivier luy respondit qu'il n'en feroit riens.
et qu'il parloit d'une grant folie. Dont fierabras respondit qu'il
estoit bien fol et sans raison et que a bon droit s'en pourroit
repentir.
Comment après pluseurs disputacions olivier aida a armer fierabras et
des neuf espees merveilleuses. Et comment olivier se nomma a fierabras
par son droit nom.
Le .ix. chapitre.