Qui habitez dessus la croupe
Du haut mont heliconien,
Parmi les oeillets et les roses
Qui en tout temps y sont escloses
Dans le cristail pegasien;
Je n'oserois, dis-je, à ceste heure
Cheminer vers vostre demeure
Pour invoquer vostre secours,
Et pour gouster de l'Hipocrène
Le doux nectar, qui y amène
Mesmes les dieux à tous les jours:
Car je craindrois qu'une carcace,
Une charongne, une crevace,
Dont il me faut icy parler,
Infectast de sa pourriture
Ceste liqueur, la nourriture
De ceux qui vous vont visiter.
C'est un nez, mais nez de manie,
Dont je veux faire anatomie
Pour en oster le souvenir,
De crainte que par une peste
Il ne conduise tout le reste
Des mortels au dernier respir.
S'il y avoit quelque esperance
Qu'il peust prendre convalescence,
Esculape, je te prierois
Le traitter; mais plustot ton ame
Hipolite pour sa Diane
Feroit vivre encore une fois:
Car desjà un infect ozène[123]
Y a fait naistre une gangrène
Qui le prive de cet espoir,
Et puis son odeur ne demande
Que joindre son corps à la bande
Qui habite au triste manoir.
Il est encor bien raisonnable
Que de ce nez abominable,
Desjà cogneu de tous les dieux,
Qui le nient pour leur ouvrage,
L'horreur, et l'effroy, et la rage,
Paroissent pour l'eviter mieux.
Ce membre donc contre nature,
Puis qu'il fait une telle injure
Au plus beau corps de l'univers,
Il faut l'accommoder en sorte
Que l'on dise: La peste est morte
Par la mort de ce nez pervers.
Encor n'aura-t-il ceste peine
D'esprouver, comme ceux qu'on meine
Au gibet, la rigueur des fers
De ceux qui font l'anatomie.
Suffira pourveu que je die
Ses veritez dedans mes vers.
D'entre les parties integrantes
Qui en ce nez me sont presentes,
D'abord je descouvre une peau
Douce ainsi qu'un peigne à estoupe,
Molle comme d'un boeuf la croupe,
Et blanche comme un vieux fourneau.
Sous ce cuir il y a des muscles
Qui servent à ce nez de busques[124]
Mouvant ainsi qu'un elephant
Fait sa trompe, ou bien, pour mieux dire,
Comme sur le mast d'un navire
Une girouette le vent.
Au milieu est un cartilage
Que la carie a par usage
Troué comme est le parchemin
D'un laboureur par où il passe
La poussière qui se ramasse
Parmy le meilleur de son grain.
Des os poreux comme une esponge,
Qu'un ulcère sans cesse ronge,
Font de ce nez le fondement;
Il a des veines, des artères,
Des nerfs gros comme des vipères,
Et si n'a point de sentiment.
Toutes ces parties, dans leur place,
Composent ceste affreuse masse,
Qui en sa situation
Semble se maintenir dans l'ordre
Que nature aux autres accorde
Dedans leur composition.
Mais sa trop molasse substance,
Qui paroist ainsi qu'une pance
De quelque boeuf de nouveau mort
Remplie de fumier et d'ordure,
Monstre que desjà la nature
L'a reduict à son dernier sort.
De sa grandeur parler je n'ose,
Car c'est la plus horrible chose
A le voir quand il veut partir
De sa maison pour quelque affaire,
Qu'il faut ouvrir porte cochere,
Et si ne peut presque sortir.
Dans Meroé il se rencontre
Des hommes dont le nez fait monstre[125]
Autant qu'un des plus gros canons
De l'arsenac; comme besaces,
Les femmes jettent leurs tetaces
En arrière jusqu'aux talons.
Mais nez encor grand davantage,
Puis que ton maistre a eu partage
Avec ces monstres d'Arcadie;
Lors que, faisans guerre à Diane,
Leur forme fut une montagne
Par leur temeraire folie.
Ce nez punais n'a d'autre usage
Que pour servir à la descharge
Comme cloaque du cerveau,
Ou bien comme une chante-pleure[126]
Par où il decoule à toute heure
Plus d'une bassée de morveau
Au reste, ce nez poly-forme
Ne peut garder aucune forme,
Comme les autres, arrestée:
Tantost il prend une figure,
Tantost une autre qui ne dure
Pas plus que celle d'un Protée.
A l'un il paroist gros et large,
Remply comme un nez de mesnage;
A l'autre il se monstre carré,
Long, plat ou rond comme une boule;
A celuy-cy en bec de poule,
A celuy-là tout resserré.
Et, d'autant que ceste figure
Fait trop de tort à la nature
Par un changement si divers,
Je tascheray de la descrire
(Non pas que je pense tout dire
En si petit nombre de vers).
Nez d'Acteon, quand par mesgarde
Il vit Diane avec sa garde
Dedans une fontaine nue;
Nez de porc, nez de Bucephale,
Nez d'un monstre cynocephale,
Nez fait en crouste de tortue;
Nez que les pots et les bouteilles
Ont peint avec plus de merveilles[127]
Que n'eussent fait les Gobelins[128];
Nez qu'encor toute la vermine
A gravé avec plus de mine
Que les graveurs parisiens:
Car les fourmis, les marivoles[129],
Les areignes, les mouches-folles,
Les martinboeufs, les annetons,
Les cirons, les poux, les chenilles,
Les morpions, vers à coquilles,
Les hurbecs, les puces, les taons,
Les punaises, les escrouelles,
Les papillons, les sauterelles,
Les janjeudis, les escargots,
Bref, toutes les meres barbotes
En ont abandonné leurs grotes
Pour y apporter leurs efforts;
Nez fait en cornet d'ecritoire,
Qui sert à quelque vieux notaire
Il y a plus de deux cens ans;
Nez à fourbir les lichefrites,
Nez à fouiller dans les marmites
Et à ne laisser rien dedans;
Nez encor fait comme une rève,
Nez qui ne donne point de trève
Aux orphelins de ton quartier,
Nez fait en patte d'escrevisse.
Semblable à un cornet d'espice,
Nez fait en pilon de mortier,
Tu serois bon aux mascarades
Pour faire rire les malades
En ce bon jour du mardy-gras,
Car tu as desjà la figure
De quelque boëte à confiture
Et d'une chausse à hypocras[130];
Nez en forme de descrotoire,
Nez, comme il est à tous notoire,
Doux à toucher comme le houx,
Net comme le penis d'un ladre,
Chaud comme une pièce de marbre,
Poly comme un topinamboux;
Nez de citrouille, nez de pompe,
Nez de citron, nez de cocombre,
Nez propre à servir de boulon
Pour exprimer le jus de treille,
Nez fait en bouchon de bouteille,
Nez de gourde, nez de melon,
Nez propre à faire ouvrir la fente
D'un tronc où l'on veut faire une ente[131];
Nez en coque de limaçon,
En esventail de damoiselle;
Nez qui serviroit de truelle
Et d'oyseau[132] à quelque masson;
Nez fait en trident de Neptune,
Tu servirois encor d'enclume
A quelque pauvre forgeron,
A un vieux suisse de brayette,
A un tisserant de navette,
A un patissier de fourgon,
De crochet à quelques bons drolles
Pour porter dessus leurs espaules
Bources, cottrets, fagots, rondins;
Nez qui as encor bien la mine
De porter le bled et farine
Comme les asnes des moulins.
Tu serois encor très commode
Pour servir, gros nez à la mode,
De seringue aux pharmaciens:
Car tu trouverois à veuglette
Ces trous dont ta langue en cachette
A souvent frayé les chemins;
Nez à embaucher une botte,
Nez propre à mettre en une porte
Au lieu de quelque gros marteau,
Nez fait comme un vray pied de selle
Dont se sert quelque maquerelle
Pour descharger son gros boyau;
Nez, vray comme il faut que je meure,
Tu es semblable à une meure;
Mais, quand je voy tous ces picquons,
Tu me sembles une chastaigne
Qui est encor dedans sa laine,
Armée comme des herissons.
Tu as encor à des morilles
Du rapport par tous ces reicilles
Que font les souris et les rats
Sur toy, quand la nuict favorable
Les fait sortir de quelque estable
Pour venir prendre leurs esbats.
Mais les rats ont fait des merveilles,
Car ils t'ont fait cornet d'abeilles,
Et, si ton maistre avoit dessein
D'en loger dedans tes fossettes,
Pourveu qu'elles fussent plus nettes,
Il auroit tousjours quelque essein,
Essein qui le feroit gros sire,
Pourveu qu'il fist autant de cire
Et de miel comme du cerveau
Tu fournis les tiens à toute heure,
Coulant comme une chante-pleure
De pituite et de morveau.
Mais, ô nez! tu es trop malade,
Tu n'es bon qu'à mettre en salade
Qu'un vieux empirique affamé
Donneroit à son torche-botte,
Pour esprouver son antidote,
Au lieu du plus fin sublimé.
Nez de crapaut, nez de vipère,
Nez de serpent, nez de Cerbère,
Nez du plus horrible demon
Qui soit dans la troupe infernale,
Nez à qui plus rien je n'esgale
Pour en ignorer le vray nom.
Mais d'où vient que ce nouveau monstre
Sous tant de figures se monstre,
Sinon que pour punition
Il ait esprouvé tous les charmes
De Circé, et senty les armes
De toute malediction?
Il est ainsi, je te le jure,
Mais sans te faire aucune injure,
Car je sais trop bien, nez punais,
Qu'on n'en pourroit pas assez dire
Pour au vray te peindre et descrire,
Et qu'on n'acheveroit jamais.
Encor si tu n'avois d'enorme
Que cette si changeante forme,
Tu ne serois si desplaisant;
Mais ceste infecte pourriture,
Tous ces excremens de nature
Font que tu es à tous nuisant:
Car là-dedans un crin de truye,
Plus gluant qu'une fraische plye,
Bourgeonne, comme par despit,
Plus ord que celuy de Meduse
Après que Neptune, par ruse,
En eust pris l'amoureux deduit;
Crin qui faut en chambres secrettes
Arracher avec des pincettes
Quand on veut ce gros nez larder,
Ou bien pour y souffler de l'ambre
Pour un polipe ou pour un chancre
Dont on ne le sçauroit garder:
Car un punais carcinomate[133]
Pour ordinaire le dilate
Encor plus qu'un gros limaçon,
Et s'il ne peut, quoy qu'il se peine,
Respirer s'il ne prend haleine
Par la bouche en nulle façon.
Nez qu'il faut encor que l'on sale
Pour t'empescher d'estre plus sale,
Et pour retrencher le chemin
A la rigueur de quelque ulcère
Qui te conduira à la bière,
S'il en peut estre un si malin;
Ulcère qui dans le visage
Te ronge jusqu'au cartilage,
Et tout ce qui dans le tombeau
Nous laisse à descouvert la face
D'une espouventable carcasse,
Le changeant en terre et en eau.
Nez qu'il faut remplir, pour tout dire,
De ces bonnes poudres de Cypre
Et de ces unguens de senteurs,
De crainte que dedans le monde
Le feu et l'air, la terre et l'onde,
Soient infectez de tes odeurs;
Mais de crainte encor davantage
Que les humains ayent partage
En ceste malediction,
Comme desjà dedans ta race,
Par une hereditaire trace
Nous voyons ceste infection.
O salle engeance de vipère!
Pourquoy avois-tu un tel père,
Lequel à la posterité
Laissast le plus horrible monstre
Qui dans l'univers se rencontre,
Avoir tout le monde irrité?
Monstre qui, s'il estoit pour vivre
Longtemps, pourroit enfin produire,
Par ses sales exhalaisons,
Une peste au monde commune
Qui blesseroit mesme la lune
Et pervertiroit nos saisons.
Mais, ô bon heur pour la nature!
En toy comme en ta geniture
Ceste peste pourra perir,
Puisqu'un chacun aura la force
D'eviter la punaise amorce
Qui te fera bien tost mourir.
Pleust à Dieu que desjà la Parque
T'eust fait approcher de la barque
De ce vieux nautonnier d'enfer,
Afin qu'en delivrant les hommes
Il y conduise tes charongnes
Pour à jamais les estouffer!
Aussi bien n'y a-il au monde
Une Arabie tant feconde
Gui produise suffisamment
D'aloës, d'encens et de mirrhe,
Et tous les simples qu'on peut dire,
Pour te composer des unguens.
Or, sus, ceste Parque infernale
Se lasse que de toy on parle.
Commence donc, ô nez pervers!
A n'esperer plus dans ce monde
Demeurer; il n'y a que l'onde
Qui te conduira aux enfers.
Mais je crains bien que ceste race,
Quoy qu'on y ait marqué ta place,
Ne t'en accordera l'entrée,
Crainte que ta puante haleine
Ne soit une nouvelle peine
Aux esprits de ceste contrée.
Ouy, l'on t'en fermera la porte;
Mais une plus affreuse grote
Qui se rencontre en l'univers
Est preparée pour ta demeure,
Où tu souffriras en une heure
Plus qu'en mil ans dans les enfers.
[Note 123: Ulcère du nez putride et fétide. (_Dict. de
Furetière._)]
[Note 124: Le _busque_ étoit un treillis dur et piqué que
les tailleurs mettoient au bas des pourpoints pour leur
donner plus de fermeté.]
[Note 125: C'est-à-dire a de l'_apparence_, du _volume_.]
[Note 126: Sorte d'arrosoir dont l'eau s'échappoit avec un
bruit agréable. De Cailly fut un jour fort tourmenté au
sujet de l'étymologie de ce mot. Il s'en vengea par cette
épigramme:
Depuis des jours on m'entretient
Pour savoir d'où vient _chantepleure_.
Au chagrin que j'en ai, j'en meure!
Si je savois d'où ce mot vient,
Je l'y renverrois tout à l'heure.]
[Note 127: Dans les _Joyeusetez_ publiées par M. Techener
se trouve une pièce où le mauvais état d'un nez pareil à
celui-ci est aussi reproché aux vendeurs de vins frelatés:
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Par taverniers brouilleurs de vins
Gros bourgeons avons entour nez;
Ce sont biens que nous ont donnés
Les taverniers en leurs buvettes.
Voyez nos nez bien bourgeonnez.
N'en reste plus que les cliquettes.]
[Note 128: Ils faisoient déjà merveille, surtout pour la
teinture rouge, un demi-siècle avant l'époque où cette
pièce dut paroître. Dans son ode XXIe, Ronsard avoit pu
vanter:
... Le riche accoustrement
D'une laine qui dément
Sa teinture naturelle
Espaisse du Gobelin,
S'yvrant du rouge venin
Pour se desguiser plus belle.]
[Note 129: Mouches de marais.]
[Note 130: C'est ce que Taillevent appelle le _couloir_
dans lequel on mettoit le vin et tout ce qui composoit
l'hypocras. «Et le pot dessoubs, dit-il, et le passez tant
qu'il soit coulé, et tant plus est passé et mieux vault,
mais qu'il ne soit esventé.»]
[Note 131: Greffe.]
[Note 132: Ce qui sert à porter le mortier. Cet outil
s'appelle ainsi à cause de sa forme, et parcequ'on le porte
comme des _ailes_ sur le dos. Vigneul-Marville a employé ce
mot dans ses _Mélanges_, t. 3, p. 278.]
[Note 133: Pour _carcinome_, cancer.]
_Extraict de l'inventaire quy s'est trouvé dans les coffres de
M. le chevalier de Guise, par madamoiselle d'Antraige et mis en
lumière par M. de Bassompierre. Avec un brief catalogue de toutes
les choses passées par plusieurs seigneurs et dames de la cour, le
tout recherché et escript de la main dudict defunct et presenté aux
amateurs de la vertu._
M.DC.XV., in-8[134].
[Note 134: Cette pièce doit être rangée dans un genre
de facétie que ce bon Palaprat, qui sans doute n'avoit
pas même lu Rabelais et son chapitre de la _librairie de
Saint-Victor_, crut avoir inventé au XVIIe siècle. (V. ses
_oeuvres_, Paris, 1712, in-12, t. 1, p. 278-279.) C'est un
de ces catalogues de _livres imaginaires_ sur lesquels M.
P. Jannet, sous le pseudonyme de Hænsel, a publié dans le
_Journal de l'amateur de livres_ (1er septembre 1848) un
très curieux article, que nous avons cherché à compléter
dans une lettre publiée par le même journal au mois de
janvier 1850. La pièce que nous reproduisons est si rare
qu'elle nous échappa alors, ainsi qu'à M. G. Brunet, qui
avoit le premier donné un petit supplément à l'article de
M. Hænsel dans le numéro du 1er décembre 1848 du journal
déjà cité.]
ET PREMIÈREMENT,
Un traicté de la bonne inclination des bastars, desdié à M. de
Vandosme, par le comte d'Auvergne[135].
[Note 135: César, duc de Vendôme, étoit, comme on sait,
fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées (V.
notre t. 2, p. 253), et le duc d'Angoulême bâtard de
Charles IX et de Marie Touchet.]
Dialogue de la commodité des ongres, entre la comtesse de Vignoyts
et la ravigrave, desdié à M. le comte de Curson[136].
[Note 136: Gentilhomme de la maison de Foix. V. sur lui un
vers des _Contreveritez de la Cour_ dans notre t. 4, p.
343.]
Discours appoliticque, composé par Unisans, secretaire de M. le
marechal d'Ancre, par lequel il veut prouver que la cagade faicte par
son maistre a esté un violent effort de sa valeur, qui a despravé les
functions de la vertu restringente, et non la foire de la prehension,
comme veulent dire quelques medisans, desdié au dict sieur mareschal.
La vie de Charles le Simple avec les traictez des commoditez de
l'ignorence, composé par M. de Souvray[137] pour servir d'instruction
au roy.
[Note 137: Gilles de Souvray, marquis de Courtanvaux,
maréchal de France, gouverneur de Louis XIII.]
Le pouvoir, faculté et vertu de l'engin de l'homme, trouvé aux
registres du feu duc de Rais[138], et par luy desdié à la royne
Catherine de Medicis, mis en lumière et faict imprimer aux despends
du roy par le marechal d'Ancre.
[Note 138: Albert de Gondi, duc de Retz, maréchal de
France. Il est souvent parlé de lui et de sa femme,
Catherine de Clermont, dans la _Confession de Sanci_.]
Discours du procez intenté par devant les dames de la cour, d'un
certain François, demandeur en requeste, tendant aux fins que soient
faictes deffenses à tous les estrangers[139] de ne labourer les
jardins des dictes dames, ny semer de leurs graines, veu les parties
naturelles des François, avec l'arrest des dictes dames par lequel il
est dict que les parties produiront leurs pièces par devant elles,
pour icelles veues, visitées et meurement considérées, faire droict
ainsi que de raison.
[Note 139: Les Italiens de la suite du marquis d'Ancre,
_Coglioni di mila franchi_. V. notre t. 4, p. 25.]
Remonstrance faicte à la royne par madame d'Ancre sur le peu
d'utilité qu'il y a d'employer les petits engins aux grandes et
profondes affaires, tendant à ce que Bassompierre ne soit admis à
ceux[140] du cabinet.
[Note 140: C'est-à-dire aux _affaires_. C'étoit alors un
mot masculin. V. notre t. 1, p. 133, note.]
L'usage des casaques à deux envers[141] avec leurs utilitez et
manière de s'en servir, composé et imprimé aux despens de M. le duc
de Vandosme, desdié à la royne.
[Note 141: La casaque étoit aux couleurs, à la _livrée_ du
parti qu'on suivoit, mais faite de telle sorte que, si,
après la défaite du parti, il devenoit dangereux de la
porter, l'on pouvoit la retourner sans qu'il parût qu'elle
fût à l'envers. M. de Vendôme, l'un des esprits les plus
changeants de ce temps-là, tantôt pour la reine, tantôt
pour les princes, avoit une casaque de cette espèce. «Il
falloit, dit Le Laboureur, vaincre ou mourir, ou bien
devestir cette casaque, ce qui arrivoit assez souvent, ou
pour arrester les fâcheuses suites d'un évenement sinistre,
ou bien cela se faisoit pour eviter la honte et l'infamie
d'une lasche action; ce qui pourroit bien avoir donné
origine à l'expression proverbiale: _Il a tourné casaque_,
laquelle se dit aujourd'hui de ceux qui changent de parti.»
_De l'origine des armes_, Lyon, 1658, in-4, p. 8.]
La façon de prendre la place par derrière, de M. de Brissac[142],
dedié aux beaux esprits de ce temps.
[Note 142: Ceci tendroit à nous donner sur les moeurs
du maréchal de Brissac des soupçons qu'un passage de
l'_Inventaire des livres de M. Guillaume_, mal compris
par Le Duchat, nous avoit d'ailleurs suggérés déjà: «Une
consolation à M. de Brissac sur la mort de sa femme, par le
vidame de Chartres.»]
Comparaison en forme de parabolle de maquerellage et de l'art
militaire, desdié à M. de Lavarenne[143], et composé par
Bonneuil[144].
[Note 143: Le fameux La Varenne, qui, de cuisinier,
étoit devenu marquis, conseiller d'Etat et gouverneur de
La Flèche, le tout grâce à ses obligeants services de
proxénète, ce qui faisoit dire qu'il avoit plus gagné à
porter les _poulets_ du roi qu'à les piquer.]
[Note 144: René de Thou, seigneur de Bonneuil, introducteur
des ambassadeurs. V. Blanchard, _Eloges des présidents à
mortier_, et notre t. 4, p. 341.]
Paradoxe par lequel il est prouvé que les ladres n'ont point d'autre
commodité que l'incommodité en ceste vie, composé par Plainville et
desdié à M. de Rostin[145].
[Note 145: Il est appelé M. Le Rostein dans la facétie du
même genre que celle-ci qui a pour titre: _Bibliothèque de
Mlle de Montpensier_. On y met sous son nom un livre dont
le titre: _Les lamentations de saint Lazare_, est loin de
démentir ce qu'on lit ici. Il paroît décidément qu'il étoit
lépreux.]
La comedie de ma commère, représentée de MM. les princes retirez de
la cour, en faveur du president de Thou.
Discours de patience, dicté par Mme de Longueville[146] et dédié à la
marquise d'Ancre.
[Note 146: Catherine de Gonzague de Clèves, mariée en 1582
à Henri d'Orléans, duc de Longueville, morte en 1629, âgée
de 61 ans.]
Traicté des plus emerveillables coups de plume et de rabots[147]
que les predecesseurs de Conchine et de sa femme ont donné pour
le service de la republique du duc de Florence, avec l'arbre et
genealogie, le tout fidellement extraict par Dolé et dedié au
seigneur Jean de Medicis.
[Note 147: Le père de Concini était menuisier.]
Les moyens de bastir superbement et solidement avec la cire, sans
crainte d'autres chaleurs au soleil que celuy de justice ne luit
point sur nostre orison, par le chancelier de Sillery[148], dedié aux
ouratiers[149] de la chancellerie.
[Note 148: Nicolas Brûlart, marquis de Sillery, garde des
sceaux depuis 1604. V. notre t. 2, p. 133.]
[Note 149: Lisez _couratiers_, _courtiers_.]
L'invention, sans magie, pour faire parler les morts, par MM. les
secretaires d'Etat, dedié aux thresoriers de l'espargne.
Charme du scilence, apporté du sabat par la Dutillet[150], de l'an
mil six cens dix, au duc d'Espernon, pour s'en servir en temps et
lieu.
[Note 150: Dame galante et fort intrigante. Il est parlé
d'elle au liv. 2, chap. 1, de la _Confession de Sanci_, et
d'Aubigné la nomme au chap. 16 du _Baron de Fæneste_. Ce
_Charme du silence_, qu'elle donne en 1619 à M. d'Epernon,
n'étoit pas sans utilité pour lui, puisqu'on l'accusoit de
savoir la vérité sur l'assassinat de Henri IV, et puisqu'il
sut trouver le moyen de ne pas la dire.]
Articles secrets de l'alliance d'Espaigne, dedié à Messieurs de la
religion.
Comparaison des grands exploits faicts en la mer Méditerranée par le
general des galeres avec ceux de M. l'amiral en la mer Oceane, dediez
à M. de Villars[151].
[Note 151: Honorat de Savoie, marquis de Villars, avoit eu
la charge d'amiral après l'assassinat de Coligny. Il n'y
fit pas merveille, et la comparaison indiquée ici n'étoit
certainement pas à son avantage.]
Un traicté de la furie, et description par le comte de Brissac, avec
un discours des commoditez des calottes, dedié à la Margellette.
Discours sur l'appareil que le marquis de Marigny, Chateauneuf de
Bretaigne, Silly[152] de Normandie, Mailly de Picardie, et plusieurs
autres, font pour aller à Saint-Mathurin[153], pour estre guaris du
mal de teste, desdié au mesme.
[Note 152: Henri de Silly, comte de Rochepot.]
[Note 153: Patron des fous.]
La vie de Ludovic Sforce, composée par Peronne, desdiée au duc
d'Espernon[154].
[Note 154: Ceci donnerait à penser qu'on soupçonnoit M.
d'Epernon de vouloir tenter contre Louis XIII ce que
Ludovic le More n'avoit essayé qu'avec trop de succès
contre son neveu Galeas Sforza, mort empoisonné par lui le
21 octobre 1494.]
Les exemples de la bonne foy du president Jeannin, à recueillir du
traicté par lui faict avec le feu duc de Biron[155], desdiez à MM.
les princes retirez de la cour.
[Note 155: Le président Jeannin et le chancelier de Sillery
avoient fait en 1601 le traité avec le duc de Savoie, et
l'on disoit qu'en même temps qu'ils traitoient avec ce
prince pour le roi, ils traitoient aussi en secret pour le
maréchal de Biron, qui en effet trahissoit alors la France
au profit de la maison de Savoie.]
Un traicté de la difficulté qu'il y a d'arrester les faucons hagards
et leur faire revenir sur un vieux lièvre, par le sieur baron de la
Chasteneraye, dedié à Roquelaure[156].
[Note 156: Antoine de Roquelaure, fait maréchal de France
en cette même année 1615. Il avait 71 ans, mais c'étoit
pure calomnie de comparer ce vieux brave à un vieux lièvre.]
La vie du feu connestable Saint-Paul[157] dediée au vieux mareschal
de Bouillon[158], pretendu vice-connestable de France, composée dans
la Bastille par le comte de la Roche, escript en parchemin rouge.
[Note 157: Celui que Louis XI fit décapiter.]
[Note 158: Henri de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon,
étoit soupçonné d'avoir des relations avec les princes
d'Allemagne.]
L'enfantement des montagnes, composé par le duc de Savoie, desdié aux
princes.
Discours secret de l'amitié de M. d'Espernon vers son fils de la
Vallette, avec une remonstrance aux bons pères en faveur des enfants
obeissans[159].
[Note 159: Le duc d'Epernon avoit, en 1611, refusé son
consentement pour le mariage de son second fils, le marquis
de la Valette, avec la fille du maréchal d'Ancre. Ce
fils, qui étoit très jeune, et par conséquent très porté
à l'obéissance pour de tels ordres, épousa, onze ans plus
tard, la fille de Henri IV et de la marquise de Verneuil.]
La louange de la chasteté et pureté de la vie, composée par
l'evesque de Rieuls et dediée à la royne Marguerite.
Complainte de la Saguoine sur l'inconstance des hommes, dedié au
baron des Termes[160].
[Note 160: César Auguste de Saint-Lary, baron de Termes,
avoit pour maistresse une fille de la reine, nommée la
Sagonne, avec laquelle il fut trouvé couché. La reine
chassa la Sagonne, et peu s'en fallut qu'elle n'obtînt du
roi qu'il envoyât M. de Termes à l'échafaud.--Ce nom de la
Sagonne cache Diane de la Marck, femme en troisièmes noces
de Jean Bahou, comte de Sagonne.]
Le Boittelette du beau Mortemart[161] dedié aux hermaphrodictes.
[Note 161: Il est aussi parlé de lui à l'art. 62 de
l'_Inventaire de la bibliothèque de maître Guillaume_.]
La promptitude Liverit, dedié à La Ferté[162].
[Note 162: Gouverneur de Chartres, qui avoit mis en effet
assez de promptitude à livrer la place.]
Apologie du Cel Castel contre ceux quy denient que M. le prince
de Condé soit legitime, dedié à la memoire de feu M. le comte de
Soissons[163].
[Note 163: Frère puîné du prince de Condé, dont la
légitimité est ici mise en doute. Il étoit mort en 1612.]
Histoire du malheureux advènement causé par l'adultaire, composé par
la comtesse de Limours[164], et dedié à Mme de Vilars[165].
[Note 164: Femme de ce comte de Limours qui, selon les
_Contrevéritez de la cour_ (v. notre t. 4, p. 341) avoit
si mauvaise mémoire. Les actions de Mme la comtesse ne
semblent pas avoir été de celles dont il fût bon de se
souvenir.]
[Note 165: Soeur de Gabrielle d'Estrées, pour laquelle
Henri IV eut un penchant passager. V. Sauval, _Galanteries
des rois de France_, 1731, in-12, t. 2, p. 354.]
Le merite qu'il y a de se contenir en viduité, escript par Mme de
Marmoutier et dedié à Mme de Guise la Doriere[166].
[Note 166: La _douairière_.--C'est la même qui fit beaucoup
parler d'elle, pendant son veuvage, à cause de son commerce
avec M. de Bellegarde. Le 55e article de l'_Inventaire des
livres trouvés en la bibliothèque de M{e} Guillaume lui
est consacré_: «Trois livres enseignants de conserver sa
virginité devant et après l'enfantement, par Mme de Guise,
dédiés à Mme de Vitry.»]
Le miroir de la chasteté des dames de ce temps, composé par Mme de
Santiny et dedié à Mme la duchesse de Seully.
La louange de la fidelité conjugalle, par le comte de Chiverny[167]
et dedié au comte de Grammon[168].
[Note 167: L'auteur des excellents _Mémoires_ souvent
réimprimés. Je l'aurois cru exempt de ces sortes de
malheurs.]
[Note 168: Philibert de Grammont, second mari de la belle
Corisandre d'Andouins, l'une des plus célèbres maîtresses
de Henri IV.]
La piteuse et deplorable avanture d'Acteon, mangé par les chiens
après avoir esté metamorphosé par Diane en forme de cerf, composé en
vits françois par Madame la fouteuse de Balaigny[169] et dedié à la
memoire de son mary.
[Note 169: Diane d'Estrées, soeur de Gabrielle, seconde
femme de Jean de Montluc, seigneur de Balagny, maréchal de
France.]
Poeme tragique de Landry et de la royne Fredegonde, composé par la
marechalle d'Ancre, et dedié à la royne.
L'art honneste de petter, pratiqué et composé par le president
Duret[170], dedié à M. de Roquelaure.
[Note 170: Duret de Chevry. V. sur lui notre édition des
_Caquets de l'Accouchée_, p. 147.]
Veritable discours du poëte de Marseille et de sa vie, mis en lumière
par Madamoiselle de Vitry, quy dit l'avoir assisté à tous les
merveilleux traits de son mestier.
Les excellents et doctes sermons du cardinal de Sourdy[171] desdié
à un Marguillier de Sainct-Germain-de-l'Auxerroy, par l'advis du
cardinal de Bousy[172].
[Note 171: V. sur les moeurs de ce prélat notre t. 4, p.
340. C'est avec intention qu'on fait dédier ses sermons à
un marguillier de Saint-Germain-l'Auxerrois. L'hôtel de
Sourdis étoit proche de cette église; il avoit donné son
nom à une petite impasse qui ne vient que de disparoître.]
[Note 172: Celui qui avoit négocié le mariage de Henri IV
et de Marie de Médicis.]