En apparence, le défi s’adresse à Warwick, mais réellement il a en vue

le roi. La réponse de Warwick, l’argument sur lequel il se base,

consiste en un solennel tableau de tous les changements opérés dans les

traits du duc par la mort, changements qu’on ne peut concilier avec

aucune autre hypothèse que celle d’une mort violente. Quel argument, que

Gloucester soit mort par des mains d’assassin? Eh bien, le déroulement

suivant des changements terribles, affectant la tête, le visage, les

narines, les yeux, les mains, etc... et qui ne proviennent pas

indifféremment de _tous_ les genres de mort, mais exclusivement d’une

mort par violence:

Mais, voyez, son visage est noir et gonflé de sang;

Ses prunelles, plus saillantes que quand il vivait,

Ont le regard fixe et sinistre d’un homme étranglé;

Ses cheveux sont dressés, ses narines dilatées par la convulsion;

Ses mains toutes tendues comme celles de quelqu’un qui s’est débattu

Pour défendre sa vie, et qui a été réduit par la force.

Regardez, ses cheveux sont collés aux draps;

Sa barbe si régulière est désordonnée et hérissée

Comme le blé d’été couché par la tempête.

Il est impossible qu’il n’ait pas été assassiné;

Le moindre de ces signes en fournirait la preuve.

Pour la logique de ceci n’oublions pas un seul instant que, pour avoir

quelque valeur, ces signes et ces indices allégués doivent former un

_diagnostic_ rigoureux. La distinction cherchée est une distinction

entre la mort naturelle et la mort violente. Tous les indices, par

conséquent qui appartiennent également et indifféremment à l’une et à

l’autre seraient équivoques, inutiles, et étrangers au but même voulu

par Shakespeare. (_Note de De Quincey._)

--Les passages cités ont été copiés par le traducteur sur la version de

Shakespeare par François-Victor Hugo (tome XIII, pp. 129-130, édition

Pagnerre).

[15] Au temps où ceci fut écrit, 1827, je suivais l’opinion commune à ce

sujet. C’est un simple défaut de réflexion qui a donné naissance à un

jugement aussi erroné. Depuis, après un examen plus serré, j’ai vu de

grandes raisons de revenir sur cette opinion, et je suis convaincu à

présent (1854) que les Romains, chaque fois qu’un art leur offrait une

quantité égale d’intérêt, y ont montré des mérites aussi originaux et

naturels que les meilleurs des Grecs. Ailleurs je veux plaider cette

cause en détail, dans l’espoir de convertir le lecteur. En attendant,

j’étais désireux de placer ici ma protestation contre cette vieille

erreur,--erreur qui a commencé par une flagornerie aux préjugés de son

temps de Virgile, poète courtisan. Pour le vil dessein de flatter

Auguste dans sa rancune vindicative contre Cicéron, et au moyen de

l’introduction, à cet effet, du petit membre de phrase _orabunt causas

melius_ appliqué à tous les orateurs athéniens opposés aux romains,

Virgile ne se fit pas scrupule de sacrifier en gros les justes

prétentions de ses compatriotes pris collectivement. (_Note de De

Quincey._)

[16] _Le conte de la Prieure_ dans le _Pèlerinage de Canterbury_, de

Chaucer, parle d’un petit chrétien mis à mort dans une ville d’Asie par

les Juifs pour avoir constamment chanté en leur présence l’hymne: _O

Alma Redemptoris Mater_. La prieure finit en faisant allusion à une

légende anglaise très analogue: celle de Hugues de Lincoln, que des

Juifs de cette ville auraient mis à mort pour des raisons semblables.

(M)

[17] En français dans le texte.

[18] Le nom de Vieux de la Montagne ne désigne pas une personne

particulière; c’était le titre,--en Arabe _Sheik-al-jebal_, Prince de la

Montagne,--d’une série de chefs qui ont dirigé de 1090 à 1258 une

communauté ou un ordre militaire de sectaires mahométans fanatiques,

appelés les _Assassins_, et répandus dans la Perse et dans la Syrie,

mais dont le quartier général se trouvait dans les chaînes de montagnes.

Bien qu’il soit hors de doute que les mots _assassin_ et _assassinat_

pour désigner un meurtre secret et spécialement un meurtre secret au

moyen du poignard, soient un ressouvenir des habitudes attribuées à

cette vieille communauté persane et syrienne, l’étymologie originelle du

mot _Assassins_ lui-même, nom de cette communauté, n’est pas aussi

certain. Skeat prétend que c’est tout simplement l’arabe _hashishin_

«buveurs de haschich» d’après le fait ou la supposition que les agents

du Vieux de la Montagne, quand ils étaient envoyés en quelque mission

meurtrière, s’en allaient fortifiés pour cette tâche par l’intoxication

du haschisch, ou chanvre indien. (_Note de De Quincey._)

[19] Spencer Percival, premier ministre, fut assassiné le 11 mai 1812,

par John Bellingham, dans un couloir de la Chambre des Communes.

[20] De Quincey s’est trompé ici. Le maréchal Bessières fut tué par un

boulet dans une escarmouche, la veille de la bataille de Lutzen, le 1er

mai 1813; c’est le maréchal Brune qui a été assassiné par la populace à

Avignon, le 2 août 1815.

[21] L’éditeur anglais donne ici la chronologie exacte des sept

assassinats dont parle De Quincey: 1. Guillaume d’Orange, le Taciturne,

premier stadhouder des Provinces-Unies, assassiné à Delft, le 10 juillet

1584, par Balthazar Gérard;--2. Henri, duc de Guise, assassiné avec la

connivence du roi Henri III, à Blois, le 23 décembre 1588;--3. Ce même

Henri III, roi de France, assassiné par le dominicain Jacques Clément,

le 2 août 1589;--4. Henri IV, roi de France, assassiné le 14 mai 1610

par François Ravaillac;--5. Le resplendissant George Villiers, duc de

Buckingham, favori de Jacques Ier et de Charles Ier d’Angleterre,

premier ministre tout-puissant, assassiné à Portsmouth le 23 août 1628

par John Felton;--6. Gustave-Adolphe, l’héroïque roi de Suède, tué sur

son cheval en plein champ de bataille à Lutzen, au moment où la victoire

se dessinait, le 6 novembre 1632;--7. Waldstein, ou Wallenstein, le

grand capitaine catholique de la guerre de Trente Ans, assassiné par des

soldats irlandais, au château d’Eger, le 25 février 1634.

[22] Ce même argument a été employé une fois de trop, au moins. Il y a

plusieurs siècles un Dauphin de France, averti qu’il risquait la petite

vérole, fit la même réponse que l’empereur: «Quel gentilhomme avait

jamais entendu parler d’un dauphin tué par la petite vérole?» Non, aucun

gentilhomme _n’avait_ jamais entendu parler d’un tel cas. Et cela

n’empêcha pas ce Dauphin de mourir de la petite vérole. (_Note de De

Quincey._)

[23] _Vie de Spinosa_ par Jean Colerus, ou plutôt: _Réfutation des

Erreurs de Benoit de Spinosa, par M. de Fenelon, Archevêque de Cambray,

par le P. Lami bénédictin et par M. le Comte de Boulainvilliers, avec la

Vie de Spinosa écrite par M. Jean Colerus, Ministre de l’Église

luthérienne de La Haye; augmentée de beaucoup de particularités tirées

d’une vie manuscrite de ce Philosophe par un de ses amis.--A Bruxelles,

chez François Foppens MDCCXXXI_.

[24] «1er juin 1675--Boire en partie trois bols de punch (liqueur qui

m’est tout à fait inconnue)» dit le Rév. M. Henry Teonge, dans son

Journal publié par C. Knight. Dans une note sur ce passage, on se réfère

aux voyages de Fryer dans les Indes orientales, 1672, lequel parle de

«cette liqueur énervante appelée _paunch_ (qui provient de l’Hindoustan)

avec ses cinq ingrédients». Préparé ainsi il semble que ce soit ce que

les médecins appelaient _diapente_; avec quatre ingrédients seulement

_diatessaron_. A coup sûr, c’est sa réputation évangélique qui l’avait

recommandé au rév. M. Teonge. (_Note de De Quincey._)

[25] Le Parlement anglais que Charles Ier, après un intervalle de onze

années, convoque le 13 avril 1630, pour l’aider à en finir avec les

_Covenantaires écossais_. Comme il résistait à ses volontés, le roi

prononça la dissolution dès le 5 mai; c’est pourquoi il est connu sous

le nom de _court parlement_.

[26] Le 3 novembre 1648.

[27] John Dennis, critique littéraire 1657-1734.

[28] Citation prise dans la _Vie de Hobbes_ que lui-même a écrite en

vers latins élégiaques et qui fut publiée en décembre 1679, environ

trois semaines après sa mort. Le docteur Isaac Dorislaus, hollandais

naturalisé anglais, avait pris part au procès de Charles Ier. Envoyé en

mission à la Haye par la République anglaise, il y fut assassiné dans

une auberge, le 13 mai 1649, par des exilés royalistes. Anthony Ascham,

envoyé l’année suivante à Madrid, y trouva un sort semblable, assassiné

par des réfugiés royalistes anglais, le 27 mai 1650. (M)

[29] Thomas Tenison 1636-1715, archevêque de Canterbury en 1694.

[30] Un des premiers ouvrages publiés par Hobbes, il avait alors 48 ans,

est un poème en latin _De Mirabilibus Pecci_, imprimé à Londres en 1636.

[31] Chatsworth était alors, comme à présent, la superbe résidence des

Cavendish de la branche aînée,--en ce temps-là comtes, aujourd’hui ducs

de Devonshire. C’est l’honneur de cette famille d’avoir, durant deux

générations, donné asile à Hobbes. Il est à remarquer que Hobbes est né

l’année de l’Armada espagnole, en 1588, (c’est, du moins, ce que je

crois), et, lors de sa rencontre avec Tenison, en 1670, il devait donc

avoir environ quatre-vingt-deux ans. (_Note de De Quincey._)

[32] A l’âge de 28 ans Berkeley est allé certainement à Paris; il était

alors _Junior fellow_ de _Trinity College_, à Dublin. Dans une lettre,

datée: «Paris, 25 novembre 1713», il dit en effet: «J’ai l’intention de

faire visite demain au Père Malebranche, et de discuter certains points

avec lui». Cette visite a-t-elle eu lieu, on l’ignore, mais il a

certainement visité Malebranche plus tard, en octobre 1715, et c’est le

13 du même mois que Malebranche est mort, à l’âge de 77 ans. Voici

l’histoire de cette visite telle que la rapporte le Professeur Campbell

Fraser dans la Vie et les Lettres de Berkeley (1871): «Il trouva le

savant Père dans une cellule, qui faisait chauffer sur un petit poêlon

un médicament pour une indisposition qui le tourmentait en ce temps-là,

une inflammation pulmonaire. La conversation porta naturellement sur le

système de Berkeley, dont il avait pris connaissance dans une traduction

qui venait de paraître. L’issue de ce débat fut tragique pour le

malheureux Malebranche. Dans la chaleur de la discussion, il éleva trop

la voix, et s’abandonna si imprudemment à l’impétuosité naturelle à un

homme de talent et à un français, qu’il provoqua une aggravation de sa

maladie, laquelle l’emporta quelques jours après.--«Il est malheureux,

ajoute le professeur Fraser, que nous n’ayons de cette rencontre aucun

récit authentique, surtout par Berkeley lui-même, ou par quelqu’un dont

on puisse reconnaître l’autorité». Elle est racontée seulement dans une

_Vie de Berkeley_, par Stock, parue en 1776. (M)

[33] Que signifie (demanda frere Jean) et que veult dire, que tousjours

vous trouvez Moynes en cuisines, jamais n’y trouvez Roys, Papes, ne

Empereurs? Est-ce, respondit Rhizotome, quelcque vertus latente, et

propriété specificque absconse dedans les marmites et contrehastiers,

qui les Moynes y attire, comme l’aimant à soy le fer attire, n’y attire

Empereurs, Papes, ne Roys? Ou si c’est une induction et inclination

naturelle aux frocs et cagoulles adhérente, laquelle de soy mene et

poulse les bons Religieux en cuisines, encores qu’ils n’eussent election

ne deliberation d’y aller? Il veult dire, respondit Epistemon, formes

suivantes la matiere. Ainsi les nomme Averrois. Voire, voire, dist frere

Jean.

(Au chapitre XI du _Quart livre des faicts et dicts héroïques du noble

PANTAGRUEL composé par M. FRANÇOIS RABELAIS, Docteur en medecine et

Calloier des Isles Hyères. L’An mil cinq cens quarante et huict suivant

l’édition in-16 de Claude la Ville à Valence._)

[34] _Sermons de l’Hôpital_--«_Spital Sermons_» nom sous lequel on

désigne la réunion des discours du docteur Parr.

[35] Le 17 octobre 1678, un cadavre transpercé d’une épée, le visage

écrasé, des marques de strangulation au cou, fut découvert dans un fossé

au pied de Primrose Hill, dans des champs au nord de Londres. Il se

trouva que c’était celui de Sir Edmunbury Godfrey, magistrat de

Westminster, qui avait, depuis plusieurs jours, disparu de chez lui,

Green’s Lane, dans le Strand. Sur les apparences, on conclut qu’il avait

été étranglé dans Londres, aux environs du Strand, d’où son corps avait

été transporté à l’endroit où on l’avait trouvé. Or comme c’est devant

ce magistrat que Titus Oates avait fait sa première déposition, le 27 du

mois précédent, touchant l’existence d’un grand complot papiste pour la

ruine de Londres et de toute la nation, le bruit courut aussitôt que

l’assassinat était l’œuvre des Catholiques, et, durant la longue et

folle agitation anti-papiste qui suivit, l’assassinat de Sir Edmundbury

Godfrey servit d’aiguillon à la fureur populaire, et on continua à

parler de lui comme d’un «martyr protestant». (M)

[36] Miss Bland, ou plutôt Blandy, exécutée en 1752, pour avoir

empoisonné son père;--le capitaine Donnellan et Sir _Theophilus_

Boughton: Donnellan, en vue d’un héritage, avait empoisonné son

beau-frère, Sir _Theodosius_ Boughton, et fut pendu en mars 1781. (M)

[37] Le cas des Mac Kean. Voir le post-scriptum, ou 3e partie.

[38] Le post-scriptum presque entier est consacré à la relation des

assassinats de Williams.

[39] Thurtell, tenancier d’une maison de jeu, avec ses deux complices

Joseph Hunt et William Probert avait assassiné, en octobre 1823, un

gentilhomme adonné au jeu, M. William Weare, de Londres, dans le sud du

Herfordshire. Le lendemain, on trouvait sur une haie le pistolet qui

avait servi au crime, et quelques jours après, dans une mare, quelques

milles plus loin, le cadavre avec les jambes liées, la gorge tranchée,

le crâne fracturé, et le tout enfermé dans un sac alourdi par des

pierres. L’émotion fut très grande; Thurtell, qui se défendit lui-même

de très impressionnante manière, occupa longtemps l’imagination

publique, même après son exécution. On chantait dans les rues une

complainte à son sujet, dont parle Sir Walter Scott dans son journal et

qu’il a notée. Carlyle aussi s’est occupé du cas de Thurtell. (M)

On trouve encore une allusion à cette affaire dans le Markheim de R. L.

Stevenson.

[40] Abraham Newland, (caissier en chef de la Banque d’Angleterre, mort

en 1807) est tout à fait oublié maintenant. Mais quand ceci fut écrit

(1827), son nom n’avait pas cessé de résonner aux oreilles britanniques,

comme le plus familier et le plus significatif qui peut-être ait jamais

existé. Ce nom apparaissait sur le côté face de tous les billets, grands

ou petits, de la Banque d’Angleterre, et il avait été pendant plus d’un

quart de siècle (spécialement pendant toute la durée de la Révolution

française) l’expression sténographique signifiant papier-monnaie dans sa

forme la plus sûre. (_Note de De Quincey._)

[41] _Civilation_. De Quincey explique ailleurs ce mot, _civilation_.

C’est _civilisation_, prononcé à la fin d’un dîner. (M)

[42] Vers d’une élégie de Gray; et la suite est une parodie d’une stance

encore du même poète:

«Là, au pied de ce hêtre qui balance la tête,

Et qui enroule ses vieilles racines fantastiques si haut,

De toute sa nonchalante longueur il se serait étendu,

Les yeux sur le ruisseau qui bouillonne auprès.»

[43] En français, dans le texte.

[44] William Burke et William Hare, tous deux irlandais vivant à

Édimbourg, attiraient les passants, étrangers, mendiants, idiots et

autres pauvres créatures, les enivraient au fond de leurs repaires,

principalement dans le logement de Burke, près de West Port, puis les

étouffaient ou les étranglaient, vendaient ensuite les corps comme

sujets anatomiques. Plus de seize victimes avaient disparu avant qu’on

arrêtât ce petit trafic. Condamné pour l’un de ces assassinats, Burke

fut pendu en janvier 1829, mais son complice Hare réussit à s’enfuir. On

ignora toujours ce qu’il était devenu. A Édimbourg, on employa

longtemps, pour dire _suffoquer_, le verbe nouveau _To Burk_, et l’on

désignait, dans une ville du nord de l’Écosse, une salle de conférences

anatomiques par le nom de: the «Burkinghouse». (M)

[45] _Geschichte der Assassinen_, par Von Hammer, publiée en 1818.

[46] «Page mille quatre cent trente et une» exactement, bon lecteur; ce

n’est pas du tout une plaisanterie. (_Note de De Quincey._)

[47] L’épigramme, qui a été conservée par Planude sous sa forme grecque,

est attribuée ici par Saumaise au poète satirique latin, Caïus Lucilius,

né en 148 avant J.-C., mort vers l’an 103. On ne la trouve pas,

cependant, dans les fragments conservés de Lucilius, et la forme grecque

de l’épigramme est anonyme. (_Note de De Quincey._)

[48] En français, dans le texte.

[49] En français, dans le texte.

[50] L’écrit de Swift, auquel il est fait allusion, a été publié en 1729

et porte le titre: _Modeste Proposition pour empêcher les Enfants des

Pauvres Gens d’Irlande d’être un Fardeau à leurs Parents ou à leur Pays,

et pour les rendre utiles au Public._--Une citation fera goûter l’ironie

de Swift: «Un américain très instruit, de ma connaissance, m’a assuré, à

Londres, qu’un petit enfant en bonne santé, bien engraissé, est, à un

an, un mets tout-à-fait délicieux, nourrissant et sain, qu’il soit

étuvé, rôti, cuit au four ou bouilli; et je ne mets pas en doute qu’il

serait aussi parfait en _fricassée_ ou en _ragoût_. C’est pourquoi je

porte humblement à la considération du public que sur les cent vingt

mille enfants comptés (comme nés chaque année en Irlande) on en pourrait

réserver pour la reproduction vingt mille, dont un quart seulement de

mâles, et c’est plus qu’on ne laisse de moutons, de gros bétail ou de

cochons,... les cent mille restant pourraient, à un an, être offerts en

vente aux personnes de qualité ou de fortune, par tout le royaume, après

qu’on ait prévenu la mère de leur donner à téter en abondance durant le

dernier mois, de façon à les rendre dodus et convenables pour une bonne

table. Un enfant fera deux plats à une table d’amis; quand une famille

est seule à table, un quartier d’avant ou postérieur fera un plat

raisonnable; assaisonné d’un peu de poivre et de sel, il sera très bon,

bouilli, le quatrième jour, surtout en hiver.»

[51] Le 24 février 1809.

[52] Le _quarter_, mesure de capacité, vaut 290 litres et 781 millièmes.

[53] De Quincey ne donne pas exactement la date des assassinats qu’il

regarde comme des modèles. Ils ont été commis, en réalité, au mois de

décembre 1811. (M)

[54] Je ne suis pas certain que Southey, à cette époque, remplît sa

fonction d’éditeur de l’«Edimburgh Annual Register». S’il la

remplissait, sans doute on trouvera dans la section: _de la famille_, de

cette chronique, une relation excellente de l’affaire. (_Note de De

Quincey._)

[55] En français, dans le texte.

[56] Un artiste me dit, cette année même, 1812, qu’ayant vu par hasard

un régiment de natifs du Devonshire (volontaires ou milices), fort de

neuf cents hommes, qui marchait en dépassant un point où il s’était

posté, il n’avait pas noté une douzaine d’hommes que la langue vulgaire

n’eût pas désignés comme étant «de bonne mine». (_Note de De Quincey._)

[57] Je ne me rappelle pas chronologiquement l’histoire de l’éclairage

au gaz. Mais à Londres, bien longtemps après que M. Winsor eût démontré

la valeur de l’éclairage au gaz et son applicabilité aux usages de la

rue, différents quartiers furent empêchés, durant plusieurs années, de

recourir à ce procédé nouveau, en raison de vieux contrats avec les

marchands d’huile, lesquels portaient sur un grand nombre d’années.

(_Note de De Quincey._)

[58] De Quincey avait dirigé, du 11 juillet 1818 au 5 novembre 1819, un

journal tory de province: _the Westmorland Gazette_, et il aimait à en

emplir les colonnes de comptes rendus ou de procès d’assassinats.

L’auteur d’un opuscule publié sous ce titre _De Quincey’s Editorship of

the Westmorland Gazette_, M. Charles Pollitt de Kendal fait la citation

suivante d’un avis _éditorial_ paru dans le nº du 8 août 1818: «On

remarquera que, cette semaine, nos colonnes sont occupées presque

exclusivement par les comptes rendus des assises. Nous avons cru bon de

leur donner la préférence sur toutes autres nouvelles tant du pays que

de l’extérieur, pour les trois raisons que voici: (1) parce que ces

comptes rendus présentent pour toutes les classes de la société un

intérêt également puissant; (2) parce qu’ils sont pour les classes les

moins instruites d’un bénéfice très spécial en ce qu’ils leur enseignent

les devoirs sociaux sous la forme la plus frappante, c’est-à-dire, non

pas en tant qu’abstraction de tout ce qui les peut expliquer, illustrer

et fortifier (comme les termes dépouillés de la Loi), mais exemplifiés

(ou, comme disent les logiciens, _concrétés_) par les détails actuels

d’un cas intéressant, rapprochés des pénalités qui frappent celui qui

les néglige ou les viole; (3) parce qu’ils offrent les meilleures

indications des conditions morales d’une société.»--On pense, au

demeurant, que cette pratique de De Quincey ne fut pas pour peu de chose

dans la détermination prise par les propriétaires du journal d’en

confier à quelque autre la direction. (M)

[59] Que le lecteur disposé à regarder comme exagérée ou romantique la

méchanceté diabolique imputée à Williams, veuille bien se souvenir que,

sinon le désir luxurieux de se réchauffer et de s’ébattre dans

l’angoisse désespérée d’une agonie, il n’avait aucun motif, grand ni

petit, pour tenter d’assassiner cette jeune fille. Elle n’avait rien vu,

rien entendu; elle dormait profondément, et sa porte était fermée. Il

savait donc que, comme témoin contre lui, elle serait aussi inutile

qu’aucun des trois cadavres. Et pourtant il s’occupait à préparer cet

assassinat quand l’alarme de la rue est venu l’interrompre. (_Note de De

Quincey._)

[60] Le roi papiste Jacques II, le dernier Stuart, dans ses entreprises

contre l’église alors populaire et constitutionnelle d’Angleterre,

cherchait à se faire un appui chez les protestants non-conformistes,

presbytériens et autres, dont il eût redouté peu la rivalité, une fois

triomphant. C’est dans cette vue qu’il avait publié une déclaration, au

reste fort hypocrite, de tolérance. Sept prélats, Lloyde, évêque de

St-Asaph, Ken de Bath et Wells, Turner d’Ely, Lake de Chichester, White

de Peterborough, et Trelawney de Bristol, sous la présidence de Strange,

archevêque de Canterbury, rédigèrent en commun une pétition au roi. Ils

l’y suppliaient de ne pas insister sur la lecture publique, qu’il

voulait imposer, de cette déclaration, se basant principalement sur le

fait que le Parlement avait déclaré illégale la prérogative que le roi

prétendait exercer au nom de son pouvoir absolu. Les évêques furent

appelés au Conseil, interrogés, arrêtés aussitôt et dirigés sur la Tour

de Londres.

Mais lorsque le peuple «les vit emmenés sous une garde, embarqués sur la

rivière et conduits vers la tour, toute son affection pour la liberté,

tout son zèle pour la religion, éclatèrent à la fois, et de toutes parts

on le vit courir en foule à ce spectacle attendrissant. Les rives de la

Tamise furent couvertes de spectateurs prosternés qui demandaient la

bénédiction de leurs pasteurs, et qui imploraient la protection du ciel

dans le danger dont leur religion et leur patrie étaient menacées. Les

soldats, saisis de la contagion du même esprit, se jetèrent à genoux

devant leurs prélats, et implorèrent la bénédiction des criminels dont

on leur avait confié la garde. Quelques anglicans des plus zélés

entrèrent dans l’eau, pour recevoir de plus près les bénédictions que

ces illustres captifs distribuaient autour d’eux!... etc.» (DAVID HUME,

_Hist. d’Angleterre_.)

On peut juger si, après l’acquittement unanime des évêques, la joie fut

grande: même dans le camp de Hounslow, où le roi en personne se

trouvait, les soldats donnèrent les plus éclatantes marques d’une joie

tumultueuse, sans se soucier de sa présence.

[61] _Révolte de l’Islam_, (_Laon and Cythna_) chant XII.

[62] Un _furlong_, mesure valant exactement: mètres 201,16437.

[63] En français, dans le texte.

De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts · 第 10 / 11 段