REPRISE DES HOSTILITÉS EN ÉCOSSE.--_1378, 25 novembre._
PRISE DU CHATEAU DE BERWICK PAR LES ÉCOSSAIS.--_Fin de
1378._ CHEVAUCHÉE DU COMTE DE NORTHUMBERLAND SUR LES MARCHES
D’ÉCOSSE (§§ 21 à 33).
Le roi de France, sans engager sa propre armée, savait faire harceler
ses ennemis par ses alliés; aussi profite-t-il de l’avènement de
Richard II pour renouveler avec le roi d’Écosse, Robert, les traités
conclus avec ses prédécesseurs[67]. A la suite d’une réunion à
Édimbourgh, la guerre est de nouveau résolue, et le roi d’Écosse divise
son armée en quatre parties sous les ordres des comtes de Douglas,
de Moray, de Mar et de Sutherland; le connétable d’Écosse était
Archibald de Douglas, et le maréchal de l’armée, monseigneur Robert
d’Erskine[68]. Le rassemblement des troupes devait avoir lieu près du
Lammerlaw[69], à la frontière d’Angleterre.
[67] Le traité d’alliance unissant la France à l’Écosse avait
été renouvelé entre Charles V et Robert Stuart dès le 30 juin
1371 (_Mandements de Ch. V_, nº 790). Aussitôt après la mort
d’Edouard III (12 juin 1377), les Écossais rompirent les trêves
conclues avec l’Angleterre: notamment une dispute survenue au
marché de Roxburgh entre Anglais et Écossais est la cause du
meurtre de quelques Écossais. Leurs compatriotes, voulant les
venger, brûlent la ville sous les ordres du comte de Dunbar;
de là des représailles de la part des Anglais, qui, au nombre
de 10 000, commandés par le comte de Northumberland, entrent
en Écosse et ravagent le pays (Walsingham, _Hist. angl._, t.
I, p. 340). La lutte continue ainsi pendant l’année 1378,
entretenue par un échange constant de correspondances entre
la France et l’Écosse (_Mandements de Ch. V_, nos 1669, 1688,
1712 à 1714) «pour certaines besoingnes», jusqu’à la défaite
des partisans du comte de Northumberland. Intervention d’Edmond
Mortimer et de Jean, évêque de Hereford, qui quitte son manoir
de Wytebourne et voyage du 27 mai au 22 juillet «pour la
reformation» des attentats contre la trêve avec l’Écosse (_Rec.
Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 8 vº). La trêve est
renouvelée, mais dure peu; et un nouveau voyage en Écosse de
l’évêque de Hereford (23 octobre-6 décembre 1378) est rendu
nécessaire par les événements qui précèdent et suivent la prise
de Berwick racontée par Froissart (_Rec. Off._, _ibid._).
[68] Le roi Charles V, sans doute pour gagner à lui les
principaux chefs écossais, ordonne le paiement, à la date du 23
décembre 1377, de trois harnais d’or envoyés par lui au comte
Guillaume de Douglas, à Jacques son fils et à Robert d’Erskine
(_Mandements de Ch. V_, nº 1564).
[69] Le Lammerlaw est un des pics faisant partie de la chaîne
des Lammermoor Hills.
Durant ce temps, un des plus hardis écuyers d’Écosse, Alexandre de
Ramsay, prend avec lui quarante compagnons de sa route et marche sur
Berwick, qui appartenait aux Anglais. Le capitaine de la ville de
Berwick était alors un écuyer du comte de Northumberland[70], nommé
Jean Biset, et celui du château s’appelait Robert Ashton[71]. Le
château est pris par surprise[72] et Robert Ashton se tue en sautant
dans les fossés[73]. Jean Biset, le capitaine de la ville, coupe alors
les ponts reliant le château à la ville (de la sorte les Écossais
restent enfermés dans le château) et envoie demander du secours au
comte de Northumberland, qui était tout près de là, à Alnwick[74], par
Thommelin Friane, un de ses hommes. P. 27 à 31, 297 à 299.
[70] Henri de Percy, comte de Northumberland, avait touché 500
livres pour la garde du château de Berwick du 1er décembre 1377
au 15 juillet 1378 (_Rec. Off., Treas. of the Receipt, Misc._
43/8, nº 55).
[71] Robert Ashton, chambellan d’Edouard III, était venu en
France pour traiter de la paix (30 avril-13 juin 1377) et
avait reçu 100 L. à cette occasion. Le 12 juin, nous le voyons
capitaine de Sandgate près Calais. (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Nuncii_ 631/32 et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 77
vº.)
[72] C’est le 25 novembre (le jeudi avant la Saint-André) et
non le 22 novembre 1378, que le château de Berwick fut pris par
les bandes écossaises, durant la nuit, _per quoddam foramen
cujusdam turris_ (Walsingham, _Hist. angl._, t. I, p. 388).
[73] Le comte de Dunbar, gardien des marches pour l’Écosse,
n’admettait pas cette rupture de la trêve et voulait faire
rendre le château aux Anglais: les Écossais répondirent
qu’ils ne le rendraient ni au roi d’Angleterre, ni au roi
d’Écosse, mais qu’ils l’occupaient pour le roi de France.
Huit jours après, grâce à ses machines de guerre, le comte de
Northumberland reprenait Berwick (Walsingham, _Hist. angl._, t.
I, p. 389).
[74] Angleterre, comté de Northumberland.
Alexandre de Ramsay et les siens, maîtres du château, tuent une
partie de leurs prisonniers et gardent l’autre; mais quand ils
veulent pénétrer dans la ville pour la piller et y mettre le feu, les
ponts leur manquent. Ils se renferment alors dans le château et s’y
maintiennent jusqu’à l’arrivée des barons écossais; le comte de Douglas
et Archibald de Douglas avaient déjà quitté Dalkeith[75] et étaient
arrivés à Dunbar[76]. P. 31, 32, 299.
[75] Écosse, comté de Haddington.
[76] Écosse, comté de Haddington.
Thommelin Friane se hâte: il arrive à Alnwick auprès du comte de
Northumberland, qui envoie des messagers dans tout le Northumberland
demandant à tous ceux, chevaliers et écuyers, sur l’aide desquels il
croit pouvoir compter, de venir le retrouver sous les murs de Berwick,
pour faire le siège du château occupé par les Écossais. A son appel
répondent aussitôt les seigneurs de Neuville, de Lucy, de Greystok[77],
de Stafford et de Welles, le capitaine de New Castle et le vaillant
Thomas Musgrave[78]. Le comte arrive un des premiers à Berwick; son
armée compte bientôt près de dix mille hommes, et le siège du château
commence. P. 32, 33, 299.
[77] Ralph, baron de Greystok en 1377 (Rymer, t. VII, p. 159),
est nommé garde des marches le 10 mars 1381 (_Ibid._, p. 245).
[78] Thomas Musgrave, gardien du château de Berwick, en juin
1374 et 1376, était chargé de recevoir les sommes dues pour la
rançon de David Bruce (Rymer, t. VII, p. 38 et 109); pour 1377,
voy. _Rotuli Scotiæ_, t. I, p. 982.
Apprenant ces nouvelles, les barons d’Écosse envoient cinq cents lances
sous la conduite d’Archibald de Douglas, cousin d’Alexandre de Ramsay,
au secours du château de Berwick. Le comte de Northumberland, avec
trois mille hommes d’armes et sept mille archers, dispose son armée en
deux batailles et les attend de pied ferme. P. 33 à 35, 299, 300.
Se voyant très inférieurs en nombre, dix contre un, les Écossais,
malgré l’avis de Guillaume de Lindsay[79], oncle d’Alexandre de Ramsay,
ne veulent pas risquer le combat et se retirent sur la montagne de
Lammerlaw près de la Tweed, au delà de Roxburgh[80]. Le comte de
Northumberland, le comte de Nottingham et les autres barons anglais
font quand même bonne garde cette nuit-là. P. 35, 36, 300.
[79] Un Guillaume de Lindesay figure comme écuyer en 1366 et
1367 dans les _Rotuli Scotiæ_ (t. I, p. 905a et 916a) et comme
chevalier en 1398 (t. II, p. 142b).
[80] Écosse, capitale du comté de même nom, sur le Teviot et la
Tweed.--Le gardien de Roxburgh pour l’Angleterre était Thomas
de Percy, qui reçut 300 livres pour cet office du 1er décembre
1377 au 15 juillet 1378 (_Rec. Off., Treas. of the Receipt,
Misc. 43/8_, nº 55).
Le lendemain matin, l’assaut est donné au château de Berwick, qui,
grâce aux archers anglais, ne tarde pas à être pris. Tous les
défenseurs sont mis à mort, à l’exception d’Alexandre de Ramsay, qui
devient le prisonnier du seigneur de Percy. Jean Biset est nommé
capitaine du château. P. 36, 37, 300.
Le comte de Northumberland et le comte de Nottingham décident de
poursuivre les Écossais et de leur livrer bataille. Ils prennent
donc le chemin de Roxburgh, en remontant la Tweed; mais bientôt ils
tournent à droite, chevauchant vers les monts de Lammerlaw, et envoient
en reconnaissance sur la gauche, à Melrose[81], où se trouvait une
abbaye de bénédictins, Thomas Musgrave avec trois cents lances et
autant d’archers. Thomas Musgrave, ses fils et ses troupes, arrivent
à l’abbaye, s’y installent pour s’y reposer, et détachent comme
éclaireurs deux écuyers bien montés. P. 37, 38, 300.
[81] Écosse, comté de Roxburgh.
Ces deux écuyers tombent dans une embuscade d’Écossais, dont Guillaume
de Lindsay est le chef et, sous peine de mort, racontent comment le
château de Berwick a été pris, comment tous ceux qui s’y trouvaient
renfermés ont été tués à l’exception d’Alexandre de Ramsay, comment
les comtes de Northumberland et de Nottingham remontent la Tweed à la
recherche des Écossais, et comment Thomas Musgrave et ses fils, Jean
Ashton et Thomas Barton[82] avec trois cents lances et trois cents
archers sont cantonnés à l’abbaye de Melrose. Guillaume de Lindsay
garde ses prisonniers et envoie annoncer ces nouvelles aux barons
écossais par un écuyer, qui trouve le gros de l’armée au village de
Hondenbray[83]. P. 38, 39, 300.
[82] On trouve en 1380, dans Rymer (t. VII, p. 258), un Thomas
Barton qui pourrait s’identifier avec celui-ci.
[83] Cette localité se trouve, sous le nom de Hondenbrae, sur
la carte du Lothian de l’atlas de Blaeu, bien au S.-O. de
Dunbar.
Instruits de ces choses et désireux de profiter de la division de leurs
ennemis, les barons écossais partent la nuit de Hondenbray et marchent
sur l’abbaye de Melrose, pour y surprendre Thomas Musgrave et les
siens. Mais à minuit, la pluie et le froid les arrêtent, et ils sont
obligés de camper dans un bois. P. 39 à 41, 300.
Le matin, entre six heures et neuf heures, une rencontre a lieu entre
les fourrageurs écossais et les fourrageurs anglais de l’abbaye de
Melrose. L’avantage reste aux Écossais, et les fuyards anglais vont
avertir Thomas Musgrave de l’approche des Écossais, qui, prévenus eux
aussi, s’apprêtaient à livrer bataille: ils étaient bien six cents
lances et deux cents valets armés de lances, de bâtons et de haches. P.
41, 42, 300.
Thomas Musgrave et ses gens quittent Melrose et, laissant la Tweed à
main gauche, s’établissent sur une montagne, qu’on appelle Saint-Gille.
C’est là qu’ils sont rencontrés par les éclaireurs écossais, qui
préviennent les leurs. Au cri de Douglas! Saint Gille! les Écossais
s’avancent, et les deux armées se trouvent en présence.
Des deux côtés on arme des chevaliers: plus de trente, du côté des
Écossais, et parmi eux Jacques, fils du comte de Douglas, les deux
fils du roi d’Écosse, Robert et David, et un Suédois du nom de Georges
de Wesmède; du côté des Anglais, le fils de Thomas Musgrave et deux
écuyers appartenant, l’un au seigneur de Stafford, l’autre au seigneur
de Greystock.
Les Anglais placent les archers sur leur aile, et au cri de Notre-Dame!
Ashton[84]! ils commencent l’attaque. Le choc est terrible, et
les archers gênent beaucoup les Écossais, qui ont malgré tout la
supériorité du nombre. Parmi eux, Archibald de Douglas qui a de prime
abord mis pied à terre, assomme les Anglais avec sa lourde épée dont la
lame a bien deux aunes de long. Finalement les Écossais restent maîtres
du champ et font cent vingt prisonniers, entre autres Thomas Musgrave
et ses fils. Les fuyards sont poursuivis jusqu’à la Tweed, et on tue
beaucoup de gens de pied.
[84] Le texte de Froissart donne _Arleton_, qui semble fautif.
Après cette victoire, les Écossais rentrent dans leur pays et décident
de se replier sur Édimbourgh, pour que le comte de Northumberland, qui
est du côté de Roxburgh, ne puisse leur reprendre leurs prisonniers.
C’était agir prudemment, car ils étaient perdus, s’ils fussent restés à
Hondebray. P. 42 à 44, 301.
A leur départ de Berwick, le comte de Northumberland, le comte de
Nottingham et les barons d’Angleterre se séparent de Thomas Musgrave
et vont camper près de Roxburgh; ils apprennent alors que les Écossais
qu’ils cherchent sont à Hondebray. Ils partent de nuit pour les
surprendre, mais la pluie les arrête eux aussi; et ils arrivent quand
les Écossais sont partis. Ils songent alors à descendre la Tweed
jusqu’à Melrose et à prendre des nouvelles de Thomas Musgrave; ils
apprennent en chemin par des fuyards la défaite des leurs, sans plus
amples détails, et se logent à Melrose. P. 44 à 46, 301.
Ils ne sont pas longtemps sans savoir que Thomas Musgrave, prisonnier
des Écossais, est emmené avec ses fils et 120 prisonniers à Édimbourgh.
Voyant qu’il n’y a plus rien à faire, le comte de Northumberland,
seigneur de Percy, licencie ses troupes et retourne chez lui. Ainsi
finit cette chevauchée.
Les Écossais retournent pour la plupart à Édimbourgh; le comte de
Douglas et ses fils restent à Dalkeith. Heureux de leur succès, les
Écossais se montrèrent courtois pour le payement des rançons de leurs
prisonniers.--Revenons aux affaires de France. P. 46, 47, 301.