Autre plaidé de Mignotis, aussi advocat en la cour, plaidant pour

les amoureux mignons, meneurs souz bras, Narcisses de villes, Adonis

de rues, courtisans de boutiques, supposts de bal, muguetteurs

de filles, senteurs de vesses, odorateurs de pets, rabats blancs

aux sales chemises, cureurs de dents aux ventres creux, mesnagers

d'amour, distillateurs de souspirs, fondeurs de larmes et autres

semblables, disant que, pour le regard aussi de ses parties, il

auroit un notoire grief si les conclusions du procureur general

estoient suyvies par la cour, attendu qu'elle sçait bien que, pour

passer ce Caresme, à cause des glaces qui ont fermez la debite

de la mer, l'opulence des rivières et l'abondance des vivres, il

n'y a que de vieille moulue et de vieux harans sorets et blancs,

lesquels ils seroient contraints manger, et d'iceux imbiber leurs

accoustremens, leurs mains, leurs cheveux, leurs nez, leurs bouches,

d'où ils seroient contraints de recevoir une odeur punaise, laquelle

les priveroit du doux entretien de leurs dames, du baiser de leurs

favorites, du toucher de leurs amantes, et enfin du doux propos,

gratemains, meneries[105], happallages[106], metonimies[107],

passement de ponts, sautement de boue, montement d'escaliers,

levemens de gans, prises de manchons, serremens de doigts, baisement

de mains, ostentation de lèvres, et autres petites faveurs que

l'amour, la privauté, la bien-sceance, la raison, le genre, l'espèce,

la difference, le cognatis[108], et autres entretiens d'amour

pouvoient permettre à ses parties avec toutes sortes de dames,

damoiselles, filles, pucelles, vierges, damoiselles de boutiques, de

chambre, de tablier, de cuisine, de garderobes et autres, d'où ils

recevroient de grands dommages et interests; partant conclut à ce

que ils ne soient contrains de vivre souz le règne de Caresme, mais

d'heberger ledit Mardy-Gras. Signé MIGNOTIS.

[Note 105: Dérivé singulier du verbe _mener_. L'on entend

ici cette douce chose du commerce amoureux qui consiste à

se faire partout le compagnon, le _meneur_ de celle qu'on

aime. Mme de Staal (Mlle de Launay) dans ses charmants

_Mémoires_, (édit. Colnet, t. 1, p. 15,) fait une très fine

remarque sur les indices qu'une femme peut tirer de ces

_meneries_ pour s'assurer du degré d'amour qu'un homme a

pour elle. Elle parle de M. Brunet, qui, les jours qu'elle

sortoit de son couvent pour aller chez mesdemoiselles

d'Epinay, s'empressoit toujours de la reconduire. «Je

découvris, dit-elle, sur de légers indices, quelque

diminution de ses sentiments... Il y avoit une grande place

à passer, et, dans les commencements de notre connoissance,

il prenoit son chemin par les côtés de cette place. Je vis

alors qu'il la traversoit par le milieu: d'où je jugeai que

son amour étoit au moins diminué de la différence de la

diagonale aux deux côtés du carré.»]

[Note 106: _Hypallage_, figure de langage qui consiste à

employer des mots recherchés.]

[Note 107:

Grand mot que Pradon croit un terme de chimie,

comme dit Boileau, _Epit._ VII, v. 54, et qui est, on le

sait, la figure de rhétorique qui consiste à prendre la

cause pour l'effet, le contenant pour le contenu, _et vice

versa_.]

[Note 108: Amitiés de cousin et de cousine.]

_Dire et opposition des Dames._

Autre plaidé pour les dames, comparant par Fardois, leur procureur,

et par Mignardin, leur advocat, disant que, pour lesdites dames

ses parties, il a un notable interest à s'opposer aux conclusions

prises par le dit procureur general, pour une seule raison assez

valable, et qu'il alleguera seulement, pour n'ennuier la cour,

outre ce qu'il desire faire son profit et affermir son dire de

tout ce qui a esté plaidé par l'advocat dudit prince Mardy Gras

et par les advocats des atheismates et epicurois, et des artisans

et des amoureux. C'est que la cour sçait très bien que toute leur

grandeur, leur gloire, leur honneur, leur valeur, leur recherche,

le desir qu'on leur a, l'affection qu'on leur porte, la cour,

reverences, bonnetades, alongemens de pieds, baisemens de mains, ris

en sucrez, avancemens de reins, guignemens de teste, toussemens,

souspirs, tourdemens de col[109], croisemens de bras, pas de perdrix,

gemissemens de torterelles, arquebusades d'amour, assiegemens de

marguerites, presens, offres de bouquets, chatouillemens d'espingles,

discours, alarmes, derouillement de dragée[110], bals de festes et

de jours-ouvriers, compagnies de sale, de chambre, d'anti-chambre,

de magasin, de cuisine, de boutique, d'arrière-boutique, de cave,

de tablier, de sale, de soleil, d'ombre d'arbres, de tournoy, de

cheval, de pié, de coiffure, d'empois, de pigner, d'envoys de

lettres, de poulets, d'ambassades et d'assistemens en toute sorte

d'affaires, de negoce, de besoin que l'on leur peut faire (sans

prejudice des recherches que la mauvaise condition du temps faict

touchant l'argent qu'on demande _juxta illud sine ipso factum est

nihil_, et qui n'a point d'argent n'a point d'amy, et que l'argent

faict chanter les aveugles, et que _ubi divitiæ ibi nuptiæ_, et

que _sine Cerere et Baccho friget Venus_, et autres tels proverbes

qu'aporte la mauvaistié du siècle), gist principalement en la beauté,

et que la beauté ne se peut entretenir sans la bonne condition des

viandes, laquelle ne peut estre aux harans sorets et merluches, et

_in alias hujusmodi_, pleines de flegmes et catarres, lesquelles,

au lieu de les rendre belles, les pourroient provoquer à la toux,

et par consequent rendre hydeuses, et que mesmes, en l'esmotion de

catarres et de toussement, se pourroit perdre l'albastre que les

dames (aydans à la nature et ce qui leur est permis, _juxta illud

cumulata juvant_), appliquent, approprient, engluent, lissent,

aplanissent, accommodent, adjoustent et emplastrent sur leurs joues,

mains, sourcils, lèvres, teint, cheveux et autres parties du corps,

lesquelles (cependant que les couvertes sont au corps de garde

d'Amour) font la sentinelle dehors; partant conclut, au nom des

dames ses parties, qu'il leur soit permis, attendu ce que dessus,

de ne recevoir le règne de Caresme, mais qu'elles puissent heberger

Mardy-Gras.

[Note 109: Contorsions du col que l'on fait pour regarder

en sournois, ou en amoureux, ce qui est tout un.]

[Note 110: Offres de dragées propres à _dérouiller_ la

gorge.]

_Dire des Gueux._

Autre plaidé de Pedouillas, plaidant pour les gueux, dit qu'il plaise

à la cour voir ses parties, pauvres, sans support, tueurs de poux à

la centeine, crieurs de misericorde sans besoin, feigneurs de jambes

rompues, representateurs de faux estropiemens, bruslures, playes,

hydropisie, mal de saincts, imposteurs de danses[111], deguiseurs

de folies, faineans, bannis de la republique des arts, exilez de

la monarquie du travail, preneurs d'où il y en a; et puis le peu

de charité qui règne aujourd'huy est telle que, si la viande ne

pourrit, le pain ne moisit, et l'argent ne regorge au garde-mangeoir,

en la depense et en la bourse du justicier, du gentil-homme, de

l'ecclesiastique, du riche bourgeois et de l'artisan commode, ses

pauvres parties sont pour mourir de faim, principalement en ce

Caresme, qui est survenu en un temps qu'il ne se peut pescher aucun

poisson propre à faire poutage, seule esperance de ses allanguies

parties; partant conclut selon le chapitre: _Necessitas non habet

legem._ Ainsi signé: PEDOUILLAS.

[Note 111: C'est-à-dire qui font semblant d'être atteints

de la maladie dite _danse de Saint-Guy_.]

_Dire du fermier de la boucherie de Caresme[112]._

[Note 112: Voy. une des notes précédentes.]

Autre dire et plaidé de Faux-Poix, advocat, remonstrant, au nom

du fermier de la boucherie de Caresme, que ceste année l'on luy a

haussé le chevet de la ferme plus qu'on ne souloit, et laquelle il a

accepté à haut pris en intention et tenant pour certain que Caresme

ne comparoistroit nullement, ou que, s'il comparoissoit, ce seroit

seulement _pro forma_, sans que monsieur Mardy-Gras feut chassé,

et que, s'il estoit chassé, ce seroit notoirement sa ruyne et de

ses petits enfants, lesquels sont en grand nombre; partant conclut

que Mardy-Gras ne soit point debouté, ou en tout cas qu'il luy soit

rabatu du pris de la ferme. Signé FAUX-POIX.

Arrest par lequel est ordonné que les pièces seront mises pardevers

la cour et au conseil du 14 febvrier an 1603. Signé LANTILLIN,

greffier. Requestes, repliques, dupliques et autres pièces servant à

la decision du procez, bien et meurement digerées,

_Dit a esté que_:

La cour souveraine des Riflasorets, establie en la royalle ville de

Saladois, a annullé, cassé, et annulle et casse la garantie par les

Epicurois et Atheismates prise pour Mardy-Gras, comme estant plaine

de mauvais dol contre les edicts des SS. Pères et constitutions de la

vraye Eglise; en ce faisant, a banny et bannit ledit Mardy-Gras du

ressort et empire de la cour pour le temps et espace de quarante et

un jours, lequel temps, pour certaines causes à ce mouvantes la cour,

commencera depuis la minuict du 16 de ce mois de febvrier, appellé le

dimanche des Brandons, tirant à la minuict du 17 dudit mois, jusques

à la minuict precisement du 30 de mars prochain, sans avoir esgard au

dire du sindic des penitentiates et jeusnamites; a inhibé et deffendu

audit Mardy-Gras de comparoistre pendant ledit temps en aucun lieu

du ressort de ladite cour, sur peine d'estre procedé contre luy

corporellement et autrement, selon qu'il est contenu aux saintes

constitutions de Caresme, sans toutesfois prejudicier aux priviléges

des Frelaudois en ce que concerne leur liberté de conscience

alleguée, en laquelle, veu la misère du temps, pour certaines bonnes

causes et raisons de peu des scandales, et jusques à ce qu'autrement

en soit ordonné, la cour a maintenu et maintient lesdits Frelaudois.

Bien leur enjoint de fermer la porte purement et simplement audit

Mardy-Gras et ses supposts le Vendredy et Samedy, sur peine d'estre

injuriés, querellés et appeliez de leur nom; particulierement

l'enjoint à ceux qui ont encore quelques rays[113] du soleil de la

vraye recognoissance illuminant leur ame.

[Note 113: Rayons.]

Et en ce que concerne les remonstrances des malades, fiebvreux et

autres, ou soy-disants tels, leur a permis et permet ladite cour

heberger quelques supposts de Mardy-Gras pendant leur maladie, à la

charge d'obtenir dispense par le rapport des medecins, sur peine

que, si le rapport des medecins n'est vray, lesdits medecins, et non

iceux soy-disans malades, porteront à Pasques la penitence de l'excès

commis contre la majesté de Caresme;

Defendant très expressement à toute sorte, qualité, condition et sexe

d'autres personnes, d'heberger ny recognoistre ledit Mardy-Gras ny

ses supposts, sur les peines contenues aux saintes constitutions de

Caresme, ledit temps pendant, sans prejudice toutesfois aux amoureux

qui auront le moyen, de peur de la puanteur des harans et merluches,

se pouvoir musquer les gands, la barbe et les cheveux et autres

parties de leur corps; et à ceux qui n'ont le moyen, de garder la

maison, la boutique, et n'aller aux assemblées et bals; ensemble

aux dames a permis et permet de manger la matinée le petit oeuf

frais sortant du cul de la poule (si tant est qu'elles en treuvent)

pour entretenir leur enbonpoint; et en cas qu'elles n'en treuvent,

leur donne licence, ladite Cour, feindre des mal d'estomach et dire

qu'elles sont malades; pour jouyr, ce faisant, des priviléges de la

maladie, et où leur petit _adjutorium_ de beauté coulast de leur

visage, pouvoir saluer et parler avec tous ceux qui les accosteront

sans tirer le masque[114], ou se venir à l'obscur dans quelque

chambre, et jamais ne se laisser voir en autre posture; n'entendant

en ceste deffense, ladite cour, avoir compris les pauvres artisans

et les gens ausquels, suyvant le chapitre _necessitas_ et de _mortua

charitate_, permet de se pourvoir comme ils pourront, et manger

quant ils en auront et de ce qu'ils trouveront, et ce à la charge

qu'ils diront le tout à leurs confesseurs à Pasques, et que, si

quelqu'un voit leur marmite bouillir, ils diront et soustiendront

que c'est poutage d'huille ou de beure, ou fait de legumes; et a

debouté et deboute ladite cour le fermier de la boucherie de ses

oppositions, mettant toutes les parties, au reste, hors de cour et

de procez respectivement sans despens; et, civilisant l'action en

excès pretendue par ledit Caresme contre ledit Mardy-Gras, auquel a

permis et permet pouvoir disposer pendant ledit temps qu'il doit

partir de la quantité de meubles, biens, ustensils et autres sortes

de provisions qu'il avoit fait, croyant de devoir regner. Dit aux

parties en la cour souveraine de Riflasorets, establie en la royalle

ville de Saladois, ce 15 febvrier 1603.

_Signé_ LENTILLIN, _greffier_.

[Note 114: Sur cet usage des masques que les femmes

portoient alors partout, v. notre tom. 1, page 307.]

_Ordre à tenir pour la visite des pauvres honteux._

S. L. N. D. In-8.

Il faut examiner s'ils sont chargez de famille, s'ils ont femmes et

combien d'enfans masles et femelles, quel âge, quelle profession, ce

que l'on en peut faire; si les filles sont en hazard;

D'où vient la pauvreté, si par desbauche, mauvais menage, procez,

faute de conduite, ou par le malheur du temps;

Quelles debtes ils peuvent avoir, si l'on en peut composer avec le

creancier;

S'ils se peuvent restablir, et comment, estant plus seur de leur

donner les choses en nature, comme de l'estoffe, de la soye, du cuir,

que de l'argent.

Il importe d'avoir un magazin pour les provisions et besoins

necessaires aux pauvres, et des meubles et ustancils marquez à la

marque de la paroisse, afin de leur donner par prest, et qu'ils ne

les puissent vendre, ny les creanciers ou les proprietaires de la

maison les saisir.

Il faut aussi estre precautionné pour le payement des loyers, qui

n'entrent point ordinairement dans les charitez des paroisses, à

moins que de cause bien privilegiée;

Comme aussi des voyages, qui sont tousjours suspects,

Et des mariages, le plus souvent non necessaires, si ce n'est des

personnes qui sont dans le peché, ou pour empescher qu'ils n'y

tombent[115];

[Note 115: La philanthropie au XIXe siècle s'est davantage

inquiétée du mariage des pauvres. Sous la Restauration

une _association_, patronnée par la duchesse d'Angoulême,

avoit été fondée à l'effet de pourvoir au mariage des

ouvriers sans fortune, leur procurer gratuitement des

expéditions d'actes et les pièces notariées nécessaires,

etc. Aujourd'hui la _Société de Saint-François Régis_ s'est

donné la même mission.]

Et pareillement des pensions par mois ou par années, parce qu'elles

espuisent le fond des charitez et contribuent quelquefois à la

fainéantise, sous le prétexte de l'asseurance d'une subsistence

ordinaire.

Il est aussi très à propos de leur reserver du charbon, des

chaussures et autres petits soulagemens pour l'hyver.

Surtout il faut prendre garde s'ils frequentent les sacrements, s'ils

sont bien instruits des principaux mystères, et particulierement

les enfans, et encore plus lorsqu'ils sont en estat de faire leur

première communion;

S'ils couchent separément;

S'ils ont esté confirmez, et mesmes les père et mère, pour leur faire

concevoir l'importance de ce sacrement et les disposer à le bien

recevoir.

Il importe de sçavoir comment ils vivent avec leurs voisins, s'ils

vivent avec bon exemple et vivent avec reputation dans le quartier;

S'ils sont infirmes ou malades, pour y estre pourveu, par les

charitez des paroisses;

S'ils ont des filles en hazard, pour en prevenir le mal, leur

procurer quelque condition, apprentissage ou retraitte[116].

[Note 116: Les jeunes filles pauvres étoient surtout

placées, sitôt qu'elles avoient douze ans, dans les

ateliers de dentelle de Bicêtre. V. Sauval, _Antiq. de

Paris_, liv. 5, chapitre Hôpital général.--Olier, qui étoit

curé de Saint-Sulpice en 1648, prenoit soin de placer en

apprentissage chez les maîtres artisans les orphelins de

sa paroisse. C'est lui aussi qui avoit ouvert, dans la rue

du Vieux-Colombier, la maison des Orphelines. V. Monteil,

_Traité de matériaux manuscrits_, t. 2, p. 5.]

Il faut prendre garde aux surprises et artifices des pauvres qui

veulent passer pour vrais pauvres honteux, n'estans de la qualité, ou

lorsqu'ils en abusent, ce qui merite grand examen, parce qu'ils ont

les aumosnes de ceux qui sont veritables pauvres.

Les principales marques, et qui les doivent exclure et faire rayer du

rolle, sont les suivantes:

1º Lorsqu'ils se rendent mandians de mandicité publique ou de

secrette qui eclatte: car le pauvre honteux est celuy qui vit

chrestiennement, qui ne peut gagner sa vie, et qui a la honte sur le

front pour ne l'oser demander[117];

[Note 117: La _Police des pauvres_ de G. Montaigne,

curieuse pièce des premières années du XVIIe siècle, que

nous donnerons dans un prochain volume, parle de ces

mendiants qui prenoient la place des bons pauvres et

qu'il falloit chasser de Paris. «Il est défendu à toutes

personnes de mendier à Paris, sur la peine de fouet,

pour les inconvénients de peste et autres maladies qui

en pourroient advenir, joint que plusieurs belistres et

cagnardiers, par imposture et déguisement de maladie,

prennent l'aumône au lieu des vrais pauvres, et aussi que

les pauvres estrangers y viennent de toutes parts pour y

belistrer.»]

Et en cecy il faut seulement prendre garde au spirituel de la famille

et au peril des enfans, particulierement des filles;

2º Ceux qui gagnent leur vie ou qui la peuvent gagner, ou qui ont

quelque petit bien qu'ils ne sçavent pas mesnager, parce qu'autrement

c'est fayneantise, dissipation ou desbauche, qui merite reprimende

plustost qu'assistance;

3º Ceux qui sont soulagez par ailleurs et reçoivent assistance

suffisante, comme du grand bureau[118], fabrique des paroisses[119],

corps des mestiers[120], confrairies et autres compagnies de pieté;

[Note 118: Le _grand bureau des pauvres_. Les bourgeois

choisis par chaque paroisse pour avoir soin des intérêts

spirituels et temporels des pauvres s'y assembloient le

lundi et le samedi de chaque semaine, à trois heures après

midi, sous la présidence du procureur général du Parlement

ou de l'un de ses substituts. De cette compagnie étoient

tirés les administrateurs des hôpitaux de Paris et des

environs.]

[Note 119: Les fabriques de paroisses, sous la présidence

des curés, faisoient sans cesse acte de charité de la

façon la plus efficace. Tout à l'heure nous avons parlé du

curé de Saint-Sulpice; nous devons rappeler aussi celui de

Sainte-Marguerite, qui, au commencement du XVIIIe siècle,

adopta pour les pauvres de son église le système des soupes

économiques, proposées d'abord par Vauban, conseillées par

Helvétius dans son _Traité des maladies_ (1703, chapitre

_Bouillon des pauvres_), puis reprises par M. de Rumfort,

qui leur a laissé son nom. (Pujaulx, _Paris à la fin du

XVIIIe siècle_, p. 374-375.)]

[Note 120: Sur le rôle philanthropique des corporations

d'artisans et sur la caisse de secours que chacune

d'elles possédoit sous le nom de _Charité du métier_,

V. un intéressant article de M. Louandre, _Revue des

Deux-Mondes_, 1er décembre 1850, p. 858.]

4º Ceux qui ne sont domiciliez dans le temps porté par les

reglements, parce qu'autrement l'on affecteroit de s'establir en

la paroisse pour participer aux aumosnes, sauf s'il y avoit peril

pour la religion, l'honnesteté ou scandal public: il en sera pris

connoissance de cause;

5º Les religionnaires[121], s'il n'y a disposition à leur conversion,

ou quelque ouverture pour l'esperer;

[Note 121: Par une ordonnance du 8 mars 1712, Louis XIV ne

s'en tint pas à défendre de donner des secours aux pauvres

de la religion; il interdit, sous les peines les plus

sévères, aux médecins et apothicaires, de continuer leurs

soins aux malades qui ne se seroient pas encore confessés

le troisième jour de leur maladie. _La Gazette littéraire_

du 13 janvier 1831 a donné en entier la teneur de cette

ordonnance.]

6º Les catholiques qui tirent charité des religionnaires, ou qui

mettent leurs enfans apprentifs chez les religionnaires;

7º Les libertins, blasphemateurs, yvrognes et desbauchez, sauf, quand

ils ont leurs femmes et enfans dans la misère ou le peril, à leur

pourvoir secretement et par autre voye.

8º Ceux qui ont mal usé de l'aumosne que l'on leur a donné;

9º Qui negligent de se faire instruire, qui n'envoyent point leurs

enfants à l'escolle et au cathechisme de la paroisse;

10º Qui deguisent leurs noms, qui les changent, qui en prennent

plusieurs, qui supposent leurs conditions, qui n'exposent pas la

verité dans les billets ou lors des premieres visites que l'on fait

chez eux;

11º Qui ne veulent point sortir de leur logis quand il y a des gens

de vie scandaleuse;

12º Qui souffrent quelque scandal public en leur famille,

particulierement quand il y a des filles;

13º Qui ne se veulent point reconcilier avec le prochain;

14º Qui ne veulent point suivre les advis de ceux qui sont preposez

pour conseiller;

15º Qui font mauvais mesnage en leur famille, ou qui mal-traitent

leurs femmes après en avoir esté repris, sauf à donner quelque chose

à la femme en particulier si elle en est digne;

Et generalement, ceux qui ne sont pas jugez dignes par la compagnie

pour autre cause survenante et motive d'exclusion;

Toutes lesquelles causes d'exclusion peuvent cesser neantmoins en se

remettant par les pauvres en leur devoir, et satisfaisant à ce que

l'on desire d'eux, ce qui depend de connoissance de cause et d'examen

de l'assemblée de la paroisse.

_Ordinavit in me charitatem._

_L'Anatomie d'un Nez à la mode.[122]_

_Dedié aux bons beuveurs._

S. l. n. d. In-8.

[Note 122: Cette pièce a déjà été reproduite dans le

_Recueil de pièces joyeuses_ mentionné par De Bure dans la

_Bibliographie instructive_, t. 2, p. 40, nº 3360.]

Variétés Historiques et Littéraires (05/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 6 / 19 段