CHAPITRE VI.

Florentin et Florentine.

Ils passaient devant une de ces petites et jolies maisons de campagne

comme il s'en rencontre tant aux environs de Paris. Une petite fille

accompagnée d'une servante, en sortait; mes amis s'arrêtèrent pour

admirer sa gracieuse tournure et le joli visage qu'à la lueur d'une

lanterne elle montrait sous une capeline en soie bleue.

«Oh, ciel! fit cette jolie demoiselle avec une petite voix maniérée, que

font là ces enfants? Les connaissez-vous, Marie?

--Voyons, dit la fille, en leur mettant la lanterne sous le nez.... Oh!

pour ça non, mam'zelle, ils ne sont pas du village.

--Ne les éclairez plus, Marie; ils ont de trop vilaines physionomies; on

dirait de petits brigands.

--Le fait est qu'ils sont loin d'inspirer de la confiance. Je sais bien

qui ne leur donnerait pas sa bourse à garder, moi.

--Que font-ils par ici?

--Pardine! ça cherche à voler.

--Vous croyez, Marie?

--Ah! bien, si je le crois? Mais j'en suis sûre, mam'zelle. Et il n'est

pas déjà si rassurant de les voir rôder comme cela autour de la maison.

--Renvoyez-les au plus vite, alors.

--C'est ce que je vais faire.»

Puis, s'adressant aux enfants qui n'avaient pas l'air d'entendre:

«Allons, allons, portez vos méditations ailleurs, vous autres.

--Ils ne vous comprennent point.

--C'est possible; alors je vais leur parler un meilleur français. Çà,

cria-t-elle, on vous prie de déguerpir, si vous ne le faites pas tout de

suite, vous aurez affaire à moi.

--Nous ne vous gênons pas, dit Aimée, qui, plus décidée que César,

prenait la parole dans les occasions critiques.

--Voyez, mam'zelle, comme ils ne comprennent point. Et ça ose

répondre!... On ne saurait croire jusqu'où peut aller l'audace de ces

petits misérables; on ne ferait que son devoir en les souffletant.

--Assez, Marie, assez, ne les frappez point, donnez-leur quelque argent,

et ils s'éloigneront peut-être. Il faut en finir, je ne puis passer ma

soirée ici.»

La servante jeta dix centimes au visage de César et disparut avec son

impertinente maîtresse. Quant à mes amis, sans essayer de chercher les

dix centimes, qu'il eût, du reste, été impossible de trouver, tant la

nuit était devenue épaisse, ils continuèrent à marcher dans la rue,

plongeant dans les maisons dont les volets étaient encore ouverts, des

regards profondément découragés.

Ils se demandaient si aucune de ces demeures ne voudrait s'ouvrir pour

les recevoir, et s'ils étaient condamnés à passer la nuit dehors. Il

fallait cependant bien peu de chose pour ramener la sécurité dans leur

pauvre coeur et à en chasser toutes les appréhensions et toutes les

angoisses que la peur y avait fait naître: le coin le plus obscur

d'une de ces grandes cuisines où l'on voyait des chats et des chiens se

prélasser aux meilleures places, se chauffer le ventre et le museau à

la flamme joyeuse et turbulente du foyer, en compagnie de vieillards et

d'enfants qui jouaient et devisaient entre eux! Tout doucement César

et Aimée se faufilèrent le long des maisons pour mieux voir ce qui s'y

passait. C'était indiscret, mais ils n'en savaient rien; et, d'ailleurs,

tout cela était si nouveau, et tous ces logis si différents de celui

de Joseph!... Une fenêtre plus vivement éclairée que les autres captiva

bientôt exclusivement leur attention. Par cette fenêtre on pouvait

explorer dans tous ses recoins une de ces grandes salles qui, dans les

maisons de paysans, tiennent lieu tout à la fois de cuisine, de salle à

manger et de chambre à coucher. Une femme jeune encore, les manches et

la jupe retroussées, tenait un poêlon sur le feu, pendant qu'un petit

garçon et une petite fille, du même âge à peu près que mes amis,

promenaient à tour de rôle, en le dodelinant sur leurs bras, un gros

marmot de sept à huit mois qu'on avait déjà habillé pour la nuit.

Quand ce bébé manifestait quelque impatience, le frère et la soeur lui

faisaient toutes sortes de mines, lui chantaient une belle chanson, ou

bien lui disaient de ces riens qui n'ont aucun sens, mais qui font tant

rire les bébés de cet âge. César et Aimée ayant compris tout de suite

que c'étaient là de braves enfants, prenaient un plaisir extraordinaire

à les voir se promener de long en large dans la chambre. Mais, à

plusieurs reprises, leur regard se croisa avec celui de la maman,

laquelle, ne devinant pas ce que c'était, dit à ses enfants:

«Voyez donc un peu ce qui fait de l'ombre à la fenêtre!»

Mes amis, qui avaient entendu, s'éloignèrent de quelques pas.

«Rien, maman, il n'y a rien,» répondirent les petits villageois, après

avoir jeté un coup d'oeil dans la rue.

Un peu après, elle prit le bébé pour le faire souper et dit encore:

«Pour sûr, il y a quelqu'un à la fenêtre. Allez dehors, vous pousserez

les volets.»

César et Aimée songèrent à fuir, mais je ne sais quoi les tenait cloués

là, près de cette maison.

Quant aux petits villageois, ils entr'ouvrirent la porte avec

précaution, et aussitôt la refermèrent vivement.

«Quoi donc? fit la mère.

--Maman, répondirent-ils d'une voix étouffée, il y a un homme.

--Bon! faut-il avoir peur pour cela? C'est sans doute votre père;

ouvrez-lui.»

Il fallut bien s'exécuter. Cette fois, ils sortirent tout à fait, mais

rentrant presque aussitôt:

«Maman, ma chère maman, s'écrièrent-ils, venez donc voir, c'est un petit

garçon et une petite fille.»

La maman sortit.

«C'est ma foi vrai! fit-elle comme en se parlant à elle-même. Et à cette

heure.... Comment cela se fait-il?... Ils me font l'effet de petits

poussins qui se seraient perdus dans l'herbe en courant après les

insectes et n'auraient pu retrouver le nid de leur mère. Ah! ça, petits,

leur dit-elle, approchez donc un peu qu'on vous voie!»

César et Aimée, suivis de Balthasar, vinrent se placer dans la clarté

que le feu envoyait jusque dans la rue par la porte toute grande

ouverte. Ils ne brillaient point, je vous assure, dans cette lumière à

la Rembrandt.

«Dieu du ciel! comme ils sont faits! s'écria la jeune femme en

découvrant de quelle misérable façon ils étaient vêtus. Et dire que

ce sont là de petites créatures du bon Dieu!... Allons, entrez tout de

même, on verra....»

Nos amis, comme vous pensez bien, ne se firent point prier.

La villageoise leur assigna pour s'asseoir un banc de l'autre côté de la

table, où elle-même avait pris place avec le bébé.

Quant aux enfants, ils vinrent se poster tous deux en face de César et

d'Aimée, et là, les mains derrière le dos, se mirent à examiner mes amis

en silence et avec cette curiosité naïve et indiscrète particulière aux

enfants à qui l'éducation n'a pas appris à vivre selon l'usage du monde.

Puis, de temps en temps, ils se regardaient en se faisant des signes

avec les yeux pour se communiquer leurs impressions. Mes amis, de leur

côté, leur rendaient la pareille et les examinaient aussi, mais plus

timidement, un peu en dessous, il faut bien le dire, ce qui ne les

empêchait point de voir combien tous deux étaient gentils, la petite

fille surtout.

[Illustration: «Allons, entrez tout de même, on verra.».]

Elle avait de bonnes joues rondes et fermes que le grand air avait

légèrement brunies, et une forêt de cheveux blonds qui s'échappaient

de son petit bonnet, tout autour de la tête, par centaine de boucles,

rangées les unes de ci, les autres de là, au caprice du vent, sans ordre

et sans art. Oui, certes, elle était gentille, et vous n'auriez pas dit

le contraire si, comme César et Aimée, vous aviez pu admirer sa petite

bouche qui souriait avec tant de finesse et de naïveté, et ses grands

yeux si expressifs qu'on eût dit qu'ils parlaient, et son nez en l'air,

et le petit bout de ses jolies oreilles où étaient accrochés de beaux

pendants d'or en forme de poires; puis sa belle robe de tartanelle,

puis son beau tablier de mérinos, puis son joli bonnet des dimanches!...

Après cela, peut-être que vous n'aimez que les petites demoiselles

qui ont le teint trop pâle, les traits trop délicats et la taille trop

effilée.... Je ne veux point nier qu'elles soient intéressantes et n'ai

point la prétention de contester la légitimité de votre goût; mais enfin

vous conviendrez qu'il y a des beautés de plusieurs sortes, et que les

enfants dont la santé est robuste, la mine appétissante et l'humeur

aimable, ne sont pas à dédaigner.

«Voyons, dit la maman lorsque le bébé fut couché, vous allez me dire qui

vous êtes et pourquoi nous vous avons trouvés à pareille heure dans la

grand'rue de notre village?»

César raconta tant bien que mal comment ils avaient quitté Paris.

«Dieu du ciel! s'écriait la jeune femme que la brutalité de Joseph

faisait frémir, est-il possible que la terre nourrisse des monstres

comme cela?»

Elle résolut de garder chez elle jusqu'au lendemain ces pauvres

abandonnés, et se mit sur-le-champ à préparer le repas du soir, car elle

voyait bien qu'ils étaient exténués et ne pourraient, sans souffrir,

rester plus longtemps sans prendre de nourriture.

Alors entra un homme âgé de trente-cinq ans à peu près. Il était grand

et bien pris dans ses membres, qu'il portait cependant avec une certaine

lourdeur, comme les individus que les rudes travaux des champs ont de

bonne heure courbés sur la terre. Le petit garçon et la petite fille

coururent à sa rencontre, il les embrassa avec effusion. César comprit

qu'il était le maître du logis. C'était un bon père et un honnête homme,

on le voyait bien; et malgré la pesanteur de sa démarche, on lisait

dans son maintien comme sur son visage la dignité naturelle des gens qui

n'ont de comptes à rendre et de grâces à demander qu'à Dieu.

Il s'en alla jeter un coup d'oeil sur le bébé qui dormait paisiblement

dans un petit berceau rustique, puis il offrit à sa femme de l'aider

dans ses occupations de ménagère.

«Voici, lui dit-elle en montrant César et Aimée, deux enfants que

j'ai recueillis dans la rue. Vont-ils se mettre à table avec nous pour

souper?

--Pourquoi pas?» répondit simplement le jeune homme, qui était laconique

dans tout ce qu'il disait et semblait avare de ses paroles, comme les

individus habitués à vivre et à travailler dans la solitude.

Le dîner était frugal, une soupe au lait et des oeufs; mais mes amis

n'avaient peut-être jamais fait un repas si délicat, et, tout bas, ils

se disaient que c'était là pour sûr un festin de roi.

Quant à Balthasar, promptement familiarisé avec les habitudes de la

maison, côte à côte avec le chat du logis, il mangeait proprement la

part qu'il s'était adjugée d'un copieux reste de potage.

Après le dîner, les petits villageois, qu'on appelait Florentin et

Florentine, se mirent à genoux pour faire leur prière du soir. César et

Aimée les imitèrent d'instinct, sans trop savoir ce qu'ils faisaient,

et joignant les mains tant bien que mal, répétaient à voix basse

les paroles que les autres prononçaient tout haut; mais ils n'en

comprenaient point le sens.

La jeune femme qui les regardait, devina aisément qu'ils ne savaient

point leurs prières. Alors elle résolut de leur montrer au moins à faire

le signe de la croix.

«Quand on ne sait pas prier, leur recommanda-t-elle, on dit tout

simplement: Mon Dieu, ayez pitié de moi!

--Et quand on veut prier pour d'autres, demanda Aimée, doit-on lui dire

la même chose au bon Dieu?

--Pour qui donc veux-tu prier?»

César dit comment une jeune et belle dame lui avait donné une pièce d'or

à la grille des Tuileries.

«Et cette dame s'appelle?

--Je l'ignore, répondit César.

--C'est que nous-mêmes, nous connaissons à Paris un enfant qui est

très-malade en ce moment; un beau petit garçon que j'ai nourri il y a

sept ans en même temps que Florentine. Sa mère, Mme de Senneçay, qui est

la soeur de M. Lebègue....»

Ici s'interrompant tout à coup:

«Le connaissez-vous, M. Lebègue? demanda la jeune femme, qui croyait

naïvement que les notabilités de son village étaient connues du monde

entier.

--Non, dit Aimée.

--Un riche propriétaire de ce pays-ci. C'est à lui qu'appartient le beau

domaine des Granges, vous savez, sans doute, là, sur la gauche, à une

lieue d'Orly?... Il est fâcheux que vous ne connaissiez pas M. Lebègue,

car c'est un digne homme et il aurait pu vous être utile. Mme de

Senneçay, je vous disais donc, doit conduire mon petit Abel cette

semaine à Fontainebleau, où je me rendrai presqu'aussitôt pour le

soigner. Elle est si bonne et si charitable que j'ai pensé tout d'abord

que c'était elle qui vous avait donné la pièce de vingt francs!»

Puis, s'adressant à son mari:

«Dis donc, Étienne, si c'était Mme de Senneçay? demanda-t-elle.

--Cela n'est pas impossible, répondit Étienne.

--Quoi qu'il en soit, recommanda la villageoise à mes amis, n'oubliez

pas de prier Dieu pour la dame au louis d'or.»

Avec un matelas, qu'on posa dans un coin de la chambre sur de la paille

fraîche, et des draps propres, on fit un lit pour César et Aimée,

lesquels ne demandaient pas mieux, après une telle journée, que de se

reposer et dormir. Mais ils étaient trop fatigués; ils ressentaient

une sorte de fièvre qui les tint éveillés assez longtemps pour qu'ils

eussent le loisir de se communiquer leurs impressions.

«Vois donc, Aimée, disait César, combien il est bon d'être couché dans

une belle chambre comme celle-ci, où l'on a des parents qui dorment

à côté de vous. Pour moi, quand je regarde ce lit et ce berceau dans

l'alcôve, puis la table avec ses deux bancs, l'armoire à l'autre bout de

la pièce, le buffet orné d'assiettes à fleurs, le seau plein d'eau posé

sur une escabelle près de la fenêtre, et le feu, non encore éteint,

éclairant vaguement tout cela lorsque tout le monde est endormi, il me

semble avoir vu ces choses ailleurs qu'ici; et si je devais continuer à

demeurer dans cette maison, je croirais volontiers que le temps que nous

avons passé chez mon oncle Joseph n'a été qu'un abominable rêve.»

[Illustration: Je ne vous dirai point avec quelle joie ils

s'habillèrent.]

Le lendemain, il faisait grand jour et le soleil était levé depuis

longtemps lorsque mes amis se réveillèrent. La première chose qu'ils

aperçurent en ouvrant les yeux, fut des vêtements neufs étalés sur le

pied de leur lit. Quand je dis neufs, je me trompe; ils étaient vieux

et usés, beaucoup usés même; mais rapiécés aussi, et de plus, propres à

donner envie de se les mettre sur les épaules. Ils sentaient bons, et,

quoique la couleur en fût singulièrement effacée par endroits, César

et Aimée les trouvaient si beaux qu'ils ne se rassasiaient point de les

regarder. Pour eux véritablement ils étaient neufs. Je ne vous dirai

point avec quelle joie ils s'habillèrent; ces choses-là ne sauraient se

dépeindre. Non moins heureux, Florentin et Florentine les aidaient; on

se mettait à trois pour attacher une agrafe ou faire entrer un bouton,

et cela n'allait pas encore très-bien parce que de part et d'autre on

était trop ému.

Étienne regardait d'un air songeur.

«Si l'on était riche, dit-il tout à coup, et comme en se parlant à

lui-même, envoyer ces enfants à l'école, et leur donner ensuite un bon

état pour qu'ils devinssent d'honnêtes ouvriers, serait une bonne action

à faire. Que vont-ils devenir à présent?

--Nous voulons gagner notre vie, dit César.

--Je souhaite que vous rencontriez d'honnêtes gens assez riches pour

vous prendre sous leur protection. Mais enfin cela peut ne pas se

trouver tout de suite, et en attendant, il faudra vivre. Quoi qu'il

arrive, César, n'oublie pas qu'il est moins honteux de demander un

morceau de pain que de le prendre.

--Pour ça, dit César en rougissant, nous n'avons jamais rien pris à

personne.

--C'est bien. Mais il faut se méfier de la misère. On dit parmi nous que

celui qui prend le grain prendra aussi la farine; cela signifie qu'un

voleur ne redevient jamais honnête homme. Ce que j'en dis n'est pas

pour vous affliger, mais pour vous mettre en garde contre les mauvaises

pensées et les mauvais conseils, car on se laisse aisément tenter

lorsqu'on est malheureux.

--Écoute, Étienne, dit en s'approchant la femme qui jusqu'alors avait

gardé le silence, tout cela est très-bien, mais je pense, moi, que nous

ne pouvons pas laisser partir ces enfants comme cela.

--Que veux-tu faire?

--Par moi-même, rien; je sais que nous ne pouvons pas leur assurer un

sort meilleur. Mais il y a Mme de Senneçay. Je l'ai vue bien souvent

s'intéresser à des enfants qu'elle connaissait à peine; qui sait si

elle ne consentirait point à faire quelque chose pour ceux-ci. Si elle

pouvait les retirer pour toujours à ce Joseph et les placer, les mettre

à l'école?

--Il faudrait voir.

--On ne peut aller la tourmenter maintenant; Abel est encore trop

malade. Mais je la verrai à Fontainebleau.

--Et en attendant?

--Nous garderons ces enfants avec nous.

--Non, cela ne se peut pas; il est possible que Mme de Senneçay refuse

de s'occuper d'eux, qu'en ferais-tu, alors?

--Nous aviserons.

--Ta bonté t'égare.

--Écoute, je réponds de Mme de Senneçay.

--N'importe! nous ne pouvons les garder. Si nous n'avions pas d'enfants,

à la bonne heure!

--Crains-tu donc qu'ils gâtent les nôtres? Ils ont l'air si honnête!

--C'est vrai, mais nous ne les connaissons pas. Ils n'ont qu'une chose

à faire, retourner avec leur tuteur.... Je voudrais les y reconduire

moi-même. Je verrais ce que c'est au juste.

--Eh bien, fais-le.

--Malheureusement, c'est impossible; je laboure les terres d'un voisin.

C'est un marché, je dois avoir fini dans trois jours.»

Pendant que le mari et la femme s'occupaient ainsi de César et d'Aimée,

ceux-ci achevaient leur toilette.

«Viens ici, César,» dit Étienne.

L'enfant s'approcha.

«Voici ce qui se passe, mon garçon. Ma femme ne veut pas que vous alliez

comme ça courir les grands chemins, où il ne saurait vous arriver rien

de bon. Elle connaît une dame, Mme de Senneçay, qu'elle veut intéresser

à votre sort. Mais pour ça, il faut que vous retourniez chez votre

tuteur.

--Joseph! qu'est-ce qu'il va dire? s'écria César effrayé.

--Rien, si tu lui portes de l'argent. Voici deux francs; tu lui

remettras cela comme si c'était le produit de ta journée.... D'ailleurs

peu lui importe où tu l'aies gagné. Ma femme verra Mme de Senneçay la

semaine prochaine; moi, j'irai jeudi voir comment ça va chez vous....

Nous ne vous laisserons pas longtemps avec votre tuteur; il ne s'agit

que de deux semaines au plus. Si on s'occupe de vous, il faut que

de votre côté vous fassiez quelques sacrifices. Allons, mes enfants,

promettez-moi de retourner chez Joseph?

--Nous ferons ce que vous voudrez, dit César.

--C'est bien, voilà les deux francs. A jeudi.»

Sur ce, on se sépara.

Les petits vagabonds · 第 7 / 22 题