_Photographie._--M. Moeser, physicien de Koenisberg, paraît être le

premier qui ait signalé un nouveau genre d'images produites sous

l'influence de la lumière, sur une surface polie, par un corps placé

très près de cette surface. Les images de ce genre se forment sur un

verre de montre placé bien près du cadran, sur les verres placés au

devant des gravures encadrées, etc.. M. Moeser attribue ce curieux

phénomène à des radiations lumineuses; M. Knoor de Kazan y voit

l'influence de la chaleur, et donne le nom de _thermographie_ à l'art

nouveau qu'il veut créer. M. Fixeau rattache tout simplement la

formation des images de Moeser à l'existence bien constatée des matières

grasses et volatiles qui souillent la plupart des corps à leur surface.

Enfin, en plaçant une médaille sur une plaque de verre au-dessous de

laquelle se trouve une plaque métallique, M. Karsten (le fils du

minéralogiste) a reconnu qu'il se forme une image sur la surface

supérieure du verre, lorsqu'on fait tomber l'étincelle d'une machine

électrique sur la médaille. Si la médaille repose sur plusieurs plaques

de verre, et que la dernière soit en contact avec une plaque de métal,

l'étincelle engendre des images sur toutes les plaques, mais seulement à

leurs surfaces supérieures. Les images les plus faibles correspondent

aux plaques les plus éloignées de la médaille. L'étincelle est

nécessaire; M. Karsten n'a pas réussi avec l'électricité de la pile: les

images, d'ailleurs, ne deviennent visibles qu'en les exposant à une

vapeur; mais le souffle le plus léger suffit. La vapeur d'eau se dépose

en gouttelettes sur toutes les parties dont l'état moléculaire a changé,

tandis qu'elle se répand uniformément là où l'électricité n'a pas

sensiblement altéré la plaque. L'effet est instantané et les dessins de

la plus grande pureté.

Peu de temps après le vote de la loi qui accordait une récompense

nationale à MM. Daguerre et Niepce, M. Arago avait indiqué une

expérience très curieuse à faire au moyen du daguerréotype. M. Ed.

Becquerel, répondant à ce appel, projeta un spectre solaire et

stationnaire sur une plaque iodurée; et il reconnut, après l'expérience,

que la matière chimique était restée intacte le long des stries qui

correspondaient précisément aux raies que Frauenhofer a découvertes dans

le spectre. Sur une nouvelle indication de M. Arago, M. Ed. Becquerel a

renouvelé l'expérience en plongeant la plaque iodurée par moitié dans

l'eau et dans l'air, et il a constaté qu'il n'y a aucune différence bien

sensible entre les deux moitiés de l'image du spectre sur cette plaque.

M Arago a donné à ce sujet des développements très curieux et propres à

avancer la théorie de la lumière.

M. Daguerre a communiquée l'Académie, entre autres observations

curieuses ou utiles sur l'art qu'on lui doit, un nouveau procédé de

polissage des plaques. Au moyen de ce procédé, on obtient des résultats

identiques tant que les circonstances extérieures restent les mêmes.

_Physique expérimentale._--L'Académie a reçu un assez grand nombre de

communications intéressantes qui se rattachent à ce titre,

M. Dupré a imaginé un appareil très simple et très ingénieux pour

remplacer la machine d'Atwood, employée exclusivement jusqu'à ce jour,

dans les cours publics, à la démonstration _à posteriori_, des lois de

la pesanteur.

M. Mateucci, qui s'est livré spécialement depuis quelques années à

l'étude des phénomènes électro-physiologiques des animaux, a fait, sur

ce point important, des découvertes fort curieuses. D'abord, il a réussi

à composer une véritable pile voltaïque avec des Grenouilles disposées

de telle sorte, que les jambes de l'une posent sur les nerfs de l'autre;

et il a constaté avec le galvanomètre que le courant propre de cet

animal augmente dans l'acte de la contraction. Bien plus, il a reconnu

le courant électrique musculaire dans toutes les masses musculaires,

quel que soit l'animal. Ce courant est considérablement affaibli chez

les animaux qui ont été tués par l'hydrogène sulfuré; il l'est aussi par

l'influence du refroidissement et par celle de l'opium ingéré dans

l'estomac.

L'opinion que l'huile répandue à la surface des flots peut produire du

calme est fort ancienne. Elle a été reproduite récemment par M. Van

Beek, qui a rédigé à ce sujet un mémoire inséré dans les _Annales de

chimie et de physique_ du mois de mars 1842. Après avoir rapporté

plusieurs témoignages à l'appui de cette propriété merveilleuse,

l'auteur émet l'idée que l'on pourrait trouver dans l'emploi de l'huile,

pendant les tempêtes, un moyen de protéger les digues et autres

constructions maritimes contre la violence des vagues, en la versant sur

l'eau près du rivage. M. Van Beek qui est membre de l'Institut naval des

Pays-Bas, a même fait, l'année dernière, à cette société savante, une

proposition tendant à obtenir du gouvernement qu'il fît exécuter des

expériences à ce sujet. Une commission de cinq membres nommée _ad hoc_ a

fait un seul essai duquel elle a tiré des conclusions défavorable à

l'idée de M. Van Beek. Cependant deux des commissaires avaient fait

séparément une expérience en versant une petite quantité d'huile dans un

ruisseau, un jour où le vent soufflait avec violence, et ils observèrent

un changement dans l'aspect et dans le mouvement de l'eau. Un autre

membre de la commission avait obtenu ce même résultat dans une

expérience semblable. Aussi M. Lipkens l'un des commissaires, a-t-il

écrit à M. Arago pour réclamer contre la manière dont ses collègues ont

opéré en son absence. Il a fait ressortir la nécessité d'opérer sur de

flots soulevés par le vent et non par des brisants, et a montré que le

jugement de la commission hollandaise ne pouvait être considéré comme

décisif.

--M. Régnault a présenté à l'Académie, de la part de M. Reizet, une pile

d'une construction nouvelle, remarquable par ses effets énergiques.

Cette pile, imaginée par M. Bunsen, professeur de chimie à l'université

de Marbourg, est formée de quarante éléments, occupe très peu d'espace

et suffit pour produire tous les effets qu'on n'obtient ordinairement

qu'avec un nombre d'éléments beaucoup plus considérable. L'Académie a pu

en juger par les expériences qui ont été faites sous ses yeux.--M.

Bunsen a fait des essais relatifs à un mode d'éclairage produit par un

jet de lumière du courant entre deux pointes de charbon. Il s'est pour

cela servi d'une batterie de quarante-huit couples. Le jet de lumière,

en éloignant les pointes de charbon, pouvait être allongé jusqu'à 7

millimètres. M. Bunsen évalue l'intensité de cette lumière à celle de

572 bougies stéariques. La dépense, pour entretenir cette lumière

pendant une heure, était: pour le zinc, 300 grammes, pour l'acide

Sulfurique, 456 grammes, et pour l'acide nitrique, 608 grammes.

Le mois de mai.

Le mois de mai 1843 a eu à supporter les imputations les plus graves et

on l'a accusé d'être plus froid, plus humide, plus variable, plus

maussade que tous ses prédécesseurs. Les jardiniers, les promeneurs, les

poètes, les fleuristes, les tailleurs, les couturières l'ont accablé

d'imprécations. Voyons si ces accusations sont fondées. Plus heureux que

les magistrats, forcés d'écouter des avocats, vous n'aurez pas, ô

lecteur! de plaidoyer à subir, vous n'aurez point à peser en vous-même

la valeur douteuse d'un argument et démêler la vérité au milieu des

sophismes dont on cherche à l'obscurcir: tout se réduit à une question

de chiffres. Un mois de mai froid, c'est celui où la température moyenne

a été au-dessous de la température moyenne générale du mois de mai,

considéré dans un grand nombre d'années Or, la température moyenne du

mois de mai, déduite de quarante années d'observations métérologique

faites à l'Observatoire de Paris, est de 14°, 4. Le mois de mai 1843 a

donc été un mois froid, puisque sa température (13º, 6) est au-dessous

de la moyenne générale. Cette température a-t-elle été

extraordinairement basse? En aucune manière: il suffit, pour s'en

convaincre de jeter les yeux sur le tableau suivant, qui présente la

température moyenne et la quantité d'eau tombée pendant les mois de mai

des vingt-trois années qui viennent de s'écouler.

Années Température Quantité de pluie

moyenne. centimètres.

1820 14,1 9,106

1821 12,1 4,610

1822 16,7 4,605

1823 15,2 5,430

1824 12,6 7,596

1825 14,2 6,436

1826 12,6 4,470

1827 14,6 11,620

1828 13,1 6,490

1829 14,9 9,030

1830 14,6 12,340

1831 14,2 6,420

1832 13,2 5,428

1833 17,7 2,305

1834 18,2 4,380

1835 13,8 4,955

1836 12,4 2,624

1837 11,0 7,921

1838 14,2 4,704

1839 13,6 3,382

1840 15,1 3.381

1841 17,3 4,606

1842 14,5 2,415

Depuis vingt-trois ans, il y a donc eu six mois de mai plus froids que

celui de 1843: ce sont ceux des années de 1821, 1824, 1826, 1832, 1836,

1837, et un aussi froid, celui de 1839. Ainsi donc le mois de mai qui

vient de s'écouler n'est point extraordinaire sous le point de vue de la

température; seulement sa moyenne est de 0º, 8 au-dessous de la moyenne

générale.

A-t-il été plus pluvieux qu'il ne l'est habituellement à Paris? Ici

encore la statistique nous montre qu'il y a eu, depuis 1820 huit années

dans lesquelles la quantité d'eau tombée est supérieure à celle de 1843,

et nous voyons qu'il en est deux (1827 et 1830) où elle a été presque

double.

En grand coupable qui comparait devant un tribunal après des gens

accusés de peccadilles inspire beaucoup plus d'horreur que s'il venait

précédé de scélérats qui ont fait pire que lui. En général, le jugement

sera plus sévère; c'est ce qui est arrivé au mois de mai 1843, dont nous

instruisons le procès en ce moment. En 1840, 1841 et 1842, la

température avait été supérieure à la moyenne et la quantité de pluie

peu considérable, surtout en 1840 et 1842. Il en est résulté pour le

mois de mai passé un effet de contraste tout à son désavantage et dont

il a été la victime.

En résumé, on ne le citera jamais parmi les mois qui tendent à

réhabiliter sa vieille réputation en réalisant les fictions des poètes;

mais ce n'est pas non plus un de ces mois qui bouleversent les notions

astronomiques du tranquille citadin, et réveillent dans son esprit des

idées mal effacées sur le refroidissement du globe ou un changement dans

l'inclinaison de l'équateur sur l'écliptique. C'est un mois de mai un

peu au-dessous du médiocre de médiocre et ici exactement égal à 14º, 4,

parfaitement en harmonie avec tout ce qui se fait aujourd'hui, _Lucrèce_

et _l'Illustration_ exceptés.

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES.

FAITES À L'OBSERVATOIRE DE PARIS

1843.--MAI.

1 Jours du mois.

2 Hauteur du baromètre réduite à la température de 0 à midi.

3 Températures extrêmes de la journée.

3a Minimum.

3b Maximum.

4 Températures moyennes calculées.

5 État du ciel à midi.

6 Vents à midi.

1 2 3 4 5 6

3a 3b

1 757,19 11,0 21,9 16,0 Nuageux. S. S. E.

2 753,01 9,0 22,1 15,0 Beau, quelques nuages. E. N. E.

3 754,63 8,0 21,9 14,4 Orages, tonnerre,

faible pluie. N.

4 754,01 8,9 19,0 15,0 Assez beau. S. O.

5 752,31 7,7 21,1 15,9 Nuageux. S. O.

6 748,31 11,5 21,0 15,9 Couvert, pluie. O. fort

7 748,26 6,6 17,8 11,7 Couvert. S. S. E.

8 745,00 5,5 13,9 9,4 Très nuageux. N. O.

9 749,74 4,5 11,9 7,9 Couvert. S. O.

10 756,31 4,3 16,2 9,8 Nuageux. S. O.

11 760,96 8,9 19,9 13,9 Très nuageux. N. E.

12 762,00 7,5 20,2 15,3 Couvert. S. O.

13 758,60 12,0 17,8 13,2 Couvert. O. N. O.

14 751,87 7,0 21,0 15,4 Couvert. S. S. E.

15 749,80 10,0 19,8 14,5 Couvert. O. N. O.

16 745,20 8,2 16,0 11,8 Pluie. S. O. fort.

17 746,17 6,0 16,0 10,6 Couvert. O. S. O.

18 750,33 8,5 15,3 11,6 Couvert. N. N. O.

19 754,90 8,3 15,1 11,4 Couvert. O. N. O.

20 752,36 9,8 25,0 15,9 Très nuageux. E.

21 751,48 11,0 19,0 14,7 Couvert. S. O.

22 752,24 10,8 18,8 14,5 Couvert. O. S. O.

23 748,68 11,0 22,8 16,4 Couvert. S. E.

24 746,74 13,3 19,0 15,9 Couvert. S. S. E.

25 749,92 15,1 20,8 17,7 Nuageux O.

26 754,62 10,4 17,8 13,6 Couvert. S. E. assez fort.

27 750,28 12,0 19,2 15,3 Couvert. S. O.

28 750,28 11,0 17,3 13,9 Couvert. O. S. O

29 757,24 10,3 18,0 13,8 Couvert, pluie. O. fort.

30 760,98 8,1 17,8 12,6 Couvert O. N. O. faible

31 757,75 12,0 20,8 16,0 Couvert S. S. O.

752,63 9,3 18,8 13,6 (Moyenne)

Pluie dans la cour, 8 cent. 355

Pl. sur la terrasse, 5 cent. 930.

De la galvanographie.

Il y a déjà quelques années qu'un savant anglais, M. Thomas Spencer, de

Liverpool, en étudiant l'action réductive exercée par les courants

galvaniques sur les métaux dissous, découvrit que le cuivre ainsi

revivifié de ses dissolutions dans les acides possédait la propriété de

mouler la surface métallique sur laquelle on le précipitait, avec une

exactitude telle, que les moindres modifications de cette surface, les

stries du poli et jusqu'aux accidents de coloration, étaient reproduits

avec la plus merveilleuse fidélité. En donnant la publicité à cette

curieuse découverte, M. Spencer indiqua les principales applications qui

en pourraient être faites aux arts plastiques et à l'industrie; et il

fit voir comment, en envisageant un dessin comme une surface présentant

à la fois des saillies et des dépressions, on pourrait arrivera

transformer directement, et sans aucun recours au burin, le travail du

dessinateur en une planche en cuivre gravée soit en relief soit en

creux.

Quelque temps après, M. Jacobi de Saint-Pétersbourg, fut également

conduit à découvrir cette curieuse propriété plastique du cuivre réduit

par courant galvanique; et il donna au public connaissance de sa

découverte, d'abord dans une lettre adressée à Michael Faraday et

publiée par celui-ci dans le _Philadelphia Magazine_ (septembre 1839),

puis dans une série de lettres écrites au prince de Démidoff, et qui

parurent en 1840 dans le journal _'Artiste._ C'est depuis cette époque

surtout que de nombreuses tentatives ont été faites pour résoudre le

problème indiqué par M Spencer, tentatives qui n'ont point encore obtenu

un plein succès, mais dont les résultats déjà acquis permettent

d'affirmer que, dans un avenir qui n'est pas éloigné, le travail du

graveur pourra être entièrement supprimé, et l'oeuvre du dessinateur

pourra être placée, par une simple opération chimique, dans des

conditions qui en permettront la reproduction indéfinie.

La reproduction d'une oeuvre d'art ou d'un signe graphique quelconque

par la voie de l'impression est aujourd'hui effectuée à l'aide de trois

procédés différents, dont nous devons indiquer les caractères

distinctifs: l'impression typographique, l'impression en taille douce et

l'impression lithographique. Ces trois procédés exigent également que

l'oeuvre à reproduire soit tracée sur une surface résistante et dont la

planimétrie soit parfaite, c'est là leur caractère commun: ils diffèrent

en ce que, dans le premier procédé, le trait ou la ligne qui doit

marquer fait saillie au-dessus du plan de la surface; dans le second il

est au contraire déprimé au dessous de ce plan, et dans le troisième, il

est contenu dans le plan, et n'est représenté que par un état

particulier de la surface elle-même. Ces trois artifices ont le même

but; celui de permettre que l'encre d'impression, distribuée sur ces

surfaces à l'aide d'un tampon ou d'un rouleau, aille s'arrêter ou

s'accumuler en quantités rigoureusement déterminées sur certaines

portions de la surface seulement, de telle sorte que ces portions-là

seules puissent donner épreuve en transmettant sous le foulage de la

presse, à la feuille encore humide de papier, les portions d'encre

qu'elles ont reçues.

Dans l'impression typographique les lignes à reproduire font saillie sur

le plan métallique mobile que l'on appelle la forme. Un rouleau

cylindrique, formé d'une pâte molle et élastique, et dont la surface

lisse et unie est revêtue d'une mince couche d'une encre épaisse et

grasse, effleure rapidement les lignes en saillie, laissant sur chacune

d'elles une portion de son encre sans atteindre les fonds ou le

intervalles qui les séparent, la quantité d'encre que reçoit chacune

d'elles étant proportionnelle à sa largeur et à sa hauteur absolue

au-dessus du plan de la forme. Alors un plateau métallique parfaitement

plan et parfaitement parallèle aussi à la surface de la forme, s'abaisse

sur celle-ci, et comprime sur les saillies noircies d'encre la feuille

de papier qui en doit recevoir l'empreinte et dans laquelle elles

s'impriment. Avec les dispositions mécaniques que l'on possède

aujourd'hui, l'opération tout entière s'exécute en moins de cinq

secondes.

Dans l'impression en taille-douce, au contraire, les lignes à reproduire

sont entaillées plus ou moins profondément dans une planche métallique

d'acier, de cuivre ou d'étain. L'encre d'impression, distribuée d'abord

grossièrement sur toute la surface de la planche, est ensuite ramenée

avec soin dans toutes les tailles, et enlevée avec plus de soin encore

de toutes les parties qui doivent venir blanches à l'épreuve; puis la

planche de métal et la feuille de papier passent toutes deux entre deux

cylindres de fonte, et, sous l'écrasement d'une pression énorme, le

papier pénètre jusqu'au fond des tailles, et s'y imprègne de l'encre que

la main de l'imprimeur y a laissée. L'impression en taille-douce est, à

vrai dire, un procédé de moulage, et la pile du papier humide est une

matière plastique qui donne la contre épreuve en relief du moule en

creux, la planche gravée.

Les procédés de l'impression lithographique reposent sur une tout autre

donnée: c'est la propriété, commune à toutes les surfaces polies de se

comporter d'une façon toute spéciale suivant qu'elles ont été

primitivement souillées par un corps gras ou un liquide aqueux, par

l'huile, par exemple, ou par l'eau. Il n'est personne peut-être qui

n'ait remarqué que certaines surfaces polies à un haut degré, celles des

bois vernis, de la glace, du marbre, et plus spécialement encore toutes

les surfaces métalliques parfaitement nettes et brillantes, ne se

mouillent pas d'ordinaire au contact de l'eau. Ce contact a beau être

prolongé, on a beau lasser sa plieuse à étaler le liquide dans l'espoir

d'en former une pellicule uniformément étendue sur toute la surface

polie, il semblerait que celle-ci exerce sur le liquide une sorte

d'action répulsive, et qu'elle le contraint à se retirer sur lui-même en

gouttelettes sphéridales qui ne conservent avec cette surface que les

rapports les plus limités possibles. Si maintenant, sur une surface

polie qui présente ce phénomène de ne point mouiller avec l'eau, on

verse une goutte d'huile, un phénomène tout inverse du premier se

produit. La gouttelette, d'abord globuleuse, s'aplatit de plus en plus

et devient lenticulaire; les bords vont sans cesse s'élargissant pour

envahir un espace plus grand, et la surface entière, si grande qu'elle

soit, pourra être complètement recouverte par une toute petite goutte

d'huile qui y formera une pellicule adhérente, sans solution de

continuité aucune, et tellement mince qu'elle pourra paraître irisée

comme la paroi d'une bulle de savon. Mais si, au contraire, par un

artifice quelconque, la surface polie a été mise dans des conditions

telles qu'elle mouille avec l'eau, alors, sur cette surface une fois

humide, il sera impossible de faire adhérer l'huile, et le rôle de ces

deux liquides sera complètement interverti. En fait, une surface polie

est indifférente soit à l'huile soit à l'eau; mais aussitôt que l'un de

ces liquides vient à toucher cette surface il y adhère en formant une

pellicule infiniment mince, et c'est cette pellicule du premier liquide,

quel qu'il soit, qui exerce une action véritablement répulsive sur le

second.

C'est cette propriété des surfaces polies qui est mise en oeuvre dans

l'impression lithographique et dans certains procédés de transport sur

métal, dont nous aurons peut-être à parler par la suite, et qui

paraissent destinés à prendre une grande extension, sinon à remplacer

complètement les procédés du stéréotypage. Un dessin sur pierre n'est

autre chose, en effet, qu'une surface polie dont certaines portions, les

traits du dessin, mouillent avec l'huile et les corps gras, tandis que

les autres, les blancs ne mouillent qu'avec l'eau ou les liquides

aqueux. Sur cette surface l'imprimeur passe alternativement une éponge

imbibée d'eau et un cylindre imprègne d'une encre grasse: les deux

liquides s'arrêtent, se déposent, se limitent là où l'état spécial de la

surface les retient, et la feuille de papier, sous le foulage de la

presse, va à son tour s'en imprégner.

Ces détails étaient nécessaires pour faire comprendre les difficultés

pratiques de la question que nous allons maintenant aborder; ils étaient

nécessaires surtout pour que l'on pût bien saisir l'énorme importance de

la gravure en relief, de celle dans laquelle les traits à reproduire,

faisant saillie sur le fond de la planche, donnent épreuve à la presse

typographique. Une seule planche en cuivre» gravée en relief, pourra

fournir au tirage mécanique jusqu'à 15,000 épreuves par jour, et cela

pendant tant de jours que l'on voudra, ou peu s'en faut; et la même

planche, gravée en creux, ne donnera guère à la presse en taille-douce

que 3,000 épreuves en tout, à raison de 200 épreuves par jour. Les

procédés de transport sur pierre ou sur métal sont plus limités encore,

et la cinq-centième épreuve d'un dessin sur pierre n'est plus qu'une

grisaille où l'on ne reconnaît plus ni couleur, ni modelé, ni forme.

Or, c'est dans la possibilité de multiplier indéfiniment, avec une

rapidité extrême et à très bas prix, le nombre des épreuves, que git

aujourd'hui tout le problème: ce n'est plus que sur des tirages de dix,

de vingt, de trente mille exemplaires que peuvent être basées les bonnes

opérations de librairie.

Cela dit, voyons par quels artifices on peut, à l'aide d'un courant

galvanique, transformer le dessin d'un artiste en une planche en cuivre

gravée en relief, et capable de donner un nombre indéfini d'épreuves à

la presse typographique.

Toutes les applications qui ont été faites jusqu'ici des courants

galvaniques aux besoins de l'industrie reposent sur la propriété

suivante:

Lorsque qu'on fait passer, à l'aide de deux surfaces métalliques, un

courant galvanique à travers une solution saline convenablement choisie,

la surface par laquelle le courant débouche dans la solution est

attaquée, corrodée, dissoute, et le métal entraîné est charrié par le

courant vers l'autre surface, sur laquelle il est revivifié et précipité

à l'état métallique. Mais, pour que cette action ait lieu également? sur

toute l'étendue des deux surfaces, il faut que ces deux surfaces soient

sur toute leur étendue dans des conditions identiques et également

exposées à l'action du courant; car si certaines portions de ces

surfaces, et certaines portions seulement, étaient recouvertes d'une

courbe protectrice quelconque, celles-là ne seraient pas modifiées par

le passage du courant, dont l'action s'exercerait exclusivement sur les

parties qui ne seraient pas ainsi protégées.

[Illustration.]

Or, la surface métallique par laquelle le courant galvanique débouche

dans la solution saline, ainsi que celle par laquelle il s'en échappe,

peut-être du dessin, et l'action du courant qui passe peut être utilisée

soit à déposer du métal sur les traits du dessin au pôle négatif, soit à

enlever du métal d'entre les traits du dessin au pôle positif. Voici

comment.

[Illustration.]

Soit une planche de cuivre rouge dont le poli et la planimétrie soient

suffisamment parfait pour satisfaire aux exigences du tirage

typographique. Sur cette planche un étale à chaud une couche si mince

que l'on voudra d'un vernis résineux quelconque, et les vernis dont on

fait usage sont en général composés de térébenthine de Venise, de poix

blanche, de suif et de noir de fumée. Cette planche ainsi préparée est

livrée à l'artiste, qui y trace son idée à l'aide d'un stylet

suffisamment résistant pour entamer l'épaisseur du vernis. Son travail

terminé, la planche est pour l'artiste un véritable dessin dans lequel

les noirs sont représentés par les surfaces de cuivre mises à nu, les

blancs ou les clairs par les surfaces intactes. Pour le chimiste, au

contraire, cette planche ne sera qu'une surface métallique dont les

différentes portions sont placées dans des conditions différentes,

celles-ci étant livrées unes à l'action d'un courant, celles-là étant

complètement abritées de cette action sous leur couche de vernis. Que

l'on dispose, en effet, une planche ainsi préparée dans une solution

d'un sel de cuivre, au pôle par lequel le courant s'échappe de la

solution, incontinent le métal que le courant charrie avec lui se

déposera sur tous les points où la surface du cuivre a été mise à nu, et

il ne s'en déposera pas un atome en aucun autre point. Molécule par

molécule le dépôt s'agrandira là où une fois il a commencé de

s'effectuer, et les traits du dessin s'élèveront comme de petites

murailles, et se détacheront en saillie sur le plan du vernis.

L'Illustration, No. 0015, 10 Juin 1843 · 第 4 / 5 段