seconde fois, en même temps que le Castiglione y rentrait. Le pontife
venait de recouvrer l'importante ville de Bologne. Les fêtes
recommencèrent à la cour de Guidobalde, et le Castiglione en fut un des
principaux ornements. Mais cette année, il ne récita aucune pièce de
vers pour ces divertissements. Pendant le carnaval qui précéda son
retour, le Bembo avait composé les célèbres stances qu'il récita devant
toute la cour avec Ottaviano Fregoso, tous deux masqués et déguisés en
ambassadeurs de Vénus, envoyés à la duchesse Elisabeth et à madame
Emilia Pia. Ces stances, comme le dit Bembo lui-même, dans une lettre
écrite quelques jours après à son ami Fregoso, n'étaient pas destinées
à être publiées; il regrette même d'être obligé de les faire connaître
au public, «parce que, dit-il, de même que le poisson hors de l'eau perd
toute sa grâce et sa beauté, de même ces stances, lues en dehors du
temps et des circonstances dans lesquelles elles ont été récitées, ne
plairont plus à personne.» Mais ce n'est là que le jugement d'un auteur
qui _s'écoute et qui s'aime_; et la postérité a été plus juste, en
sauvant de l'oubli un des morceaux les plus gracieux de la poésie
italienne du commencement du seizième siècle[46].
[Note 46: Voy. ces stances dans les _Oeuvres de Bembo_, édit. de
Milan, t. II, p. 111.--La lettre à Fregoso est dans le tome VII, p. 57.]
Peu après, vers la fin du mois de mai, le Castiglione fut envoyé à Milan
auprès du roi Louis XII; mais il n'y resta que peu de temps, car il
était de retour à Urbin le 16 juillet suivant. A partir de cette époque
jusqu'au mois de mars 1509, il séjourna dans cette ville ou dans les
pays voisins. C'est pendant cet intervalle, dans le mois d'avril 1508,
qu'il perdit son protecteur Guidobalde, enlevé à la fleur de l'âge par
les affreuses douleurs de goutte dont il était atteint depuis sa
première jeunesse.
L'historien Baldi[47], et le Castiglione lui-même[48] dans une éloquente
lettre écrite en latin à Henri VII, ont retracé les derniers moments de
ce prince, qui mourut avec beaucoup de courage et une grande
résignation.
[Note 47: T. II, p. 219 et suiv., liv. XII.]
[Note 48: _Lettres_, t. II, p. 348 et suiv. 355-356.]
Se sentant très-malade, le duc s'était fait transporter à Fossombrone,
petite ville de ses États, dont il trouvait le séjour plus sain que
celui de sa capitale. Il allait mieux en y arrivant; mais bientôt, le
mal augmentant, il vit que sa fin était proche, et se félicita
d'échapper enfin par la mort aux atroces douleurs qu'il endurait depuis
si longtemps. Et comme les personnes qui l'entouraient paraissaient
mornes et consternées, se tournant vers le Castiglione qui se tenait
auprès de son lit, il lui récita, avec une fermeté d'âme remarquable,
ces vers de Virgile, son poète favori:
Me circùm limus niger et deformis arundo Cocyti, tardaque palus,
inatnabilis unda, Alligat, et novies Styx interfusa coercet.
Il expira peu après, non sans avoir recommandé à son fils adoptif tous
ses serviteurs[49].
[Note 49: Baldi met dans la bouche de Guidobalde un très-long
discours à son fils adoptif, composé dans le goût des _Seicentistes_, et
tout à fait hors de propos. Voy. t. II, p. 219 et suiv.]
Aussitôt après la mort de Guidobalde, le Castiglione fut envoyé à Gubbio
pour empêcher les inimitiés particulières d'éclater et pour réprimer
toute tentative de soulèvement contre le nouveau duc. Il n'y resta que
quelques jours, les habitants lui ayant témoigné beaucoup de respect et
de soumission.
Rentré à Urbin au commencement de mai 1508, il y manqua une alliance qui
l'aurait certainement élevé en très-peu d'années aux plus hautes
dignités. Depuis l'année 1494, les Médicis avaient été bannis de
Florence, et, malgré tous leurs efforts, ils n'avaient pu jusqu'alors
parvenir à y rentrer. Ils vivaient dans les différentes cours d'Italie,
et Julien de Médicis avait choisi pour sa résidence celle d'Urbin:
Ové, dit l'Arioste[50], col formator del _Cortegiano_,
Col Bembo e gli altri sacri al divo Apollo,
Facea l'esiglio suo men duro e strano.
[Note 50: Satire IV.]
Julien avait pris en amitié le Castiglione, déjà lié avec son frère le
cardinal Jean de Médicis. Ce dernier avait fait écrire de Rome à Julien
par son secrétaire Bernardo da Bibbiena, l'un des plus intimes amis du
Castiglione, pour témoigner le désir de voir le comte épouser leur nièce
Clarisse, fille de Pierre Laurent de Médicis, alliance qui convenait
également à la mère, issue de la noble famille romaine Orsini. Le
Castiglione, dans sa correspondance intime avec sa mère, paraît flatté
de ce projet de mariage, qui l'aurait rapproché des plus puissantes
familles d'Italie. Les Médicis étant rentrés à Florence quatre ans
après, le 31 août 1512, et presque aussitôt, en mars 1513, le cardinal
Jean ayant été élu pape sous le nom de Léon X, le Castiglione aurait
probablement vu sa carrière politique s'agrandir. Il se serait trouvé
d'abord neveu de Léon X, puis plus tard de Clément VII, et oncle de
Catherine de Médicis. Mais il n'était pas réservé à tant d'honneur: le
mariage manqua par des raisons politiques. Lucrèze de Médicis, soeur du
cardinal Jean, et femme de Jacopo Salviati, désirait marier sa nièce
Clarisse à Florence, à l'un des partisans de leur famille, afin
d'entretenir plus facilement des intrigues dans cette ville et de
ménager les moyens d'y faire rappeler ses frères et ses neveux. Une
occasion favorable s'offrit dans la personne de Philippe Strozzi. Le
cardinal Jean, bien qu'engagé avec le Castiglione, qui considérait ce
mariage comme fait[51], n'hésita pas à rompre le projet que lui-même
avait fait proposer: préférant ainsi, comme presque tous les hommes
d'État, la politique à l'amitié. Déçu de cet espoir, le Castiglione eut
pendant longtemps de la peine à se consoler de cet échec imposé à son
amour-propre. Il n'en conserva pas moins les bonnes grâces du cardinal,
qui lui en donna de nombreux témoignages lorsqu'il fut devenu pape.
[Note 51: «Io tengo questo parentado co'Medici per fatto; così N.S.
Dio lo faccia essere felice.»--Lettre à sa mère du 9 août 1508. T.
Ier, p. 44, XLVIII.]
On peut supposer, d'après une lettre à sa mère, du 22 août 1508[52]
qu'il se rendit à Rome vers le mois de septembre ou d'octobre 1508 pour
assister à la revue que Jules II voulait faire de l'armée pontificale,
dont son neveu, Francesco Maria della Rovère, nouveau duc d'Urbin, avait
conservé le commandement. Cependant on ne trouve pas dans sa
correspondance de preuve positive de ce voyage; mais il paraît probable,
si l'on considère que dès le commencement de l'année suivante, le pape
se mit en campagne contre les Vénitiens pour reprendre les villes de la
Romagne qu'ils avaient conservées.
[Note 52: _Ib._, T. Ier, p. 44, XLVIII.]
Bien qu'il n'aimât pas la guerre, le Castiglione fit bravement son
devoir dans cette campagne, et donna des preuves éclatantes de sa
valeur. Il se distingua particulièrement au siège de Ravenne. Voici en
quels termes il raconte lui-même à sa mère[53] le combat qui se donna
sous les murs de cette place, le 15 mai 1509:
«Nous sommes ici à Russi, qui est une forte place, depuis huit ou
neuf jours; nous étant préparés avant-hier à présenter le combat,
la garnison de Ravenne, ville éloignée d'ici seulement de dix
milles, fit une sortie composée d'environ trois cents chevaux et
deux mille fantassins, et s'avança pour nous inquiéter, afin de
nous empêcher de livrer combat. Notre cavalerie légère courut
aussitôt à sa rencontre, et, à sa suite, notre illustre duc avec
huit gentilshommes, pas plus. Gio, Vitelli et Chiappino formaient
l'arrière-garde avec soixante hommes d'armes. On s'avança ainsi
au-devant de l'ennemi. Bien qu'il fût placé dans une position
très-forte, nous nous précipitâmes à sa rencontre, et nous le
rompîmes avec grande furie. Même quelques-uns des nôtres le
poursuivirent jusque dans Ravenne. Nous fîmes prisonniers environ
trois cents fantassins et cinquante cavaliers, avec beaucoup de
bétail, au grand honneur de notre illustre duc.»
[Note 53: Lettre LIV, du 17 mai 1509, t. Ier, p. 49.]
Au milieu de ces combats, le Castiglione conservait toujours la plus
grande modération, ne voulant pas faire comme tant d'autres, qui ne
voyaient dans la guerre qu'un moyen facile de s'enrichir. Aussi, lorsque
le duc fut devenu maître de toute la Romagne, et qu'il eut fait un
accord avec les Vénitiens, le Castiglione, écrivant à sa mère pour lui
apprendre que la campagne était terminée, déplorait tout le mal qu'on
avait fait à la pauvre ville de Ravenne. Il ajoutait: «Le moins de mal
que j'ai pu faire, je l'ai fait; et l'on voit que tout le monde a gagné
quelque chose, excepté moi; mais je ne m'en repens pas[54].»
[Note 54: Lettre du 31 mai 1509, t. Ier, p. 50, LV.]
Ce désintéressement est d'autant plus remarquable, que notre héros,
non-seulement n'était pas riche, mais se trouvait souvent fort gêné. Sa
correspondance intime avec sa mère montre, presque à chaque lettre,
qu'il avait contracté des dettes et qu'il s'efforçait de les acquitter
honorablement. Mais son âme chevaleresque eût rougi de se procurer les
moyens de se libérer par la violence, ou par les autres voies que le
droit de la guerre, si la guerre a un droit, autorisait alors comme de
nos jours. Lorsqu'il se trouvait sans argent, ce qui lui arrivait assez
fréquemment, il se contentait d'en demander a sa mère d'une manière
pressante[55]; et cette excellente femme ne manquait pas de lui envoyer
de suite tous les fonds dont elle pouvait disposer.
[Note 55: «Se ella mi polesse soccorrere di qualche denari, mi faria
singolarissimo piacere, et così la prego che la voglia fare, o pochi
o-assai, che tutti saranno a proposito: e mandarli più presto che la
può.» Lett. du 18 mai 1509, LIV, t. Ier, p. 49.--Ailleurs:
«lo sono leggerissimo e viver non si puô senza.» Lettre
LXXXIX.]
Les fatigues qu'il avait éprouvées dans cette campagne le firent tomber
gravement malade après sa rentrée à Urbin. La duchesse et la signora
Emilia Pia lui donnèrent dans cette circonstance des marques non
équivoques de leur affection, en lui prodiguant les soins les plus
affectueux. Dans une lettre à sa mère, du 19 novembre 1509[56], en lui
annonçant que la duchesse, madame Emilia et leur suite vont se rendre à
Mantoue pour y chercher Éléonore Gonzague, la fiancée du nouveau duc, il
l'engage vivement à remercier ces deux princesses de toutes les bontés
qu'il en a reçues. «Il serait convenable, écrit-il, que vous rendissiez
grâce à madame la duchesse des bontés infinies qu'elle m'a témoignées
durant ma maladie: certes, sa seigneurie m'en a donné assez de preuves;
il en est de même de la signora Emilia. Si j'avais été son fils ou son
père, elle n'aurait pu faire davantage; et les voeux qui ont été faits
pour moi ne seront pas exaucés d'ici à longtemps.»
[Note 56: _Ib._, t. Ier, p. 51, LVII.]
La jeune épouse du duc Francesco Maria, Léonore de Gonzague, qui lui
avait été fiancée à Rome en 1505, ainsi que nous l'avons dit, fut
conduite à Urbin vers la fin de 1509. La mère du Castiglione accompagna
cette princesse, qui fut accueillie dans la capitale de ses États avec
les plus grandes démonstrations d'allégresse. Mais, comme la guerre se
continuait malgré les rigueurs de l'hiver, les fêtes furent remises
après la fin de cette campagne qui se termina vers le milieu de janvier
1510, par la prise de la Mirandole. Le comte Alexandre Trivulze,
gouverneur de cette place, fut contraint de la rendre à Jules II, qui se
trouva en personne à l'assaut de cette forteresse, et obligea Trivulze,
après une défense désespérée, à capituler en restant son prisonnier. Le
Castiglione prit part aux combats de ce siège, et nous voyons, par une
lettre à sa mère, du 24 janvier 1510[57], qu'il lui envoya les bagages
que Trivulze, son ami, avait sans doute obtenu la permission de
conserver.
[Note 57: Lett. LIX, t. Ier, p. 52.]
Rentré à Urbin, le Castiglione ne tarda pas à accompagner le duc qui,
suivi de toute sa cour, se rendit à Rome pour présenter Éléonore de
Gonzague à Jules II, son oncle. La cour d'Urbin passa le carnaval à
Rome, et y resta jusqu'au 9 avril 1510[58].
[Note 58: Bembo, lettre du 15 avril 1510 à Gaspardo Pallavicino,
dans ses _Oeuvres_, t. VII, p. 59, édit. des _Classiques de
Milan_.]
Les fêtes se succédèrent pendant cet intervalle; mais, tout en y prenant
part, le Castiglione employait les moments dont il pouvait disposer à
suivre les travaux de Raphaël au Vatican et à la villa Chigi. C'est
probablement de ce voyage que date sa liaison intime avec le grand
artiste. Il le trouva tout absorbé par son amour pour cette belle
_Fornarina_ qui lui à servi tant de fois de modèle, et qu'il a
immortalisée, en plaçant dans plusieurs de ses chefs-d'oeuvre son
portrait idéalisé, comme le type de la beauté dans sa plus admirable
expression: suivant en cela les préceptes de Michel Ange, le platonique
adorateur de la marquise de Pescaire, qui dit que l'amant, pour trouver
l'idée de celle qu'il aime:
Non pure intende al bel che agli occhi piace,
Ma perche è troppo debile e fallace
Trascende in ver la forma universale[59].
[Note 59: Vers cités par Missirini, dans son _Discours sur la
suprématie de Raphaël_, à la suite de la description des peintures du
Vatican par Bellori, p. 233.--Sur la _Fornarina_, voy. à l'appendice, nº
I, une dissertation du même Missirini.]
Le Castiglione prolongea son séjour à Rome jusqu'au 20 avril 1510[60].
Il retourna ensuite à Urbin où l'arrivée de la cour fut le signal de
divertissements de toutes sortes.
[Note 60: Lettre au comte de Canossa, t. Ier, p. 156, _delle
Lettere di Negozj_.]
Parmi les fêtes qui furent données en cette circonstance, nous
remarquons la première représentation de la comédie _la Calandria_, de
Bernardo Dovizj da Bibbiena, secrétaire du cardinal Jean de Médicis,
depuis Léon X, et l'un des habitués de la cour d'Urbin.
Le Castiglione, dans une lettre sans date adressée d'Urbin à son ami le
comte Ludovico de Canossa, évêque de Tricarico, nous a transmis sur
cette solennité dramatique des détails qui méritent d'être
rapportés[61].
[Note 61: Lettres, t. Ier, p. 156, _Lett. di Negozj_.--Le savant
Tiraboschi, dans son _Histoire de la littérature italienne_, t.
VII, p. 144, dit que la _Calandria_ fut représentée à Urbin
avant 1508; et Ginguené, t. VI, p. 169, adopte cette date sans la
discuter. Mais le commencement de la lettre du Castiglione au comte de
Canossa prouve que la première représentation de la _Calandria_ eut lieu
à Urbin, en présence des deux duchesses et après leur retour de Rome,
c'est-à-dire vers la fin d'avril ou le commencement de mai 1510. D'un
autre côté, on voit par les lettres adressées d'Urbin au Bibbiena, par
son ami Bembo, que l'auteur de la _Calandria_ passa toute l'année 1507 à
Rome, où il était encore le 19 mai 1508. Ce séjour, loin d'Urbin, rend
peu probable la première représentation de cette comédie dans cette
ville avant 1508, en l'absence de l'auteur. Le Bibbiena dut revenir à
Urbin, avec toute la cour, pour présider aux préparatifs de la
représentation de sa comédie, préparatifs auxquels le Castiglione prit
une bonne part, comme on le voit dans le récit qu'il en donne.--Voyez
les lettres du Bembo au Bibbiena, t. VII, liv. Ier, p. 7 à
41.]
«Nos comédies, écrit-il, ont très-bien réussi, surtout le _Calandro_,
qui a été honoré d'une grande pompe. Je ne prends pas la peine de vous
rendre compte de la représentation, parce que votre seigneurie en aura
sans doute entendu parler par bon nombre de personnes qui l'ont vue. Je
veux seulement raconter ceci: La scène était censée se passer dans une
rue située à l'extrémité d'une ville, entre le mur d'enceinte et les
dernières maisons. Du plancher du théâtre jusqu'à terre on avait figuré
au naturel le mur de la cité avec deux grosses tours. Aux deux entrées
de la salle étaient placés d'un côté les joueurs de haut-bois
(_pifferi_), et d'un autre les trompettes: au milieu était un autre
passage magnifiquement décoré. La salle était disposée comme si elle eût
été le fossé de la ville, traversé par deux murailles comme celles qui
soutiennent des aqueducs. Le côté où étaient placés les gradins pour
s'asseoir était orné de drap de Troie (_Troja_?) au-dessus, un grand
entablement en saillie sur lequel une inscription en grandes lettres
blanches, sur un champ d'azur, qui garnissaient toute cette moitié de
la salle, disait:
Bella foris, ludosque domi exercebat et ipse
Caesar: magni etenim est utraque cura animi.
Au ciel de la salle étaient attachées de très-grandes guirlandes de
verdure; elles garnissaient presque la voûte entière, de laquelle
pendaient des fils de fer, par les trous des rosaces qui ornent cette
voûte, et ces fils portaient deux rangs de candélabres d'un côté à
l'autre de la salle, avec treize lettres, correspondant au même nombre
de trous percés dans la voûte. Ces lettres étaient disposées de la
manière suivante:
DELICIAE POPULI.
Et elles étaient tellement grandes, que sur chacune d'elles on avait
fait tenir depuis sept jusqu'à dix torches qui répandaient une
très-grande lumière. La scène représentait une très-belle ville, avec
des rues, des palais, des églises, des tours;--rues véritables ainsi que
les autres choses en relief, mais exécutées en outre avec le secours
d'une très-bonne peinture et d'une perspective bien entendue. Entre
autres choses, on y voyait un temple à huit faces en demi-relief, si
bien achevé, qu'avec toutes les ressources que possède l'État d'Urbin,
il paraissait impossible qu'il eût été exécuté en quatre mois. Il était
entièrement travaillé en stuc, avec de beaux bas-reliefs représentant
divers traits d'histoire. Les fenêtres imitaient l'albâtre, et toutes
les architraves et les corniches étaient en or fin et azur d'outre-mer:
à certaines places, des vitres imitant des pierreries qui paraissaient
naturelles; autour, des figures en relief imitant le marbre, des
colonnettes découpées; il serait trop long d'énumérer surplus. Ce temple
était placé comme au milieu. D'un côté, était un arc de triomphe,
éloigné du mur d'au moins une canne[62], exécuté au mieux. Entre
l'architrave et la voussure de l'arc était représentée admirablement,
imitant le marbre, mais en peinture, l'histoire des trois Horaces. Dans
deux niches, au-dessus des deux pilastres, soutenant l'arc, on avait
placé deux statuettes sculptées, représentant deux Victoires tenant à la
main deux trophées, en stuc. Au sommet de l'arc était une figure
également très-belle, entièrement sculptée, revêtue de son armure, dans
la plus belle pose, et frappant avec une lance un homme nu étendu à ses
pieds.
[Note 62: _Canna_, mesure de longueur d'environ huit palmes, à Rome,
selon _l'Annuaire des longitudes pour_ 1852, p. 70, représentant 1 mètre
99 cent. 27 mill.]