de jherusalem fut si fort pressé des payens par mortelle guerre que a
grant peine se pouvoit il saulver. et ainsi il ne sçavoit plus que
faire. il eut en memoire le noble charles et luy informé de sa saincteté
pour benediction luy envoya les clez du sainct sepulchre de
nostreseigneur jhesucrist du lieu de calvaire et de la cité. et avec
cela luy envoya l'estandart de la foy comme a la coulonne de crestienté
et defenseur de saincte eglise. Après cecy le patriarche vint a
constantinoble vers l'empereur constantin et son filz leo. et amena
avecques luy jehan de naples prestre et ung aultre qui se disoit david
archeprestre. lesquelz l'empereur constantin envoya incontinent au noble
charles. et avecques ces deux il ordonna pour y aller deux aultres qui
estoient ebreux. l'ung avoit nom ysaac et l'aultre samuel. et leur donna
une lettre escripte de sa propre main pour porter au roy charles et
avoit ledit constantin en une partie de ladicte lettre ainsi. Une nuyt
me fut advis que je veoye devant mon lit une jeune femme moult belle et
plaisante qui se tenoit droicte et tout bellement me coucha et a doulces
parolles me va dire Constantin quant tu as sceu l'affaire des payens qui
tiennent la terre saincte par grant affection tu as prié dieu pour avoir
aide. Vecy que tu feras/ pourchasse que tu puisse avoir avecques toy
charles le grant roy des galliens qui est protecteur de crestienté et
defenseur de saincte eglise. Et puis me monstra celle dame ung chevalier
armé de tout son corps et de esperons et avoit son escu rouge. et son
espee seinte qui avoit le manche comme de pourpre et tenoit une lance
moult grande et le fer qui estoit en hault souventesfois gettoit en
l'air grans flambes de feu et si tenoit en sa main ung bacinet tout d'or
reluysant moult bien formé de tous ses membres luy commençoient a
blanchir la barbe. puis après avoit escript. O tu august qui jamais ne
refusas de obeir aux commandemens de dieu esjouys toy en jhesucrist et
en ta memoire tousjours rens luy graces: soyes enclos en justice comme
en honneur tu as esté reclamé: ainsi jhesus te doint perseverer et tiens
tousjours les commandemens de dieu dont on doit fondamentalement. Et
selon l'escripture l'empereur constantin en son temps avoit ja degetté
les payens de jherusalem sept fois pourquoy quant il ne peut plus il
envoya ses messagiers au roy charles qui estoit pour lors a paris. Et
quant les messagiers eurent presentees les lettres et il les eut veues
moult griefvement commença a plourer en contemplant la pitié du saint
sepulchre de nostreseigneur ainsi detenu des mescreans. Après cecy il
manda l'arcevesque turpin et luy fit publicquement prescher les
nouvelles piteuses qui estoient presentement venues: lesquelles estre
escoutees tout le peuple y voulut aller
Comment charles a grant compagnie s'en alla conquester la terre saincte
et plusieurs aultres matieres.
Le .ii. chapitre.
Après ce que j'ay dit devant fut publié le roy fit faire ung edict et
cryer par tout son pay que tout homme qui pourroit porter armes fust
prest d'aller avec luy contre les payens et celluy qui n'y viendroit
seroit obligé a une bonne somme d'argent pour souldoyer ceulx qui
yroient. Estre fait cecy jamais homme pour peu de temps ne veit tant de
gens ensemble comme pour lors furent trouvez. Et quant ils furent tous
partis au nom de dieu plains d'une grant foy en grant esperance de
victoire obtenir dessoubz la conduyte de celluy capitaine de la foy
charlemaigne. Et quant ilz eurent beaucoup chevaché ilz se vont trouver
en ung grant boys qu'on ne pouvoit passer a moins de deux jours encores
a grant peine et charles le pensoit passer en ung jour pourquoy luy et
son excercite entrerent dedens celluy boys qui estoit plain de diverses
bestes sauvaiges comme de grifons ours lyons tigres et aultres bestes.
Quant ilz furent ainsi en ce grant boys et la nuyt survint tous se
trouverent esbahys et perturbez sans scevoir le chemin qu'ilz devoient
tenir. Et commenda ledit charles qu'on regardast on pourroit veoir ne
congnoistre habitacion mais ilz en estoient bien loingz et hors de la
droicte voye et chemin et fut force de leur disposer de dormir en tel
estat. Et quant ilz furent tous appaisez. le roy charles estant en son
dormitoire se confiant de l'aide de nostreseigneur en grant devotion
commença a dire le psaultier. Et quant il vint au point qu'il deust dire
le verset suyvant. _Deduc me domine in semita mandatorum tuorum quia
ipsam volui._ Cecy disant en son oreille vint ung oyseau qui en la
presence de chascun va dire a haulte voix. Ton oraison est escoutee.
dont tous ceulz qui estoient presens furent moult perturbez. et
nonobstant tout cecy le roy continua de dire le psaultier jusques _Educ
de custodia animam meam_. Et tout ainsi qui le disoit l'oyseau commença
plus fort a crier et dire. O françoys que dis tu. o françoys que dis tu.
Et après cecy le roy et sa compagnie vont suyvre celluy oyseau et les
conduisit jusques au sentier qu'ilz avoyent pardu le jour de devant. et
dient aulcuns pelerins que depuis en celle terre sont venuz ses oyseaulx
ainsi faisans. mais quant le noble roy Charles et sa tresgrant puissance
fut près de ses ennemys ilz furent moult perturbez et les seigneurs
crestiens resjoys de sa venue. car sans cesser aulcunement il n'arresta
jusques a tant que il eust recouvré le pays des crestiens expulsé tous
les payens que tant luy redonda a honneur victorieux. Et en retournant
il demanda a l'empereur de constantinoble licence et aux aultres
patriarches et archeprestres devant qu'il en partist l'empereur
constantin le receut par ung jour naturel. Et pour terminacion ledit
empereur pour l'onneur du roy charles le lendemain devant les portes de
la cite fist ordonner plusieurs bestes de diverses manieres et couleurs
grant quantité d'or et d'argent. pierres precieuses tout a bandon affin
qu'il en voulsist prendre pour aulcune remuneracion du grant bien qu'il
avoit fait en leur pays. mais aussi tost que charles sceut le fait il
print conseil a ses gens qu'il devoit faire de prendre de ses dons
precieux et riches ou s'en tourner en france sans prendre riens. Et sur
ce il eut conseil de ses barons qu'il ne print riens pour son labeur.
car il n'avoit riens fait sinon pour l'amour de dieu seulement. Et luy
bien content de ceste responce il commanda que personne sur peine moult
grande ne print riens de joyaulx dessus aprestez.
Des relicques que l'empereur Charles apporta de constantinoble. Et de la
terre sainte et des miracles qui furent faitz.
Le .iii. chapitre.
Quant l'empereur de constantinoble et le patriarche de jerusalem
sceurent que le noble roy Charles ne prendroit riens des biens
dessusditz. il fut admonnesté qu'il print quelque chose d'eulx. Et quant
il fut ainsi contraint il supplya que pour l'amour de dieu on luy
donnast quelque chose des reliques de nostreseigneur et de sa sainte
passion. Cecy estre demandé il fut commandé a jeusner par trois jours a
chascun pour estre plus incliné a devocion et pour visiter les saintes
relicques Et specialement estoient ordonnez douze personnes de grace qui
devoient traictié lesdictes relicques. Quant ce vint au tiers jour le
noble charles par grant contricion se confessa a l'archevesque Ebron
après cecy moult reveramment commencerent a chanter la letanie avecques
aucunes pseaulmes du psaultier. Et la fut le prelat de naples nomme
Daniel qui en grant reverance va ouvrir le coffret ou estoit la
precieuse couronne de nostre seigneur jhesucrist. et va saillir d'icelle
si grant odeur que tous les presens pensoyent estre en paradis.
Adoncques le roy charles plain d'une foy entiere et de creance parfaicte
par contemplatcion se va getter a terre tout estendu et moult fortement
priant nostre seigneur que pour la gloire de son nom nouvellement
renouvelast les miracles de sa sainte passion et glorieuse resurrection.
et aussy tost qu'il eust prié d'ung moment va venir que la couronne
commença a florir et yssoit de celles fleurs ung odeur si tres delicieux
que chascun pensoit que ses vestemens fussent partis de paradis. Puis
après cestuy daniel print ung cousteau bien trenchant bien purifié pour
trencher de la dicte couronne. et en trenchant tousjours de plus en plus
ladicte couronne flourissoit et l'odeur plus abondamment gettoit. et des
fleurs le noble roy charles en mist a part en repositoire. et ung aultre
coffret avoit pour mettre les espines de ladicte couronne et plouroit si
abondamment que quant il cuida donner des fleurs a l'arcevesque Ebron il
retira sa main et pensoit que ledit Ebron les eust en sa main. et elles
estoient en sa main miraculeusement et se tenoient par elles l'espace de
une grant heure. Et puis quant il voulut donner en garde les espines
audit Ebron il veit le coffret en l'air qui estoit plain de odeurs qui
se tenoit de par luy. Puis après en visitant ces fleurs furent tantost
converties en menne. en celle maniere elles sont a saint denys en
france. Et a esté l'oppinion de plusieurs que ce fust de celle manne que
dieu envoya au desert a son peuple. Pour lors furent faittes oeuvres
miraculeuses. car tous malades qui estoient la presens furent gueris de
toutes leurs maladies pour l'odeur des fleurs dessusdictes et le peuple
qui entroit en l'eglise par grant violance des gens crioit.
Veritablement aujourd'uy est jour de salut et resurrection. car pour
l'odeur de ces melodieuses fleurs toute la cité est purifié et remplie
de grace. car trois cens et ung malade par compte fait furent saintz et
gueris. Entre les aultres y avoit ung malade de vingt et quatre ans et
trois nuytz qui estoit aveugle sour et muet. mais au mouvement qu'on
tira l'espine de la couronne de nostre seigneur il print le veoir. quant
la posa il recouvrit l'ouyr. et en flourissant il recouvrit la parolle.
Après cecy ledit daniel print ung clou desquelz le precieulx corps de
nostre seigneur jhesucrist avoit esté percé en sa passion. et en grant
reverence le mist en reliquaire d'allebastre. et en le prenant fut guery
ung jeune enfant qui de sa partie senestre estoit sec et impotent des sa
nativité. et courut hastivement en l'eglise et cria a l'eure de nonne.
et dist que luy estant en estasie fut guery et compta la maniere
comment. Oultre les choses dessusdictes on donna audit charles empereur
ung morseau de ladicte croix. et le saint suaire. et avecques ce la
chemise de nostre dame et le drap ou nostreseigneur jhesucrist fut
envelopé. et aussy les bras de saint Simeon. et tout reveramment en
reliquaires precieux les pendit a son col. et en passant par devant ung
chasteau il y avoit ung enfant mort de nouveau. le roy Charles le toucha
des reliques qu'il portoit. mais tantost il fut ressucité. Et quant il
vint a ais en alemaigne qui estoit une moult belle cité ou ledit Charles
avoit fait son palais moult beau et riche. et une tresdevocieuse
chapelle en l'onneur de nostre dame. la ou il fut ensepvely.
Dernierement furent gueris aveugles. fievreux et sans nombre. et douze
demoniacles. aussy huyt ladres. des paraliticques quinze. des boiteux
quatorze. des noyés trente ressuscistez. de bossus cinquantedeux. des
caducz soixante et cincq. des gouteux plusieurs de ceulx du lieu et des
voisins. Et fut ordonné que au moys de juing a ais la cité tous les ans
on deust venir veoir les devant dictes reliques que le noble roy Charles
avoit apportees de jherusalem et de constantinoble. Et oultre plus fut
estably que ung jour de la sepmaine des jeunes des quatre temps et au
moys de juing se fist celle demonstrance et notification. et en ceste
constitution fut le pape leo. l'arcevesque Turpin. Achiles d'alixandrie
evesque. et Theophile d'anthioche. et plusieurs aultres evesques et
abbez quant la chose fut faicte qui fut oeuvre bien vertueuse et plaine
de salut.
Cy commence le second livre de l'oeuvre presente qui contient trois
parties par chapitres suyvamment declairez.
La premiere partie du second livre contient .xvi. chapitres. et parle de
la bataille faicte par Olivier et Fierabras ung merveilleux geant.
Comment en ung lieu qui se disoit normionde Charles se tenoit suyvant
guerre contre les payens après ung petit de prologue.
Le premier chapitre.
J'ay parlé devant au premier livre superficiallement du premier roy de
france baptisé en descendant selon mon propos jusques au roi Charles du
quel on ne sçauroit pas bonnement raconter la vaillance de luy et de ses
barons qui se dient pers de france. desquelz a leur endroit je feray
mention selon que j'en pourray recevoir en verité. mais ce que j'ay
dessus escript je l'ay prins en ung moult autenticque livre lequel se
nomme mirouel historial. et aussy es cronicques anciennes. et l'ay
tantseulement transporté de latin en françoys. Et la matiere suyvante
que fera le second livre est d'ung rommant fait en l'ancienne façon sans
grant ordonnance. dont j'ay esté insité a le reduire en prose par
chapitres ordonnez. Et ce dit celuy livre selon nes aulcuns fierabras. a
cause que celuy fierabras estoit si merveillex comme j'en feray mention
qui fut vincu par Olivier et en la fin se fist crestien et fut baptisé
et est saint en paradis. Et parle en effaict de celle bataille et des
relicques qui furent conquestees qui avoyent esté prinses a romme. et
estoient en la puissance de l'admiral pere dudit. Fierabras. Parquoy en
cestuy livre ensuyvant je n'entens si non seulement reduire la ryme
ancienne en prose et diviser la matiere par chapitres en la meilleure
ordonnance qu'il me sera possible de faire sans y adjoindre chose que je
ne treuve audit livre Et tout ainsi que je trouveray pareillement le
reduiray. Et cestuy livre est applicqué a l'onneur de Olivier en partie.
nonobstant qu'il ya plusieurs aultres matieres. car j'entens que de
chascun des barons principaulx de l'empereur Charles qui se dient
communement en nombre douze ou treze. et pers de france qui estoient
capitaines de l'excercite et moult fors et vaillans de leurs personnes.
et estoient grans seigneurs et nobles. mais des seigneurs capitaines
vaillans il y en avoit plus de treze selon que je treuve.
Premierement y estoit Rolant conte de cenonia filz de Millon et de dame
Berthe propre seur du roy charlemaigne. Après y estoit Olivier comte
filz de Regnier de gennes. lequel Regnier estoit aussi a l'excercite du
roy Charlemaigne. Après Richart duc de normandie Garin duc de lorraine.
geoffroy seigneur de bourdeloys. Hoel comte de nantes. Ogier le danoys
roy dairie Lambert prince de brucelles Tierry duc d'ardanne Basin de
beauvoys. Guy de bourgoigne. Godefroy roy de frise. Et pareillement y
estoit Ganellon qui fist la trahyson en roncevaulx comme il apert en la
fin du tiers livre Sanson duc de bourgoigne. Aussy y estoit Riol du
mans. Alorry et Guillermet l'escot. Naymes duc de bavieres et plusieurs
aultres qui estoient subjetz a charles. Et nonobstant qu'ilz ne fussent
pas tousjours avecques luy ceulx que j'ay nommez si estoyent ilz
tousjours prestz pour faire son commandement. Et aussy la plus grant
partie des dessus nommez estoyent avecques luy continuellement.
De fierabras et comment il vint exciter l'excercite charlemaigne.
Le .ii. chapitre.
[Illustration]
L'admiral d'espaigne nommé Ballant payen moult grant et puissant de
corps et de gens. avoit ung filz nommé Fierabras le plus merveilleux
geant qui jamais fut de mere né. car de la grosseur et grandeur de son
corps et aussy de sa force il estoit le non pareil lequel estoit roy
d'alixandrie et tenoit dessoubz luy le pays de babylonne jusques a la
mer rouge. et estoit seigneur de rossie et de colloigne. et plus oultre
estoit dessoubz luy jherusalem et detenoit le saint sepulchre de
nostreseigneur jhesucrist et par sa grant puissance entra une foys a
romme ou il fit beaucoup de mal. et emporta la sainte couronne de
nostreseigneur et les saintz cloux et d'aultres relicques assez. dont
cestuy livre fait la fin comment elles furent recouvrees. et se fasoit
appeller fierabras d'alixandrie. lequel après que plusieurs guerres et
batailles furent faictes en normionde entre les payens et l'exercite de
charles. cestuy fierabras moult dissolu vint chevauchant par grant
erreur pour trouver quelque crestin et pour batailler contre luy et s'en
vint es lices du roy charles moult effrayé et eschaufé a devoir
batailler tout armé et bien fourny de glaive et estoit tresmal content
de ce qu'il ne trouvoit personne a qui combatre. et près des lices il va
veoir les armes de l'empereur charles esquelles estoit l'aigle d'or
reluysant. et jura par mahommet son dieu et sa puissance que jamais ne
s'en partyroit qu'il n'eust fait guerre a quelque crestien. Et luy
regardant que nul ne venoit a haulte voix commença a crier. O roy de
paris couart sans hardiesse envoye jouster contre moy aulcuns de tes
barons de france les plus fors et les plus hardis comme rolant olivier
thierry richart de normandie ou ogier le dannois et je te jure mon dieu
mahom que je n'en feray reffus jusques a six ou a sept qu'ilz ne soyent
par moy soubstenus. et se tu me fais refus de ce je te prometz que
devant qu'il soit nuyt tu seras par moy assailly et desconfit et si te
couperay la teste comme meschant sans prouesse quelconques. et puys je
emmeneray avecques moy rolant et olivier malheureux et chetifz. car
oultraigeusement et follement comme maulvais viellard t'es abandonner de
venir en ce pays. dont tu auras cause de t'en briefvement partir. Cecy
dit fierabras s'en alla a l'ombre d'ung arbre et des armes dont il
estoit vestu se desarma et estacha son cheval a ung arbre. Et quant il
fut ainsi a son aise icelluy commença a crier a haulte voix. O
charlemaigne roy de paris ou es tu maintenant que t'ay aujourd'uy tant
appellé. sans plus grande dilation envoye maintenant jouster contre moy.
Olivier duquel tu fais si grant compte. ou rolant ton nepveux valereux.
ou ogier le dannois que j'ay ouy louer. et se d'aventure l'ung de ceulx
n'ose venir seul viennent hardiement les deux ou les trois. ou les
quatre des plus heureux: et qu'ilz soient couraigeux et hardis et bien
armez. et se les quatre ne sont bien hardis viennent cinq. Car jusques a
six des plus valereux de ton exercite je ne refuseray point et ne m'en
pense retourner qu'ils ne soyent confuz et destruitz par moy. Car soyes
seur que il ne me sera ja reprouché que je soye fugitif pour françoys
vivans. J'ay desja mys a mort par la valeur de ma personne dix roys de
grant puissance lesquelz n'ont sceu resister contre ma force nullement.
Comment richard duc de normandie dist a charles quel homme estoit
fierabras.
Le .iii. chapitre.
[Illustration]
Aussi tost que fierabras eust finee sa parolle l'empereur charles qui
bien l'avoit escouté tout esmerveillé de son languaige va demander
Richard de normandie auquel il demanda qui estoit ce turc qui avoit
ainsi a haulte voix crié la valeur de sa personne car ce dist charles je
l'ay bien escouté quant il a dit qu'il ne fauldroit point jusques a six
des plus chevalereux de mon exercite auquel richart duc de normandie va
respondre. Sire roy c'est ung homme riche a merveilles et ung des fors
qui oncques fut né de mere. et si est sarrazin de si grant fierté qu'il
ne prise ne roy ne conte ne aultre personne du monde. Quant charles
l'entendit il commença a haulser la teste et jura saint denys de france
qu'il ne mangeroit jamais ne bevroit que premier n'alast jouster l'ung
des pers de france contre luy et aussi demanda richard comme ce payen ce
nommoit Richard respondit. Sire empereur cestuy payen se nomme fierabras
qui se fait moult redoubter et aussy qui a fait beaucoup de maulx aux
crestiens. qui occist l'apostre. qui pendit les abbez. moynes nonnains.
et a violé eglises. qui desroba la sainte couronne de nostreseigneur. et
plusieurs aultres relicques dont vous prenez grant peine lequel tint
jherusalem en grant subjection. et le saint sepulchre ou dieu fut mis.
Sur ce respondit charles. de ce que tu me dis je suis plus couroucé.
Mais saches de certain que jamais je n'auray joye ne ne sera mon desir
acomply jusques a tant qu'il soit vaincu. Et de fait de luy tous les
françoys furent commeuz et perturbez. et n'y eut celluy qui se
presentast pour y aller. Et quant charles veit que personne ne se
courageoit d'aller combatre celluy geant Fierabras il va dire a Rolant.
Mon cher nepveu je te prie que tu te disposes pour assaillir celluy turc
et que tu y faces ton devoir
La responce faicte per Rolant a l'empereur son oncle trop subite et
qu'il en fut.
Le .iiii. chapitre.
Quant l'empereur charles eut parlé ainsi gracieusement a son neupveu
rolant. follement et sans raison ledit rolant va respondre. Bel oncle ne
m'en parlez jamais. car j'aymeroye trop mieulx que vous fussiez confus
et desmembré que je prinse armes ne cheval pour jouster comme vous
dittes. car le jour dernierement passez que nous fusmes ainsi prez tenuz
des payens cestassavoir plus de cincquante mille. nous aultres jeunes
chevaliers y fismes grant portement et y soustenismes maintz coups
mortelz. dont Olivier mon compaignon en est quasi a mort navré. car se
nous n'eussions secours de nous estoyt fin et destruction entiere. Et
quant nous fusmes au repaire et en nostre logis pour prendre repos le
soyr quant tu fus bien yvre tu te vantas publicquement que les anciens
chevaliers et vieulx que tu avoyes amené avecques toy pour nous faire
aide s'estoient beaucoup mieulx portez en fait d'armes et plus fort
batailé que les jeunes. Et chascun sçait bien comme le soir je fus
affoibly et lassé du travail que je prins celluy jour. mais par l'ame de
mon pere ce fut mal dit a vous et de present on congnoistra comment les
anciens et viellars se porteront. car par celluy dieu a qui tout doit
subjection il n'ya homme jeune en ma compaignie que jamais de moy soit
aimé s'il prent party d'aler jouster contre celuy payen. Aussy tost que
le duc rolant eut finé sa parolle son oncle l'empereur moult indigné
contre luy a grant melancolie de son gantelet dextre qui estoit riche et
bordé d'or va donner au travers du visaige de rolant et l'ataindit
tellement sur le nez que le sang en vint abondamment du coup dont Rolant
par grant fureur mist la main a son espee quant veit son sang. et eust
frappé de Charles s'il ne se fust osté de devant luy. Et quant charles
veit l'intencion de Rolant il fut esbahy a merveilles. et dist O dieu de
paradis qui eust pensé que de rolant mon nepveu je fusse vergoigné qui
nous sommes mis ensemble d'une foy contre noz adversaires. et il me
vient courre dessus d'affection mortelle qui est le plus prochain en
lignaige envers moy qui soit present et qui plus tost me deust secourir
que nul qui soit. Or pleust a celuy dieu qui croix souffrit passion que
en cestuy jour prengne la fin dont il peut estre digne. Cecy dit par
grant fureur demanda les françoys et leur dist. despeschez vous sil le
prenez. car je ne mengeray huy qu'il ne soit livré a mort. Quant les
françois entendirent la parolle de charles pour devoir accomplir son
commandement tous se regarderent l'ung l'autre pour sçavoir qui mettroit
la main a luy le premier. Et quant Rolant veit le fait il se mist ung
petit apart et a tout l'espee en sa main va crier a haulte voix aux
aultres. Si vous estes saiges si vous tenez quoy. car je faiz veu a dieu
que s'il ya homme qui se bouge pour venir a moy que je ne face de sa
teste deux parties. pourquoy il ny eut si hardy qui a malice se bougeast
contre luy et estoient tresmal contens de leur debat. et sur ce le noble
ogier doulcement vint a rolant et luy dist. Sire rolant il me semble que
vous avez le plus grant tort quant vous avez ainsi courroucé l'empereur
vostre oncle. lequel par raison vous devez entre les aultres aimer et
deffendre et aussi supporter. Rolant respondit qui fut ja refroidi de
son ire. Sire ogier je vous prometz qu'a bien peu de fait j'eusse esté
determiné a oultraige sans advis encliné dont je suis mal content.
Comment charles et rolant sont reprins par l'acteur et excusés
aulcunement sur le debat devant dit.
Le .v. chapitre.