Il est vray que c'est une grande incommodité de manger tousjours du

harenc aussi sallé que s'il partoit de la cacque, et de la morue

aussi douce que de l'eau de la mer; toutesfois, pour expedier, il

faut suppleer au deffaut des poissonnières, je veux dire que, pour

la destremper dans nos bacquets humanistes, il faut boire en grand

diable et demy: plus l'on boit, plus on en va mieux. Six sepmaines

sont bien-tost passez; nous serons aussi estonnez que les mattes

quand il tonne; je dis que nous nous trouverons au samedy de Pasque

en corps et en ame comme bibets. Ce sera lors que les diablesses de

poissonnières, qui boivent pinte de vin tout d'un traict, auront

trouvé le caresme bien court, encor qu'il ait esté trop long de la

moitié, pour les parjuremens, injures, pouilles, vieutes, qui se font

entre comptans, avec leurs malleboches, double fièvres quartaines,

s'entredonnans trippes et dins, sans rien retenir, à tous les

diables, lesquels ont bon marché de telles denrées, qui se donnent à

si bon compte. Aussi, quand telles sortes de gens n'auroient peché ny

fait aucune offence en toute leur vie, seroit capable d'entretenir un

prestre en confession une quarantaine d'années, s'il y pouvoit autant

estre: car, tout ainsi que les destours du dedalle menoient d'un

chemin en un autre, et d'un autre en un autre, accusant un peché, ce

peché les conduit en un autre, et cet autre en un autre, de sorte

que l'on ne peut sortir de ce tortueux labirinthe qu'avec grande

difficulté.

D'autre costé, les bouchers, poullayers, charcuitiers et paticiers,

ayans eu la commodité d'user les semelles de leurs souliers à force

de leur pourmener, de faire une illiade de brochettes de bois et

de degresser leurs estals, assomment, tuent, esgorgent, plument,

couppent, dehachent, et parent leurs boutiques de boeufs, de moutons

et de pourceaux mis en mille pièces, de façon qu'ils chantent le _Te

Deum laudamus_, au lieu de faire dire des vigiles pour luy.

Neantmoins, de toutes les personnes qui se trouvent de repos et de

la confrarie de Jean de Loisir, tant à cause du caresme que pour

l'occasion de la marchandise qui ne va pas si bien que l'on voudroit,

il n'y en a point qui rendent meilleur service au roy que ces braves

atlettes qui vont en garde pour les bourgeois. Leurs corps sont

infatigables au travail, leurs yeux au sommeil et leur vie à la

peine, et ne se plaisent rien tant qu'à coucher sur la dure, d'avoir

le mousquet sur l'espaule et l'espée à leur costé de fer, et d'estre

sans cesse en faction avec grande sobriété. Mais où m'emporte mon

discours? Retournons à nos moutons: c'est une marchandise propre à

ces messieurs dont j'ay traicté dans ce purgatoire, lequel je leur

dedie, car je croy, par metaphore, que le caresme ne semble moins

long, et ne fache moins ces messieurs les bouchers, charcuitiers,

cuisiniers, paticiers, trippieres, sablins, fiancés, valets de jeux

de paulme, chanteurs, joueurs d'instrumens et autres gens de bon

appetit, qui aiment mieux un quartier de mouton qu'un gigot de morue,

et une perdry qu'un pruneau, que le purgatoire de l'autre monde est

fait pour purger les ames. Adieu.

_Discours de la mort de très haute et très illustre princesse Madame

Marie Stuard, royne d'Ecosse, faict le dix-huitième jour de fevrier

1587._

In-8[310].

[Note 310: M. Brunet (_Manuel du libraire_, tome 2, p. 103)

parle de ce Discours. Après l'avoir décrit, il ajoute: «A

cette pièce s'en trouve quelquefois jointe une autre dont

voici le titre: _Version françoise d'une oraison funèbre

faicte sur la mort de la royne d'Ecosse, par le R. P. en

Dieu M. J. S., 1587._» Il en indique aussi une réimpression

faicte à Anvers en 1589, et mentionnée par M. Oettinger

dans sa _Bibliographie biographique_. Mais ce que ne dit

pas M. Brunet, c'est que cette pièce n'est autre chose

que la copie presque complète de toute la première partie

d'une dépêche que M. l'Aubespine de Châteauneuf, notre

ambassadeur près d'Elisabeth, avoit envoyée à Henri III

quelques jours après l'exécution, le 27 février 1587,

dépêche dont l'autographe est conservé à la Bibliothèque

impériale, fonds Béthune, nº 8880, fol. 7, et qui reproduit

elle-même textuellement un rapport adressé à l'ambassadeur

par quelque gentilhomme de sa suite. Une copie de ce

rapport, qui a pour titre: _Advis sur l'execution de la

royne d'Ecosse, par M. de la Chastre_, se trouve aux mss.

de la Bibliothèque impériale, collect. des 500 Colbert, t.

35, pièce 45. Nous devons la connoissance de ce dernier

fait à une note de M. A. Teulet, qui, dans sa belle

publication faite pour le Bannatyne club d'Édimbourg:

_Papiers d'Etat relatifs à l'histoire d'Ecosse au XVIe

siècle_, t. 2, p. 890-899, a donné dans toute son étendue

la dépêche de M. de Châteauneuf. M. Teulet ignoroit

l'existence de la pièce imprimée qui en reproduit la partie

la plus intéressante. M. Mignet ne semble pas non plus

l'avoir connue; il ne la mentionne pas aux divers passages

de son _Histoire de Marie Stuart_ (t. 2, p. 353, etc.) où

il cite la dépêche de M. de Châteauneuf. Le fait de cette

publication d'un papier d'Etat tolérée, sinon autorisée,

par le roi, est d'une importance qu'il n'est pas besoin de

signaler, surtout lorsque l'on considère qu'il est tout à

fait d'accord avec les sentiments de Henri III, en cette

circonstance sympathiques pour Marie Stuart, hostiles pour

Elisabeth, et tendant à attirer l'intérêt sur l'une et la

haine contre l'autre.--Nous reproduisons ici la première

édition du _Discours_. Il est probable qu'elle suivit de

près l'arrivée de la dépêche, dont elle est une copie

partielle, et qu'elle fut ainsi donnée à Paris vers le

commencement de mars 1587. Elle précéda donc la relation du

même événement faite par Bourgoin, médecin de Marie Stuart,

avec ce titre: _La mort de la royne d'Ecosse, douairière

de France, où est contenu le vray discours de la procedure

des Anglois à l'execution d'icelle_, etc. Ce dernier récit,

publié dans les premiers mois de 1589, a été repris par

Jebb au t. 2, p. 612, de son grand ouvrage: _De vita et

rebus gestis serenissimæ principis Mariæ Scotorum reginæ._

Ces publications faites à Paris sont un fait curieux; elles

prouvent l'ardeur de la curiosité populaire à s'enquérir

de tout ce qui avoit trait à l'histoire de la femme

charmante et infortunée qui avoit été reine de France;

elles coïncindent à merveille avec ce que nous savions

de l'exposition d'un tableau représentant le supplice de

Marie Stuart, qui attiroit une telle foule au cloître

Saint-Benoît, où on le faisoit voir, et excitoit de tels

murmures d'indignation, que le roi, de peur de quelques

troubles, fut obligé de le faire enlever par un ordre dont

la copie est conservée à la Bibliothèque impériale (fonds

Béthune, nº 8897). La vente des petits livres où ce même

supplice étoit raconté ne fut certainement pas l'objet

de mesures pareilles. Catherine de Médicis et son fils

devoient, en bonne politique, l'encourager. La publication

de ce récit, pour ainsi dire _officiel_, qu'ils tolerèrent,

je le répète, si même ils ne l'ordonnèrent pas, en est une

preuve. Ce qui contribueroit encore à nous le faire croire,

c'est le soin qu'ils avoient pris auparavant pour faire

disparoître tout ce qui, loin d'apitoyer en faveur de Marie

Stuart, tendoit à exciter les haines contre elle. Il se

trouve à ce sujet une lettre très intéressante de Catherine

de Médicis au président de Thou dans le bizarre recueil

publié à Paris, en 1818, sous le titre de: _Life of Thomas

Egerton, chancellor of England_, gr. in-8, non terminé.

Voici cette lettre, datée de Blois le 22 mars 1572, et

que dut motiver le libelle de Buchanan de _Maria Scotorum

regina_: «Je vous prye vous enquerir doulcement qui est

l'imprimeur qui a imprimé ung livre, traduit du latin en

françoys, faict à Londres contre la royne d'Escosse, et

faire prendre et brûler secrettement et sans bruict tout ce

qui se pourra trouver desdicts livres, de sorte que, s'il

est possible, il n'en demeure un seul formulaire, faisant

faire aussi soubz mains deffences à tous imprimeurs d'en

imprimer, soubz telles peines que vous adviserez.»]

Le samedy quatorzième jour de febvrier 1587, M. Belé, beau-frère de

Vvalsin-Han, fut depesché sur le soir, avec commission signée de la

main de la royne d'Angleterre, pour faire trancher la teste à la

royne d'Ecosse, et commandement aux comtes de Chersbery, de Hent

et de Rotoland, avec beaucoup d'autres gentils-hommes voisins de

Socteringhan[311], de assister à la dicte execution.

[Note 311: Lisez _Fotheringay_. Il n'est pas besoin de

faire remarquer que tous les autres noms ne sont pas moins

affreusement défigurés. Nous allons les rétablir. Il s'agit

d'abord de _Robert Beale_, clerc du conseil, beau-frère

du secrétaire _Walsingham_, et qui fut en effet l'un de

ceux qu'Elisabeth envoya pour signifier à Marie Stuart son

arrêt de mort; ensuite viennent les comtes de _Shrewbury_

et de _Kent_, chargés d'assister au supplice, et le comte

de _Rutland_. Aucune relation n'avoit constaté la présence

de celui-ci; l'on savoit seulement par le _Martyre de la

Royne d'Ecosse_, etc. (V. Jebb, t. 2, p. 320), qu'après

le supplice il avoit paru aux funérailles, soutenant

la comtesse de Bedford, qui représentoit la reine

d'Angleterre.]

Le dict Belé mena avec luy l'executeur de Londres[312], qui fut

abillé tout de velours noir, ainsi qu'il fut raporté[313]; et,

partant la nuict du dict samedy au soir assés secretement, il arriva

le lundy au soir seizième ensuivant, et le mardy furent mandés

querir les dicts contes et gentils-hommes. Le dict jour au soir, M.

Paulet, gardien de la dicte royne d'Ecosse, accompagné du dict Belé

et du chef de la province, qui est celuy qui en chascun baillage est

comme prevost des marchans[314] ou juge criminel, allèrent trouver

la dicte dame, et luy signifièrent la volonté de la royne leur

maistresse, qui est[315] contraincte de faire executer la sentence de

son parlement.

[Note 312: On lit dans la dépêche: _l'exécuteur de cette

ville_, ce qui se comprend, M. de Châteauneuf ayant daté sa

lettre de Londres.]

[Note 313: _Var._: ainsi que j'entends.]

[Note 314: _Var._: des maréchaux. Il y a dans la dépêche

une abréviation qui a pu motiver l'autre lecture. Celle-ci

naturellement est la bonne. Ce chef de la province est

celui que Pasquier, dans son récit de la mort de la reine

d'Ecosse, désigne ainsi: «Le Prevost, qu'ils appellent

schériff.» (_Recherches de la France_, liv. 6, chap. 15.)]

[Note 315: _Var._: estoyt.]

L'on dict que la dicte dame se monstra fort constante, disant que

encores qu'elle n'eust jamais creu que la royne sa seur en eust voulu

jamais venir là, si est-ce que, se voyant reduite en si grande misère

depuis trois mois, qu'elle avoit la mort pour très agreable, preste à

la recevoir quand il pleroit à Dieu.

Ils luy voulurent laisser un ministre[316], mais elle ne le voulust

point. Il y a une grande salle au dict chasteau où l'on avoit faict

dresser un eschaffaut couvert de drap noir[317], avec un oriller de

velours noir.

[Note 316: Le docteur Fletcher, doyen protestant de

Peterborough.]

[Note 317: «Au milieu de la salle, on avoit dressé un

eschaffaut large de douze pieds, en quarré, et haut de

deux, qui estoit tapissé de meschante revesche noire.» (_Le

martyre de la royne d'Ecosse, etc._, dans _De vita, etc._,

de Jebb, tom. 2, p. 306.)]

Le mescredy, sur les neuf heures, les dicts contes, avec son gardien,

allèrent querir la dicte dame royne d'Ecosse, qu'ils trouvèrent fort

constante, et, s'estant habillée, fut menée en la dicte salle, suivie

de son maistre d'hostel, M. Melvin[318], son chirurgien[319] et son

appoticaire, et d'un autre de ses gens[320]. Elle commanda que ses

femmes la suivissent, ce qui leur fut permis, estant tout le reste de

ses serviteurs enfermés dès le mardy au soir[321].

[Note 318: André Melvil. Il est nommé Melvin dans presque

toutes les relations.]

[Note 319: Jacques Gervait.]

[Note 320: Pierre Gorjon.]

[Note 321: En outre de ceux qui viennent d'être nommés,

elle avoit voulu avoir autour d'elle Bourgoing, son

médecin, et Didier son sommelier.]

L'on dict qu'elle mangea avant que de partir de sa chambre, et,

montant sur l'eschaffaut[322], elle dit à M. Paulet qu'il luy aydast

à monter, que ce seroit la dernière paine qu'elle luy donneroit[323].

[Note 322: _Var._: Le dit chafault.]

[Note 323: Ce détail ne se trouve qu'ici. Dans les autres

relations, on s'accorde à dire qu'elle n'eut besoin de

l'aide de personne. «La reine, dit M. Mignet (t. 2, p.

365), suivie d'André Melvil, qui portoit la queue de sa

robe, monta sur l'échafaud avec la même aisance et la même

dignité que si elle étoit montée sur le trône.»]

Estant[324] à genoux, elle parla long-temps à son maistre

d'hostel, luy commandant d'aller trouver son fils pour luy

faire service, comme s'assuroit qu'il feroit tousjours

aussi fidellement que il avoit faict à elle; que ce seroit

luy qui le recompanseroit, puis qu'elle ne l'avoit peu

faire de son vivant, dont elle estoit très marrie, et luy

chargea de luy porter sa benediction (laquelle elle fit à

l'heure mesme).

[Note 324: _Var._: là.]

Puis elle pria Dieu en latin avec ses femmes, n'ayant voulu permettre

que un evesque anglois, là presant[325], approchast d'elle,

protestant qu'elle estoit catholique et qu'elle vouloit mourir en

ceste religion.

[Note 325: Suivant tous les autres récits, il n'y avoit là

que le doyen de Peterborough, désigné plus haut.]

Après cela elle demanda au sieur Paulet si la royne sa seur avoit

pour agreable le testament qu'elle avoit faict quinze jours

auparavant pour ses pauvres serviteurs. Il luy respondit que ouy, et

qu'elle feroit accomplir ce qui y estoit contenu pour la distribution

des deniers qu'elle leur a ordonné.

Elle parla de Nau, Curl[326] et Pasquier, qui sont en prison, mais je

n'ay pas sceu au vray ce qu'elle en dict[327]; puis, s'estant remise

à prier Dieu, mesme à consoler ses femmes, qui ploroient, elle se

presenta à la mort fort constamment.

[Note 326: Nau et Curl étoient les deux secrétaires de

Marie Stuart. Ils avoient été arrêtés lors de la découverte

du complot de Babington, et leurs aveux, ceux de Nau

surtout, ayant fait convaincre la reine de complicité,

avoient achevé de la perdre. Nous ne savons quel est le

Pasquier nommé ici avec eux. Nous ne le retrouvons nulle

part.]

[Note 327: Elle parla de Nau avec amertume. Déjà, dans son

entrevue avec les comtes de Kent et Shrewbury, ayant appris

que Nau vivoit encore: «Quoy! avoit-elle dit, je mourrai

et Nau ne mourra pas! Je proteste que Nau est cause de ma

mort.»]

Une de ses dames[328] luy banda les yeux[329], puis elle se baissa

sur un billot[330], et l'executeur luy trancha la teste avec une

hache à la mode du[331] pays[332]; puis print la teste, la monstrant

à tous les assistans[333], car l'on laissa entrer en la dicte sale

plus de trois cents personnes du bourg et autres lieux.

[Note 328: _Var._: femmes.]

[Note 329: C'est Jeanne Kennedy qui lui banda les yeux

avec «un mouchoir brodé d'ouvrage d'or... qu'elle avoit

spécialement dédié à cet effet», dit Est. Pasquier,

d'accord pour ce détail avec le récit de Bourgoin dans

Jebb, t. 2, p. 610.]

[Note 330: _Var._: bloc.]

[Note 331: _Var._: de ce.]

[Note 332: «Bandée, elle s'agenouilla, dit Pasquier,

s'accoudoyant sur un billot, estimant devoir estre executée

avecques une espée, à la françoise; mais le bourreau,

assisté de ses satelittes, luy fit mettre la teste sur

ce billot, et la luy couppa avecques une douloire.»

D'après le _Vray rapport sur l'exécution_ (Teulet, t. 2,

p. 880-881), il paroît que le bourreau n'abattit la tête

qu'au second coup; il fallut même, suivant _le Martyre de

la royne d'Ecosse_ (Jebb, t. 2, p. 308), qu'il s'y prit à

trois fois: «Le bourreau luy donna un grand coup de hache,

dont il lui enfonça le attifet dans la teste, laquelle il

n'emporta qu'au troisième coup, pour rendre le martyre plus

illustre.» D'après notre relation, le supplice n'auroit

pas été aussi long, ce qui est d'accord avec un autre

récit reproduit dans le recueil déjà cité, _Life of Thomas

Egerton_, et où il est dit que le bourreau lui abattit la

tête «assez soudainement».]

[Note 333: «Il la décoiffa par manière de mespris et

dérision, afin de monstrer ses cheveux desjà blancs, et le

sommet de la teste nouvellement tondu, ce qu'elle estoit

contrainte de faire bien souvent à cause d'un reume auquel

elle estoit subjette.» (_Le Martyre de la royne d'Ecosse_,

dans Jebb, t. 2, p. 309.) Etoit-ce par ordre d'Elisabeth

que le bourreau agissoit ainsi, et n'y avoit-il pas de la

part de la reine d'Angleterre un raffinement de vengeance

à faire ainsi montre que cette femme, dont la jeunesse

et la beauté l'avoient si cruellement insultée, n'avoit

pas échappé plus qu'elle aux atteintes de l'âge et des

infirmités? Ce passage, que personne ne cite, méritoit

d'être remarqué.]

Aussi tost le corps fut couvert d'un drap noir et reporté en sa

chambre, où[334] il fut ouvert et embaulmé, comme l'on dict[335].

[Note 334: _Var._: j'ay entendu qu'il.]

[Note 335: «Le corps fut porté en une chambre joignante

celle de ses serviteurs, bien fermée de peur qu'ils n'y

entrassent pour luy rendre leur debvoir.» (_Le Martyre de

la royne d'Ecosse_, p. 309.)]

M. le conte de Cherobery depescha à l'heure mesme son fils[336] vers

la royne d'Angleterre pour luy porter nouvelles de ceste execution,

laquelle ayant esté faicte le mercredy dix-huictiesme du dit[337]

mois de febvrier, sur les dix heures du matin, lequel arriva vers Sa

Majesté le jeudy en suivant dix-neufviesme.

[Note 336: Henry Talbot.]

[Note 337: _Var._: de ce mois.]

Lesquelles nouvelles ne furent long-temps celées[338], car, dès les

trois heures après midy, toutes les cloches de la ville de Londres

commencèrent à sonner, et firent feux de joye par toutes les rues,

avec festins et banquets[339], en signe de grande rejouissance[340].

Le bruit est que la dicte dame mourant a tousjours persisté à dire

qu'elle estoit innocente, et qu'elle n'avoit jamais pensé à faire

tuer la royne d'Angleterre, et qu'elle pria Dieu pour elle, et

qu'elle chargea le dict Melun de dire au roy d'Escosse, son fils,

qu'elle le prioit d'honorer la royne d'Angleterre comme sa mère, et

de ne departir jamais de son amitié[341].

[Note 338: On lit dans la dépêche de M. de Châteauneuf:

«Lequel courier arriva à Grenvich, sur les neuf heures du

matin, vers Sa Majesté, le jeudy dix-neuviesme.» Ensuite

se trouve ce passage, omis ici: «Je ne sçay si il parla

à la royne, laquelle se alla pourmener ce jour à cheval,

puis au retour parla longtemps au roy de Portugal. Ledict

jour de jeudy, je depeschés à Vostre Majesté pour luy

porter ceste nouvelle, laquelle, etc.» Le roi de Portugal

nommé ici est D. Antonio, prieur de Crato, alors réfugié

près d'Elisabeth, et qui avoit un intérêt indirect dans le

dénoûment de ce drame, puisque, lors du dernier complot des

agents de Marie Stuart avec ceux de Philippe II, il avoit

été convenu expressément que, si l'affaire réussissoit,

l'on commenceroit par le livrer lui-même aux mains du roi

d'Espagne. La mort de Marie Stuart enlevoit un chef à

ces conspirations renaissantes dont il eût été l'une des

premières victimes. V. Mignet, _Histoire de Marie Stuart_,

t. 2, p. 288, et notre livre _Un Prétendant portugais au

XVIe siècle_, passim.]

[Note 339: Pasquier, qui semble avoir réglé sa relation sur

celle-ci, reproduit presque textuellement cette dernière

phrase. Dans le récit conservé dans le _Recueil_ d'Egerton,

il est aussi parlé de ces réjouissances.]

[Note 340: Ici la dépêche de M. de Châteauneuf continue

ainsi: «Voilà tout ce qui s'est passé au vray. Les

serviteurs de la dicte dame sont encore prisonniers et

ne sortiront d'ung moys, guardés plus estroitement que

jamais au dict chasteau de Fotheringay; les trois autres

sont prisonniers, toujours en cette ville. Ne se parle

pas si on les fera mourir ou si on les delivrera. Depuis

la dicte execution, M. Roger et moy avons tous les jours

envoyé demander passeport pour advenir Vostre Majesté

de la mort de la dicte dame; mais il nous a eté refusé,

disant que la royne ne vouloit pas que Vostre Majesté

fust advertie de cette execution par autre que par celui

qu'elle vous envoyeroit. De faict, ses ports ont esté si

exactement guardés que nul n'est sorty de ce royaulme

depuis XV jours que un nommé le Pintre, que la royne a

despeché à M. de Staford pour advertir Vostre Majesté de

la dicte execution.» Dans les quelques lignes qui sont

le commencement de la dépêche et qu'on a supprimées dans

la pièce imprimée, M. de Châteauneuf s'étoit plaint déjà

des obstacles qu'il avoit rencontrés lorsqu'il avoit

voulu faire parvenir au roi le récit du supplice de Marie

Stuart. «Sire, avoit-il dit, Vostre Majesté sera peut-être

estonnée de sçavoir les nouvelles de la mort de la royne

d'Escosse par le bruict commun qui en pourra courir à Paris

avant que d'en estre advertie par moy. Mais Vostre Majesté

m'excusera, s'il luy plaist, quand elle sçaura que les

ports de ce royaulme ont esté si exactement guardés que il

ne m'a esté possible de faire passer ung seul homme; et si

est plus que, ayant obtenu un passeport soubs aultre nom

que le mien, celui que je envoyois a esté arresté à Douvres

avec son passeport et y est encores à present, bien que je

le eusse despeché dès le XIX de ce moys après midy.»]

[Note 341: «Cette assertion, dit M. Teulet en note,

est tirée de l'avis de M. de la Châtre.» Nous en avons

parlé plus haut. Après cette phrase, la dépêche de M. de

Châteauneuf poursuit pendant plusieurs pages encore. Elle

se termine par la signature de l'ambassadeur et par cette

mention: _De Londres, le XXVII febvrier 1587._]

_L'Onozandre ou le Grossier, satyre[342]._

Variétés Historiques et Littéraires (05/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 15 / 19 段