Dans une de ses lettres qui font les délices des honnêtes gens, Pline le
Jeune engage un de ses amis à emporter, pour la chasse, des tablettes à
écrire. Rien n'excite, dit-il, la pensée comme la solitude; on
expérimente que Minerve, aussi bien que Diane, erre sur les montagnes.
M. Halleux a suivi le conseil de Pline; il a vécu, en poursuivant
longuement les lapins, les faisans et les renards, autant avec Minerve
qu'avec Diane. En quels sonnets gracieux, richement rimés, il a rendu
les gestes des animaux traqués, les migrations des canards, les
retraites des poules d'eau! Qu'on me permette d'extraire des croquis
l'_Appel du soir_, que l'on pourrait nommer aussi le _Remords du
chasseur:_
Le soleil qui décline empourpre l'horizon
Un calme solennel s'élargit sur la plaine,
Et dans le soir limpide, on voit fumer l'haleine
Des lourds chevaux tirant les chars de la moisson.
L'agriculteur se hâte; il sait que la saison
Passe rapidement et devient incertaine.
Le sol se refroidit. De la forêt lointaine
L'automne a mordoré déjà la frondaison.
Longtemps une perdrix, du coteau voisin, lance
Des cris tristes qui seuls traversent le silence.
L'oiseau recherche en vain ses petits égarés.
Et je me sens au coeur un remords qui s'enfonce.
Car j'entends, dans ces cris de plus en plus navrés,
L'angoisse de l'appel qui reste sans réponse.
C'est d'un observateur, d'un artiste habile et fin.