CHAPITRE I.

_1377, 22 août._ SIÈGE DE BERGERAC.--_1er septembre._

BATAILLE D’EYMET, CAPTURE DE THOMAS DE FELTON.--_2

septembre._ PRISE DE BERGERAC.--_Octobre._ PRISE DE

DURAS.--_Fin de 1377._ SIÈGE DE MORTAGNE-SUR-GIRONDE

PAR OWEN DE GALLES. (§§ 1 à 20.)

Pendant que le duc de Bourgogne fait sa chevauchée en Picardie, le

duc d’Anjou, séjournant à Toulouse avec la duchesse, décide, pour

remédier aux dommages que font aux habitants les garnisons anglaises

des nombreux châteaux forts de la rivière de Dordogne et des pays de

Rouergue, de Toulousain, de Querci et de Limousin, de mettre le siège

devant Bergerac, la clé de la Gascogne[15]. Sachant que plusieurs

seigneurs gascons tels que les seigneurs de Duras, de Rauzan, de

Mussidan, de Langoiran et autres lui sont hostiles, il appelle auprès

de lui Jean d’Armagnac et le seigneur d’Albret, en même temps que le

connétable de France B. du Guesclin[16], le maréchal Louis de Sancerre,

le seigneur de Couci et autres barons de Picardie, de Bretagne et de

Normandie. P. 1, 2, 293.

[15] Le duc d’Anjou, qui se trouvait au commencement de juin

à Paris et avant le 27 à Poitiers (_Arch. Nat._, KK 252, fol.

137-138), quitta cette dernière ville le 1er août, «que M.

le duc fist ses ordenances à son partir de Poitiers» (_Arch.

Nat._, KK 242, fol. 61), pour retourner à Toulouse. Dès le 12

juillet il faisait ses préparatifs, et son écuyer de cuisine,

Jean de La Rivière, recevait 100 francs pour acheter plusieurs

choses «qui lui faisoient besoing pour servir mondit seigneur

le duc en ceste presente guerre de Guienne» (_Arch. Nat._,

_ibid._, fol. 52).

[16] Nous savons, d’après une note empruntée par M. H.

Moranvillé (_Ét. sur la vie de Jean le Mercier_, 1888, p. 58)

à la collection De Camps (_Bibl. Nat._, vol. 84, fol. 265 vº),

que B. du Guesclin, dès le 21 juin, avait été retenu avec 200

hommes pour servir sous le duc d’Anjou.

Depuis 1375 il y avait grand différend entre la famille des seigneurs

de Pommiers et le grand sénéchal de Bordeaux pour le roi d’Angleterre,

Thomas de Felton, qui avait fait décoller en place publique

Guillaume[17], seigneur de Pommiers, et son clerc Jean Coulon, accusés

d’avoir embrassé le parti français. Aymenion de Pommiers[18], oncle

de Guillaume, quitta le pays et, après un voyage en Terre Sainte, se

déclara sujet du roi de France et fit longtemps la guerre au seigneur

de Lesparre, un des juges de son neveu. Même accusation d’appartenir au

parti français fut portée contre Jean de Plassac, qui, de plus, ayant

livré au roi le château de Fronsac, fut décollé à Bordeaux; contre

Pierre de Landiras et Bertrand de Francs qui, après un mois de prison,

furent relâchés sans preuves; contre Gaillard Vigier enfin, qui put

prouver son alibi, étant en ce temps en Lombardie avec le seigneur de

Couci.

[17] Guillaume Sans, seigneur de Pommiers, vicomte de Fronsac,

accusé d’avoir traité avec la France «pour metre dedans ses

lieux (Fronsac) deus cens hommes d’armes et cent arbalestriers

pour ferre guerre au roy d’Angleterre» (_Rec. Off., Treas. of

Rec., Misc._ 38/16), fut emprisonné le 24 mars 1377, jugé les

10-11 avril (_Ibid._) et condamné à avoir la tête tranchée

après confiscation de ses biens (_Bibl. Nat., coll. Moreau,

Bréq._ 30) (Extraits du _Record Office, Vascon Rolls_, fol.

180-201).

[18] Aymenion de Pommiers, qui se déclara pour le roi de France

et reçut de ce chef 1000 livres par an, avait pourtant mis

comme réserve à son service de ne pas faire la guerre au roi

d’Angleterre, ni à ses enfants: «promisit esse bonus et fidelis

vassallus domino regi et successoribus suis et servire contra

omnes qui possint venire et mori, rege Angliæ et liberis suis

exceptis». (_Extr. de journaux du Trésor_, dans la _Bibl. de

l’Éc. des Ch._, t. XLIX, 1888, p. 377.)

Toutes ces poursuites et ces accusations entretenaient en Gascogne des

haines, qui ne pouvaient que mal aboutir. P. 2 à 4, 293, 294.

Quand le duc d’Anjou a auprès de lui le connétable du Guesclin et la

plus grande partie de ses gens d’armes, il marche[19] sur Bergerac

dont le capitaine et gardien, Perducat d’Albret[20], se tenait tout

près de là au château de Montcuq. L’armée du duc d’Anjou est nombreuse;

ce sont le connétable et ses gens d’armes, puis Jean d’Armagnac, Louis

de Sancerre, Jean[21] et Pierre[22] de Bueil, Owen de Galles, Maurice

de Tréséguidi, un des trente Bretons, Alain de Beaumont[23], Alain de

la Houssaye, Guillaume de Moncontour, Pierre de Mornai[24], Jean de

Vergt, Baudouin de Crenon[25], Elyot de Talaye[26], etc. Tout ce monde

s’établit le long de la Dordogne, et les escarmouches commencent. P. 4,

5, 294.

[19] Le duc d’Anjou ne vint pas directement de Toulouse à

Bergerac, mais, passant par Nontron et les Bernardières que

brûlèrent les Anglais, il alla faire le siège de Condac, qu’il

prit au bout de trois jours, et de Bourdeilles, qui se rendit

après six jours. C’est sous les murs de cette ville qu’il fut

rejoint par Jean de Bueil, sénéchal de Beaucaire, lui amenant

cinq cents hommes d’armes et deux cents arbalétriers (_Grandes

Chroniques_, t. VI, p. 350-351). Le siège de Bergerac commença

le 22 août (_Arch. de Périgueux, Petit Livre noir_, fol. 3 vº).

La nouvelle de la prise de Bourdeille n’arriva au roi qu’assez

tard: à la date du 19 septembre, Pierre Barrillet, chevaucheur,

donne quittance de 40 francs d’or à lui donnés par le roi «pour

les bonnes nouvelles qu’il lui a apportées nouvellement...

de la prinse du chastel de Bordille». (_Bibl. Nat._, ms. fr.

26014, nº 2009.)

[20] Voy. sur Perducat d’Albret la notice d’Em. Labroue dans le

_Livre de vie_ (1891), p. 111-161.

[21] Jean de Bueil, chambellan du roi dès 1372, paraît comme

chambellan du duc d’Anjou dans une pièce datée de Villeneuve

d’Agenois, 31 juillet 1377; il sert en Picardie en 1380 (_Bibl.

Nat., Pièces orig._ vol. 549).

[22] Pierre de Bueil, frère de Jean, chambellan, puis maréchal

du duc d’Anjou, est retenu pour servir en Guyenne le 1er mars

1379 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 549).

[23] Sur Alain de Beaumont, voy. la notice de M. Paul Guérin

dans les _Archives hist. du Poitou_, t. XIX, p. 297, note 1.

[24] Pierre de Mornai, sénéchal de Périgord en 1387, a fait

les guerres de Saintonge, Périgord et Limousin sous Louis de

Sancerre en 1375 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2057).

[25] Baudouin de Crenon paraît dans une revue passée à Cléry

le 5 septembre 1380 et donne quittance de 108 francs d’or à

Chartres le 10 septembre de la même année (_Bibl. Nat., Clair._

vol. 36, nos 2748 et 2749).

[26] Eliot de Talaye, _et non_ Calay comme l’écrit Froissart,

écuyer, paraît dans une montre du 1er septembre 1375. Une

quittance du 30 septembre nous le montre prenant part cette

même année aux expéditions de Saintonge et d’Anjou sous les

ordres de Louis de Sancerre (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.

2787).

Le sixième jour du siège, arrivent le seigneur d’Albret et Bernard

d’Albret, son cousin, qui sont accueillis avec joie; le huitième, le

duc d’Anjou décide en conseil d’attendre de nouveaux renforts, et

principalement les gens du seigneur de Couci, pour donner l’assaut. P.

5, 294.

Pendant ce temps[27] Thomas de Felton, se sentant menacé à Bordeaux

par le voisinage de l’armée française, avait envoyé demander du secours

en Angleterre par une première ambassade, qui ne réussit pas; il

dépêche alors le seigneur de Lesparre[28], qui se fait prendre dans les

eaux espagnoles et reste prisonnier en Espagne plus d’un an et demi,

toujours poursuivi de la haine des seigneurs de Pommiers. P. 5, 6, 294,

295.

[27] Dès le mois de juillet Thomas de Felton s’était mis en

mesure de résister au duc d’Anjou; à la date du 23 juillet

1377, le comptable de Bordeaux paye à la ville de Libourne 300

l., à Saint-Emilion 380 l., à Sainte-Foy 260 l., à Bergerac

400, à la Salvetat 200, à Sauveterre 380, à Montségur 300, «ad

resistendum malicium et adventum domini ducis Andegavie». A la

même date des réparations sont faites au château de Bordeaux

(_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/1).

Le 15 août Thomas de Felton demande de nouveaux secours au

comptable de Bordeaux (_Ibid._ 470/5).

[28] Florimont de Lesparre joue un rôle important à Chypre

avant cette date (voy. la _Prise d’Alexandrie_ par Guillaume

de Machaut, éd. Mas-Latrie). Pourvu à son retour d’Orient

d’une rente de 80 livres par le roi d’Angleterre, il se

rendait en Angleterre avec Jean de Harpedane et Jean de Gerson

pour presser l’envoi d’un renfort, quand il fut pris par la

flotte espagnole et conduit en Espagne. Associé dès 1369

avec le captal de Buch pour les profits de la guerre, il eut

plus tard avec lui des différends nombreux (Rabanis, _Notice

sur Florimont de Lesparre_ dans les _Actes de l’Académie de

Bordeaux_, 5e année, 1843, p. 75-112).

Thomas de Felton est plus heureux en appelant auprès de lui à Bordeaux

les quatre plus puissants et plus vaillants barons du parti anglais

en Gascogne, les seigneurs de Mussidan[29], de Duras, de Rauzan et de

Langoiran[30]: il a ainsi à sa disposition cinq cents lances, dont

trois cents quittent aussitôt la ville pour s’en aller chevaucher en

terrain français, et, passant par la Réole[31], viennent loger, à

l’insu des Français, en la ville d’Eymet[32]. P. 6, 7, 295.

[29] Sur Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan, voy. la

notice d’Em. Labroue, dans le _Livre de vie_, p. 247-310.

[30] Du 1er juin au 31 août 1377 ces quatre seigneurs devaient

fournir au service du roi d’Angleterre, le premier et le

dernier 30 hommes, les deux autres 20 hommes, payés par maître

Richard Rotour, comptable de Bordeaux (_Rec. Off., Queen’s

Rem., Misc., Realm of France_ 470/2). Un mandement du conseil

royal de Gascogne attribue le 23 mai 1377 aux seigneurs de

Rauzan et Montferrand 500 livres, pour ce que «ils ne poent

leurs lieux et forteresses maintenir et gouverner» par suite de

«la malice des enemys» (_Rec. Off., Ibid._ 470/5)

[31] Gironde, ch.-l. d’arr.

[32] Dordogne, arr. de Bergerac.

Le siège continue sans grand succès pour les Français, qui prennent

parti d’envoyer chercher à la Réole un grand engin de guerre, une

_truie_ qui lançait de grosses pierres et pouvait contenir cent hommes

d’armes. On charge de cette expédition Pierre de Bueil, Jean de Vergt,

Baudouin de Crenon, et les sires de Montcalais et de Quesnes[33],

qui avec trois cents lances passent la Dordogne à gué et arrivent

à la Réole, sans se douter de la présence des Anglais à Eymet. Le

connétable, qui en a connaissance, envoie pour les soutenir une route

de deux cents lances sous la conduite de Pierre de Mornai, d’Owen de

Galles, de Thiébaud du Pont et d’Elyot de Talaye, qui rencontrent les

gens de Pierre de Bueil revenant de la Réole avec la _truie_ et ayant

pris au retour un autre chemin.

[33] Lirian des Quesnes, chevalier, donne quittance de 180

fr. pour son service en Picardie sous le duc de Bourgogne, le

7 octobre 1380 à Chartres (_Bibl. Nat., Clair._, vol. 91, nº

7111).

Cette armée française, forte de 5 à 600 lances, se trouve à Eymet en

présence des Anglais, et la bataille a lieu, où périt Elyot de Talaye

et où se distingue tout particulièrement un chevalier berrichon, Jean

de Lignac[34]. P. 7 à 10, 295.

[34] Jean de Lignac avait précédemment été fait prisonnier par

Florimont de Lesparre (Rabanis, _Actes de l’Acad. de Bordeaux_,

5e année, 1843, p. 100).

Le choc est terrible; les Gascons perdent un chevalier, le seigneur de

Grignols[35]; les Français, Thiébaud du Pont. La victoire reste enfin

aux Français qui font prisonniers les seigneurs de Mussidan, de Duras,

de Langoiran et de Rauzan, ainsi que Thomas de Felton, pris de la main

même de Jean de Lignac. Le reste des Anglais et des Gascons s’enfuit

pour se réfugier à Bordeaux et rencontre en chemin le sénéchal des

Landes, Guillaume Helmen, et le maire de Bordeaux, Jean de Multon, qui

venaient à leur secours avec cent lances. Apprenant la défaite des

leurs, ils retournent tous à Bordeaux[36]. P. 10, 11, 295, 296.

[35] Un Jean, seigneur de Grignols, écuyer, qui appartient à

cette date au parti français, est retenu le 13 mars 1369 au

service du duc d’Anjou, et figure le 27 dans une montre passée

à Chastiaulz-Jaloux en Bordelais (_Bibl. Nat., Pièces orig._,

vol. 1409).

[36] La bataille d’Eymet eut lieu le 1er septembre (_Grandes

Chroniques_, t. VI, p. 352). Dès le 3, le conseil de Bordeaux

envoie demander des secours, «post capcionem Thome de Felton»

à Lourdes, à Bayonne, à Dax et autres villes des Landes (_Rec.

Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/1). Le 6, le

patron de barque Gaston est envoyé en Angleterre, porteur de

lettres apprenant au roi l’état de la Guyenne après la prise de

Thomas de Felton (_Ibid._). Le 8 septembre, le roi d’Angleterre

confirme une charte accordée à la ville de Bordeaux le 26 mars

1277, et l’autorisant à lever pour deux ans un droit sur les

marchandises (_Rec. Off., Vasc. Rolls., 1 Rich. II_, m. 14).

Les Français se hâtent de profiter de leur victoire et se disposent

avec leur nouvel engin à donner l’assaut à Bergerac. Malgré l’avis de

leur capitaine, les habitants, se sentant abandonnés, se rendent au

connétable, à condition qu’on ne leur imposera pas de garnison[37].

Perducat d’Albret, à l’insu duquel avaient été faites les négociations,

se réfugie au château de Montcuq[38]. P. 11, 12, 296.

[37] Bergerac est pris le 2 septembre: «lo dich ii jorns

de setembre MCCCLXXVII, M. lo duc d’Anjou pres lo luoc de

Bragayrach e plus d’autres LX forts del pays» (_Le petit

Thalamus de Montpellier_, 1840, p. 395). Le duc d’Anjou

confirme les privilèges des habitants de Bergerac, venus de

leur plein gré à l’obéissance du roi. (_Arch. Nat._, JJ 186,

fol. 34.)

[38] Aujourd’hui château en ruines, commune de

Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. de Bergerac.

Bergerac pris, le duc d’Anjou se décide à mettre le siège devant

Castillon-sur-Dordogne[39]; il part donc avec le connétable et les gens

d’armes, laissant derrière lui le maréchal de Sancerre, qui attend la

venue du seigneur de Couci[40]. Ce dernier arrive le lendemain avec

Aymenion de Pommiers, Jean[41] et Tristan[42] de Roye, le seigneur

de Fagnolle, Jean de Jeumont[43], Jean de Rosai[44], Robert de

Clermont[45] et autres chevaliers, et rejoint bientôt l’armée du duc,

dont l’avant-garde avait reçu en passant la soumission de la ville de

Sainte-Foy[46]. P. 13, 296.

[39] Gironde, arr. de Libourne.

[40] Avant de rejoindre l’armée du duc d’Anjou, le 26 août,

Enguerrand de Couci avait écrit au roi d’Angleterre cette

lettre mémorable, publiée d’après Rymer par Kervyn de

Lettenhove (_Œuvres de Froissart_, t. XXI, p. 41-42) et par M.

Emile Labroue (_Bergerac sous les Anglais_, 1893, p. 99), où il

renonce aux domaines qu’il tenait de la couronne d’Angleterre,

ainsi qu’à l’ordre de la Jarretière, pour embrasser ouvertement

la cause du roi de France. Cette lettre fut remise au roi le 29

octobre par un page nommé Jean Pière, sachant parler l’anglais

(_Rec. Off., Close Rolls, 1 Rich. II_, m. 24 rº). A la date

du 7 avril 1377, les gages mensuels de guerre d’Enguerrand de

Couci au service du roi de France étaient de 500 francs d’or

(_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 875).

[41] Jean de Roye, chevalier, donne quittance à la date du 27

novembre 1377, à Toulouse, d’une somme de 100 francs d’or au

duc d’Anjou: il est au service du duc de Bourbon le 12 juillet

1385. Seigneur d’Aunoy en 1385, chambellan du roi en 1390, il

est capitaine et garde du chastel et ville de la Ferté-Milon

le 29 mai 1393 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2584). Un

mandement de Charles VI daté de Mâcon, 10 février 1390, accorde

500 livres à J. de Roye (_Musée Britannique, Add. Charters_

4230).

[42] Tristan de Roye, frère du précédent, seigneur de Busancy,

est au service du duc de Bar en 1380 (_Bibl. Nat., Pièces

orig._, vol. 2584). En février 1380, une querelle éclata dans

son hôtel de Paris, à propos d’une vilaine (_Arch. Nat._, JJ

116, fol. 31 vº).

[43] Jean de Barbenson, dit le Jeumont, est conseiller et

chambellan du roi et du duc de Bourgogne en 1410. Le 22 juillet

1377 il était en guerre privée avec Geoffroi de l’Eschielle,

s{r} de Balaham (_Arch. Nat._, JJ 111, fol. 79).

[44] Jean de Rosai, chevalier, se retrouve en septembre et

octobre 1380 «à la poursuite des Anglois en la compaignie

de monseigneur de la Rivière et soubz le gouvernement de

monseigneur le duc de Bourgogne». (_Bibl. Nat., Clair._, vol.

97, nos 141-142.)

[45] Nous trouvons ce Robert de Clermont, qu’il ne faut pas

confondre avec le maréchal de Normandie, sous les ordres

d’Enguerrand de Couci, à Arras, 1er et 3 août 1380, et à

Corbeil, 1er septembre 1380. A la date du 5 février 1382 nous

avons la mention d’une guerre privée entre lui et Raoul Poiré

(_Arch. Nat._, JJ 120, fol. 125).

[46] Sainte-Foy-la-Grande, Gironde, arr. de Libourne.

Les escarmouches devant Castillon[47] durent environ quinze jours, la

ville étant défendue par quelques Gascons et Anglais qui s’y étaient

réfugiés après la déconfiture d’Eymet. Pendant ce temps on rend la

liberté à Thomas de Felton, moyennant 30,000 francs payés à Jean de

Lignac; quant aux quatre barons prisonniers, les seigneurs de Duras,

de Rauzan, de Mussidan et de Lagoiran, on les décide à se ranger dans

le parti français. Les deux premiers partent pour retourner dans leur

pays; les deux autres restent auprès du duc d’Anjou. P. 14, 296.

[47] A la date du 12 septembre 1377, sous les tentes ou

pavillons du duc d’Anjou devant Castillon-sur-Dordogne, Bérard

d’Albret, seigneur de Lagoiran, prête serment de fidélité à

Charles V en présence d’Enguerrand de Couci, de B. du Guesclin,

de Louis de Sancerre, de Jean de Bueil et de Pierre de Villiers

(_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 24).

Mais à peine libres, les seigneurs de Duras et de Rauzan ne peuvent se

résoudre à abandonner la cause anglaise, et se rendent à Bordeaux pour

protester de leur dévouement auprès du sénéchal des Landes et du maire

de la ville[48]. Informé de cette défection, le duc d’Anjou, ayant de

nouveau reçu la promesse des seigneurs de Mussidan et de Lagoiran, jure

de détruire à jamais les terres des seigneurs de Duras et de Rauzan.

P. 14 à 16, 296, 297.

[48] Jean de Multon, maire de Bordeaux sous la domination

anglaise, figure dans deux comptes de Bordeaux, datés d’avril

et de juin 1377, comme fournissant 40 hommes d’armes et 20

archers (_Record Off., Queen’s Rem., Misc., Army_ 40/96 et

_Realm of Fr._ 470/2).

Le siège de Castillon durait toujours, au grand détriment des

assiégeants qui ne pouvaient que difficilement se procurer des vivres.

Enfin la ville se rend, et la garnison se retire à Saint-Macaire[49];

elle est remplacée par des hommes du duc d’Anjou, avec Jacques de

Montmartin pour capitaine. Avant de marcher sur Saint-Macaire, le duc

d’Anjou vient assiéger Sauveterre[50]. Là il apprend qu’on ne lui a

pas rapporté bien exactement la conduite des seigneurs de Duras et de

Rauzan, qui se sont rendus effectivement à Bordeaux, mais pour des

motifs inconnus. Sur la prière des seigneurs de Mussidan, de Lagoirant,

de Couci et de Pierre de Bueil, le duc d’Anjou se montre tout disposé

à ne plus douter de la fidélité des seigneurs de Duras et de Rauzan.

Sauveterre est pris après trois jours, puis Sainte-Bazeille[51],

puis Monségur[52], puis Auberoche[53]; l’armée arrive enfin devant

Saint-Macaire[54]. P. 16 à 18, 297.

[49] Gironde, arr. de la Réole.

[50] Gironde, arr. de la Réole.--A la date du 12 octobre 1377,

Sainte-Foy, Sauveterre et la Salvetat (non mentionné par

Froissart), étaient déjà pris par le duc d’Anjou (_Rec. Off.,

Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/5).

[51] Lot-et-Garonne, arr. de Marmande.

[52] Aujourd’hui ruines près de la Réole.

[53] Auberoche semble devoir s’identifier avec la localité du

même nom que Cassini place sur la Vezère (Dordogne). N’étant

pas sur le chemin de la chevauchée du duc, il faut supposer que

cette ville fut prise par une expédition partielle comme celles

dont parle le chroniqueur quelques lignes plus bas.

[54] Le 12 octobre 1377 Emon Cressewell et William Chaundeler

sont envoyés pour secourir Saint-Macaire (_Rec. Off., Queen’s

Rem., Misc., Realm of France_ 470/5).

L’armée du duc s’augmentait toujours de nouvelles recrues; aussi en

profite-t-il pour faire exécuter plusieurs chevauchées par le maréchal

de France, le seigneur de Couci, Owen de Galles, Perceval d’Esneval et

Guillaume de Moncontour, qui prennent ainsi plusieurs villes et petits

forts et mettent le pays en l’obéissance du roi de France. Sur ces

entrefaites les habitants de Saint-Macaire, craignant le sort que leur

réserve la prise de la ville, traitent secrètement avec les Français et

se rendent contre promesse d’avoir saufs leur vie et leurs biens. La

garnison se retire alors dans le château. P. 18 à 20, 297.

La reddition de Saint-Macaire réjouit fort le duc d’Anjou, aussi

bien que la nouvelle, qu’il avait reçue de Toulouse lors du siège

de Monségur, de l’heureux accouchement de la duchesse, lui donnant

un fils. Il apprend en même temps par un héraut la vérité sur les

seigneurs de Duras et de Rauzan, qui bien réellement se sont déclarés

anglais[55]. Aussi, après avoir reçu la soumission de la garnison du

château de Saint-Macaire et l’avoir fait conduire à Bordeaux, le duc se

hâte-t-il de marcher sur Duras[56]. P. 20, 21, 297.

[55] Les sires de Duras et de Rauzan furent dédommagés de

cette fidélité à la cause anglaise: un mandement du conseil de

Bordeaux à la date du 1er novembre 1377 leur alloue 650 livres

tant pour les indemniser «de la prise de leurs propres cors

que» de la perte de leurs domaines, «pour ce que ne ont voulu

estre a la obeïssance du roi de Fraunce». (_Rec. Off., Queen’s

Rem., Misc., Realm of France_ 470/5.)

[56] Lot-et-Garonne, arr. de Marmande.

Aussitôt arrivé, le duc ordonne l’assaut, mais le soir on doit sonner

la retraite, sans résultat appréciable, au moment où Alain de la

Houssaye et Alain de Saint-Pol rejoignent l’armée avec une route de

Bretons qui, en chevauchant vers Libourne avaient pris Cadillac[57]. P.

21, 298.

[57] Gironde, comm. de Fronsac.--Le sénéchal des Landes,

Guillaume Elmham, capitaine de Libourne et de Saint-Emilion,

avait été envoyé au secours de Cadillac; cf. à la date du 11

octobre 1377 un mandat de 200 livres ordonnées à son nom (_Rec.

Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/5.).

Le lendemain matin, nouvel assaut où se distinguent le seigneur de

Lagoirant, Tristan de Roye, Perceval d’Esneval, Jean de Jeumont, Jean

de Rosai et le seigneur de Mussidan, qui est jaloux de se montrer bon

Français. Après la mort du seigneur de Sorel, la ville est prise[58],

et les gens d’armes se retirent dans le château. P. 21 à 23, 298.

[58] Le siège de Duras, commencé le 9 octobre, jour de la S.

Denis (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 355), était fini le 19

octobre 1377, jour où, _dedans_ Duras, le duc d’Anjou donne 100

fr. d’or à Pierre de Villers, chevalier, grand maître d’hôtel

du roi. (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 3021.)

La ville de Duras prise et pillée, on passe au fil de l’épée tous les

habitants qui s’y trouvent. Le lendemain le connétable et le maréchal

vont examiner le château, qu’ils déclarent difficile à prendre. «Peu

importe, dit le duc, j’ai dit et juré que je ne partirai pas d’ici sans

avoir ce château en ma possession!--Soit, répond le connétable, vous

n’en aurez pas le démenti». On se prépare donc à faire le siège, mais

au bout de trois jours, la garnison se rend et est conduite là où elle

veut aller. P. 23, 24, 298.

Après la prise de Duras, le duc d’Anjou laisse dans Landiras[59]

cent lances avec Jean de Jeumont, Jean de Roye et Jean de Rosai pour

garder la frontière contre les gens de Bordeaux, et désireux d’aller

voir à Toulouse la duchesse nouvellement accouchée[60], il licencie

ses autres troupes[61], après avoir chargé Owen de Galles d’aller

assiéger, avec une route de Bretons, de Poitevins et d’Angevins, la

ville de Mortagne-sur-Gironde, occupée par le syndic de Latrau. Owen

part avec cinq cents lances et se dirige vers Saint-Jean-d’Angély; le

duc d’Anjou, le connétable, le seigneur de Couci, le maréchal, Jean et

Pierre de Bueil s’en retournent à Toulouse où ont lieu de grandes fêtes

pour les relevailles de la duchesse. Le connétable et le seigneur de

Couci rentrent ensuite en France, et le maréchal s’en va en Auvergne au

secours du dauphin et des seigneurs du pays qui guerroyaient contre les

Anglais[62]. P. 24 à 26, 298.

[59] Gironde, com. de Podensac, arr. de Bordeaux.

[60] La duchesse était accouchée à Toulouse le 7 octobre

1377, d’un fils qui fut plus tard Louis II, roi de Naples,

pendant que le duc d’Anjou assiégeait Duras. Sous les murs

de cette ville, le 10 octobre 1377, le duc mande à Ambroise

Beth, receveur de Carcassonne, de payer 100 francs d’or au

messager venu de Toulouse pour lui annoncer la délivrance de

la duchesse (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 014, nº 2029). Les

19 et 20 octobre le roi Charles V payait une première somme

de 1000 francs d’or, puis une seconde de 40, destinées aux

messagers lui ayant appris la «nativité» de son nouveau neveu

(L. Delisle, _Mandements de Charles V_, nos 1486 et 1487).

[61] Dans cette campagne le duc d’Anjou «conquesta jusques

au nombre de six vint et quatorze que villes que chasteaux

et autres grosses forteresces et notables» (_Grandes

Chroniques_, t. VI, p. 355), parmi lesquels il faut citer

tout particulièrement Sainte-Marguerite (Dom Vaissete, _Hist.

du Languedoc, nouv. éd._, t. IX, p. 862). Le duc d’Anjou se

trouvait le 24 septembre sous les murs de la ville, et envoyait

de là le seigneur de Lagoiran au pays appelé _Entre les deux

mers_ pour y recevoir la soumission des barons. (Voy. dans les

_Arch. hist. de la Gironde_, t. III, p. 277-278, un document

des Archives des Basses-Pyrénées publié par M. P. Raymond.)

[62] Le maréchal de Sancerre rejoignit le duc de Berry au

siège de Ravel, où il se trouvait avec lui le 6 octobre 1377

(_Arch. Nat._, KK 252, fol. 147), puis se rendit à Saint-Flour,

où nous constatons sa présence le 23 octobre 1377 (_Ibid._,

fol. 135 vº). L’expédition prit fin peu de jours après, car

nous voyons le 1er novembre passer à la Chaise deux boulangers

d’Orléans revenant «de la derrenière chevauchée d’Auvergne»

(_Arch. nat._, JJ 112, fol. 177 vº). Elle n’avait été du reste

que médiocrement fructueuse. Le duc, après avoir levé dès le

20 avril 1377 un subside pour le rachat de plusieurs places

occupées depuis longtemps par les Anglais (_Bibl. Nat._,

ms. fr. 26 013, nº 1906), entre autres Carlat, déclaré

imprenable par B. du Guesclin (_Arch. Nat._ X1a 1471, fol.

53), était encore à Bourges le 17 juillet (_Arch. Nat._, KK

252, fol. 138 vº), d’où il partit pour délivrer Carlat, sans y

réussir. Il fut plus heureux avec Ravel (Puy-de-Dôme), qu’il

assiégeait dès le 29 août (_Arch. nat._, KK 252, fol. 138 vº)

et prenait le 29 septembre (_Ibid._, fol. 139).

Owen de Galles arrive à Saintes, où il se repose: il a avec lui

les seigneurs de Pons[63], de Thors[64], de Vivonne, Jacques de

Surgières et autres chevaliers du Poitou; d’autre part les Bretons

et les Normands ont pour capitaines Maurice de Tréséguidi, Alain de

la Houssaye, Alain de Saint-Pol, Perceval d’Esneval, Guillaume de

Moncontour, le seigneur de Montmaur[65] et Morelet[66], son frère.

Quand tout est prêt, l’armée s’en vient mettre le siège devant

Mortagne-sur-Gironde, dont le château domine la Garonne, et qui bien

pourvu de vivres et bien défendu par son capitaine, le syndic de

Latrau, demande pour se rendre un long siège. P. 26, 27, 298.

[63] Renaud VI, sire de Pons, lieutenant du roi en Poitou,

Saintonge et Angoumois en 1381, conservateur des trêves de

Guyenne, vicomte de Turenne et de Carlat, seigneur de Ribérac,

est né vers 1348. Il épouse en 1365 Marguerite de Périgord,

et passe au parti anglais, qu’il abandonne définitivement,

après plusieurs hésitations, en 1371, et est comblé de

faveurs par Charles V. De 1383 à 1415 il exerce à plusieurs

reprises les fonctions de conservateur des trêves. Il meurt

en 1427. Voy. dans les _Positions des thèses soutenues par

les élèves de la promotion de 1894 pour obtenir le diplôme

d’archiviste-paléographe_ (p. 1-4), les positions de M. J.

Chavanon, qui a consacré une étude à ce personnage.

[64] Sur Renaud de Vivonne, seigneur de Thors, voy. P. Guérin,

_Arch. hist. du Poitou_, t. XXI, p. 269 et 419.

[65] Jacques de Montmor, chevalier, seigneur de Briz,

chambellan du roi, fut successivement gouverneur de La

Rochelle, gouverneur du Dauphiné, capitaine d’Harfleur, et fut

souvent chargé par Charles V de missions diplomatiques (_Bibl.

Nat., Pièces orig._ vol. 2030).

[66] Sur Morelet de Montmor, chevalier, chambellan du roi,

capitaine du chastel et de la bastide du Louvre, et en octobre

1393 capitaine de Harfleur (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.

2030), voy. une note de M. P. Guérin (_Arch. hist. du Poitou_,

t. XIX, p. 244).

Chroniques de J. Froissart, tome 09/13 · 第 23 / 137 题